Les douleurs sacro-iliaques, touchant la région du bassin, peuvent être particulièrement préoccupantes après un accouchement. Cet article explore les causes de ces douleurs et les traitements disponibles pour soulager l'inconfort et améliorer la qualité de vie.
Comprendre l'articulation sacro-iliaque
Les articulations sacro-iliaques sont les deux articulations qui relient les os du bassin au sacrum, situé à la fin de la colonne vertébrale. Cette jonction entre le sacrum et les os iliaques (os de la hanche) relie le haut et le bas du corps. Bien qu'elle soit considérée comme peu mobile en comparaison avec l'articulation de la hanche, elle joue un rôle crucial dans la stabilité du bassin et la transmission des forces entre le tronc et les membres inférieurs. Un important complexe ligamentaire assure sa stabilité.
Reconnaître la douleur sacro-iliaque
Une douleur du territoire sacro-iliaque peut se situer dans le bas du dos, au niveau lombaire ou dans le haut de la fesse. La douleur est souvent décrite par les patient·es comme une douleur en aiguille, quelque chose d’assez pointu, assez aiguë, un blocage dans cette zone-là. Quand vous avez une douleur sacro-iliaque, vous n’avez en réalité pas vraiment "mal au dos", mais plutôt entre le dos et les hanches.
Causes des douleurs sacro-iliaques post-accouchement
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apparition de douleurs sacro-iliaques après l'accouchement :
Sollicitation durant la grossesse et l'accouchement: Le moment où cette articulation est la plus sollicitée est lors de la grossesse et de l’accouchement. Au cours de la grossesse, les articulations sacro-iliaques sont fortement sollicitées en raison d’une prise de poids. La grossesse peut aussi provoquer une sacro-illite, car les hormones produites rendent l'articulation sacro-iliaque plus flexible (afin de faciliter l'accouchement). En conséquence, cette articulation perd en stabilité et les muscles du dos augmentent leur tonus pour compenser ce déséquilibre. Les signes de la pathologie se manifestent dans les heures et les jours suivant l’accouchement.
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Facteurs mécaniques: Un mauvais mouvement, notamment après un mouvement contrarié de la jambe (coup de pied sur une surface dure, chute…), peut entraîner une impression de blocage dans l’articulation. La position assise prolongée peut aussi déclencher une douleur.
Pathologies inflammatoires: L’articulation sacro-iliaque est prise en étau entre les vertèbres lombaires (bas du dos) qui bougent avec leurs spécificités et la hanche qui bouge énormément. Donc une pathologie d’arthrose lombaire ou de hanche va forcément jouer sur la sacro iliaque. C’est en quelque sorte une réaction en chaîne. Il y a aussi la possibilité d’irradiations viscérales basses qui peuvent envoyer des douleurs dans le territoire de sacro iliaque. Ces douleurs peuvent donc également trouver leur origine au niveau digestif (intestin, viscères).
Autres causes: La conséquence d’une maladie inflammatoire ou infectieuse. Le syndrome sacro-iliaque est parfois confondu avec une problématique des vertèbres lombaires ou du nerf sciatique. Les douleurs de l’arthrose sont particulières, elles sont généralement plus fortes le matin, et diminuent progressivement au cours de la journée. Un traumatisme ou une blessure au niveau du bassin ou de la colonne vertébrale est aussi mis en cause. Une infection ostéo-articulaire peut aussi être à l’origine de cette pathologie. Une infection localisée dans une autre partie de l’organisme (voies urinaires, cœur…) peut se propager vers les articulations sacro-iliaques. Des troubles musculosquelettiques : hernies discales, troubles posturaux, déséquilibre du bassin… Des maladies congénitales : spina bifida, lombalisation du sacrum, sacralisation de la cinquième lombaire…
Diagnostic des douleurs sacro-iliaques
Un diagnostic rigoureux est essentiel pour une prise en charge efficace de vos douleurs. Pour savoir si l’articulation sacro-iliaque est à l’origine de la douleur, le médecin doit, après avoir interrogé le patient, l’examiner.
