L'avortement est un sujet de société majeur aux États-Unis, provoquant une fracture entre les États répressifs et ceux soucieux des droits reproductifs. La position de Donald Trump sur cette question est complexe et a évolué au fil du temps, suscitant des controverses et des inquiétudes.
Un revirement historique : L'abolition de Roe v. Wade
Donald Trump aime à rappeler qu'il a joué un rôle clé dans l'abolition de l'arrêt « Roe v. Wade » qui protégeait l'IVG au niveau fédéral en nommant des juges conservateurs à la Cour suprême. Le 24 juin 2022, ces juges abrogeaient l’arrêt Roe vs Wade qui, depuis quarante-neuf ans, sanctuarisait dans la Constitution le droit à l’avortement.
Une position ambiguë : « S'en remettre aux États »
Sur la question clé des conditions d'accès à l'avortement, le candidat républicain à la Maison-Blanche répète à l'envi vouloir « s'en remettre aux Etats », sans préciser sa position. Il sait qu'il avance en terrain miné. L'interdiction totale de l'IVG est impopulaire au niveau national, y compris dans la plupart des Etats conservateurs.
L'avortement, un enjeu de la campagne électorale
Les démocrates en sont bien conscients : avec Kamala Harris, ils ont fait de la défense des droits reproductifs un des principaux enjeux de la campagne électorale. Avec un certain succès. La candidate démocrate remporte les suffrages de l'électorat féminin avec 13 points d'avance, selon le dernier sondage Ipsos pour la chaîne ABC publié dimanche, quand elle accuse cinq points de retard chez les hommes. Elle est en tête au total, 50 % à 46 %, dans ce même sondage.
Donald Trump cherche la parade, mais il ne peut pas se permettre de trop s'éloigner de l'orthodoxie de son parti, historiquement opposé à l'avortement.
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Les difficultés de Trump face aux référendums sur l'avortement
Il s'est ainsi retrouvé en difficulté à propos d'un référendum organisé en Floride, son état de résidence, afin de sécuriser l'accès à l'IVG jusqu'à ce que le foetus soit capable de survivre hors de l'utérus, contre une limite à six semaines de grossesse actuellement.
« Six semaines c'est trop court », a-t-il d'abord lancé jeudi à NBC, laissant entendre qu'il voterait en faveur de cette proposition. Avant de se raviser le lendemain, annonçant à Fox News qu'il voterait « non ». Malgré son revirement rapide, les tergiversations de Donald Trump sur le sujet ont entraîné une levée de boucliers chez ses soutiens les plus radicaux.
Un fossé qui se creuse avec le mouvement anti-avortement
La réaction épidermique du mouvement anti-avortement n'est pas anodine. Il sent que sa mainmise sur le « Grand Old Party » n'est plus aussi assurée. Le Parti républicain est aujourd'hui entièrement inféodé à Donald Trump. Il a redessiné le parti à son image, revenant par exemple sur son engagement historique en faveur du libre-échange, et a redéfini sa politique extérieure.
L'avortement pourrait suivre, redoutent les militants anti-IVG. Lors de la convention républicaine de juillet, Donald Trump avait déjà édulcoré la position du parti sur le sujet en renonçant à appeler à une interdiction fédérale de l'avortement. Il cherche également à se démarquer des positions les plus radicales du mouvement sur le sujet de la procréation médicalement assistée. Jeudi, il s'est ainsi engagé à rendre la fécondation in vitro (FIV) gratuite s'il était élu.
Une manière de neutraliser les attaques des démocrates sur le sujet, alors que la procréation médicalement assistée est désormais dans le viseur du mouvement anti-avortement.
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Les inquiétudes concernant les droits humains
Le retour de Donald Trump à la Maison blanche suscite de nombreuses inquiétudes en matière de droits humains. Son premier mandat avait été marqué par des politiques ou des actions discriminantes et xénophobes. Les violations des droits des femmes, notamment en lien avec le droit à l’avortement, observées précédemment appellent à la plus grande vigilance. Une régression qui impacte doublement les plus défavorisées. Cette atteinte à leur droit a mobilisé une nouvelle génération de militantes qui interpelleront la Maison-Blanche dans les années qui viennent.
