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Domaine des Miroirs : Berceau d'une Histoire Viticole Unique

L'histoire du Domaine des Miroirs est une illustration parfaite de la rencontre entre la tradition viticole française et la passion japonaise pour le vin. Fondé par Kenjiro Kagami, un ancien ingénieur japonais, ce domaine du Jura est devenu un symbole de l'excellence des vins naturels, recherché tant en France qu'à l'étranger.

L'attrait du Japon pour le patrimoine viticole français

Depuis l'essor économique du Japon dans les années 1970, les Japonais ont développé une admiration pour les produits de luxe étrangers, symboles de raffinement et d'élégance. Le vin français, fruit d'un travail traditionnel, discipliné et méticuleux, a trouvé un écho particulier dans la culture japonaise. De nombreux passionnés japonais ont ainsi décidé de se former à la viticulture et de créer ou reprendre un domaine viticole en France.

Ce qui rassemble ces vignerons, c'est leur capacité à apporter une nouvelle approche à chaque terroir français tout en respectant les traditions historiques de viticulture et de vinification de ces régions.

Kenjiro Kagami : De l'ingénierie au vin naturel

Kenjiro Kagami s'installe en France en 2001. Ingénieur de formation, et avant tout amoureux de vin, il se lance dans des études d'œnologie à Chambolle-Musigny, un an après son arrivée. Après ses études, il travaille une année en 2004 chez Thierry Allemand à Cornas. Puis, il fait ses valises pour l’Alsace où il se forme entre 2005 et 2010 chez Bruno Schueller. Sa volonté de faire son propre vin grandit, et avec de tels mentors, la philosophie nature devient une évidence.

En 2010, avec l’aide de son ami Jean-François Ganevat, il s’installe dans le Jura avec sa femme Mayumi dans le village de Grusse. Ses vignes jouxtent d’ailleurs celle du domaine Ganevat. Le domaine des Miroirs est né… Un nom évident pour Kenjiro puisque « Kagami » signifie miroir en japonais.

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Le Domaine des Miroirs : Un terroir d'exception dans le Jura

Le Domaine des Miroirs s'étend sur trois hectares de pentes où le vigneron cultive essentiellement du chardonnay (1,5ha) et savagnin (1ha), ainsi qu’un peu de trousseau (0,2ha) et poulsard (0,4ha). Les vignes jouxtent d’ailleurs celles du domaine Ganevat. La viticulture est biologique, ses parcelles laissant la place à de belles fleurs sauvages entre ses rangs de vignes. En cave, la vinification est peu interventionniste : pas de soufre ajouté et un élevage en vieux fût pendant 4-5 ans.

Situé à Grusse, dans le Jura, le domaine bénéficie d'un terroir calcaire propice à la production de vins d'une grande finesse. Kenjiro Kagami cultive ses vignes en agriculture biologique, favorisant la biodiversité et limitant au maximum les interventions.

Philosophie et pratiques viticoles

La philosophie de Kenjiro Kagami est de limiter au maximum les interférences, d’où une vinification naturelle, sans intervention, qui peut durer très longtemps. Celle-ci est suivie par un élevage en vieux fûts. Il pratique une viticulture biologique, ses parcelles laissant la place à de belles fleurs sauvages entre ses rangs de vignes. En cave, la vinification est peu interventionniste : pas de soufre ajouté et un élevage en vieux fût pendant 4-5 ans.

Le vigneron privilégie une approche non interventionniste, laissant le terroir s'exprimer pleinement dans ses vins. Les vendanges sont manuelles, et la vinification se fait sans ajout de levures exogènes ni de soufre. Les vins sont élevés en fûts de chêne pendant plusieurs années, développant ainsi leur complexité et leur potentiel de garde.

Les cuvées du Domaine des Miroirs

Ses nombreuses cuvées aux jolis noms sont classées en Vin de France : Entre Deux Bleus Les saugettes, Ja Do, Ja Nai, I need the Sun, Entre Deux Bleus inné, But I’m the only One, Sonorité du vent, Mon rythme son rythme, Le Berceau, Les Prémices, Où est ce qu’on part On verra bien…

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Les vins du Domaine des Miroirs se distinguent par leur pureté, leur minéralité et leur complexité aromatique. Parmi les cuvées les plus emblématiques, on peut citer :

