Le désir d'avoir un enfant après avoir surmonté un cancer est une aspiration légitime pour de nombreuses femmes. Grâce aux progrès de la médecine, il est aujourd'hui possible de concevoir et de mener à bien une grossesse après un cancer, en explorant différentes options adaptées à chaque situation. Cet article examine les différentes facettes de la fertilité après un cancer, en abordant les impacts des traitements, les méthodes de préservation de la fertilité et les stratégies pour concevoir.
Impact du cancer et des traitements sur la fertilité
Le cancer de l'utérus, en particulier, peut avoir des conséquences importantes sur la fertilité féminine. Les traitements tels que la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie peuvent endommager les organes reproducteurs féminins ou entraîner une ménopause précoce, ce qui compromet le désir ou la possibilité de concevoir un enfant après le cancer. Ces effets secondaires peuvent être temporaires ou définitifs, selon la dose et la durée des traitements.
La chimiothérapie et la radiothérapie ont une toxicité directe sur les follicules en cours de croissance, entraînant des troubles de la maturation folliculaire. Cela explique la survenue rapide d'une aménorrhée chimio-induite initiale après le début des traitements. L'atteinte ovarienne dépend de l'âge au moment de la chimiothérapie, car le capital folliculaire diminue avec l'âge. Les agents alkylants sont les plus agressifs pour la fonction ovarienne.
L'utérus est également sensible aux effets de la radiothérapie, avec une perte d'élasticité et des dommages vasculaires.
Évaluation de la fertilité après le cancer
Après les traitements, il est essentiel d'évaluer la réserve ovarienne. Le taux d'AMH (hormone anti-müllerienne) est un marqueur précoce qui permet d'estimer le nombre total de follicules restants. Un compte folliculaire < 7 est très évocateur d’une diminution de la réserve ovarienne. Ce compte est réalisé au cours d’une échographie pelvienne par voie endovaginale réalisée en début de cycle. Souvent, dès 38 ans, il existe une insuffisance ovarienne, attestée par une FSH augmentée et une inhibine B basse.
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Techniques de préservation de la fertilité
Plusieurs options permettent de préserver la fertilité avant de commencer un traitement contre le cancer.
- Cryoconservation d'ovocytes : Cette technique consiste à prélever des ovocytes (cellules reproductrices féminines) par stimulation hormonale et à les congeler pour une utilisation ultérieure. Les ovocytes peuvent être fécondés avec le sperme du partenaire ou d’un donneur avant ou après la congélation, donnant ainsi des embryons. Cette option permet de conserver le patrimoine génétique de la patiente et d’avoir une grossesse avec ses propres ovocytes ou embryons après le traitement du cancer.
- Cryoconservation de tissu ovarien : La cryoconservation de tissu ovarien consiste à prélever une partie de l’ovaire avant le traitement du cancer et à la congeler à très basse température. Le tissu ovarien contient des follicules, qui sont les structures qui renferment les ovocytes, les cellules reproductrices féminines. Cette technique présente l’avantage de ne pas nécessiter de stimulation ovarienne préalable.
- Maturation in vitro (MIV) : La maturation in vitro est une option possible en cas de chimiothérapie première et elle peut être associée à un prélèvement de cortex ovarien en vue d’une cryopréservation de tissu ovarien. Elle consiste à prélever des ovocytes immatures dont la maturation sera effectuée au laboratoire.
Options pour concevoir après un cancer
Si la fertilité a été affectée par le cancer ou ses traitements, plusieurs options peuvent être envisagées pour concevoir.
- Fécondation in vitro (FIV) : La fécondation in vitro (FIV) désigne une technique de procréation médicalement assistée à laquelle les couples faisant face à un problème de fertilité peuvent avoir recours. Cette méthode consiste à pratiquer une fécondation (rencontre des spermatozoïdes et d’un ovule) en laboratoire et en dehors du corps de la femme.
