On pense souvent, à tort, qu’écrire un livre pour enfant est une tâche aisée comparée à l’écriture pour adultes. Pourtant, la littérature jeunesse est un domaine vaste et exigeant qui requiert une approche spécifique. Cet article vous guidera à travers les étapes essentielles pour créer un livre qui captivera les jeunes lecteurs et leurs parents.
Comprendre le public cible
L’une des premières questions à se poser est de savoir pour qui vous souhaitez écrire, car écrire un livre pour enfant n’est pas écrire un livre pour tous les enfants. Il est essentiel de définir la tranche d’âge à laquelle votre livre s’adressera, car cela influencera le style d’écriture, le vocabulaire et les thèmes abordés. La littérature jeunesse est découpée en genres, mais également en tranches d’âge. Voici une classification générale :
- 0-3 ans : Livres d’images, destinés à éveiller les tout-petits au langage, aux formes, aux couleurs et à la nature. Les histoires sont courtes, rarement plus d’une dizaine de lignes, avec une ligne de texte par image. Les livres ne dépassent pas les 15 pages. Cette catégorie est aussi composée essentiellement de livres imagés que l’enfant pourra regarder seul.
- 3-5 ans : Livres d’images avec une histoire simple, pour commencer à initier l’enfant à la lecture. Les parents lisent des textes courts, avec l’apparition de paragraphes et de thèmes plus complexes. Le vocabulaire est plus riche et invite l’enfant à commencer à reconnaître les sons et les lettres.
- 5-8 ans : Histoires imagées pour les enfants qui apprennent encore à lire. On retrouve des livres avec des illustrations qui accompagnent un texte plus fourni et dense.
- 8-10 ans : Récits plus complexes avec des personnages bien définis et des intrigues captivantes. Nous restons sur un style adapté à la tranche d’âge avec peu de romance et peu de scènes qui font véritablement peur. Les héros sont généralement des enfants.
- 9-12 ans : Les pré-adolescents, lisent des romans « passerelles ». Environ 30 000 mots.
- + de 10 ans : Romans jeunesse avec des textes longs et bien développés, des sagas. Pas d’illustration, le vocabulaire peut être riche et soigné, mais nous restons généralement avec des thèmes du quotidien ou en lien avec le fantastique, le monde imaginaire. Le but est de faire rêver, d’inspirer et de commencer à apporter des clés de compréhension sur le monde qui nous entoure.
- 13-16 ans : Les adolescents.
- Young Adult : Romans mettant en scène des adolescents ou des histoires qui les touchent particulièrement. Les intrigues sont du même ordre que la littérature adulte mais sur des thèmes plus adaptés. On voit l’apparition des romances et du sexe dans ces récits, ainsi que des thèmes plus sombres comme la guerre, le viol, etc.
Adapter le style d’écriture
Une fois votre public cible défini, il est crucial d’adapter votre style d’écriture en conséquence.
Le vocabulaire
Si vous vous destinez à un très jeune lecteur, celui-ci aura besoin de phrases courtes et de structures syntaxiques simples. Comme il ne disposera pas (encore) d’un vocabulaire très étendu, il vous faudra composer avec un lexique adapté. Au fur et à mesure que l’enfant grandit, ses compétences en lecture augmentent. Adaptez le vocabulaire à la tranche d’âge, en utilisant des mots simples pour les plus jeunes et en introduisant progressivement des termes plus complexes pour les lecteurs plus âgés. Pour autant, il ne faut pas rentrer dans le simplisme. Les enfants comprennent tout et si certains mots leur sont inconnus, ils possèdent des capacités de cognition et de compréhension bien supérieure à la nôtre. Ainsi, écrivez en utilisant un vocabulaire simple mais sans faire l’erreur de prendre vos lecteurs pour des ignares. On n’écrit par exemple pas : Maman faire manger pour tous dans les livres pour enfant de moins de 3 ans même si certains parlent comme ça. Le but de la lecture est d’élever le niveau de l’enfant et de favoriser son apprentissage.
Le registre de langage
Autre point important lorsque l’on écrit des livres pour les enfants, le registre de langage. Certes dans la vraie vie, on peut parfois se permettre un gros mot ou un langage un peu familier lorsque l’on est avec des enfants. Mais il me semble difficile de maintenir cette posture lorsque l’on passera à l’écrit. Rappelez-vous que si vous écrivez un roman ou un album jeunesse, il vous faudra convaincre les parents tout autant que les enfants. Évitez tout ce qui appartient au registre de la vulgarité.
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La longueur des phrases et des textes
La taille accordée au texte dans un livre, c’est ce qu’on appelle le calibrage. Adaptez la longueur des phrases et des textes à l’âge de vos lecteurs. Privilégiez les phrases courtes et les textes concis pour les plus jeunes, et augmentez progressivement la longueur pour les lecteurs plus âgés. Paul Ivoire précise : « Les maisons d’éditions ont des critères de longueur bien définis. Il suffit de se caler dans des fourchettes de nombre de mots ou de signes. Pour ma part, j’utilise des cahiers qui me permettent de déterminer facilement la longueur d’un chapitre. » Voici une indication du nombre de signes :
- 0 à 5 ans : le calibrage est très compliqué à établir pour cette tranche d’âge car les formats sont nombreux (livres de bain, albums cartonnés, imagier, fables, etc.).
