Le diabète chez l'enfant est une maladie chronique qui a un impact important sur l'enfant, sa famille et les professionnels de la santé. Il est essentiel de comprendre les causes, les symptômes et les options de traitement disponibles pour assurer une prise en charge efficace et améliorer la qualité de vie des jeunes patients.
Types de diabète chez l'enfant
Il n'existe pas un seul type de diabète, mais plusieurs, chacun ayant ses propres caractéristiques et causes. Le point commun entre tous les types de diabète est l'élévation de la glycémie (hyperglycémie). En France, 2 500 personnes sont diagnostiquées chaque année, en majorité des enfants ou des adolescents. Il existe donc deux types de diabète, le type 1 et le type 2, qui doivent impérativement être différenciés.
Diabète de type 1
Le diabète de type 1 est la forme de diabète la plus fréquente chez l’enfant. Il s'agit d'une maladie auto-immune chronique dans laquelle le système immunitaire attaque les cellules bêta du pancréas, qui sont responsables de la production d'insuline, une hormone vitale. Le diabète de type 1, qui est celui qui nous intéresse ici, résulte d’une carence hormonale : il survient lors de l’arrêt de production d’insuline par le pancréas.
Diabète de type 2
Le diabète de type 2, qui apparaît principalement à l’âge adulte chez les personnes âgées de plus de 40 ans, est de plus en plus diagnostiqué chez les jeunes, particulièrement au moment de la puberté. La transmission héréditaire est prépondérante pour les personnes atteintes de diabète de type 2. Le diabète de type 2 se manifeste par des hyperglycémies, résultats d’une résistance des organes cibles à l’action de l’insuline.
Causes et facteurs de risque
Diabète de type 1
Les origines du diabète de type 1 restent à ce jour inconnues. La réaction auto-immune qui se produit dans le cadre d’un diabète de type 1 est encore, hélas, bien mystérieuse. Plusieurs hypothèses sont avancées. Il pourrait y avoir une prédisposition génétique, mais celle-ci n’expliquerait pas tous les cas, puisqu’il arrive souvent qu’un enfant soit atteint sans que ses proches parents ne soient touchés par ce diabète. On parle également de causes environnementales : des infections virales antérieures, la pollution atmosphérique, ou encore l’alimentation sont évoqués, sans certitude.
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Diabète de type 2
Longtemps considéré comme une maladie de la maturité, le diabète de type 2 n’est plus l’apanage des séniors. Cette affection, qui se caractérise par excès de sucre dans le sang (hyperglycémie), se manifeste tout d’abord par une résistance à l’insuline c’est-à-dire, une difficulté des cellules à capter le glucose, associée à un déficit de sécrétion de cette même insuline par le pancréas. Les cas de diabète de type 2 demeurent cependant rares chez l’enfant mais augmentent graduellement au moment de la puberté. Les bouleversements hormonaux vécus par les adolescents peuvent s’accompagner d’une résistance à l’insuline qui, à long terme peut faire le lit d’un diabète de type 2 précoce3. Les effets de l’obésité et du mode de vie sur la survenue précoce d’un diabète de type 2 sont aujourd’hui clairement identifiés5. La période de COVID a sans doute aggravé le problème puisqu’elle a accentué les inégalités nutritionnelles et la sédentarité.
Symptômes du diabète chez l'enfant
Il est crucial de reconnaître les signes et symptômes du diabète chez l'enfant pour un diagnostic précoce et une prise en charge rapide.
Symptômes courants
Les symptômes courants du diabète chez l'enfant incluent :
- Faire pipi plus fréquemment
- Faire ou refaire pipi au lit
- Soif intense
- Fatigue
- Perte de poids inexpliquée
- Vision trouble
Ces symptômes s’expliquent par une réaction en chaîne. À mesure que l’hyperglycémie devient importante et permanente, le glucose apparaît dans l’urine (alors que, normalement, nous n’avons pas de glucose dans notre urine) : c’est la glycosurie. Lorsque celle-ci devient elle-même très importante (plusieurs centaines de grammes par jour), le rein doit éliminer beaucoup d’eau pour diluer le glucose dans l’urine. Résultat, l’enfant urine beaucoup et souvent.