  • Ja-Do: Un assemblage de trousseau et de poulsard, produite uniquement en 2015 en quantité minuscule. En résulte un vin intense, d’une grande justesse.
  • Mizuiro Les Saugettes: Une cuvée de chadonnay adjugé à 1200€ en 2024, ce qui lui donne le titre bien mérité de 8ème vin nature le plus cher de l’année. Mizuiro est très élégant, sur des arômes nobles de chardonnay, de la minéralité et beaucoup de fraicheur. En bouche c'est terriblement bien construit, aussi bien le blanc que le rouge, la trame acide est parfaitement équilibré, rien ne dépasse et les 2 vins se marient parfaitement au repas (entré carpaccio de poisson frais, plat volaille de bresse sauce aux morilles vin jaune en gros ) . Après ouverture le vin a besoin de quelques minutes pour se mettre en place afin de dégager des senteurs florales d'une grande subtilité. La bouche montre une matière d'une très grande délicatesse, c'est une caresse faite par une main de fer dans un gant de velours.
  • Sonorité du vent: (chardonnay) Couleur bien dorée et légèrement trouble, nez propre et expressif dès l'ouverture, sur le citron confit, un côté paille qui devient petit à petit herbacé/mentholé, toute petite pointe de volatile, peu voire pas de notes d'élevage ressenties et petit à petit de plus en plus de fruits mûrs presque exotiques au bout de quelques heures. La bouche est très énergique, tendue, acidulée, belle matière, pas de gras, sur le côté citron confit/cédrat du nez puis fruits exotiques aussi. A l'aveugle certains ont pensé jurançon sec type Lajibe. La petite touche de volatile contribue à donner du peps (imaginez la petite pointe de vinaigre blanc dans une tarte au citron). La finale est longue, acidulée avec beaucoup de relance, mûre, sans être très élevée en alcool (13%), bel équilibre.

La rareté et la convoitise des vins du Domaine des Miroirs

Le domaine des miroirs est indéniablement l’un des domaines les plus prisés du Jura et sa toute petite production le rend difficile à trouver, d’autant plus que la quasi-totalité (près de 80%) de ses vins s'exporte au Japon.

La production confidentielle du domaine et la forte demande, notamment à l'export, rendent les vins du Domaine des Miroirs particulièrement difficiles à trouver. Les bouteilles sont souvent vendues à des prix élevés aux enchères, témoignant de la convoitise qu'elles suscitent auprès des amateurs du monde entier. La bouteille de Mizuiro Les Saugettes 2016 a d’ailleurs été adjugé à 1200€ en 2024, ce qui lui donne le titre bien mérité de 8ème vin nature le plus cher de l’année.

L'influence japonaise dans la viticulture française

L'histoire du Domaine des Miroirs s'inscrit dans un mouvement plus large de vignerons japonais qui s'installent en France pour produire du vin. Ces vignerons apportent avec eux une approche unique, mêlant le respect des traditions françaises à une sensibilité particulière pour la nature et le terroir.

Parmi ces vignerons, on peut citer :

