Le diabète gestationnel, également appelé "diabète de grossesse", est une condition qui peut survenir chez les femmes enceintes, généralement vers la fin du deuxième trimestre. Il se caractérise par une hyperglycémie chronique, c'est-à-dire un taux de sucre élevé dans le sang, due à une insulino-résistance. Cette condition est similaire au diabète de type 1 et de type 2, car elle résulte d'un trouble de la régulation du sucre dans le sang. Environ 6% des femmes enceintes françaises sont concernées par le diabète gestationnel.
Dépistage et symptômes
Un dépistage systématique du diabète gestationnel est effectué au cours de la grossesse, généralement entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée. Ce dépistage se fait par un test d'hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO).
Les symptômes ressentis par la future mère lors d'un diabète gestationnel sont similaires à ceux du diabète de type 1 ou 2 :
- Fatigue inhabituelle
- Soif intense
- Urines fréquentes
Il est important d'informer son médecin gynécologue dès l'apparition de ces symptômes afin de permettre un dépistage précoce et d'éviter des risques pour le fœtus ou un accouchement prématuré.
Insulino-résistance pendant la grossesse
Au cours d'une grossesse normale, l'organisme de la femme subit une accélération métabolique avec une première phase anabolique, puis une deuxième phase catabolique. Cette évolution a pour but d'assurer le flux énergétique nécessaire à la croissance du fœtus.
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En deuxième moitié de grossesse, la quantité plus importante d'hormones placentaires (hormone lactogène placentaire [HLP] et progestérone) conduit à une insulinorésistance de l'organisme. L'insulino-résistance est une diminution de la sensibilité à l'insuline, l'hormone produite par le pancréas qui permet de réguler le taux de glucose dans le sang.
Normalement, le pancréas sécrète davantage d'insuline pour compenser cette insulinorésistance et maintenir un taux de glucose stable. Cependant, chez les femmes développant un diabète gestationnel, le pancréas ne parvient pas à produire suffisamment d'insuline pour contrer l'insulinorésistance, ce qui entraîne une hyperglycémie.
Conséquences possibles
Si le diabète gestationnel n'est pas détecté et pris en charge, il peut entraîner des complications pour la mère et l'enfant.
Pour l'enfant :
- Macrosomie : Le bébé peut avoir un poids élevé à la naissance (supérieur à 4 kg), ce qui peut compliquer l'accouchement.
- Hypoglycémie : Le nouveau-né peut présenter un faible taux de sucre dans le sang après la naissance, surtout si le diabète de la mère était mal contrôlé en fin de grossesse ou en cas de macrosomie.
- Augmentation de la quantité de liquide amniotique (hydramnios).
Pour la mère et l'enfant :
- Prééclampsie : C'est une complication grave caractérisée par une pression artérielle élevée chez la mère (hypertension artérielle gravidique) due à une malformation des vaisseaux sanguins du placenta. Si elle n'est pas prise en charge, elle peut conduire à la crise d'éclampsie et à un accouchement prématuré provoqué en urgence par césarienne.
Il est important de noter que, puisque le diabète gestationnel survient généralement en deuxième partie de grossesse, le fœtus n'a pas été exposé à l'excès de glucose dès la conception. L'enfant à naître ne présente donc aucun risque de développer une malformation pouvant être provoquée par une exposition à des quantités élevées de glucose au cours de l'organogénèse (développement foetal).
Prise en charge et traitement
Diagnostiqué rapidement, le diabète gestationnel peut être sans conséquence sur la santé de la mère et de l'enfant. La prise en charge repose sur plusieurs éléments :
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Régime alimentaire adapté et conseils nutritionnels : Une diététicienne aidera la future maman à adopter une alimentation équilibrée, en limitant les sucres et les graisses. Elle lui fournira des conseils sur le calcul des apports caloriques, la répartition des repas au cours de la journée et les types de collations à privilégier en cas d'hypoglycémie. Il est aussi préconisé de limiter les sucres simples et de bannir les aliments ultra-transformés.
Surveillance régulière de la glycémie : Le médecin conseillera à la patiente de surveiller régulièrement sa glycémie au cours de la journée à l'aide d'un lecteur de glycémie. Cet appareil permet de mesurer le taux de sucre dans le sang en se piquant le bout du doigt et en déposant une goutte de sang sur une bandelette. Il existe également des dispositifs de mesure du glucose en continu (CGM), de plus en plus utilisés, qui permettent un suivi en continu du taux de glucose grâce à un capteur placé sous la peau.
Activité physique régulière : L'activité physique est encouragée car elle augmente la captation du glucose par les muscles squelettiques de manière non insulinodépendante, par effet direct de la contraction musculaire sur l'activation des transporteurs de glucose.