Acidocétose
Si un traitement n’est pas administré rapidement, une hausse de l’acidité du sang peut survenir, du fait d’une utilisation alternative des graisses. On parle d’acidocétose. Douleurs abdominales, nausées, vomissements, respiration rapide sont quelques-uns des symptômes de l’acidocétose. En 2023, plus de 4 enfants de moins de 15 ans sur 10 ont été diagnostiqués trop tard d’un diabète de type 1, arrivant aux urgences pédiatriques dans une situation d’acidocétose (l’acidocétose est une augmentation de l’acidité du sang, engendrée par une accumulation des corps cétoniques, dû à un manque d’insuline dans le sang). 17,5% d’entre eux arrivaient en situation d’acidocétose sévère, dont 3% en situation de coma1.
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Diagnostic du diabète chez l'enfant
Le diagnostic du diabète chez l'enfant repose sur des examens médicaux et des analyses de laboratoire.
Examens initiaux
Idéalement, ces premiers examens doivent être faits rapidement, sans passer par un laboratoire, afin de gagner du temps. Si vous constatez ces symptômes chez votre enfant, il est urgent de l’emmener au cabinet médical pour réaliser une glycémie capillaire (à n’importe quel moment de la journée) ou une glycosurie. D’autres analyses et examens peuvent s’ajouter, notamment dans l’idée de diagnostiquer des maladies associées (thyroïdite auto-immune, maladie cœliaque…).
Mesure de la glycémie
La personne vivant avec un diabète doit mesurer son taux de glycémie 6 fois par jour (ou plus si besoin) en prélevant une goutte de sang au bout de son doigt.
Traitement et prise en charge
Le diabète de type 1 n’est malheureusement pas une maladie dont on guérit. Une fois le diagnostic posé, le traitement vise à contrôler la glycémie et repose sur l’administration d’insuline pour pallier la destruction des cellules qui la produisent. Il s’agit d’une prise en charge à vie, d’où l’importance pour l’enfant d’apprendre à gérer lui-même sa maladie. Le suivi et le traitement sont établis avec beaucoup de précision par le diabétologue ou le pédiatre. Il évalue les besoins en insuline de l’enfant, leurs variations sur la journée, en tenant compte du déroulement de sa vie normale. À partir de là, son « schéma insulinique » est établi, c’est-à-dire le nombre et le moment des injections d’insuline et leur dosage, sur 24 heures.
Insulinothérapie
Pour faire baisser la glycémie et la maintenir stable au plus près des valeurs normales, il faut se substituer aux cellules qui ne produisent plus d’insuline et l’administrer différemment. L’insuline ne peut pas être prise par la bouche, car elle est détruite lors de la digestion. Il faut donc l’injecter sous la peau. Aujourd’hui, le matériel proposé a beaucoup évolué permettant confort, sécurité, et précision. Le choix du type d’insuline à injecter, la fréquence d’injection ou encore la dose à injecter dépendent de plusieurs facteurs qui seront évalués par l’équipe médicale et adaptés à la situation de l’enfant.
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Suivi régulier
L’autre partie du suivi consiste à mesurer la glycémie de l’enfant à des moments précis de la journée. Cette action très simple s’effectue à l’aide d’un lecteur de glycémie ou d’un système de mesure en continu du glucose (MCG). L’hémoglobine glyquée ou HbA1c est une mesure réalisée à partir d’une prise de sang. Le diabétologue examine l’enfant en moyenne chaque trimestre. Il se base sur ces deux mesures complémentaires pour vérifier l’adéquation du traitement et l’ajuster si nécessaire. Au cours de cette consultation, il poursuit également l’éducation thérapeutique et fait le point sur les besoins alimentaires de l’enfant qui est en pleine croissance. Un bilan annuel complète ce suivi.
Alimentation équilibrée
Pour ce qui est de l’alimentation, elle apparaît comme un pilier essentiel dans la gestion du diabète chez l’enfant. La règle d’or est de manger équilibré. Cette règle ne s’applique pas seulement à votre enfant mais aussi au reste de la famille : il ne doit pas être nécessaire de composer des menus à part. Il est important que votre enfant mange de tout, selon les recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS), sans pour autant s’interdire des aliments. Le plus important est d’apprendre à estimer la quantité de glucides des aliments pour adapter au mieux les prises d’insuline. Par ailleurs, le rythme des repas influence les résultats de la glycémie : il est déconseillé de sauter des repas ou de faire de grosses collations entre les repas. Dans le premier cas, il y a des risques d’hypoglycémie et dans le second cas, des risques d’hyperglycémie.