Le débat entre Kamala Harris et Donald Trump
Le mardi 10 septembre, devant les caméras d’ABC, les deux candidats à la présidentielle, Kamala Harris et Donald Trump, débattent à couteaux tirés au sujet de l’avortement. La candidate démocrate réaffirme sa volonté de redonner aux Américaines le droit d’interrompre leur grossesse. Le candidat républicain n’est pas à l’aise sur le sujet, il sait qu’il peut lui coûter des voix. Mais il lance quand même, devant des millions de téléspectateurs médusés, que le colistier de la démocrate, Tim Walz, juge « acceptable que des bébés soient exécutés après la naissance ». Kamala Harris dénonce une nouvelle fake news et rappelle aux Américains que c’est Trump, durant son mandat, qui a nommé les trois juges de la Cour suprême ayant mis fin à presque un demi-siècle de droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
Les conséquences de l'abrogation de Roe v. Wade
Un an et demi plus tard, fin décembre 2023, une jeune Texane de 23 ans, Alexandria Cardenas, fait un test de grossesse : il est positif. La jeune fille fond en larmes.
Depuis la révocation de l’arrêt Roe vs Wade, quatorze États, dont le Texas, interdisent les IVG. Huit autres en restreignent drastiquement l’accès. Résultat, près de 23 millions d’Américaines en âge de procréer - soit une sur trois - ne peuvent plus avorter dans l’État dans lequel elles vivent. Au cours de l’année 2023, au moins 170 000 d’entre elles ont dû, à l’instar d’Alexandria, partir avorter dans un autre État. Ce chiffre devrait encore grimper, car la Floride a récemment abaissé de quinze semaines à six la durée limite de grossesse pour pouvoir pratiquer une IVG.
Selon la chercheuse d’Amnesty International USA Jasmeet Sidthu, les États-Unis violent leur obligation en droit international de garantir aux personnes enceintes la possibilité d’interrompre leur grossesse. « L’Amérique traverse une crise sans précédent, ajoute-t-elle, qui impacte de façon disproportionnée les groupes de populations les plus marginalisés. »
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Les populations marginalisées sont les plus impactées
Zaena Zamora vit cette crise en première ligne. Depuis 2019, cette travailleuse sociale installée dans la région de Brownsville, à l’extrême sud du Texas, aide les personnes défavorisées à avorter en prenant en charge leurs frais de déplacement ou les honoraires médicaux. Un coup de pouce bienvenu dans cette région ouvrière peuplée à 89 % de Latinos, et où un quart des habitants vit sous le seuil de pauvreté - deux fois et demie plus que la moyenne nationale. Malgré l’immensité des besoins, le nombre de femmes texanes sollicitant les services de Zaena a été divisé par quatre, depuis l’abrogation de Roe vs Wade : « Auparavant, dans notre État, la clinique la plus proche était à deux heures de route. Maintenant, les femmes doivent se rendre au Nouveau-Mexique, à plus de douze heures d’ici, explique la quadragénaire. L’avion n’est pas une option : le prix est exorbitant. Ajoutez à cela la barrière de la langue, la nécessité de s’absenter du travail et de trouver une garde pour ses enfants. Au-delà des obstacles financiers, entreprendre un tel périple est insurmontable pour les plus modestes. De plus en plus de femmes ne peuvent pas se le permettre, et elles baissent les bras. »
Ces grossesses non désirées, qui se chiffreraient en dizaines de milliers à l’échelle du pays, ont des répercussions concrètes, pour ne pas dire vitales. Selon deux études des universités du Maryland et du Michigan, la mortalité infantile au Texas a augmenté de 13 % après la loi de 2021 restreignant le recours à l’avortement. L’explication ? L’effondrement du nombre d’avortements médicaux a entraîné une augmentation des naissances d’enfants atteints d’anomalies congénitales, et du nombre des IVG clandestines. L’abrogation de Roe vs Wade devrait encore accélérer la tendance. C’est au Texas que, pour la première fois depuis quinze ans, le nombre de grossesses d’adolescentes augmente. Surtout chez celles issues de minorités.