- 6-7 ans : 1000 à 5000 signes, parfois plus.
- 9-10 ans : certains éditeurs indiquent rechercher des textes allant de 30 000 à 60 000 signes. Mais cela n’est pas impératif.
- 11 ans et plus : on tombe dans les calibrages de la littérature adulte.
La structure du récit
En termes de structure, elle est « globalement la même dans un roman jeunesse que dans un roman pour adultes, indique Paul Ivoire. On a une introduction, un développement et une fin. Enfin, on notera que chez les tout-petits, les textes contiennent souvent des répétitions pour aider les enfants à mieux retenir l’histoire. »
Choisir les thèmes et les sujets
Théoriquement, on peut parler de tout et aborder tous les thèmes, même les plus durs, dans un livre jeunesse, mais avec un ton adapté à leur âge. À titre personnel, je fais partie des gens qui pensent que l’on peut aborder de nombreux thèmes avec les enfants. Il existe de nombreux exemples de livres pour enfants qui abordent des thèmes compliqués (la maladie, le deuil, la maltraitance, la guerre, etc.). Et certains le font avec beaucoup de finesse et de sensibilité. Ceci dit, si vous choisissez un thème difficile, il vous sera plus compliqué d’être suivi par une maison d’édition. Choisissez des thèmes qui intéressent les enfants, tels que l’aventure, l’amitié, la famille, les animaux, ou les mondes imaginaires. N’hésitez pas à aborder des sujets plus complexes comme l’inclusion sociale, l’écologie ou le respect de l’autre, mais toujours avec sensibilité et pédagogie.
Pour trouver les bons sujets, essayez de retrouver l’enfant qui sommeille en vous et de puiser dans ce qui vous faisait rêver et rire auparavant pour trouver l’inspiration. Vous pouvez aussi prendre des notes mentales lorsque vous échangez avec des enfants de votre entourage. Ils aiment souvent parler de leurs passions du moment et cela peut vous donner quelques idées. De son côté, Paul Ivoire compte sur ses enfants, « source d’inspiration quasiment inépuisable, mais les héros animaliers ont toujours du succès.
Développer l’imagination et la créativité
L’écriture jeunesse offre une immense liberté créative. Laissez libre cours à votre imagination et créez des personnages attachants, des lieux fantastiques et des situations originales. N’hésitez pas à sortir des sentiers battus et à proposer des histoires surprenantes et amusantes.
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L’importance des illustrations
Qu’on se le dise, en dessous d’un certain âge, il vous faudra compter avec les illustrations. Non pas que ça soit une mauvaise chose, bien au contraire. Si vous avez déjà lu une histoire à un enfant, vous n’êtes pas sans savoir qu’ils sont friands d’images. Dans les livres adressés aux plus jeunes, les images prennent fréquemment une place significative. « Elles permettent des ellipses de texte, l’illustration racontant elle-même des éléments de l’histoire ». Dans les livres destinés au plus grands, l’intégration d’images peut se limiter aux moments clés de l’histoire. Il est aussi courant d’en placer en début de chapitre si l’histoire est subdivisée en plusieurs parties.
Lorsque vous écrirez, vous aurez sans doute la tentation de décrire les choses de façon précise, ou de placer certaines informations qui vous semblent essentielles. Le truc, c’est que lorsque votre texte entrera en phase de composition, il viendra dialoguer avec des illustrations. Écrire un livre pour enfant, c’est également un exercice qui consiste à écrire en ayant des images en tête, à les poser sur le papier afin que l’éditeur et l’illustrateur puissent savoir où vous allez. Parfois, les illustrations seront au-delà de vos espérances (et dans ce cas, c’est juste génial).
Travailler avec un illustrateur
Pour la création des dessins, il vous faudra chercher un illustrateur ou une illustratrice dont le style correspond à l’histoire que vous souhaitez raconter. N’hésitez pas à en rencontrer plusieurs et à faire établir des devis avant de faire votre choix. En édition, « l’auteur ou l’autrice choisit rarement l’illustratrice ou l’illustrateur, tempère Paul Ivoire. Ce sont les maisons d’édition qui s’en chargent. Le texte est généralement déjà écrit lorsque ce choix est effectué.
Il est crucial de trouver un collaborateur avec qui le courant passe bien. Si vous ne connaissez pas personnellement de dessinateur, vous pouvez mettre une petite annonce sur un site spécialisé. Expliquez clairement votre projet de livre et le type de dessins que vous recherchez. Demandez à voir des travaux déjà réalisés pour avoir une idée du style du dessinateur : plutôt caricaturiste, manga ou poétique ? L’important est que vos deux univers concordent et s’assemblent harmonieusement. Une fois que vous avez fait votre choix, vous pouvez faire des croquis pour montrer à votre collaborateur le type de dessins que vous recherchez. Toutefois, veillez à ne pas brider sa créativité et à lui laisser le champ libre ! Vous travaillerez ensuite en étroite collaboration. Faites-vous des retours mutuels réguliers pour progresser en bonne intelligence. Attention : n’oubliez pas que vous devrez probablement partager les droits d’auteur de votre livre avec l’illustrateur. Parlez-en au préalable.