L’examen clinique, réalisé par le médecin ; il comprend un certain nombre de manipulations et de tests visant à évaluer la capacité de vos articulations. Des examens d’imagerie complémentaires : c’est-à-dire une radiographie du bassin et des sacro-iliaques, éventuellement complétée par une IRM. Le plus souvent un scanner ou une IRM du rachis lombaire est demandé pour rechercher une discopathie, une hernie discale ou de l’arthrose lombaire.
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L’étape ultime consiste en un « bloc-test », c’est-à-dire l’injection d’un anesthésique local sous scanner, faite par le radiologue, dont le but est l’amélioration temporaire des douleurs sacro-iliaques (de quelques heures à quelques semaines). Si après quelques minutes les douleurs ont disparu, le diagnostic est confirmé, c’est bien l’articulation sacro-iliaque qui est responsable de vos douleurs.
En cas de douleur intense et/ou persistante, mieux vaut consulter un médecin. Une multitude d'examens pourraient vous êtres proposés pour préciser le diagnostic. Ils varient selon la cause suspectée. Le plus souvent un examen physique et d'autres examens complémentaires, comme des radiographies du bassin ou des IRM sont réalisés.
Traitements des douleurs sacro-iliaques post-accouchement
Heureusement, ces symptômes parfois gênants ne sont pas une fatalité. En fonction de la cause exacte de vos douleurs (problème d’ordre mécanique, maladie inflammatoire ou arthrose), le traitement sera différent. Le contenu des séances varie en fonction de votre pathologie et l’objectif du traitement. Là encore, on ne peut pas faire de généralité ; le traitement va dépendre de la cause de vos douleurs, identifiée lors du diagnostic.
Kinésithérapie: Le traitement comportera en premier lieu de la kinésithérapie. Pour que le patient puisse garder son tonus musculaire et améliorer les capacités de mouvement de ses articulations, des séances de kinésithérapie peuvent être réalisées.
Infiltrations: Des infiltrations peuvent être envisagées. Si ces traitements ne sont pas suffisants pour calmer les douleurs, des infiltrations de corticoïdes peuvent être envisagées.
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Médicaments: Des médicaments antalgiques, anti-inflammatoires ou encore myorelaxants peuvent être prescrits pour soulager la douleur.
Mouvement doux: Pour soulager la douleur, c’est le "mouvement doux" qui est le plus souvent préconisé, comme la marche par exemple. Il faut que ce soit mobile, mais pas sur-mobilisé. Trop solliciter l'articulation n’est pas souhaitable, on mettrait de l’huile sur le feu. Il faut être dans le mouvement, mais dans le calme, la douceur, la rondeur. Évitez de piétiner, car ce n’est pas très bon. Les recommandations sont vraiment "patient·es-dépendantes". Cela s’évalue au cas par cas.
Exercices et étirements:
- Exercice de base : S’allonger sur le dos avec les genoux fléchis et les pieds à plat sur le sol. Pousser dans le sol et soulever les fesses, en étendant complètement les hanches. Une ligne droite doit se former entre les épaules et les genoux. Serrer les fessiers en atteignant l'extension complète des hanches et faire une pause en position haute pendant 1 à 2 secondes.
- Exercice avec bande de résistance : Pour augmenter l'activation des fessiers et rendre l'exercice plus difficile, placer une bande de résistance juste au-dessus des genoux. Réaliser le bridge en appuyant les talons dans le sol et en étendant les hanches tout en poussant les genoux contre la bande.
- Exercice avec adduction (pour les douleurs aux articulations sacro-iliaques) : Placer un ballon de volley-ball, un ballon de football ou un ballon de basket entre les genoux. Effectuer le bridge en pressant les genoux contre le ballon et en contractant les fessiers. Maintenir une pression sur le ballon durant tout le mouvement.
