Introduction
Le sommeil de l'enfant est un sujet central dans le quotidien des familles. Les difficultés d'endormissement et les troubles du sommeil sont des préoccupations courantes pour les parents. Catherine Gueguen, spécialiste du soutien à la parentalité, apporte des éclairages précieux, basés sur les neurosciences affectives et sociales, pour comprendre les besoins émotionnels de l'enfant et favoriser un coucher paisible. Cet article explore les différentes facettes de cette problématique, en s'appuyant sur les travaux de Catherine Gueguen et d'autres experts, afin de proposer des pistes concrètes pour accompagner l'enfant vers un sommeil serein.
Les Émotions des Parents : Un Facteur Clé
Le moment du coucher peut réveiller des émotions profondes chez les parents. Des souvenirs d'enfance, où l'inquiétude, la solitude ou l'abandon étaient présents, peuvent inconsciemment influencer leur attitude. Il est donc essentiel de prendre conscience de ces émotions et des besoins qui les sous-tendent. Exprimer clairement ses besoins, en utilisant des messages « Je », permet d'apaiser les tensions.
Parfois, il est nécessaire d'envisager des changements plus importants dans sa vie personnelle pour réduire le stress et l'anxiété qui peuvent impacter le sommeil de l'enfant. Changer de poste, trouver un temps de décompression, déménager pour se rapprocher de la famille, ou demander de l'aide en cas de difficultés financières sont autant de pistes à explorer.
Les Croyances Culturelles et la Rigidité
Nos croyances sur le sommeil des enfants peuvent également être une source de rigidité. On pense souvent que les enfants doivent dormir à une heure précise et d'une certaine manière « pour leur bien ». Or, les enjeux liés au sommeil sont avant tout culturels. L'expérience relatée par Catherine Gueguen, concernant une tribu indonésienne dormant toujours ensemble pour se réconforter mutuellement, illustre bien cette relativité culturelle.
Il est important de se rappeler qu'on n'éduque pas au sommeil : un enfant a sommeil ou n'a pas sommeil, comme il a faim ou n'a pas faim. L'objectif est de trouver un équilibre entre les besoins de l'enfant et ceux du parent.
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Les Besoins Individuels de Sommeil
Les besoins de sommeil sont individuels et varient d'un enfant à l'autre. Chaque enfant a son propre rythme biologique, qui se manifeste dès la première année de vie. Il est donc essentiel d'être attentif aux signaux de son corps, comme les frissons de fin de journée, qui annoncent le sommeil.
Devenir un modèle pour son enfant est primordial. En exprimant soi-même son besoin de sommeil (« J'ai vraiment sommeil, je vais me coucher »), on lui montre que le respect des besoins physiologiques est positif. On peut également accompagner les manifestations du sommeil chez l'enfant par des mots : « Je t'ai vu bailler/frissonner/te frotter les yeux/caresser ton doudou. Te sens-tu fatigué.e ? As-tu envie de te reposer ? ».
Il est important de faire confiance à l'enfant pour qu'il apprenne à écouter son corps et à reconnaître les signaux de fatigue. Se coucher quand on a sommeil doit être perçu comme un plaisir.
L'Importance de la Présence et de l'Écoute
Consoler un enfant et le réconforter ne font pas de lui un tyran. La tyrannie apparaît lorsque les adultes entretiennent des rapports de force avec lui, ne lui montrent pas le chemin, et ne transmettent pas l'empathie, la bienveillance et l'altruisme. Un petit enfant est fragile et a besoin d'attention et de présence.
Il est important de se mettre à la place de l'enfant et de se demander si, en tant qu'adultes, nous accepterions qu'on nous dise de façon autoritaire « Va te coucher ! ». L'enfant se sent alors humilié, rejeté et désemparé. Il exprime son besoin de présence et de proximité en allant dans la chambre des parents, en refusant de se coucher, en se relevant plusieurs fois, en appelant dans la nuit, ou en pleurant.
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L'écoute active et l'accueil des émotions sont essentiels dans ces situations. On peut ainsi dire à l'enfant : « On s'est disputé avec papa, tu nous as entendus ? Tu as eu peur ? C'est vrai que c'impressionnant d'entendre des adultes se disputer. Tu as peur que papa parte/ de te retrouver tout seul ? » ou « Mamie est morte, j'ai beaucoup de chagrin, tu me vois pleurer de temps en temps, peut-être que toi aussi tu as besoin de pleurer ? ».
Le Réservoir d'Amour et les Rituels
Lawrence Cohen, psychologue américain, utilise l'image du réservoir d'amour pour expliquer l'attachement des enfants aux parents. Ce réservoir doit être rempli régulièrement. Il est important de passer au minimum 10 à 20 minutes par jour de temps dédié avec son enfant.
