L'allaitement maternel, un acte naturel et universel, révèle une diversité de pratiques à travers le monde, influencées par des facteurs culturels, socio-économiques et politiques. Cet article explore les statistiques de durée d'allaitement dans différents pays, mettant en lumière les disparités et les facteurs qui les influencent.
Introduction : Un geste universel, des pratiques variées
Allaiter son enfant est un geste universel, mais derrière cette apparente simplicité se cache une richesse culturelle fascinante. Les pratiques d'allaitement varient considérablement d'un pays à l'autre, reflétant des traditions, des croyances et des politiques de santé publique différentes.
Diversité culturelle de l'allaitement à travers le monde
À chaque pays, il existe sa façon de donner le sein aux bébés, c’est toute la splendeur de l’allaitement dans le monde. L'allaitement maternel est bien plus qu'un simple acte de nutrition ; c'est un langage universel, un pont entre les générations et un hommage à la résilience maternelle.
Asie : Entre traditions et modernité
- Indonésie : Les mères actives ont accès à un service unique : la livraison de lait maternel grâce à l’entreprise Arga Nirwana Express. Cela permet aux mamans de se tirer le lait au travail, puis de le faire livrer sur le lieu de garde de leur enfant. Cette innovation témoigne de l’importance accordée à l’allaitement exclusif, même dans un environnement professionnel exigeant.
- Inde : Certaines mères refusent de donner le colostrum aux bébés, car elles le considèrent comme toxique. Elles sont persuadées que le premier lait produit par la maman est impur. Les mères nourrissent les bébés avec du lait maternisé lors des premiers jours de vie, en attendant d’avoir la montée de lait.
- Chine : L'allaitement exclusif diminue au fil des mois de vie des nourrissons, les mamans préférant opter pour une alimentation avec du lait maternisé.
Europe : Des disparités notables
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- France : Bien que des campagnes de sensibilisation aient été mises en place, la France a un taux d’allaitement bas. En 2021, selon l’étude Épiphane, c’est un tiers des nourrissons allaités exclusivement à 6 mois, soit environ 30 %.
- Norvège : Près de 80 % des bébés sont allaités exclusivement à 6 mois, grâce à des politiques publiques qui favorisent un congé de maternité allant de 49 semaines payées en totalité, à 59 semaines payées partiellement.
- Europe de l'Est (Russie, Pologne) : L’allaitement est largement soutenu par des traditions fortes. En Russie, les mères accordent une importance particulière à l’alimentation des bébés, en veillant à consommer elles-mêmes des aliments spécifiques, pour enrichir la qualité du lait maternel. En Pologne, il est commun d’utiliser des infusions naturelles pour stimuler la lactation, un remède transmis de génération en génération.
Afrique : Entre nécessité et croyances
- Afrique de l'Ouest : Le portage des bébés fait partie des mœurs, favorisant un allaitement à la demande. Cependant, le taux d’allaitement exclusif reste faible, à 37 % selon l’UNICEF.
- Afrique de l'Est (Éthiopie, Kenya, Tanzanie) : L’allaitement est perçu comme essentiel, mais certaines croyances locales persistent, comme l’idée que allaiter son enfant peut être dangereux, en cas de maladie maternelle.
- Afrique du Nord : Les coutumes religieuses encouragent l’allaitement jusqu’à deux ans, conformément aux recommandations du Coran. Une spécificité de la région est la notion de « frères et sœurs de lait ».
Amériques : Soutien variable à l'allaitement
- États-Unis : Avec un congé maternité limité ou inexistant dans certains États, le taux d’allaitement est l’un des plus faibles au monde.
- Canada : Offre de 40 semaines à 69 semaines rémunérées de congé maternité, favorisant ainsi l'allaitement.
- Brésil : Reconnu mondialement pour son réseau de banques de lait maternel, et offre un exemple remarquable. Ces établissements permettent de nourrir les nouveau-nés prématurés. De plus, les mères sont sensibilisées à l’importance du lait maternel.
- Argentine : Les politiques de soutien parental, combinées à des campagnes locales, encouragent les mères à allaiter plus longtemps, malgré les défis socio-économiques.
- Pérou : Dans les régions rurales, l’allaitement reste profondément ancré dans la culture. Les mères combinent souvent portage et allaitement à la demande, en harmonie avec leur quotidien agricole.