- Étirements :
- Chat-Vache : Position de départ : placez-vous à quatre pattes sur votre tapis, les genoux sous les hanches, les mains sous les épaules. Exécution : inspirez, creusez le dos (gardez la nuque longue sans « casser » le cou). Expirez, arrondissez le dos en regardant votre nombril. Répétez 10 fois la combinaison de ces deux mouvements.
- Chevalier servant : Position de départ : au sol (sur un tapis pour plus de confort), placez-vous en chevalier servant, pied droit devant et genou gauche derrière, au sol, les deux jambes sont fléchies. Exécution : inspirez, montez les bras au-dessus de votre tête (sans monter les épaules). Expirez, rétroversez le bassin (vous basculez le pubis vers le ciel). Gardez le nombril rentré vers la colonne vertébrale. Répétez le mouvement avec la jambe gauche devant.
- Enfant : Position de départ : placez-vous assis·e, les fesses sur vos talons. Exécution : inspirez, tendez les bras devant vous et glissez vos mains au sol pour y déposer votre front. Gardez vos fesses proches de vos talons. Vos genoux sont écartés à la largeur qui est confortable pour vous. Expirez, glissez vos mains et votre buste vers la gauche. Vous devez sentir un étirement sur tout le côté droit du buste (sous le bras, dans les côtes). Inspirez, revenez les bras au milieu. Expirez, glissez les mains vers la droite cette fois-ci.
- Étirement assis : Position de départ : assis·e sur une chaise, placez votre cheville droite sur le genou gauche. Gardez le genou droit bien ouvert. Vous pouvez poser les mains sur votre tibia droit. Exécution : inspirez, grandissez-vous en allongeant votre dos. Expirez, penchez-vous vers l’avant en basculant les fesses vers l’arrière. Gardez le dos droit (n’arrondissez pas le dos, ne cambrez pas non plus !). Répétez le mouvement avec la jambe gauche.
La régularité sera votre alliée ! Comme l’explique Hervé Perrigault : « il faut multiplier les situations d’étirement pour obtenir une décontraction musculaire. Il vaut mieux une intensité faible de l’ordre de 25/30 secondes, mais le faire souvent plutôt que longtemps. »
Marche : L’idéal, c'est de marcher 15/20 min sur terrain plat, les côtes ne sont pas trop indiquées avec la douleur. Marchez à plat avec des chaussures relativement neutres (pas de talons par exemple) et surtout, marchez souvent !
Pilates: Méthode de renforcement des muscles profonds et posturaux au poids du corps, le Pilates est un sport très efficace pour se renforcer en douceur. La respiration et la souplesse sont également travaillées lors de vos séances.
Intervention chirurgicale: Dans de très rares cas, une opération chirurgicale est envisagée. Par une cicatrice de quelques centimètres sur le bord externe de la fesse, nous allons introduire 3 implants en titane afin de bloquer l’articulation sacro-iliaque. La seul consigne que nous vous demandons de respecter est de marcher avec des béquilles pendant 21 jours afin d’avoir un appui soulagé du côté opéré. Il s’agit d’une articulation très peu mobile en situation normale. Vous ne ressentirez donc aucune perte de mobilité après la chirurgie. C’est le cas d’une fracture sévère au sacrum ou encore de l’ablation de tumeurs cancéreuses.
Prévention des douleurs sacro-iliaques
En restant en mouvement ! Essayez de faire des étirements régulièrement - au moins trois fois par semaine - et de vous créer une petite routine dans une ambiance qui vous plaît. Si vous êtes un·e lève tôt, faites votre séance au réveil ! Plutôt oiseau de nuit ? Le soir peut très bien convenir pour vous étirer. Votre pause déjeuner est votre seul créneau disponible ? Vous avez compris le principe. Le plus important est de ne pas voir cela comme une contrainte, mais comme quelque chose qui vous fait du bien. Pour travailler les étirements en profondeur, testez le Yin yoga. C'est un yoga très doux où l'on tient des longues postures au sol.
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