Cet article explore le parcours de Pierre Brocheux, un historien dont la vie et la carrière sont intimement liées à l'histoire de l'Indochine et du Viêt Nam. À travers ses souvenirs, nous découvrons une perspective unique sur les transitions politiques et culturelles qui ont marqué cette région du monde, ainsi que sur l'évolution de la recherche historique sur le Viêt Nam.
De Saigon à la Sorbonne : Naissance d'une Vocation
Pierre Brocheux, né et ayant vécu au Viêt Nam jusqu'à l'âge de 15 ans, quitte le pays en 1946 sans intention d'y retourner immédiatement. Après ses études au Lycée Chasseloup Laubat de Saïgon dans les années 1950, il entreprend des études d'histoire à la Sorbonne. Il se destine à l'enseignement et suit un certificat sur l'histoire de la colonisation sous la direction de Charles-André Julien, axé sur l'Afrique du Nord. Après avoir obtenu le CAPES, il est nommé à Romorantin, mais l'envie de revenir au Viêt Nam, où ses parents résident toujours, le pousse à demander sa mutation.
Retour à Saigon et Éveil de l'Intérêt pour l'Histoire Vietnamienne
En 1960, Pierre Brocheux retourne à Saïgon avec sa femme et son premier fils, et enseigne au lycée Jean-Jacques Rousseau, autrefois appelé Chasseloup Laubat, où il avait lui-même été élève. Plutôt que de préparer l'agrégation à distance, il se passionne pour l'histoire immédiate du Viêt Nam, témoin de nombreux événements marquants. Cette immersion dans le contexte vietnamien le conduit à entreprendre une thèse. En 1962, lors d'un congé en France, il rencontre Maurice Durand à l'EPHE, qui l'oriente vers Jean Chesneaux pour la direction de sa thèse. Il réalise sa thèse sous la direction de Jean Chesneaux dans les années 1960, alors que la guerre fait rage dans un Viêt Nam devenu l’épicentre d’une guerre qui n’avait rien de froide.
L'Émergence de la Recherche sur le Viêt Nam : Défis et Perspectives
Initialement intéressé par l'histoire sociale du travail au Viêt Nam, Brocheux souhaite étudier les modes de production traditionnels et les nouvelles pratiques importées par les Français. Il se rend dans les plantations et les rizières, explorant les grands domaines rizicoles du delta du Mékong. Cependant, Jean Chesneaux le dissuade de travailler sur ce sujet, lui suggérant de se concentrer sur la Cochinchine, une région moins étudiée que le Tonkin et l'Annam.
Brocheux débute sa thèse à un moment où l'histoire politique du Viêt Nam renaît après un silence historiographique de près d'une décennie. Entre les accords de Genève et les années 1960, peu d'ouvrages d'histoire sur le Viêt Nam sont publiés en France. Les travaux de Lê Thành Khôi, Jean Chesneaux, Paul Mus et Philippe Devillers font figure d'exceptions. À la fin des années 1950, le Viêt Nam semble être un sujet tabou en France, seuls les anciens du corps expéditionnaire français continuent d'écrire sur le pays.
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Dans les années 1960, l'histoire politique du Viêt Nam suscite un regain d'intérêt, mais Brocheux est le seul à vouloir travailler sur l'histoire économique. Les Américains, quant à eux, s'intéressent de près à la question agraire et mènent des recherches sur le terrain. Des chercheurs comme John Whitemore, Gerald C. Hickey et David Elliott réalisent des enquêtes pour la RAND Corporation, un organisme de recherche travaillant pour le gouvernement américain. Malgré leur collaboration avec le gouvernement, certains de ces chercheurs font preuve d'esprit critique.
Enseignement à Saigon : Entre Héritage Colonial et Volonté de Vietnamisation
Pierre Brocheux témoigne de la transition entre la période coloniale et l'indépendance au lycée Jean-Jacques Rousseau de Saïgon. Sur le plan politique, il évoque les tensions entre les Français et les Américains, notamment lors de la nomination de Diệm comme Premier ministre et de l'opération contre les sectes. Il décrit également la scène symbolique où les officiers vietnamiens formés à la française abandonnent leurs képis et galons français pour adopter l'uniforme américain.
Malgré le départ des dernières unités françaises en 1956, la présence culturelle française reste importante à Saïgon. De nombreux établissements scolaires français sont encore en activité, tels que le lycée Jean-Jacques Rousseau, le lycée Marie Curie et le collège franco-chinois de la Fraternité. L'enseignement à l'université est en grande partie assuré en français par des professeurs français détachés.
Brocheux, en tant que métis, se sent à part dans cet environnement. Il est le seul à parler avec ses collègues vietnamiens, tandis que les enseignants français et vietnamiens restent souvent séparés. Les programmes scolaires n'ont pas évolué depuis l'époque de l'Indochine, et la majorité des enseignants sont français. En 1964, Brocheux est chargé de vietnamiser les programmes d'histoire, mais ses collègues français continuent d'utiliser leurs manuels Hatier et d'ignorer l'histoire du Viêt Nam.
La mentalité de nombreux enseignants français reste très coloniale. Ils sont choqués par la destruction du monument aux morts 14-18, 39-40, symbole de la colonisation. Même parmi les enseignants plus jeunes, certains font preuve d'un manque de sensibilité envers la culture vietnamienne.
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La Vietnamisation de l'Enseignement : Un Processus Graduel
Dès l'époque de Diệm, une volonté de créer une nouvelle université vietnamienne à Huế se manifeste. Fondée en 1958 par le père Cao Văn Luận, cette université a pour ambition d'enseigner en vietnamien. Des professeurs vietnamiens de retour d'Europe y enseignent, tandis que les cours donnés par des étrangers sont en français.
À Saïgon, la vietnamisation de l'enseignement est plus tardive. En 1966, des manifestations lycéennes réclament la vietnamisation complète de l'enseignement. Des intellectuels vietnamiens rassurent Brocheux en lui expliquant que ces manifestations ne sont pas dirigées contre lui, mais contre l'influence américaine qui cherche à imposer la langue anglaise.
Retour en France et Engagement Politique
Il raconte son retour en France en 1969 peu après Mai 68 ainsi que son engagement politique. Il décrit sa carrière d’enseignement chercheur à l’université Paris-VII, ses enseignements sur l’Indochine, le Viêt Nam et l’Asie du Sud-Est en étroite collaboration avec ses collègues Daniel Hémery et Georges Boudarel. Outre leurs connexions avec les chercheurs aux États-Unis, il évoque les premiers échanges universitaires avec le Viêt Nam entre les années 1970 et 1990.
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