- Don d'ovocytes : Cette solution consiste à recevoir des ovocytes provenant d’une donneuse anonyme et à les féconder avec le sperme du partenaire ou d’un donneur. Les embryons ainsi obtenus sont ensuite transférés dans l’utérus de la patiente ou d’une mère porteuse. Cette option permet d’avoir une grossesse sans recourir à ses propres ovocytes, ce qui évite les risques liés à la stimulation hormonale ou à la congélation.
- Mère porteuse : Cette option consiste à confier son projet d’enfant à une autre femme qui accepte de porter l’enfant pour le compte de la patiente. L’enfant peut être issu des ovocytes ou des embryons de la patiente (congelés avant le traitement du cancer) ou d’un don d’ovocytes.
Grossesse naturelle après un cancer
Il est possible de concevoir naturellement après un cancer, en particulier si les ovaires n'ont pas été trop endommagés par les traitements. Pour augmenter les chances de conception naturelle, il est important de connaître son cycle menstruel et de cibler les rapports sexuels pendant la période d'ovulation.
Pour calculer la date d'ovulation, suivez ces étapes :
- Calculez la durée moyenne de votre cycle : c’est le délai entre le 1er jour de vos règles et le 1er jour des règles suivantes.
- Divisez ce chiffre par 2 : c’est le jour où vous ovulez.
Par exemple, si vos règles ont eu lieu à J1 et les suivantes à J28, votre cycle dure 28 jours. Votre ovulation se produit donc autour de J14.
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Pour maximiser les chances de conception, il est recommandé d'avoir des rapports sexuels au moins 2 jours avant la date d'ovulation et de continuer au moins 2 jours après.
Si vos cycles sont irréguliers, vous pouvez utiliser des tests urinaires basés sur le pic de LH (hormone lutéinisante produite par les ovaires 1 ou 2 jours avant l’ovulation) vendu en pharmacie.
Examens complémentaires pour évaluer la fertilité
Avant de tenter une grossesse, il est important de réaliser certains examens pour évaluer la santé reproductive.
- Hystérosalpingographie (HSG) : Cet examen permet de vérifier la perméabilité des trompes de Fallope, qui relient les ovaires à l’utérus. Le radiologue injecte un produit de contraste à base d’iode au niveau du col de l’utérus et prend des clichés aux rayons X pour visualiser les trompes.
- Spermogramme : Cet examen permet d'évaluer la qualité du sperme du conjoint. Il est recommandé de s'abstenir de rapports sexuels pendant au moins 2 jours avant le spermogramme pour maximiser le volume et la concentration du sperme.
- Hystéroscopie : Cet examen permet de visualiser l’intérieur de l’utérus. Il est souvent prescrit si la patiente a suivi une hormonothérapie, notamment le Tamoxifène, qui peut provoquer l’épaississement de l’endomètre.
Grossesse et risque de récidive du cancer
Jusqu’à récemment, les femmes qui souhaitaient avoir un enfant après avoir vaincu un cancer étaient confrontées à des incertitudes quant à la possibilité qu’une grossesse déclenche à nouveau le cancer. Des études récentes menées par l’Institut Marquès ont démontré qu’avoir un enfant après un cancer est sans danger. L’unité d’oncologie et de médecine de la reproduction de l’Institut Marquès étudie chaque cas pour garantir la sécurité des patientes afin que le cancer ne soit pas réactivé pendant leur grossesse ou à la suite de celle-ci.
Accompagnement et soutien
Avoir un enfant après un cancer est un parcours qui peut être complexe et émotionnellement éprouvant. Il est essentiel de s'entourer d'une équipe médicale compétente et de bénéficier d'un soutien psychologique adapté. La consultation d’oncofertilité se fait par un personnel entraîné (médecin de la reproduction, sage femmes, infirmières, psychologue, embryologistes), pour une garantie de prise en charge optimale. La consultation comprend un interrogatoire, une évaluation du statut folliculaire ovarien et une discussion sur les techniques de préservation de la fertilité, leurs limites et les enjeux relatifs à leur future utilisation.
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