Soigner le style et la narration
Un rythme actif plaira aux jeunes lecteurs : il ne faut surtout pas qu’ils s’ennuient. Employez des phrases courtes avec un vocabulaire accessible. Pour narrer l’intrigue, l’idéal est d’utiliser la première personne du singulier lorsqu’il s’agit de jeunes enfants. En effet, cela les aide à s’identifier au personnage. Évitez de changer de narrateur en cours d’histoire pour ne pas les perdre. Il est conseillé de parler au présent, un temps qui retient mieux l’attention des enfants que le passé.
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L’importance de la lecture
Sans surprise, pour écrire des livres pour enfants, il faut en avoir lu ! La plupart des auteurs qui commencent à écrire des livres pour enfant le font parce qu’ils viennent d’en avoir ! Au-delà de cet aspect-là, il est essentiel de bien comprendre où en sont les enfants dans la tranche d’âge sélectionnée pour trouver des histoires qui les touchent et un style et un vocabulaire qui soit adapté. Pour cela, lisez, lisez encore pour vous imprégner des différents styles d’écriture et pouvoir vous en inspirer. Il est aussi très conseillé de côtoyer des enfants pour comprendre un peu leur univers, comment il fonctionne, comment il parle également. Dans la même veine, si vous écrivez des histoires pour les plus jeunes et que vous les mettez en scène. Si vous le pouvez, immergez-vous dans le monde de votre cible et écoutez les enfants parler.
Si vous souhaitez écrire des livres pour enfants mais que vous n’êtes pas encore tout à fait à l’aise avec le genre, n’hésitez pas à lire des livres écrits par d’autres auteurs. L’idée n’est pas d’y chercher l’inspiration et de reproduire ce que vous lisez, mais plutôt de mieux cerner certaines spécificités de la littérature jeunesse.
Les étapes clés de l’écriture
Pour écrire un livre pour enfants, vous devez vous appliquer autant (voire plus) que pour un livre pour adulte. Les enfants ne sont pas dupes et savent vite reconnaître un travail bâclé ! Contrairement aux adultes, ils ne s’acharneront pas à lire un livre qu’ils n’apprécient pas et passeront directement au suivant.
Trouver l’inspiration
Soyez le plus créatif possible. Contrairement aux adultes, les enfants vont avoir beaucoup moins tendance à se dire « ça n’a pas de sens ». Vous pouvez donc laisser libre cours à votre imagination et imaginer des scénarios un peu fous ou même tirés de vos rêves. Essayez de vous rappeler de votre propre enfance : quel était votre livre de chevet ? Qu’est-ce qui vous fascinait ? Pour être sûr de ne pas faire fausse route, testez régulièrement votre histoire directement sur votre cible.
Construire un scénario solide
Ce n’est pas parce que c’est un livre pour enfants qu’il doit être simpliste. Malgré leur jeune âge, ils sont tout à fait en mesure de comprendre une histoire. Ne négligez pas la construction de votre intrigue et accordez-lui autant d’importance que vous le feriez pour un livre pour adulte. De même, accordez du temps à la création de vos personnages. Ces derniers doivent être extrêmement attachants pour plaire à vos lecteurs. Les enfants aiment des personnages qui vivent des aventures épiques et en ressortent grandis. C’est une métaphore de leur propre évolution.
Publier votre livre
Votre manuscrit est fin prêt à être lu. Il ne reste plus qu’à l’imprimer et à le publier, ce qui n’est pas toujours une mince affaire…
Envoyer son livre à une maison d’édition
Première règle : cibler les maisons d’édition auxquelles vous enverrez votre livre. Il existe des dizaines de maisons d’édition spécialisées dans la littérature jeunesse. Faites des recherches pour déterminer lesquelles seraient le plus susceptibles de publier votre livre. Cela dépendra de plusieurs critères : tranche d’âge des lecteurs, type de littérature, univers de la maison d’édition… Plus vous ciblerez, plus vous aurez de chance d’être repéré par la bonne maison d’édition. Ne vous découragez pas : le secteur de la littérature jeunesse est souvent saturé et il peut être difficile de sortir du lot. A force de persévérance et en retravaillant votre manuscrit jusqu’à ce qu’il soit parfait, vous devriez parvenir à vos fins.
L’auto-édition
Peut-être que vous êtes las d’attendre la réponse d’une maison d’édition ou peut-être que vous destinez votre livre uniquement à votre entourage. Dans ce cas, n’hésitez pas à vous tourner vers l’auto-édition. Cela peut paraître effrayant au premier abord car il vous faudra tout gérer de A à Z : relecture et correction, choix de la couverture, impression et diffusion, communication et promotion… Toutefois, c’est une aventure riche en enseignements et qui vous remplira de gratitude et de fierté lorsque vous tiendrez votre livre pour enfants entre vos mains.
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