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  • Kei Shiogai: En 2014, il quitte le Japon pour aller apprendre le français dans une famille avant de créer son domaine. Force d’âme et détermination sont peu de mots pour décrire son parcours : il finit par acheter des vignes sur des terroirs prestigieux comme Pommard et Gevrey-Chambertin. Il pratique une viticulture minutieuse et tournée vers la qualité des raisins, ainsi qu’une vinification qui prône le temps long sans intervention. Ses vins présentent une très belle intensité aromatique avec des tanins présents mais délicats comme de la soie. Lors des enchères de 2024, son charmes-chambertin 2021 a été adjugé à 1438€, soit le 6ème vin nature le plus cher de l’année. Son pommard Poisot 2020 a également fait fureur, adjugé à 826€.
  • Koji et Jae Hwa (Maison Lou Dumont): Après la création de leur maison de négoce, Maison Lou Dumont, Koji et Jae Hwa décident d’acquérir eux-mêmes 6 hectares de vignes pour former leur domaine depuis 2012. Leur mosaïque de parcelles, de l’appellation Marsannay à Gevrey-Chambertin, est traitée selon des pratiques biologiques et biodynamiques, ce qui leur a permis d’obtenir la certification « Agriculture Biologique » en 2016. Là-bas, le cheval et les charrues remplacent les outils de désherbage mécanique, les tisanes et concoctions à base de plantes se substituent aux pesticides.
  • Hirotaka Ito (Domaine Ici la Terre): Se rendant compte que saké et vin se retrouvent dans l’expression d’un terroir et dans le soin porté à l’élaboration de ces deux boissons, Hirotaka Ito, supervisé par Kuno Kuheiji, se lance dans l’aventure bourguignonne en 2017 avec la création de ce domaine. La vision japonaise se reflète à nouveau dans la philosophie de l’exploitation : discipline dans la taille des vignes, recherche d’un rendement plus faible pour favoriser la qualité, conversion en agriculture biologique… Tout est fait pour faire ressortir le meilleur du terroir et de ce qu’il produit. Selon le vigneron, le vin préserve la mémoire de la terre, et on ne pourrait pas dire mieux pour décrire ses vins. Du gevrey-chambertin au chassagne-montrachet, chaque cuvée trouve son équilibre pour conter de la façon la plus fidèle son sol. Le domaine mise avant tout sur le moment ressenti lors de la dégustation, un moment d’introspection et de partage.
  • Osamu Uchida: Voilà encore un bel alliage de cultures : guide touristique dans des domaines dans un premier temps, Osamu Uchida a décidé de suivre sa voie et de faire du vin nature à Bordeaux. Un véritable défi ? Oui c’est sûr, mais il arrive finalement à acquérir un petit lopin de terre à Cussac en 2015 jusqu’à obtenir 3 hectares aujourd’hui, cultivés en biodynamie. Osamu Uchida se démarque surtout par l’agroforesterie qu’il pratique au sein de ses vignes pour promouvoir un bon environnement pour celles-ci. Au sein de son exploitation, il sublime le cabernet sauvignon mais également le merlot, carménère, sauvignon blanc et gris. Le style recherché de certaines cuvées ne suit pas réellement celui de sa région : les tanins ne sont pas tant marqués et le cabernet s’exprime tout en minéralité et longueur voluptueuse.
  • Rié et Hirofumi Shoji: Ces vignerons méritent vraiment leur place dans ce top : priés de quitter leur propriété par la préfecture pour manque de revenus, Rié et Hirofumi Shoji se sont battus pour continuer à faire ce qu’ils savent le mieux produire : du vin. Et non pas que du vin, mais du vin nature. Avec leurs quelques hectares de vignes en appellation Collioure, le grenache est mis à nu dans leurs cuvées, la viticulture se faisant majoritairement à la main et sans pesticides, la vinification elle en grappes entières. Cela nous mène à des vins gourmands, d’une grande buvabilité, porté sur le fruit frais, d’une précision et d’une finesse à couper le souffle. Leur petite production (moins de 10 000 bouteilles) entraîne une ruée dès qu’un flacon est en vente : un de leurs vins de France a été adjugé 200€ en 2024.
  • Mai et Kenji Hodgson: Encore des adeptes du vin nature, voici maintenant Mai et Kenji Hodgson, localisés en Loire dans le sud d’Angers. Après avoir découvert le vin au Canada, ils arrivent en France en 2009 où ils commencent à travailler chez des grands vignerons locaux, comme Mark Angeli. Ce dernier leur aide même à s’acheter leurs propres vignes à partir de 2010. Aujourd’hui, ils donnent vie à des vins de France à partir de plusieurs parcelles, les Rouliers et les Aussigouins pour ne citer qu’elles. Le grolleau, le cabernet franc ainsi que le chenin sont à l’honneur dans ces véritables jus de fruits. La vinification est très peu interventionniste, c’est le vin qui se crée tout seul naturellement. On se retrouve ainsi avec des vins très toniques, plein de fraîcheur.
  • Jintaro Yura: Une véritable étoile montante ! Jintaro Yura fait beaucoup parler de lui, et on comprend pourquoi. Arrivé en Alsace en 2012, il a d’abord eu diverses expériences dans le milieu viticole en Bourgogne, Nouvelle-Zélande et au Japon. Il tombe alors amoureux du terroir et de toute la diversité que propose l’Alsace. Jintaro Yura décide donc de travailler pour des grands domaines bio, comme Josmeyer qui lui a tout enseigné de la biodynamie, avant de faire ses propres vins en 2020 avec le soutien du Domaine Gross. Depuis, il continue de produire des vins d’une grande sagesse, sans certification mais en suivant les pratiques biologiques et biodynamiques. Il retire beaucoup d’enseignement de sa culture japonaise pour pouvoir expérimenter et apporter son approche sans être forcément lié aux traditions.
  • Kaya Tsutsui: En 2018, l’entreprise familiale Nichifutsu Shoji, connue pour ses nombreuses acquisitions de marques françaises portées sur la gastronomie, reprennent le domaine des Jardins de la Martinière pour y produire des vins naturels. C’est Kaya Tsutsui, œnologue et neveu du dirigeant, qui est maintenant à la tête de la propriété. Inspiré et conseillé par le brillant Hirotake Ooka (La Grande Colline), il supervise toutes les étapes de son vin, de la vigne à l’élevage.
  • Guillaume Bot et Tomoko Kuriyama (Domaine Chanterêves): Avec leur corton-charlemagne adjugé à 338€ aux enchères en 2024, ce domaine s’intègre progressivement dans les plus grands de la Bourgogne ! Guillaume Bot et Tomoko Kuriyama œuvrent tous les deux à se servir de leurs expériences passées, l’un chez Simon Bize et l’autre chez Peter Jakob Kühn en Allemagne, pour en sortir des vins hors du commun. Le domaine Chanterêves, situé à Savigny Lès Beaune, se distingue surtout par ses vins alliant tradition bourguignonne et modernité tournée vers le naturel. Les vignes sont cultivées et traitées respectueusement et les vignerons n’interviennent que très peu lors de la vinification. Toute la finesse des terroirs sont retransmis dans les vins, qualifiés de précis et délicats.
  • Mito Inoué: Mention spéciale : nous ne pouvions pas ne pas mentionner la talentueuse Mito Inoué en Auvergne, qui produit des vins d’une extrême rareté (600 bouteilles) !

Ces vignerons, par leur travail et leur passion, contribuent à enrichir le paysage viticole français et à promouvoir une approche plus respectueuse de l'environnement et du terroir.

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