Insulinothérapie : Si, malgré un régime alimentaire adapté et une activité physique régulière, les glycémies restent au-dessus des objectifs (glycémie inférieure ou égale à 0,95 g/L à jeun et inférieure ou égale à 1,20 g/L deux heures après le repas), l'insuline peut être prescrite par le médecin. L'insuline s'administre par injections sous-cutanées, réalisées par la patiente elle-même après avoir appris comment faire.
Diabète gestationnel et risque futur de diabète
Dans la majorité des cas, le diabète gestationnel disparaît après l'accouchement. Cependant, il est important de comprendre que la femme ayant un antécédent de diabète gestationnel est à très haut risque de développer un diabète sucré, essentiellement de type 2, à long terme.
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Sur le plan physiopathologique, il apparaît que les mêmes mécanismes seraient impliqués à la fois dans le diabète gestationnel et dans le diabète de type 2, ce qui suggère qu'il pourrait s'agir de la même entité pathologique à des stades différents.
Il est donc essentiel pour les femmes ayant eu un diabète gestationnel de maintenir un suivi médical régulier après l'accouchement et d'adopter un mode de vie sain (alimentation équilibrée, activité physique régulière) pour réduire leur risque de développer un diabète de type 2.
Dépistage du diabète en général
Le dépistage du diabète et des perturbations physiopathologiques qui en font le lit est un enjeu majeur de santé publique. Avant l’apparition des symptômes, les paramètres biologiques que sont la glycémie et le taux d’hémoglobine glyquée augmentent de manière significative et, de ce fait, sont les meilleurs indicateurs pour le dépistage.
Critères de repérage chez l’adulte
Le dépistage est proposé aux personnes présentant une ou plusieurs des conditions suivantes :
- Surpoids ou obésité (IMC > 25 kg/m2)
- Antécédent de diabète familial au premier degré (père, mère, frère ou soeur)
- Antécédents cardiovasculaires
- Hypertension (> 140/90 mmHg) ou traitement antihypertenseur en cours
- Femme avec antécédent de diabète gestationnel ou ayant donné naissance à un enfant de plus de 4kg
- Dyslipidémie : HDL-cholestérol < 0.35 g/L (< 0,90 mmol/L) et/ou triglycéridémie > 2,5 g/L (> 2,82 mmol/L)
- Sédentarité
- Origine géographique ou ethnie, notamment : afro-américains, indiens Pima, hispaniques, «Asian/Pacific Islander»
- Syndrome des ovaires polykystiques
- Acanthosis nigricans
- Traitement pouvant induire un diabète ou si antécédent de diabète induit :
- Neuroleptiques : clozapine, olanzapine
- Antirétroviraux : stavudine, zidovudine, didanosine
- Immunosuppresseurs : corticothérapie, tacrolimus
- Diurétiques thiazidiques
- Statines
Chez l’enfant de plus de 10 ans et chez l’adolescent, il convient de considérer en plus :
- Antécédent de diabète gestationnel chez la mère
- Antécédent de retard de croissance in utéro
- Antécédent d’hypertrophie néonatale
- Hypertension (PAS > 90ème percentile)
Pré-diabète
Le prédiabète, ou intolérance au glucose, est défini comme une glycémie n’atteignant pas le seuil diagnostique de diabète, mais associée à un risque de progression vers le diabète de type 2.
L’OMS le défini par :
- Une glycémie à jeun : entre 1,10 et 1,25 g/L (soit entre 6,1 et 6,9 mmol/L)
- Et/ou une glycémie entre 1,40 et 1,99 g/L (soit entre 7,8 et 11,0 mmol/L) 2 heures après une charge orale de 75g de glucose
- Et / ou une HbA1c entre 5,7 et 6,4 % (39 à 47 mmol/mol) selon l’American Diabetes Association (ADA).
Définition du diabète sucré
Le diabète dit sucré est défini par l’élévation chronique de glucose dans le sang (hyperglycémie).
L’OMS le défini par :
- Une glycémie ≥ 1,26 g/L (≥ 7 mmol/L) après un jeûne d’au moins 8 heures et vérifiée à deux reprises
- Et / ou la présence de symptômes à type de polyurie, polydipsie, amaigrissement, associés à une glycémie ≥ 2 g/L (≥ 11 mmol/L), 2 heures après une charge orale de 75g de glucose
- Une seule glycémie à jeun ≥ 2 g/L (≥ 11,1 mmol/L), avec ou sans symptômes de diabète associés
- Une glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L (≥ 7,0 mmol/L) confirmée sur un deuxième prélèvement
- Une HbA1c > 6,5% (ou > 48 mmol/mol), confirmée sur un deuxième prélèvement, sous réserve d’une méthode certifiée NGSP (référencement Diabetes Control and Complications Trials) selon l’ADA
- Une glycémie à jeun ≥ 1,26 gl/L (≥ 7,0 mmol/L) et l’HbA1c ≥ 6,5% (≥ 48 mmol/L ) sur le même prélèvement (ADA)
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