Océanie : Traditions et modernité
- Australie : L’allaitement maternel est soutenu avec bienveillance, dans une atmosphère détendue, typique de l’esprit océanien. Les campagnes de sensibilisation y prennent souvent des tournures créatives et humoristiques.
- Nouvelle-Zélande : Certaines mères maoris organisent des cercles de partage, où l’on échange astuces et histoires d'allaitement, tout en dégustant un traditionnel « kai » (repas). Chez les peuples autochtones d’Océanie, l’allaitement maternel revêt une grande importance, et s’inscrit dans un héritage ancestral.
Pôle Nord : Adaptations aux conditions extrêmes
- Groenland : L’allaitement est profondément ancré dans les modes de vie des peuples autochtones, tels que les Inuits. Le lait maternel est perçu comme essentiel, non seulement pour nourrir les nouveau-nés, mais aussi pour leur offrir une protection immunitaire cruciale, dans un environnement arctique rigoureux.
Statistiques de durée d'allaitement : Comparaison internationale
Le taux d’allaitement diffère beaucoup entre les pays européens. La France fait partie des pays européens dont le taux est le plus faible. Bien que ce taux ait nettement augmenté depuis les années 90, seulement 66% des nouveau-nés sont allaités à la naissance en France (d’après une étude réalisée en 2013 par la DREES). Ce taux baisse à 40% à 11 semaines, à 30% à 4 mois puis à 18% à 6 mois. Or, l’OMS recommande un allaitement maternel exclusif jusqu’à au moins 6 mois après l’accouchement.
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Même si ce taux d’allaitement est passé de 55% en 1990 à 66% aujourd’hui, la France reste sur la touche par rapport à d’autres pays voisins européens. En effet, les pays nordiques sont ceux dont le taux d’allaitement est le plus élevé :
- En Finlande et en Norvège, 95% des mamans allaitent
- En Suède et au Danemark, plus de 90% des mamans allaitent
- En Allemagne, 85% des mamans allaitent
- En Italie, 75% des mamans allaitent
- Au Royaume-Uni, 70% des mamans allaitent
La France fait donc partie des pays européens où le taux d’allaitement à la naissance est le plus bas mais également où les femmes qui allaitent le font moins longtemps. Bien que près de 75% des femmes françaises déclarent vouloir allaiter leur bébé pendant quelques semaines minimum, la France fait partie des pays dont le taux d’allaitement est le plus bas. Ce taux évolue également selon les départements français avec une médiane estimée à 10 semaines. En Ille-et-Vilaine par exemple, le taux d’allaitement à la naissance est de 48,3% tandis qu’elles sont 70% en Isère.
Facteurs influençant la durée de l'allaitement
D’après une étude réalisée par le Deuxième certificat de santé (CS9), le taux d’allaitement en France va plus ou moins différer selon la durée du congé maternité, la catégorie socio-professionnelle, l’âge, la situation professionnelle ou le niveau d’étude de la maman. Dans cette étude, la proportion des femmes qui allaitent le plus sont généralement plus âgées, non fumeuses, cadres ou de profession intermédiaire et ayant eu un diplôme d’études supérieures.
En Europe, d’autres facteurs peuvent expliquer une telle différence. En Suède par exemple :
- La prise en charge de la maternité et des soins de santé de l’enfant se fait à 100% pour toutes les mères.
- Tous les pères ont droit à 10 jours de congés payés après la naissance.
- Le congé parental est de 480 jours et peut être partagé entre les deux parents avec un salaire maintenu à 80%.
- Un groupe de soutien à l’allaitement a été mis en place depuis 1973 et joue un rôle important.
- Au cours de l’enseignement secondaire, les étudiants suédois apprennent l’importance de la contraception mais aussi les bienfaits de l’allaitement.
En Norvège, les marques de lait infantile sont limitées et la publicité pour le lait en poudre est d’ailleurs interdite.
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Selon les pays et les départements, la part culturelle a donc une grande importance dans la décision d’allaiter ou non, mais le retour au travail impacte aussi défavorablement l’allaitement. En effet, parmi les mamans qui allaitent en France, seulement 40% continuent à le faire à 11 semaines post-accouchement. Cela correspond plus ou moins à la fin du congé maternité et à la potentielle reprise du travail.