À Dallas, Anna Rupani dirige l’association Fund Texas Choice, qui aide chaque mois 200 femmes à avorter hors du Texas. Elle met en cause les politiciens qui les privent de leurs droits : « Les deux tiers de ces femmes que nous aidons ont déjà des enfants. 85 % d’entre elles sont racisées. Elles ne sont pas de jeunes étourdies, mais des adultes qui renoncent à enfanter pour des raisons le plus souvent financières. Or les politiciens anti-IVG connaissent ces statistiques : ils savent quelles populations seront principalement atteintes par leurs restrictions. Ils se contentent d’en prendre acte. C’est pourquoi je considère que l’interdiction de l’avortement a tout d’une mesure raciste et classiste, s’indigne cette travailleuse sociale de 38 ans. À cause de leur politique, des milliers de femmes vulnérables vont un peu plus s’appauvrir, dans un État où le salaire minimum n’a pas été relevé depuis quinze ans et qui détient le record national du nombre de personnes dépourvues d’une assurance santé. »
Comme huit autres États ayant proscrit l’IVG, le Texas n’a pas prévu d’exception en cas de viol, y compris de nature incestueuse. Les chercheurs estiment qu’environ 65 000 Américaines tombées enceintes après un viol n’ont pas pu accéder à une IVG après l’abrogation de Roe vs Wade. Seule exception prévue par la loi texane, les grossesses mettant en danger la vie de la mère. Or le texte est, là encore, si flou qu’il pétrifie les médecins.
Le combat judiciaire continue
Malgré la succession de témoignages insoutenables à la barre, la Cour suprême texane s’est montrée inflexible. Le 31 mai, les neuf juges - tous républicains - ont rejeté la demande des vingt plaignantes. « Je ne reconnais plus le Texas, enrage Lauren Miller. Cet État s’est construit sur une farouche indépendance vis-à-vis du gouvernement fédéral pour finir par se vautrer dans une invraisemblable immixtion dans la vie privée de ses citoyennes. » L’échec judiciaire ne la décourage pas. La jeune maman sillonne les États-Unis pour témoigner.
L'avortement, un enjeu crucial pour la présidentielle
Le drame de Lauren Miller, comme celui de tant d’autres Américaines percutées par l’abrogation de Roe vs Wade, a fait naître une nouvelle génération de militantes féministes. La fin de Roe vs Wade a transformé la question de l’IVG en un puissant carburant politique à l’échelle nationale.
L'offensive contre l'arrêt Roe v. Wade
Un rappel historique de l’évolution de l’offensive contre l’arrêt Roe v Wade, la décision historique de la Cour suprême qui a dépénalisé l’avortement en 1973, permettra de mieux comprendre les enjeux autour de la question polarisante de l’avortement.
Au milieu des années 1960, la mobilisation des féministes commence à porter ses fruits avec l’abrogation de la loi Comstock de 1873 interdisant la circulation de toute information sur la contraception, l’avortement et la distribution de moyens contraceptifs. En 1968, R. Reagan, alors gouverneur républicain de Californie, signe l’une des premières lois aux États-Unis, dépénalisant l’avortement. Progressivement, les États emboitent le pas à la Californie car aux États-Unis, ce sont alors les États fédérés qui légifèrent sur cette question. Il faut attendre la décision de l’arrêt Roe v. Wade du 22 janvier 1973 pour que l’avortement devienne un droit constitutionnel pour toutes les Américaines. Cet arrêt confirme le principe de la liberté individuelle de décision en matière de procréation. Toutefois si ce droit est absolu pendant le premier trimestre, il s’efface au profit des États dès la constatation de la viabilité du fœtus, soit entre la 24e et 28e semaine (sauf si la santé ou la vie de la mère sont en danger). Depuis l’arrêt Roe V Wade, le mouvement pro-vie s’est transformé en un mouvement national organisé dont la mobilisation ininterrompue au cours de ces 45 dernières années a réussi à rendre quasi-caduc l’arrêt historique.
Les mesures restrictives
Plus de 330 amendements pour la sainteté de la vie ont été introduits au Congrès depuis 1973 (Human Life Action, 2018). Dès 1976, l’amendement Hyde interdit la prise en charge de l’avortement par l’assurance publique Medicaid, l’aide médicale réservée au plus démunis (sauf en cas de grossesse issue de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère). En 1992, l’arrêt Planned Parenthood of Southeastern Pennsylvania v. Casey, consolide le pouvoir des États en matière de régulation de l’accès à l’avortement.
La polarisation de l'avortement
Aux États-Unis, la polarisation de l’avortement est une histoire violente, marquée d’une rhétorique culpabilisante et humiliante, justifiée le plus souvent au nom de la doctrine religieuse. Les femmes y ayant recours sont accusées d’avoir fait un pacte avec le diable, d’être les ennemies de l’humanité et les principales responsables d’un holocauste humain, de violer le principe de la dignité et de l’aspect sacré de la vie humaine.
