Dominique Valentin, figure marquante de la formation en mathématiques et de la recherche en formation au sein de l'équipe ERMEL, a laissé une empreinte indélébile dans le domaine de l'éducation. Son travail, axé sur l'apprentissage des mathématiques par « essai et erreur », a transformé les pratiques pédagogiques, en particulier à l'école maternelle. Cet héritage continue d'inspirer les enseignants et les formateurs qui cherchent à développer des approches pédagogiques innovantes et adaptées aux besoins des jeunes enfants.
L'Influence de Piaget et l'Engagement envers la Formation des Maîtres
Pendant deux ans (1965-1967), Dominique Valentin a suivi les cours de Piaget à l'Institut Rousseau de Genève, une expérience qui a profondément influencé sa vision de l'apprentissage. S'orientant vers la formation des maîtres, elle a ensuite obtenu un DEA de didactique avec Gérard Vergnaud avant de rejoindre l'équipe ERMEL avec Roland Charnay.
Son parcours témoigne d'un engagement constant envers l'amélioration de l'enseignement des mathématiques. Elle a mis sa curiosité, sa tolérance, ses savoirs et son savoir-faire au service de la formation des enseignants, en mettant l'accent sur l'importance de la recherche et de l'adaptation des méthodes d'enseignement à chaque cycle et à chaque niveau.
L'Approche ERMEL : Apprendre par l'Essai et l'Erreur
L'équipe ERMEL (Équipe de Recherche sur les Mathématiques à l'École Élémentaire) a développé une approche pédagogique basée sur l'expérimentation et la résolution de problèmes. Dominique Valentin a joué un rôle clé dans cette démarche, en encourageant les enseignants à proposer des activités riches et complexes qui sollicitent l'intelligence des enfants.
Cette approche met l'accent sur la prise en compte des compétences des enfants, l'appropriation progressive des nombres à travers des situations de résolution de problèmes qui leur donnent du sens, et le souci du renforcement et du réinvestissement réguliers des acquis.
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Des Activités Mathématiques Dès la Petite Section : Est-ce Possible ?
La question de l'enseignement des mathématiques dès la petite section est souvent posée. Est-il réellement possible d'en faire ? Que faut-il faire ? Dominique Valentin et l'équipe ERMEL ont démontré que oui, il est possible d'initier les enfants aux mathématiques dès le plus jeune âge, à travers des activités ludiques et concrètes.
Des activités telles que "La Boîte noire", "le Nombre-cible", "Maisons à construire", "Monnaie", "le Jeu du banquier" et "Partages" sont autant d'exemples d'activités proposées pour les premiers apprentissages mathématiques, en grande section, au CP et au CE1. Ces activités visent à développer la maîtrise de la distinction entre valeur et quantité, et la découverte du pouvoir d'anticipation que donnent les nombres.
L'Importance de la Manipulation et de la Représentation Mentale
Les situations proposées par Dominique Valentin et l'équipe ERMEL font appel à la manipulation, ce qui permet de travailler sur la représentation mentale des quantités et des formes. Cette approche permet aux enfants de vivre les situations avant de poser des mots théoriques, facilitant ainsi la compréhension et l'appropriation des concepts mathématiques.
L'utilisation de matériel concret, tel que des boîtes gigognes, des jetons ou des cartes, permet aux enfants de visualiser et de manipuler les concepts mathématiques, ce qui favorise leur compréhension et leur mémorisation.
La Résolution de Problèmes : Un Outil Puissant
La situation problème est un outil très puissant pour les apprentissages. Si sa qualité n'est plus à démontrer, il n'est pas toujours facile de « créer » soi-même des situations efficaces. Dominique Valentin et l'équipe ERMEL ont développé de nombreuses situations problèmes clés en mains, adaptables et faciles à se réapproprier par les enseignants.
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Ces situations problèmes permettent aux enfants de développer des compétences telles que l'interprétation des données, la sélection des informations pertinentes, la structuration du problème et l'opérationnalisation.
L'Erreur : Un Indice du Savoir Initial
L'erreur est un indice important du savoir initial des élèves que l'on peut apprendre à lire et à traduire en terme de conception susceptible d'évoluer. Dominique Valentin considérait l'erreur comme une étape naturelle du processus d'apprentissage, et encourageait les enseignants à l'utiliser comme un outil pour comprendre les difficultés des élèves et adapter leur enseignement.
En analysant les erreurs des élèves, les enseignants peuvent identifier les conceptions erronées et les obstacles à l'apprentissage, et mettre en place des stratégies pour aider les élèves à les surmonter.
Exemples d'Activités Proposées par Dominique Valentin
Parmi les activités proposées par Dominique Valentin, on peut citer le jeu de l'embouteillage, qui consiste à faire sortir une voiture rouge d'un embouteillage selon des règles précises. Cette activité permet aux enfants de développer leur raisonnement logique et leur capacité à résoudre des problèmes complexes.
Une semaine avant les séances filmées proposées dans ce compte rendu, les élèves ont travaillé « en dirigé » sur ce jeu, de manière collective, sur un grand jeu affiché verticalement au tableau (pour que les directions soient les mêmes pour tous). L’un des deux groupe filmé, en suivant la règle de validation de deux réussites consécutives est allé - collectivement donc - jusqu’à la carte problème 12 et l’autre jusqu’à la carte problème 8.
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La résolution de ce type de problème nécessite une planification stratégique et une anticipation des conséquences de chaque mouvement. Les enfants doivent également tenir compte des contraintes environnementales et adapter leurs déplacements en fonction de la situation.
Raconter l'Énoncé ou le Lire : Quelle Influence ?
La question de savoir s'il est préférable de raconter l'énoncé d'un problème ou de le lire aux élèves de maternelle est un sujet de débat. Erwan Gardan, conseiller pédagogique, a mené une recherche sur cette question dans le cadre de son mémoire de master en didactique des mathématiques.
Sa recherche a montré que la façon dont l'enseignant transmet les énoncés de problème peut avoir une influence sur l'activité de résolution de problème par les élèves. Le formateur distingue le racontage qui s'appuie sur les spécificités du langage oral et la lecture de l'énoncé qui s'appuie sur les spécificités du langage écrit.
Bien que les programmes encouragent une acculturation à l'écrit par l'accès à des textes écrits, en mathématiques, les enseignants, dans leur grande majorité, ont une réticence à lire des énoncés devant les élèves. Le formateur a transmis un questionnaire à 39 enseignants (Agrandir le graphique ci-contre), et la modalité "raconter l'énoncé avec du matériel" est mobilisée par 84 % d'entre eux.
Le formateur a filmé une situation où une enseignante raconte l'énoncé en manipulant le matériel. Les procédures observées de deux élèves (Alycia et Adrya) soulignent que l'interprétation, la sélection des données et la structuration n'ont pas posé de difficultés. Les difficultés sont situées plutôt lors de l'opérationnalisation.
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