Le secteur de la petite enfance en France, pilier de l'éveil et du développement des jeunes enfants, traverse une période de fortes tensions. Les professionnels de ce domaine, notamment les auxiliaires de puériculture, sont chargés d'une mission essentielle : assurer le bien-être des enfants et les accompagner dans leurs découvertes et leurs apprentissages, à une étape clé de leur développement humain. Cependant, le manque d'attractivité du métier, combiné à des conditions de travail difficiles, met en péril la qualité de la prise en charge des tout-petits.
Pénurie de Personnel et Attractivité en Berne
En avril 2022, le secteur de la petite enfance connaissait une pénurie alarmante, avec 10 000 emplois non pourvus. Près de la moitié des crèches (49 %) étaient en recherche constante de nouvelles recrues. Cette situation est d'autant plus préoccupante que la France manque cruellement de places en crèche.
Aujourd’hui, la France compte 458 000 places en crèche. Mais pour couvrir l’ensemble des besoins, on estime que 200 000 nouvelles places sont nécessaires. Ce déficit chronique n’est pas sans conséquences sur les inégalités d’accès et sur l’emploi des femmes de classes populaires. Selon Sophie Odena "les crèches devraient théoriquement être accessibles à toutes les familles qui le souhaitent, mais il semble que les parents qui ont un travail soient davantage favorisés. Cela donne l’assurance aux structures de pouvoir prendre un enfant sur un nombre de jours important de la semaine et non pas ponctuellement, ce qui simplifie la gestion. Similairement, les enfants issus de familles aisées représentent une source de revenu régulier pour les crèches : le tarif CAF, payé par les parents en fonction de leur tranche d'impôt, est plus important".
Bien que le gouvernement ait annoncé la création de 200 000 places d'ici à 2030, dont 100 000 avant 2027, Anne-Lise Ulmann souligne que "cette déclaration ne dépasse pas l’effet d’annonce. Il paraît peu probable que le gouvernement réussisse à débloquer les locaux et les ressources financières nécessaires à un tel projet. Au-delà de ces considérations matérielles, le manque de professionnelles de la petite enfance va constituer un frein important à la mise en place d’un tel programme. En effet, le secteur recherchait 10 000 professionnelles pour faire tourner ses établissements dans de bonnes conditions en 2022, selon un recensement de la Caisse nationale des affaires familiales. Ce sont ainsi 49 % des crèches qui cherchent à embaucher".
Les Réalités du Métier d'Auxiliaire de Puériculture
Le métier d'auxiliaire de puériculture est essentiel, mais il est souvent perçu comme un choix de carrière par défaut, souffrant d'un manque d'attractivité. Cette situation est exacerbée par des conditions de travail difficiles et une intensification des tâches.
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Sophie Odena explique que "le métier d’auxiliaire de puériculture plonge les professionnelles dans une constante hyperactivité. Elles doivent en effet accomplir une grande multiplicité de tâches dans un temps record : répondre aux besoins des enfants, les surveiller, transmettre des informations à leurs collègues. Il n’y a aucun temps mort et on observe une sorte de 'défragmentation de l’activité' : tout doit se faire en concomitance. Par ailleurs, les professionnelles sont exposées au bruit constant, surtout chez les tout petits, et cela peut également s'avérer insupportable. Plusieurs enfants peuvent hurler en même temps et les auxiliaires de puériculture doivent continuer à rester concentrées de manière à assurer le bien-être des bébés".
Cette réalité contraste fortement avec la vision idéalisée du métier, souvent perçu comme "plaisant" et "gai". Anne-Lise Ulmann constate que "il est fréquent d’entendre de personnes qui ne s’occupent pas quotidiennement des enfants que cet emploi est 'plaisant', 'gai', le bébé draine un imaginaire porteur d’avenir, d’espérance, d’affection qui tend à éclipser le travail concret effectué par les professionnelles. Les auxiliaires de puériculture elles-mêmes sont porteuses d’une vision idéalisée de leur profession qui leur permet de donner un sens à leur travail : assurer le bien-être et le développement de jeunes enfants. Cependant, lorsque le travail s’intensifie et qu’il devient de plus en plus compliqué d’assurer ne serait-ce que les besoins élémentaires des bébés, de nombreuses professionnelles connaissent une crise de sens".
Un Secteur Essentiel et d'Avenir
Malgré les difficultés rencontrées, le secteur de la petite enfance demeure un secteur d'avenir, qui recrute. Plus de 150 000 assistants et assistantes maternelles partiront à la retraite dans les prochaines années.
Les professionnels de la petite enfance interviennent lors des premières années de la vie, qui sont déterminantes. Ils sont essentiels pour les enfants, en veillant à leur éveil, leur développement, leur sécurité. Ils sont essentiels pour les parents, en leur permettant d’atteindre un équilibre vie personnelle / vie professionnelle. Ils sont essentiels pour notre société, en accueillant tous les enfants sans distinction, et parce qu’ils forment et prennent soin des adultes de demain. Ils sont essentiels à notre avenir.
Certains métiers de la petite enfance sont accessibles avec un CAP AEPE (accompagnant éducatif petite enfance), d’autres avec un agrément du conseil départemental, un concours ou pour certains, un diplôme d’État. Les passerelles entre métiers sont possibles, permettant de nombreux parcours.
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Le Gouvernement a ainsi défini une priorité : assurer à chaque parent une solution sécurisée, de qualité et financièrement accessible grâce à un service public de la petite enfance. Pour réussir ce projet, l’attractivité des métiers de la petite enfance est un enjeu clé. En cohérence, le Gouvernement a lancé en avril 2023 une première campagne ambitieuse de promotion de l’ensemble des métiers de la petite enfance pour améliorer durablement leur attractivité́, susciter des vocations, et mobiliser de nouveaux talents. La deuxième vague de la campagne Les métiers de la petite enfance nous font grandir, lancée le 13 novembre 2023, rend hommage au travail quotidien de ces professionnelles et professionnels et laisse transparaître leur passion pour donner envie d’en apprendre davantage et peut-être choisir cette filière.
Conclusion
Le métier d'auxiliaire de puériculture est un maillon essentiel de la société, garantissant le bien-être et le développement des jeunes enfants. Cependant, le manque d'attractivité et les conditions de travail difficiles mettent en péril la qualité de la prise en charge. Il est impératif de revaloriser ce métier, d'améliorer les conditions de travail et de susciter des vocations pour assurer un avenir serein aux enfants et aux familles. Les politiques publiques doivent prendre en compte ces enjeux pour sortir de l'impasse d'une prise en charge dégradée de la petite enfance.
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