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Le droit à l'avortement en Corée du Sud : Histoire et législation

Malgré une image de modernité portée par l’essor des nouvelles technologies, la société sud-coréenne conserve des aspects traditionnels, notamment en ce qui concerne le rôle des femmes, souvent perçues comme devant être dévouées à leur famille. Dans ce contexte socioculturel complexe, la question du droit à l’avortement a connu des évolutions significatives, marquées par des luttes féministes, des décisions judiciaires importantes et des débats passionnés.

Un verdict historique de la Cour constitutionnelle

Le 11 avril 2019, la Cour constitutionnelle de Corée du Sud a rendu un verdict historique, reconnaissant l'inconstitutionnalité de la criminalisation de l'avortement, une loi en vigueur depuis des décennies. Cette décision, adoptée par sept voix contre deux, a été saluée comme une victoire majeure pour les droits des femmes et le résultat d'années de combats militants. Elle a mis en lumière les tensions entre les valeurs traditionnelles et les aspirations à l'égalité des sexes dans la société sud-coréenne.

Un projet de loi gouvernemental jugé timoré

En octobre de la même année, le gouvernement a présenté un projet de loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sans restriction jusqu’à quatorze semaines de grossesse. Au-delà de ce délai, l'IVG resterait interdite, sauf en cas de viol, de danger pour la mère ou pour raisons « économiques et sociales » jusqu'à vingt-quatre semaines. Bien que cette proposition ait été perçue comme un pas dans la bonne direction, elle a suscité des critiques de la part des féministes, qui la considèrent comme trop restrictive et punitive.

L'impact du mouvement #MeToo

L'émergence tardive du mouvement #MeToo en Corée du Sud a eu un impact considérable sur la sensibilisation aux questions de genre et sur la lutte pour les droits des femmes. En 2018, une procureure, Mme Seo Ji-hyun, a publiquement accusé son supérieur de harcèlement sexuel, brisant ainsi la loi du silence. Son témoignage a encouragé d'autres femmes à dénoncer les violences sexistes, alimentant un mouvement de protestation sans précédent.

Durant l’été 2018, les plus importantes manifestations féministes de l’histoire du pays ont eu lieu à Séoul. Des dizaines de milliers de femmes ont dénoncé l’inaction des autorités face à la prolifération des caméras-espions, baptisées molka, placées dans les lieux publics pour les filmer à leur insu. Ces manifestations, aux cris de « Ma vie n’est pas ton film porno », ont mis en évidence la nécessité de lutter contre la culture sexiste et de protéger la dignité des femmes.

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Les racines historiques de la criminalisation de l'avortement

La criminalisation de l'avortement en Corée du Sud remonte à l'époque de l'occupation japonaise, en 1912. Même après la décolonisation en 1945, cette interdiction a été maintenue par le gouvernement, devenant un tabou pour la population. Dans les années 1970, le gouvernement encourageait même l'avortement sélectif pour éliminer les filles, en raison d'une forte préférence pour les garçons au sein des familles.

En 1973, la loi sur la santé de la femme et de l'enfant a introduit des exceptions limitées à l'interdiction de l'avortement, autorisant l'IVG en cas de viol ou d'inceste. Cependant, cette loi a également pénalisé les femmes et les médecins pratiquant l'avortement, considérant le corps des femmes comme des outils de production.

Les obstacles à l'accès à l'avortement

Malgré la décision de la Cour constitutionnelle de 2019, l'accès à l'avortement en Corée du Sud reste entravé par divers obstacles. De nombreuses écoles de médecine ne proposent pas d'enseignement sur l'avortement, et il n'existe pas de protocole médical standardisé pour pratiquer une IVG. De plus, la stigmatisation sociale et les préjugés persistent, rendant difficile pour les femmes d'obtenir des informations et des soins appropriés.

Selon le gynécologue Jung-won Yoon, « Si vous restreignez l'accès à l'avortement, les besoins existent toujours et les interruptions de grossesse dangereuses et clandestines vont augmenter. » Cette déclaration souligne l'importance de garantir un accès sûr et légal à l'avortement pour protéger la santé et la vie des femmes.

Un vide juridique et une situation précaire

En 2019, la plus haute juridiction sud-coréenne a déclaré anticonstitutionnelle le texte vieux de près de 70 ans qui interdisait l’avortement, et a demandé au gouvernement de prendre des mesures pour l’encadrer avant le 1er janvier 2021. Depuis, la situation n’a pas évolué. Par peur de perdre l’électorat religieux ultra-conservateur ou l’électorat féministe, ni la droite ni les démocrates n’ont fait bouger les choses. « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».

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L'avortement dans le monde : un droit menacé

Alors que le droit à l'IVG progresse dans certaines régions du monde, il est remis en question dans d'autres. Aux États-Unis, l'abrogation de l'arrêt Roe v. Wade en 2022 a laissé à chaque État le soin de légiférer en la matière, entraînant une régression du droit à l'avortement dans plusieurs États. En Pologne, l'avortement est presque devenu illégal depuis 2020, avec des conséquences tragiques pour les femmes enceintes.

Ces exemples soulignent la nécessité de rester vigilants et de défendre le droit à l'avortement comme un droit fondamental pour toutes les femmes. Comme le souligne Simone de Beauvoir, « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».

L'importance de l'éducation et de l'accès à la contraception

Pour réduire le nombre de grossesses non désirées et d'avortements, les activistes féministes insistent sur l'importance d'un meilleur accès à l'information, à la contraception et à une éducation sexuelle complète. Selon une représentante de la Kumfa (Korean Unwed Mothers' Families Association), « L'un des principaux problèmes est que notre éducation est axée sur l'abstention de relations sexuelles. »

Une étudiante et représentante de Femidangdang se souvient avoir assisté à des cours durant lesquels le professeur diffusait des vidéos truquées de bébés essayant d'échapper aux ciseaux lors de l'avortement. Elle souligne qu'on ne parle pas des relations sexuelles protégées et des relations saines. Ces témoignages mettent en évidence la nécessité d'une éducation sexuelle objective et factuelle, qui permette aux jeunes de prendre des décisions éclairées concernant leur santé sexuelle et reproductive.

Le rôle des organisations féministes

Les mouvements féministes jouent un rôle essentiel dans la lutte pour la décriminalisation totale de l'avortement en Corée du Sud. Selon Rada Tzaneva, chercheuse spécialiste du genre à Amnesty International, « Les femmes et filles coréennes ne devraient pas risquer leur santé et leur vie en n'ayant pas accès à des soins basiques ou en ayant recours à des avortements dangereux. »

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Les organisations féministes continuent de se mobiliser pour faire pression sur le gouvernement et sensibiliser le public à l'importance du droit à l'avortement. Elles plaident pour une réforme législative qui garantisse l'accès à des services d'avortement sûrs, légaux et abordables pour toutes les femmes, sans discrimination.

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