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Ebrahim Raïssi : Parcours, Bilan et Conséquences de sa Mort

La mort du président iranien Ebrahim Raïssi, survenue le dimanche 19 mai 2024 dans un accident d’hélicoptère, a plongé l’Iran dans une période de deuil national et soulève des questions quant à l’avenir politique du pays. Si le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, demeure la figure centrale du pouvoir en Iran, le décès de Raïssi, figure de proue du camp ultra-conservateur, pourrait engendrer des bouleversements. Cet article examine le parcours d’Ebrahim Raïssi, son bilan controversé en tant que président, et les potentielles implications de sa disparition sur la scène politique iranienne.

Un Homme du Régime : Ascension et Controverses

Né en novembre 1960 à Machhad, ville sainte chiite, Ebrahim Raïssi a suivi un cursus religieux à Qom dès l’âge de 15 ans. Il a eu pour enseignant l’ayatollah Ali Khamenei, ce qui a favorisé son ascension rapide au sein du système judiciaire iranien. Dès l’âge de 20 ans, il a gravi les échelons, devenant procureur général de Téhéran puis procureur général du pays.

Cependant, le passé de Raïssi est marqué par de graves accusations. Il est notamment soupçonné d’avoir joué un rôle actif dans l’exécution massive de prisonniers politiques en 1988, ce qu’il a toujours nié. Son implication dans le "comité de la mort", responsable de l’exécution de plus de 4000 prisonniers politiques, lui a valu le surnom de "bourreau de Téhéran". Son concurrent, Hassan Rohani, avait d'ailleurs souligné que son bilan n’était constitué « de rien d’autre que d’exécutions et de peines de prison ». De plus, Raïssi figurait sur la liste noire américaine des responsables iraniens sanctionnés pour « complicité de graves violations des droits humains ».

Malgré ces controverses, Ebrahim Raïssi a été élu président de la République islamique d’Iran le 18 juin 2021, dès le premier tour d’un scrutin marqué par une abstention record et l’absence de concurrents de poids. Il a succédé au modéré Hassan Rohani, qui ne pouvait pas se représenter après deux mandats consécutifs.

Un Bilan Présidentiel Contradictoire

Durant sa campagne, Raïssi avait promis de défendre les classes défavorisées, de lutter contre la corruption et de promouvoir le « made in Iran » en réponse à la crise économique. Cependant, son bilan présidentiel est mitigé.

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Sur le plan économique, l’inflation est restée galopante, le taux de chômage a augmenté, les logements sociaux promis n’ont pas été construits et la monnaie iranienne a perdu énormément de valeur. Azadeh Kian, professeure de sociologie à l’université Paris-Cité, souligne que Raïssi était considéré comme incompétent, même au sein du camp ultra-conservateur. Il était même décrié au sein même du camp ultra-conservateur, qui n’hésitait pas à s’en prendre à lui dans la presse et à la télévision. Il était non seulement incompétent, mais aussi illettré : il était incapable de lire un texte en persan ! Ses connaissances religieuses étaient très contestées par les ayatollahs qui avaient fait des études en la matière.

En matière de droits de l’homme, son bilan est particulièrement critiqué. Depuis septembre 2022 et la mort de Mahsa Amini à la suite d’un voile mal ajusté, la répression s’est intensifiée. Selon Amnesty International, 47 femmes manifestantes ont été violées en prison, et entre 20 000 et 100 000 personnes ont été arrêtées depuis septembre 2022. Bien que cette politique répressive ait été décidée par le Guide suprême, c’est Ebrahim Raïssi qui l’a mise en œuvre.

Malgré ces critiques, Raïssi est sorti renforcé des récentes législatives de mars et de la mi-mai remportées par les conservateurs et ultraconservateurs, saluant « un nouvel échec historique infligé aux ennemis de l’Iran après les émeutes ».

Conséquences de la Mort de Raïssi et Perspectives Politiques

La mort d’Ebrahim Raïssi survient dans un contexte régional tendu, marqué par les tensions entre l’Iran et Israël, ainsi que par la guerre entre Israël et le Hamas. Son décès ouvre une période d’incertitude politique en Iran.

Conformément à la Constitution, le vice-président Mohammad Mokhber a été nommé président par intérim. Une élection présidentielle doit se tenir le 28 juin pour élire un nouveau chef d’État. Cependant, Azadeh Kian estime qu’il ne faut pas s’attendre à de grands bouleversements politiques à l’issue du scrutin. Le Conseil de surveillance, qui habilite les candidats autorisés à se présenter, ne va pas donner son feu vert aux personnalités « modérées ». Il faut s’attendre à un scrutin qui va se jouer à l’intérieur même du camp ultra-conservateur.

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Certains considéraient que Raïssi était un potentiel successeur d’Ali Khamenei, 85 ans, au poste de Guide suprême. Sa mort pourrait plonger le régime dans une période de confusion quant à sa succession. Faute de candidat « naturel », on peut envisager une situation où le statut de Guide prendra la forme d’un conseil collégial composé de deux ou trois personnes, ce qui était d’ailleurs prévu dans la première version de la Constitution du régime.

Selon Jonathan Piron, la crise, déjà en place, ne va pas nécessairement s’aggraver aux cours des prochaines élections. Mais il est vrai que "l’Iran est toujours dans une situation économique et sociale difficile. Le taux d’inflation reste très élevé, trouver un emploi est compliqué, le quotidien des Iraniens est vraiment très dur. Le Président avait été élu en 2021 en disant qu’il redresserait la barre socio-économique.

Réactions Internationales et Condamnations

La mort d’Ebrahim Raïssi a suscité des réactions contrastées sur la scène internationale. Si certains pays ont présenté leurs condoléances, d’autres ont souligné son rôle dans la répression des droits de l’homme en Iran.

Les familles de Cécile Kohler et Jacques Paris, deux Français détenus en Iran depuis plus de trois ans, ont alerté sur la situation de leurs proches. Ils ont exhorté l’État français à obtenir leur libération immédiate. La justice iranienne a condamné les deux Français à des peines de 20 ans de prison pour Cécile Kohler et 17 ans de prison pour Jacques Paris, notamment pour espionnage au profit des services de renseignement français et israélien.

Depuis une dizaine d’années, l’Iran multiplie les arrestations de ressortissants occidentaux, notamment français, les accusant le plus souvent d’espionnage, afin de les utiliser comme monnaie d'échange pour relâcher des Iraniens emprisonnés dans des pays occidentaux ou afin d’obtenir des gages politiques.

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tags: #Ebrahim #Raissi #enfants

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