L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France depuis 1975. Parmi les méthodes disponibles, l'IVG médicamenteuse est une option répandue, représentant plus de la moitié des IVG réalisées. Elle consiste à prendre deux médicaments, la mifépristone et le misoprostol, pour provoquer une fausse couche. Bien que généralement efficace, l'IVG médicamenteuse peut échouer dans certains cas. Cet article explore les causes possibles de ces échecs, les facteurs de risque associés et la conduite à tenir en cas d'échec.
Taux d'échec de l'IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse est efficace dans environ 95 % des cas. Cela signifie que dans 5 % des cas, une intervention chirurgicale (IVG instrumentale) ou un autre geste chirurgical complémentaire peut être nécessaire. En comparaison, l'IVG instrumentale est efficace dans 99,7 % des cas.
Causes potentielles d'un échec de l'IVG médicamenteuse
Plusieurs facteurs peuvent expliquer un échec de l'IVG médicamenteuse :
- Échec d'expulsion: La grossesse n'est pas complètement expulsée après la prise des médicaments.
- Grossesse évolutive: La grossesse continue de se développer malgré la prise des médicaments.
- Rétention: Des tissus ou des débris ovulaires restent dans l'utérus après la prise des médicaments.
- Hémorragie: Des saignements excessifs surviennent après la prise des médicaments.
- Grossesse extra-utérine (GEU) non diagnostiquée: La GEU est une contre-indication à l'IVG médicamenteuse.
Dans le cas d'une IVG par aspiration, plusieurs raisons peuvent expliquer l'échec de l'opération : l'aspiration a peut-être été insuffisante, ou réalisée trop précocément.
Facteurs de risque d'échec
Certains facteurs peuvent augmenter le risque d'échec de l'IVG médicamenteuse :
Lire aussi: Solutions pour l'échec de la FIV
- Multi-gestité : Les femmes ayant déjà eu plusieurs grossesses présentent un risque d'échec plus élevé.
- Terme de la grossesse avancé : Le taux d'échec augmente proportionnellement à l'avancement du terme, surtout au-delà de 50 jours d'aménorrhée (JA).
- Visite de contrôle trop précoce : Une visite de contrôle effectuée trop tôt après l'IVG peut augmenter le nombre d'échecs. Il est recommandé de réaliser la visite de contrôle à partir de J+21.
- Contraception progestative débutée immédiatement après l'IVG : Le début d'une contraception progestative immédiatement après l'IVG peut augmenter le taux d'échec.
- Non-respect du protocole : Le non-respect des doses ou du délai d'administration des médicaments peut entraîner un échec.
Signes d'un échec de l'IVG médicamenteuse
Plusieurs signes peuvent indiquer un échec de l'IVG médicamenteuse :
- Persistance des symptômes de grossesse : Seins douloureux, nausées, etc.
- Absence de règles depuis l'intervention.
- Fièvre, douleurs, frissons, vomissements persistants.
- Grossesse arrêtée non expulsée ou rétention trophoblastique.
- Test de grossesse positif lors de la consultation de contrôle : La positivité du test peut être due à la présence de tissus restés en place après l'avortement ou, plus rarement, à une grossesse persistante.
Il est important de noter que les saignements qui apparaissent après la prise des comprimés ne témoignent pas systématiquement de l'expulsion totale de l'embryon.
Que faire en cas d'échec ?
Si l'avortement par voie médicamenteuse n'a pas fonctionné, une intervention chirurgicale est nécessaire. Le praticien peut proposer une IVG chirurgicale par aspiration. La prise d'un médicament avant l'opération permet de dilater le col de l'utérus. Durant l'intervention, le médecin effectue une aspiration endo-utérine. Il va donc aspirer le contenu de votre utérus à l'aide d'un petit tube.
Consultation de contrôle
La consultation médicale de contrôle est le seul moyen de confirmer l'efficacité de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse. Elle est obligatoire entre le 14e et le 21e jour après la prise du premier médicament (mifépristone). Au cours de ce rendez-vous, le professionnel de santé réalise un examen clinique, complété par un dosage sanguin des hormones hCG et/ou une échographie de contrôle. Ces vérifications sont absolument essentielles pour s’assurer que la grossesse est bien arrêtée et qu’il n’y a pas de complications.
Risque tératogène
Si la femme enceinte souhaite poursuivre sa grossesse après un échec de l'IVG médicamenteuse, elle doit être informée du risque de malformations graves (membres, face, cerveau) associées aux médicaments de l'IVG, en cas d'exposition in utero. Ces médicaments sont tératogènes. Un suivi particulier du futur enfant devra être effectué.
Lire aussi: Solutions pour surmonter l'échec de l'allaitement
Complications possibles
Les IVG constituent généralement des interventions sécurisées. Le risque de problèmes ou de complications pendant ou après un avortement est par conséquent très faible.
Les complications possibles (˂ 0,2 %) ou les problèmes consécutifs à un avortement sont les suivants :
- Saignements prolongés dans la période qui suit l’intervention
- Saignements excessifs ou lésions de l’utérus (causées pendant l’intervention)
- Infections
Dans la période qui suit un avortement, si des saignements prolongés ou abondants se produisent, cela est généralement dû à la présence dans l’utérus de tissus restés en place malgré l’intervention ou l’IVG médicamenteuse. Si ces tissus résiduels ne sont pas expulsés spontanément, une nouvelle intervention devra être réalisée afin de les éliminer. Dans ce cas, le médecin peut décider de recourir à un traitement médicamenteux additionnel ou à une (nouvelle) IVG chirurgicale par aspiration.