L’histoire de l’avortement est également une histoire traversée de scènes violentes inattendues : attaques à la bombe contre les cliniques et meurtres de médecins. Au total, à ce jour, plus d’une quinzaine de personnes ont payé de leur vie pour avoir pratiqué des avortements, sans oublier les menaces de mort envoyées quotidiennement aux familles du personnel hospitalier des cliniques d’IVG. Encouragés par les avancées technologiques, les groupes pro-vie usent désormais d’une stratégie payante qui consiste à s’attaquer directement à la profession médicale, via des campagnes de choc d’imagerie de battements de fœtus, ou encore de fœtus avortés, de diffusion de fausses informations sur les risques liés à l’avortement (augmentation du cancer des seins ou de l’utérus), de décrédibilisation et remise en cause du savoir médical. Les lois connues sous le nom TRAP (Targeted Regulation of Abortion Providers) ont entraîné la fermeture de dizaines de cliniques dans tout le pays en raison des mesures d’hygiène et de sécurité draconiennes imposées. Leur efficacité est indéniable : 6 États (le Mississippi, le Kentucky, la Virginie Occidentale, le Wyoming, le Dakota du Nord et du Sud) n’ont plus qu’une seule clinique pratiquant l’IVG.
L’arrivée de D. Trump à la Maison-Blanche a encouragé les groupes pro-vie à redoubler d’efforts. Pour la seule année 2017, 26 États ont mis en place 53 mesures de restrictions à l’avortement. Par ailleurs, on assiste à la prolifération de centres de santé, sortes de centres de grossesse installés à côté des cliniques d’avortement. Ces centres usent de subterfuges pour attirer les patientes en leur proposant une échographie gratuite et les dissuader de mettre fin à leur grossesse.
L'instrumentalisation de la question du contrôle du corps des femmes
Depuis la présidence R. Reagan, la question de l’avortement s’est invitée au cœur des débats des campagnes présidentielles et marque le retournement de la philosophie conservatrice dans les questions sociétales aux États-Unis. Le financement du planning familial et l’accès à la contraception sont devenus des enjeux d’intérêt idéologiques irréconciliables au sein de la société américaine et de luttes partisanes exacerbées par les rapports de pouvoir entre État fédéral et État fédéré. À l’instar de R. Reagan, ou encore G. H. W. Bush, qui fut l’un des principaux promoteurs des programmes de planning familial au Congrès dès le début des années 1970, D. Trump n’hésite pas à faire volte-face sur la question pour des considérations électorales.
Bien qu’à titre personnel D. Trump soit le moins religieux des candidats, préférant sa partie de golf à la messe du dimanche matin, il a su motiver les évangéliques chrétiens pendant la campagne présidentielle, promettant la nomination de conservateurs à tous les niveaux des branches décisionnelles, et en particulier à la Cour suprême.
Ministres et responsables s’illustrent par leur discours contre les droits des femmes - remise en cause de l’efficacité des moyens contraceptifs, lois contre les programmes d’éducation sexuelle au profit des programmes d’abstinence, interdiction du recours à l’avortement pour les immigrées enfermées dans les centres de détention de l’immigration - ou ont été à l’initiative de lois les plus restrictives en matière d’avortement. À la tête de ce dispositif et principal conseiller de D. Trump en la matière, le vice-président, M. Pence, qui en tant qu’ancien gouverneur de l’Indiana avait co-sponsorisé des lois contre l’avortement thérapeutique et pour l’obligation de funérailles pour le fœtus avorté, cette dernière ayant été jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême (Collins G., 2017).
Lors de la 45e édition de la Marche pour la vie organisée en janvier 2018 à Washington, M. Pence, au nom du Président Trump qu’il qualifie de président le plus pro-vie de l’histoire des États-Unis, annonce l’avènement d’une ère nouvelle en voie de restaurer la culture de la vie grâce à l’émergence d’une génération pro-vie (White House, janvier 2018). D. Trump devient le premier président américain à s’adresser aux participants de la Marche pour la vie, via discours satellite. Puis, l’annonce surprise du départ à la retraite du juge Anthony Kennedy de la Cour suprême en juillet 2018 vient parachever le dessein de D. Trump. Après la confirmation de son nominé Neil Gorsuch à la Cour suprême en avril 2017, D. Trump a pu nommer un second juge, Brett Kavanaugh, malgré le témoignage d’agression sexuelle par le professeur Christine Blasey Ford auprès de la commission sénatoriale. Force est de constater que D. Trump est dorénavant entouré d’une équipe déterminée à faire de l’avortement une « chose du passé » pour reprendre les propos de M. Pence. Le terrain étant préparé pour un potentiel « Après Roe », D.