L'allaitement en France : Tendances et défis
La pratique de l’allaitement a beaucoup progressé en France depuis les années 1990. Le nombre de mères allaitantes a évolué mais il reste assez stable depuis une dizaine d'années. Il est cependant inférieur à celui de nombreux pays européens. En France, à 6 mois, seul un enfant sur quatre est encore allaité comme le préconise l'OMS et plus de la moitié d’entre eux consommaient des préparations pour nourrisson en complément. À un an, seuls 9 % des enfants reçoivent encore du lait maternel. Par ailleurs, le sevrage en France, c'est-à-dire le moment de l'arrêt de l'allaitement maternel est assez précoce en France. Cela est souvent lié à la reprise du travail de la jeune maman.
En 2021, 77 % des femmes ont allaité leur enfant à la maternité contre 74 % une dizaine d’années plus tôt. En 2021, la moitié des mères qui allaitaient leur enfant « l’a fait pendant 20 semaines, contre 15 en 2012″. À six mois, « si moins d’un quart des nouveau-nés était encore allaité en 2012, plus du tiers l’était en 2021 ». À noter que les situations d’allaitement mixte, c’est-à-dire où l’allaitement s’accompagne de prise de lait artificiel au biberon, sont comprises.
Cependant, ce taux d’allaitement faible en France s’explique en partie par la situation de la jeune mère mais aussi par le manque d’informations sur le sujet. En effet, seulement 56 maternités françaises ont par exemple obtenu le label “Hôpital ami des bébés”, un label accordé aux établissement favorisant l’allaitement maternel. Ces maternités labellisées ne représentent que 10% des naissances en France. De plus, de nombreuses idées reçues circulent encore sur l’allaitement et lui portent préjudice.
Les difficultés liés à la mise au sein (57 %) et les problèmes d’organisation et de manque de temps (54 %) sont également invoqués par plus d’une femme sur deux. La France reste très en retrait en matière d’allaitement par rapport aux autres pays européens, qui se situent pour la plupart au-delà de 80 % d’allaitement à la naissance, selon les dernières données disponibles sur le sujet. Les auteurs de l’étude mettent en avant la difficulté de concilier un emploi avec l’allaitement.
Avantages de l'allaitement maternel et recommandations de l'OMS
D'après les chiffres de l'OMS, 40 % des enfants de moins de six mois sont allaités exclusivement au sein, c'est-à-dire qu'ils ont pour seule alimentation le lait maternel. Seuls 23 pays ont des taux d'allaitement exclusivement au sein supérieurs à 60 %. Cependant, les différentes campagnes menées par des ONG au niveau national et international ont permis de voir les choses évoluer.
L’allaitement au sein présente en effet des avantages théoriques pour la santé du bébé, notamment au niveau de son immunité.
Une vaste étude médicale a démontré que la généralisation de l’allaitement maternel permettrait d’éviter, chaque année, la mort de 823 000 enfants de moins de 5 ans dans le monde, et de prévenir plusieurs pathologies infantiles. Cette pratique réduirait aussi de 20 000 le nombre annuel de décès par cancer du sein chez les mères, dans les pays riches comme pauvres.
Dans les pays pauvres, le risque de mortalité, dans les six premiers mois, est huit fois inférieur lorsque les nourrissons bénéficient d’un allaitement maternel complet, par rapport à ceux qui en sont totalement privés. La tétée éviterait en particulier la moitié des épisodes de diarrhée et un tiers des infections respiratoires. Les pays riches, même si la mortalité infantile y est beaucoup plus faible, n’en sont pas moins concernés. Car l’allaitement y réduit de 36 % le risque de mort subite du nourrisson, et de 58 % celui d’entérocolite nécrosante, une perte de tissus de la muqueuse intestinale surtout observée chez les prématurés et parfois mortelle.
Le lait maternel assure une protection « probable » contre le surpoids et l’obésité, de même que contre le diabète. Les mères elles-mêmes, tireraient bénéfice d’une généralisation de l’allaitement au sein. Celle-ci permettrait d’éviter non seulement 20 000 décès annuels par cancer du sein, mais encore de les protéger contre le cancer de l’ovaire.
L'OMS préconise un allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de 6 mois, puis un allaitement partiel jusqu’à 2 ans ou plus, en complément d'une alimentation diversifiée.
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