Activité physique
Le sport permet d’améliorer l’efficacité de l’insuline et ainsi d’optimiser l’équilibre glycémique. De plus, le sport permet à l’enfant de mieux se connaitre, de mieux vivre avec la maladie et d’apprendre à réguler son stress pour mieux équilibrer sa glycémie. L’activité physique tient également une place importante dans la vie d’un enfant, car elle permet son épanouissement au sein d’un groupe et d’améliorer l’estime de soi. Cependant, pratiquer une activité sportive quand on a un diabète nécessite de suivre quelques règles de bonnes pratiques afin d’anticiper les dépenses énergétiques et éviter les malaises, notamment.
Conseils pour l'activité physique
- Faites le manger 1 à 2 heures avant l’effort, de préférence des féculents (pain, riz ou pâtes complètes).
- Relevez sa glycémie avant de commencer : si la glycémie n’est pas comprise dans le seuil de glycémies défini par son médecin, référez-vous au protocole pour la conduite à tenir.
- Pendant l’effort, il est important qu’il s’hydrate et qu’il ait avec lui un encas sucré et son lecteur de glycémie.
- 1 à 2 heures après l’effort, prenez sa glycémie et adaptez sa dose d’insuline, si nécessaire.
Rôle des parents et de l'entourage
En tant que parent d’un enfant atteint de diabète, vous devenez bien souvent des aidants, c’est-à-dire que vous accompagnez au quotidien votre enfant dans la gestion de sa maladie. Selon son âge et sa maturité, votre enfant sera plus ou moins autonome pour son traitement, ses repas et ses activités. Bien sûr, vous n’êtes pas seul(e)s.
Développement de l'autonomie
- En maternelle, il s’intéresse au traitement de son diabète de différentes manières : en allumant le lecteur, en y insérant une bandelette…
- En primaire, il est de plus en plus impliqué dans la gestion de son traitement.
- Vers le début du collège, il sait généralement contrôler sa glycémie, manipuler sa pompe à insuline s’il en porte une ou préparer l’injection avec son stylo à insuline.
La vitesse d’apprentissage et donc, l’âge auquel l’enfant est autonome, est variable et dépend en grande partie de l’acceptation de la maladie. Quoi qu’il en soit, la clé est de faire confiance à son enfant. Bien rendre votre enfant conscient de l’importance de son traitement, dans l’immédiat et aussi dans le futur.
Conseils aux parents
- Une glycémie fluctuante est synonyme de troubles de l’humeur, de difficultés à se concentrer, de moins bonnes performances sportives…
- Habituez le plus possible votre enfant à gérer seul (et à suivre) son propre traitement. Ceci doit faire partie de sa vie quotidienne et ne pas être « une corvée » que les parents imposent ou sollicitent.
- Habituez votre enfant grandissant aux comportements, hors traitement, qui vont aider à l’équilibre du diabète : sommeil suffisant, repas équilibrés et réguliers, maîtrise du stress, lutte contre les addictions…
- Ne paniquez pas si votre enfant ne maîtrise pas parfaitement ses gestes du premier coup : être autonome ne s’acquiert pas en un jour !
- Ne perdez pas de vue l’objectif final : l’autonomie. Laissez votre enfant faire des erreurs, au risque que son diabète soit moins équilibré durant une petite période.
- Faites confiance à l’équipe médicale pour prendre le relais et corriger le tir en cas de besoin.
Prévention du diabète de type 1
Il n’y a à ce jour rien à faire ou à ne pas faire, dans l’espoir d’éviter l’apparition d’un diabète de type 1 chez l’enfant, puisqu’il s’agit d’une maladie auto-immune aux causes méconnues. Autrement dit, il n’y a pas à culpabiliser a posteriori une fois un diabète de type 1 diagnostiqué chez un enfant.
Statistiques épidémiologiques
En France, l’incidence du diabète de type 1 était estimée à 19,1 pour 100 000 chez les enfants de 6 mois à 14 ans en 2015, soit 2 286 enfants nouvellement diagnostiqués dans l’année. Cette incidence a augmenté en moyenne de 4 % par an entre 2010 et 2015. Cette augmentation est observée au niveau mondial et européen depuis plus de 20 ans, mais ses causes sont mal connues. Entre 2013 et 2015, 6 424 enfants ont été identifiés comme nouvellement atteints de diabète de type 1. Le taux d'incidence sur cette période était de 18,0 pour 100 000 personnes-années.
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