À peine installé à la Maison-Blanche et deux jours après la Marche historique des femmes le 21 janvier 2017 - organisée en réaction à son investiture et qui a rassemblé des centaines de milliers de participantes à Washington et autres villes américaines - D. Trump signe son premier décret présidentiel (executive order), entouré uniquement d’hommes blancs, « le Global Gag Rule » ou la règle du bâillon mondial qui interdit tout financement fédéral aux organisations non gouvernementales dont les actions soutiennent de près ou de loin l’accès à l’avortement. Adoptée pour la première fois par le président Reagan en 1984 lors de la seconde conférence internationale sur la population à Mexico, cette mesure met fin à plus de vingt-cinq ans d’engagement dans le domaine des programmes de planification familiale à l’étranger.
Au niveau national, D. Trump s’attèle à saper le système de couverture de santé universelle votée en 2010 sous Obama. L’Obamacare ou Affordable Care Act (ACA) a permis à 55 millions d’Américaines d’avoir accès aux programmes de planning familial dans leur couverture sociale. Usant de stratégies de contournement, D. Trump annonce une série de mesures qui visent à sonner le glas des programmes de planning familial aux États-Unis.
En octobre 2017, D. Trump annule l’obligation de remboursement de la contraception par les employeurs, l’une des clauses de l’ACA. Cette exemption, déjà accordée aux institutions religieuses, s’étend dorénavant aux entreprises privées également. Ainsi, à la seule annonce de cette mesure, nombre d’Américaines ont opté pour la pose d’un stérilet. Dans l’Amérique de D. Trump, c’est l’État qui dicte les choix des Américaines en matière de procréation. Puis fin mai 2018, il se lance dans un projet d’amendement du Title X, un des programmes phares du Medicaid, voté sous R. Nixon avec l’aval des Démocrates et des Républicains au Sénat. Sous le Title X, les agences de planning familial reçoivent des financements fédéraux pour les programmes de santé génésique, à savoir accès à la contraception, suivi de grossesse, dépistage des cancers. D. Trump propose un décret sur la liberté religieuse et le respect des objections de conscience. Les médecins et infirmières des centres de planning familial subventionnés par le Title X n’auront plus à fournir des informations sur les cliniques pratiquant d’IVG.
Les deux années de présidence de D. Trump ont été marquées par une multitude de propos sexistes et misogynes, par la nomination de pions stratégiques à tous les échelons institutionnels, dont deux juges ultraconservateurs à la Cour suprême, une cascade de décrets, de mesures et de propositions de lois limitant l’accès à la contraception et à l’avortement. Non seulement, ces deux années annoncent une vision apocalyptique des droits reproductifs des Américaines pour les décennies à venir, mais elles représentent également une atteinte à la liberté individuelle de tout couple et de la femme en particulier. Le projet d’amendement du Title X va encore plus loin car il s’attaque à la question fondamentale de l’égalité en matière d’accès à des soins basiques et essentiels. Ainsi le droit à la mammographie ou encore le dépistage du cancer dépendra du milieu socio-économique ou du groupe ethnique.
L’instrumentalisation de la question du contrôle du corps des femmes est devenue un enjeu de lutte partisane. Les débats clivants autour de la nomination de Brett Kavanaugh en octobre 2018 ont confirmé l’évolution d’un Parti républicain, qui sous couvert d’une rhétorique religieuse et moralisatrice, entend bien instaurer une culture de la vie au détriment du droit des femmes. Appuyés par un président se faisant le chantre de l’abrogation de l’arrêt Roe v. Wade, les ultraconservateurs comptent gagner la guerre culturelle autour du corps des femmes. La polarisation de la question de l’avortement n’est aussi que le reflet des luttes de pouvoirs à tous les niveaux de l’institution américaine : entre État fédéral et États fédérés, entre exécutif et législatif et entre une société civile de plus en plus divisée. La judiciarisation des droits des femmes et des droits du fœtus met en évidence une hiérarchisation des droits, où le statut de « patient » accordé au fœtus semble justifier les politiques publiques néfastes ciblant les femmes.
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