La question de la nature humaine de l'embryon, de sa possible disposition et de sa considération éthique est un sujet complexe et controversé. Elle soulève des interrogations fondamentales sur le début de la vie humaine et sa reconnaissance juridique. L'arrêt Parrillo c. Italie de la Cour européenne des droits de l'homme a ravivé ce débat, mettant en lumière la difficulté de définir un statut juridique clair pour l'embryon.
Le Statut Juridique Flou de l'Embryon
En droit, l'embryon ne peut être considéré comme une personne humaine avant la naissance. Cependant, cela ne signifie pas qu'il soit dépourvu de toute protection ou de droits. L'arrêt Parrillo c. Italie a reconnu le droit de disposer des embryons surnuméraires issus de la fécondation in vitro (FIV) comme relevant du droit à la vie privée et de l'autodétermination. La Cour a estimé que le choix conscient et réfléchi quant au sort des embryons touche un aspect intime de la vie personnelle.
Néanmoins, cet arrêt a également souligné les incohérences et l'incapacité du droit à définir un cadre juridique précis pour l'embryon. La notion d'"autrui" reste floue, et il n'est pas clairement établi si elle englobe l'embryon humain. La Cour a laissé aux États la souveraineté d'accorder à l'embryon le degré de protection souhaité, reflétant l'absence de consensus européen sur cette question.
L'Éthique Face aux Avancées Scientifiques
Les progrès scientifiques constants accentuent la différence entre l'embryon conçu naturellement et l'embryon fabriqué en laboratoire. Contrairement à l'embryon conçu naturellement, qui bénéficie d'un respect intrinsèque, l'embryon conçu in vitro dérange, inquiète et pose de multiples problèmes d'ordre moral, social et politique.
La génétique, en particulier, a transformé les modalités techniques du suivi médicalisé des grossesses et les représentations de la procréation humaine. Les tests prénataux non invasifs (DPNI) permettent d'accéder à l'ADN du fœtus à un stade précoce, augmentant les moyens de déceler les risques de maladies génétiques. L'édition du génome, grâce à des outils comme CRISPR-Cas9, ouvre la voie à des corrections ciblées du génome d'organismes vivants, y compris des embryons.
Lire aussi: Tout savoir sur les trimestres retraite
Ces avancées soulèvent des questions éthiques fondamentales. La sélection prénatale, qu'elle soit négative (renoncer à une grossesse en fonction des résultats des tests) ou positive (choisir la meilleure configuration génomique), place les parents face à des responsabilités inédites. Quels génotypes retenir pour l'enfant à naître ? Qu'est-ce qu'une pathologie ? Qu'est-ce qu'un enfant normal ?
La Dignité Humaine au Cœur du Débat
Dans ce débat, la notion de dignité humaine joue un rôle de premier plan. La dignité humaine est un concept protéiforme, ambivalent, aux significations multiples, renfermant une variété de notions et de régimes juridiques. Des antinomies ou des tensions s'y dessinent entre l'objectif et le subjectif, entre l'humanité (être humain) et la personnalité (autonomie), entre la liberté et le devoir ou le respect.
La dignité humaine ne protège pas une activité spécifique, mais l'ensemble des droits de l'Humanité. La question se pose de savoir si la dignité humaine est bien dans la lignée des droits de l'Homme, car ces instruments se réfèrent à la dignité humaine en même temps qu'à l'égalité, à la liberté et aux droits fondamentaux. Pour une partie de la doctrine la dignité est inhérente (innée) et inaliénable ; autrement dit, elle est une valeur primordiale et prééminente et s'impose à toute activité étatique.
Les Positions Divergentes et les Enjeux Contemporains
Depuis quelques années, le débat autour de la recherche sur l'embryon et de la procréation médicalement assistée a pris le relais du débat sur l'avortement. La question divise toujours autant et cristallise encore les passions autours de deux principaux courants idéologiques, celui des « pro-vie » et celui des « pro-choix ».
La recherche sur l'embryon est autorisée en France depuis 2013, sous conditions et sous contrôle de l'Agence de biomédecine. Elle doit s'exercer dans le plus grand respect dû à l'embryon lui-même, aux couples donneurs et pour éviter des dérives. L'Agence de la biomédecine autorise les protocoles de recherche sur l'embryon, après avis de son Conseil d'orientation. L'Agence assure le suivi des projets et contrôle régulièrement leur conformité avec les obligations réglementaires et éthiques.
Lire aussi: Différences Développé Couché
Cependant, certains pays ont adopté des positions divergentes. La Chine et les États-Unis autorisent la modification génétique en intervenant sur le génome. La Belgique, le Royaume-Uni, la Suède ou encore la Russie autorisent la création d'embryons à des fins de recherches.
Ces évolutions amènent à reconsidérer et à repenser le progrès : existe-t-il de véritables limites ? La recherche sur l'embryon divise. Certains énoncent qu'elle peut être bénéfique pour des parents ne pouvant pas avoir d'enfants naturellement et essayant le parcours PMA mais d'autres soulèvent des problèmes éthiques. Ce refus français marque-t-il un respect éthique et bioéthique profond de l'embryon et des recherches sur ce dernier ou souligne-t-il simplement une peur des dérives que ces recherches peuvent engendrer ?
Les Risques et les Conséquences Morales de la Manipulation Génétique
La question de la « manipulation génétique » est, du point de vue de Hans Jonas, le problème essentiel de la bioéthique. Que cette manipulation s'inscrive dans un processus de recherche ou qu'elle vise, pratiquement, à « changer ou [à] améliorer la substance génétique de l'homme » : les deux sont, de son point de vue, inséparables, de même que l'intervention sur l'embryon ou sur un organisme déjà constitué.
Jonas souligne la « rupture d'importance métaphysique » que représente « l'ingénierie biologique » - le passage d'un modèle où « le matériau sans vie » est « l'objet de la maîtrise technologique » dont l'homme est le « sujet » à un autre où « l'homme est le sujet et l'objet de l'art ingénierique ». Il met en garde contre les risques de prédictibilité limitée, de réversibilité impossible et de pouvoir accru sur la nature et sur l'homme lui-même. Il souligne également les questions éthiques liées aux fins de cette technologie, notamment la création d'"hommes meilleurs" selon quels critères.
Lire aussi: Tout savoir sur les congés
tags: #difference #humain #et #embryon #éthique