Les rituels, des suites d'actions identiques qui se répètent dans le même ordre et au même moment, sont également importants. On peut intégrer du coloriage, de l'écoute musicale, un temps de respiration ou des massages dans ces rituels.
L'Intelligence Émotionnelle et l'Expression des Émotions
L'intelligence émotionnelle, c'est la capacité à reconnaître ses émotions, à les comprendre et à se sentir autorisé à les exprimer. Il est donc essentiel d'apprendre à les apprivoiser, pour pouvoir s'ouvrir au monde et composer avec les émotions des autres.
Pour aider l'enfant à développer son intelligence émotionnelle, il est important de :
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- Identifier ses propres émotions et celles des autres.
- Comprendre ses émotions.
- Utiliser ses émotions.
- Gérer ses émotions (apprendre à s'autoréguler).
Les neurosciences affectives ont permis de mieux comprendre l'enfant, ses émotions, le développement de son cerveau et, de ce fait, ses capacités réelles, émotionnelles, ainsi que son rythme de développement. Les jeunes enfants sont dominés par leur cerveau archaïque et émotionnel, ce qui explique leurs réactions intenses.
Il est important d'adopter une attitude bienveillante et d'éviter le stress, qui se répercute sur l'enfant. Utiliser le vocabulaire émotionnel dès le plus jeune âge permet à l'enfant de verbaliser ses émotions. Le jeu est une excellente base d'échanges et de discussions.
Pour les enfants aux besoins spécifiques ou ayant un trouble du spectre de l'autisme, des solutions existent pour les aider à identifier leurs émotions et celles des autres.
Outils et Jeux Éducatifs pour Apprivoiser les Émotions
Plusieurs outils et jeux éducatifs peuvent aider l'enfant à comprendre et à maîtriser ses émotions :
- Kit d'activités émotions : Permet d'aborder les émotions et les expressions corporelles associées.
- Émoticartes enfants : Aide l'enfant à repérer l'émotion qui le traverse, à la nommer et à trouver des solutions pour mieux la gérer.
- Poupée empathie - Ingrid : Favorise le développement de l'empathie.
- Mets-toi à ma place : Invite l'enfant à observer différentes situations, à se mettre à la place des personnages et à décrire ce qu'ils ressentent.
- Avale-soucis : Donne à l'enfant la possibilité d'exprimer un chagrin, une tristesse, une contrariété ou une inquiétude. On l'invite à l'écrire ou à la dessiner sur un petit papier et à l'enfermer dans l'Avale-souci.
- Lot figurines la couleur des émotions : Aide à reconnaître ses émotions, à les nommer et à en parler.
L'Empathie : Une Valeur Essentielle
L'empathie, c'est comprendre que les autres aussi ressentent des émotions. Il est important d'aider son enfant à construire et à développer de l'empathie, car elle permet de lui transmettre des valeurs d'ouverture, de tolérance et de respect. L'empathie apparaît chez les tout-petits vers la fin de la première année et se développe progressivement.
La Sécurité Affective et les Relations d'Attachement
Les enfants développent des relations d'attachement avec les personnes qui prennent soin d'eux habituellement et qui répondent à leurs besoins d'affection, de proximité et de réconfort. La sécurité affective découle des réponses des adultes à ces besoins. Elle correspond au sentiment d'être compris, important et unique.
Bien que les chercheurs se soient longtemps focalisés sur la relation à la mère, on sait désormais que les enfants développent de véritables relations d'attachement avec d'autres adultes et même avec des enfants. Ces relations d'attachement ont toutes un rôle à jouer dans le développement de ce sentiment de sécurité si important pour la suite de leur développement.
À l'âge de la maternelle, les enfants ont encore un besoin quasi physiologique de pouvoir compter sur les adultes à proximité. La sécurité affective est très liée à l'exploration et donc aux apprentissages. Il faut que l'enfant se sente suffisamment en sécurité pour que son attention se détourne de ses besoins de proximité et de réconfort.
Les "Douces Violences" et la Bienveillance
Christine Schuhl, éducatrice de jeunes enfants, analyse les « douces violences », qu'on retrouve dans toutes les situations d'éducation, et propose des pistes pour y remédier. La sécurité affective est souvent égratignée lors de ces situations, bloquant le circuit des apprentissages chez l'élève.
Voici quelques exemples de « douces violences » :
- L'accueil : Parler de l'enfant à la troisième personne, critiquer un parent devant son enfant, retirer systématiquement le doudou dès l'arrivée.