Dans de rares cas (< 0,2 %), des pertes de sang excessives surviennent pendant ou immédiatement après un avortement instrumental réalisé au cours du deuxième trimestre de la grossesse (à partir de 13 semaines). Des lésions de l’utérus ou des problèmes de coagulation sanguine peuvent être à l’origine de cette complication. Une nouvelle intervention en milieu hospitalier peut alors s’avérer nécessaire.
L’intervention est réalisée dans des conditions d’hygiène telles que le risque infectieux est très faible. Par précaution supplémentaire, des antibiotiques vous seront prescrits pour prévenir les infections.
Lire aussi: Facteurs de risque de l'avortement médicamenteux
Si, après l’intervention, vous avez de la fièvre (plus de 38,5°C pendant plus d’une journée) et des maux de ventre, il se peut qu’il y ait une infection. Dans ce cas, il faut en informer immédiatement votre médecin traitant au plus vite.
Pour éviter toute infection, vous ne devez rien introduire dans le vagin durant les deux semaines qui suivent l’intervention, c’est-à-dire :
- ne pas utiliser de tampons
- ne pas avoir de rapports sexuels
- ne pas prendre de bain, ne pas nager ni vous baigner (la douche est cependant autorisée)
- ne pas faire de douche vaginale
IVG médicamenteuse : Étapes et informations essentielles
L’IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à la 7e semaine de grossesse (soit 9 semaines après le 1er jour des dernières règles). Cette méthode peut être proposée par un médecin ou une sage-femme. Les médicaments vous sont remis par le médecin ou la sage-femme lors du recueil de votre consentement ou vous sont délivrés en pharmacie si vous avez effectué une téléconsultation (dans ce cas la prescription est transmise directement à la pharmacie par le médecin ou la sage-femme).
Le professionnel de santé que vous consultez pour l’IVG évaluera si vous présentez des contre-indications lors de la première consultation pour vous proposer la méthode d’IVG adaptée à votre situation. La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine (situation dans laquelle la grossesse se développe en dehors de l’utérus, par exemple dans une trompe). D’autres situations peuvent contre-indiquer cette méthode : les femmes présentant une allergie à l’un des deux médicaments utilisés, les femmes souffrant d’insuffisance rénale chronique ou de porphyrie héréditaire.
Les douleurs lors d’une IVG médicamenteuse sont fréquentes et leur intensité varie d’une femme à l’autre. Elles ressemblent généralement à des douleurs de règles plus intenses que d’habitude et sont provoquées par les contractions utérines qui permettent d’expulser la grossesse. Elles surviennent le plus souvent suite à la prise du second médicament (le misoprostol) mais peuvent aussi parfois survenir dès la prise du premier médicament (la mifépristone). Des antidouleurs vous seront systématiquement prescrits à l’avance afin que vous puissiez les prendre dès l’apparition de douleurs. Si la douleur persiste et ne s’atténue pas malgré la prise des médicaments antidouleurs, contactez le médecin ou la sage-femme qui vous suit pour l’IVG. Si vous choisissez de réaliser l’IVG médicamenteuse à domicile il est recommandé de ne pas être seule.
Au cours d’une IVG médicamenteuse des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) surviennent fréquemment. Si des vomissements surviennent dans les 30 minutes qui suivent la prise du misoprostol prenez contact avec le médecin ou la sage-femme qui vous suit pour l’IVG car il peut être nécessaire de prendre un nouveau comprimé. Des saignements, ou métrorragies, souvent plus abondants que des règles accompagnent systématiquement l’expulsion de la grossesse. Ils surviennent le plus souvent dans les 3 à 4h suivant la prise du misoprostol (deuxième médicament). Les saignements ne sont pas la preuve de l’expulsion complète de la grossesse. Il est donc indispensable de réaliser une visite de suivi deux à trois semaines après l’IVG pour s’assurer que la grossesse est bien interrompue. Les saignements peuvent persister jusqu’à 30 jours après la prise du premier médicament.
Certaines complications peuvent survenir après une IVG médicamenteuse telles qu’une hémorragie, une infection dans le cas où la grossesse n’aurait pas été totalement expulsée ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs. Même si ces complications sont rares lorsque l’IVG est pratiquée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France, il est important que vous en soyez informée afin que vous ne soyez pas surprise si elles surviennent et que vous sachiez quoi faire.
Ainsi, dans les jours suivant l’IVG, si vous présentez l’un ou plusieurs des symptômes/signes suivants, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication : de la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ; des pertes très abondantes de sang (si vous devez changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite) ; un malaise ; de très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs. Afin de s’assurer de l’absence de complications post IVG, une consultation de contrôle est programmée 14 à 21 jours suivant l’IVG.
C’est le second médicament (misoprostol) qui provoque l’expulsion de la grossesse. Dans 60% des cas, cela se produit environ 4 heures après la prise du comprimé et dans 40% des cas, dans les 24 à 72 heures. L’expulsion se traduit par des saignements, comme lorsque l’on a ses règles, mêlés à des caillots sanguins et des pertes brunâtres gélatineuses. Néanmoins ces seuls signes ne peuvent garantir avec certitude que la grossesse est interrompue ou qu’elle a été totalement expulsée. Par ailleurs, vous n’avez pas d’obligation à surveiller ces signes si vous ne le souhaitez pas. C’est pourquoi, dans tous les cas, il est nécessaire de réaliser la consultation de suivi 14 à 21 jours après l’IVG au cours de laquelle le médecin ou à la sage-femme pourra s’assurer que la grossesse est bien interrompue.
tags: #echec #ivg #medicamenteuse #causes