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Les défis et les espoirs : les délais d'attente pour le don d'ovocytes en France

L'assistance médicale à la procréation (AMP) est devenue une solution essentielle pour de nombreux couples et femmes seules désirant un enfant. Cependant, le parcours de la PMA, en particulier lorsqu'il implique un don d'ovocytes, est souvent long et semé d'embûches. Les délais d'attente en France peuvent être considérables, créant une source de stress et d'anxiété pour les personnes concernées. Cet article examine les raisons de ces longs délais, leurs conséquences et les solutions envisagées pour améliorer l'accès à la PMA avec don d'ovocytes.

Un parcours semé d'embûches : le témoignage de Yasmine

L'histoire de Yasmine illustre les difficultés rencontrées par de nombreuses femmes ayant recours au don d'ovocytes. Après avoir subi un cancer du sein en 2015, qui a altéré sa réserve ovarienne, Yasmine a décidé de recourir à la PMA avec son conjoint. En 2021, elle a été placée sur liste d'attente pour un don d'ovocytes, avec une attente estimée à deux ans. Cependant, Yasmine, âgée de 41 ans, savait que le temps lui était compté, la limite d'âge pour bénéficier d'un don étant fixée à 43 ans dans son centre.

Après une fécondation in vitro (FIV) infructueuse en France, Yasmine et son conjoint ont décidé de se tourner vers l'Espagne, où le processus n'a pris que trois mois et demi. Leur FIV a réussi du premier coup, et ils ont pu réaliser leur rêve de devenir parents.

Des délais d'attente de plus en plus longs

En France, les temps d'attente pour les PMA avec dons de gamètes sont de plus en plus longs. Au 31 décembre 2024, le délai moyen d'attente jusqu'à la première tentative était de 17,7 mois pour une AMP avec don de spermatozoïdes et de 24 mois pour une AMP avec don d'ovocytes, selon l'Agence de la biomédecine.

Cette attente est particulièrement difficile à vivre pour les personnes concernées. Océane, une jeune femme de 26 ans, patiente depuis deux ans pour espérer avoir son deuxième enfant grâce à une PMA seule. Elle témoigne de la complexité de cette situation, où l'attente constante d'un appel et les examens à répétition créent un sentiment de solitude et d'isolement.

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Les conséquences des longs délais

Les longs délais d'attente ont non seulement un impact psychologique important, mais ils peuvent également compromettre les chances de réussite de la PMA, en particulier pour les femmes qui attendent un don de spermatozoïdes. En effet, l'âge de la patiente est un facteur déterminant dans le succès de la PMA.

Le professeur Mikaël Agopiantz, chef du service de médecine de la fertilité et coordinateur du centre d'AMP du CHRU de Nancy, souligne que "la perte de chance est limitée lorsqu'il s'agit d'un don d'ovocytes ou d'embryon, mais majeure pour un don de spermatozoïdes" car "l'âge de la femme qui porte est assez impactant".

En 2023, le taux d'accouchement par insémination avec spermatozoïdes de donneur était de 17,1% pour les femmes de 30-34 ans, contre 11,3% pour les 38-39 ans et seulement 5,6% pour les 40-42 ans, selon un rapport de l'Agence de la Biomédecine.

Les raisons de ces délais

Plusieurs facteurs expliquent les longs délais d'attente pour le don d'ovocytes en France.

L'explosion de la demande

L'ouverture de l'AMP aux femmes seules et aux couples de femmes en 2021 a créé un "énorme appel d'air qui n'avait pas été totalement anticipé", selon Marine Jeantet, directrice générale de l'Agence de la Biomédecine. La demande a explosé au sein des centres de PMA, entraînant un engorgement des services.

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Le manque de donneuses

Il existe une "inadéquation majeure entre le nombre de femmes qui donnent et le nombre de situations où il y aurait une indication de don d'ovocytes", selon Mikaël Agopiantz. Les donneuses manquent, ce qui allonge considérablement les délais d'attente.

Cette pénurie est liée à plusieurs facteurs, tels qu'un manque d'information du grand public sur le don de gamètes, la réflexion sur le plan moral qu'il demande et le lourd protocole médical que doivent suivre les femmes pour un don d'ovocytes.

L'embouteillage dans les centres de PMA

Concernant les PMA avec don de spermatozoïdes, la situation est moins liée à un manque de gamètes qu'à un "embouteillage dans le parcours", selon Marine Jeantet. Les services de PMA n'ont pas les moyens d'absorber le flux, car ils sont concentrés que sur les centres publics pour les dons.

L'option de l'étranger

Face à ces longs délais, de nombreuses personnes se tournent vers l'étranger, où les temps d'attente sont souvent moins importants. En Espagne, par exemple, une donneuse d'ovocytes perçoit environ 1.100 euros pour cet acte, ce qui encourage le don.

Cependant, cette démarche a un coût. Yasmine et son conjoint ont déboursé plus de 11.000 euros pour leur PMA en Espagne et ont dû faire un emprunt sur plusieurs années. D'autres ne peuvent pas se le permettre, ce qui crée une inégalité d'accès à la PMA.

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Les solutions envisagées

Pour réduire les délais d'attente et améliorer l'accès à la PMA avec don d'ovocytes, plusieurs solutions sont envisagées.

Autoriser plus de centres d'AMP, notamment privés, aux activités de don

L'Association nationale pour le don d'engendrement (ANDDE) demande d'autoriser plus de centres d'AMP, notamment privés, aux activités de don et de faciliter l'importation de gamètes.

Indemniser le don

L'ANDDE souhaite également que soit permise l'indemnisation du don, afin de reconnaître le geste altruiste des donneuses et le temps qu'elles consacrent à ce don.

Ouvrir la discussion sur l'anonymat des dons

Le gynécologue Mikaël Agopiantz suggère d'"ouvrir la discussion" sur l'anonymat de ces dons. "On pourrait imaginer des systèmes ouverts, qui puissent être exclusifs ou coexister. Cela veut dire que les personnes qui reçoivent pourraient connaître la personne qui donne et inversement".

Sensibiliser le grand public au don d'ovocytes

L'Agence de la biomédecine a lancé un tour de France pour sensibiliser les femmes au don d'ovocytes. Le but est d'inciter les femmes à faire un don de gamètes, alors que les demandes ont explosé depuis l'évolution de la loi de bioéthique en 2021, ouvrant la procréation médicalement assistée à toutes les femmes.

La fin de l’anonymat des dons de gamètes

Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités, et des Familles et Yannick Neuder, ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins ont annoncé la fin de l’anonymat des dons de gamètes en France à partir du 31 mars 2025. Cette mesure garantit l’accès aux origines pour toutes les personnes nées par procréation médicalement assistée.

La loi de bioéthique de 2021 prévoit la possibilité d’autoconserver ses gamètes sans condition médicale et sans condition de don d’une partie des gamètes à autrui. Depuis 2021, le nombre de demandes est en hausse constante chaque année, passant de 1 460 entre octobre et décembre 2021 à 15 550 en 2024. Le délai moyen de prise en charge est en hausse, passant de 10 mois au niveau national en 2023 à 13 mois en 2024.

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