- Le jeu : Forcer l'enfant à faire une activité, presser l'enfant, commenter négativement ses acquisitions, comparer les enfants entre eux, ne pas laisser un enfant emporter un dessin, culpabiliser l'enfant parce qu'il refuse une activité, retirer systématiquement le doudou durant toute l'activité.
- Le sommeil : Forcer un enfant à dormir, ne pas coucher l'enfant lorsqu'il a sommeil, réveiller rapidement un enfant qui dort sans explicitation, discuter à haute voix alors que les enfants essaient de s'endormir ou dorment, laisser les enfants dans leur lit lorsqu'ils sont bien réveillés pour attendre que tous les autres enfants soient réveillés.
- Au fil de la journée : Appeler les enfants uniquement par des surnoms ne respectant pas leur véritable identité, juger par la dévalorisation, parler à l'enfant à la troisième personne (« Sébastien n'est pas gentil, il a encore tout renversé ! »).
L'éducation bienveillante est un sujet de plus en plus à la mode, mais il est important d'éviter les excès et le laxisme. Il ne s'agit pas de faire passer tous les besoins de l'enfant avant les siens, mais de trouver un équilibre. Un cadre est nécessaire pour l'enfant, mais il doit être adapté à ses besoins.
Le Doudou : Objet Transitionnel et Source de Réconfort
Le doudou, ou objet transitionnel, est un élément essentiel dans le développement des jeunes enfants. Il peut s'agir d'une peluche, d'un tissu, d'une étiquette, ou même d'une sensation. L'enfant l'utilise pour s'endormir et s'apaiser.
C'est Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste anglais, qui a théorisé ce concept. Il a observé que les enfants utilisent un tissu pour se réconforter dans les moments de séparation. Cet objet transitionnel est comme une représentation du sein, premier support de satisfaction et de plénitude. Il permet à l'enfant de supporter l'absence, de retrouver sécurité, réconfort et plénitude.
L'objet transitionnel appartient vraiment à l'enfant. C'est lui qui le choisit, qui le trouve, qui le crée. Il accompagne l'enfant dans son processus d'individualisation, qui le mène d'une dépendance absolue à la naissance à une dépendance relative en grandissant.
Il est important de laisser les doudous à disposition des enfants et de ne pas leur proposer systématiquement le doudou comme réponse unique. La relation adulte-enfant est toujours prioritaire. Il ne faut pas non plus imposer un objet qui deviendrait plus une habitude qu'un réel effet réconfortant.
Lorsque l'enfant grandit, il peut utiliser son doudou moins souvent, ou s'en éloigner. Il ne sert à rien de vouloir le lui enlever avant qu'il ne soit lui-même prêt.
Le "Mange-Soucis" : Un Allié pour Exprimer les Émotions
Le « mange-soucis » ou « avale-soucis » permet aux enfants d'exprimer leurs émotions. Comme l'explique Catherine Guéguen, chez les jeunes enfants, c'est le cerveau archaïque et émotionnel qui domine, ce qui fait qu'il crie, hurle, pleure, fait une colère… Le « mange-soucis » est souvent représenté par un petit monstre, mais il peut aussi prendre la forme d'une grenouille à la large bouche permettant d'engloutir des petits mots écrits mais surtout des mots-maux oraux.
L'association « Céline et Stéphane Leucémie Espoir 29 » a créé un doudou qui comporte une poche pour décharger ses émotions négatives, inspiré de la situation anxiogène actuelle.
Time-Out : Une Pratique à Encadrer
Le « time-out », ou temps-mort, est une pratique qui consiste à isoler temporairement un enfant dont le comportement est problématique. Il est techniquement défini comme « toute procédure qui vise à réduire le comportement inacceptable de l’enfant en lui imposant une réduction des renforçateurs disponibles pendant une période brève bien définie, conditionnée au comportement inacceptable ».
Le temps-mort remplit plusieurs rôles :
- Punition (une conséquence aversive qui va diminuer la probabilité d’occurrence du comportement qui l’a précédée immédiatement).
- Extinction (le retrait des stimulations qui renforcent le comportement indésirable, notamment l’attention des autres).
- Temps calme (facilitant le retour à la normale de l’équilibre émotionnel et de l’activation physiologique).
Il est important de noter que le temps-mort doit être utilisé uniquement pour punir des comportements opérants ou délibérés sur lesquels l’enfant a un certain contrôle. Il doit être utilisé pour des comportements prédéfinis et explicités à l’enfant comme étant inappropriés. La durée du temps-mort doit être limitée (au-delà de 5 minutes, l’efficacité ne s’améliore pas).
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