L'étude du développement embryonnaire a fasciné les penseurs depuis l'Antiquité grecque. Bien plus qu'une simple question biologique, elle a été envisagée comme un paradigme transdisciplinaire, capable de se déplacer d'un champ de savoir à un autre, touchant à l'ontologie, la métaphysique et la politique. L'embryon, creuset au sein duquel s'élabore l'âme humaine, offre une perspective unique pour comprendre la formation de l'être humain et les rapports entre la matière et la forme.
L'Embryon comme Paradigme Problématique au Moyen Âge
Au Moyen Âge, le problème de l'embryon constitue un paradigme problématique capable de « migrer » d'un domaine thématique à l'autre. L'embryologie, transmise par la double tradition galénique et aristotélicienne, étudie les rôles respectifs de la matière féminine et de la forme masculine dans la génération, posant le problème d'une matière capable de développer elle-même ses propres changements de forme. Cette question a suscité des débats passionnés, notamment entre Albert le Grand et saint Thomas.
La question strictement biologique du développement de l'embryon s'enrichit ainsi d'enjeux logiques (la continuité de la génération est indispensable pour penser l'unité du genre) et métaphysiques (si la matière est genre, le principe masculin n'est plus qu'une différenciation du genre, ce qui conduit à renverser le primat de la forme). Parce qu'il est le creuset au sein duquel s'élabore l'âme humaine, l'étude de l'embryon revêt une importance particulière pour la mise en place d'une science de l'homme. Sa formation progressive permet de décomposer les trois fonctions de l'âme humaine (végétative, sensitive, rationnelle) étudiées depuis l'Antiquité grecque, et de comprendre comment elles se succèdent et s'intègrent afin de former, au terme de la gestation, une unité.
Matière et Forme : Deux Modèles Concurrents
À la fin du Moyen Âge, deux modèles coexistent lorsqu'il s'agit de penser l'adjonction d'une forme à une matière. Le premier est celui qui prend pour exemple l'artisan et son œuvre, insistant sur la provenance extérieure de la forme par rapport à la matière, et imposant de ce fait un primat de la première sur la seconde. Le second privilégie un rapport interne, et prend pour modèle une certaine conception de l'embryon.
La renaissance de l'aristotélisme, portée par les vagues de traductions déferlant à partir du XIIe siècle, a permis au monde latin de se doter d'une biologie conséquente, principalement héritée de l'enseignement des philosophes et médecins arabes, comme Avicenne et Averroès. Cependant, malgré les relectures effectuées à la lumière du néoplatonisme, la pensée d'Aristote contenait le germe d'une crise, celle qui secoua le XIIIe siècle, opposant les philosophes et les théologiens. Malgré les efforts de certains commentateurs, il était en effet difficile de cacher le fondement biologique des analyses aristotéliciennes, et principalement dans le cas de l'étude de l'âme humaine.
Lire aussi: Accompagner votre enfant de 2 ans
Le Rôle de l'Âme dans le Développement Embryonnaire
Recevant l'auteur considéré comme le plus important de la pensée antique, l'autorité incontournable lorsqu'il s'agit de philosophie, les latins ne pouvaient ignorer les contradictions existant entre l'enseignement du Stagirite et celui du Dogme de l'Église. Sur cette question, l'étude de l'embryon devient alors un modèle privilégié pour la pensée, car son développement au cours de la gestation le conduit d'un état simplement végétatif à un état sensitif, pour enfin recevoir l'âme rationnelle.
Si à l'époque les penseurs chrétiens s'accordent tous pour considérer que l'âme humaine est créée directement par Dieu, comme l'artisan plaçant une forme dans une matière, il n'en va pas de même pour les différentes formes que l'embryon reçoit auparavant, c'est-à-dire la végétative et la sensitive. L'affirmation de la création extérieure de l'âme rationnelle est destinée à endiguer le risque de voir se développer l'idée selon laquelle toutes les âmes - y compris la rationnelle - pourraient être naturellement tirée de la matière, car alors ce serait faire un pas vers leur corruptibilité. Ce risque est celui du « matérialisme psychologique », dont le représentant principal était le commentateur d'Aristote, Alexandre d'Aphrodise. Albert le Grand par exemple le critique violemment dans son commentaire au De anima, montrant que, contrairement à ce qu'Alexandre enseignait, l'âme rationnelle ne peut se déployer au sein de l'embryon lui-même et qu'elle nécessite un ajout extérieur, réalisé par Dieu en chaque individu.
Albert le Grand et la "Virtu Formativa"
Alors que les Arabes avaient hérité de nombre de manuscrits grecs et entrepris d'importantes traductions au cours du règne ‘abbâside, les Latins en avaient été privés jusqu'au XIIe siècle. Aussi, une fois rendue possible la redécouverte de l'héritage grec, il fallut composer avec plusieurs siècles d'études arabes qui n'avaient pas d'équivalent chez les chrétiens. C'est ainsi qu'Avicenne devint la principale autorité dans le domaine biologique et médical, et certains tentèrent d'assimiler l'ensemble de cette pensée nouvelle dans leur œuvre, comme le fit par exemple Albert le Grand. Mais cette tentative pour accueillir les sciences arabes dans un corpus chrétien ne pouvait se faire sans difficultés, l'œuvre d'Albert ressemblant à une compilation hétérogène et parfois contradictoire de notions issues de divers horizons.
S'interrogeant sur la génération de l'homme, Albert reprend tout d'abord des conceptions issues d'Aristote et de Galien. Pour que l'homme puisse vivre et se reproduire, il est nécessaire qu'il assimile des éléments issus de l'extérieur, et il doit pour cela procéder à plusieurs digestions. Lors de la troisième digestion des aliments, le sang est formé, qui permet la nutrition des animaux sanguins. Mais le sang, pour être véritablement nutritif, doit également posséder en lui une certaine capacité permettant la formation des différents membres et organes, que ce soit dans le cas de l'embryon ou dans celui de l'enfant grandissant. Cette puissance de formation est nommée par Albert la virtu formativa, et elle est le résultat d'une quatrième digestion.
Le sang ne peut cependant transmettre par lui-même cette faculté formative à l'extérieur, aussi est-il nécessaire, en vue de la reproduction, d'avoir une nouvelle faculté qui puisse assurer la transmission de la fonction formative, et elle est obtenue lors d'une digestion supplémentaire. Cette nouvelle digestion transforme le sang en semence masculine, caractérisée par sa couleur blanche, qui possède une virtu formativa capable de créer et déployer la forme dans la matière réceptrice, c'est-à-dire les règles féminines. Ainsi donc, l'idée aristotélicienne selon laquelle l'homme est le principe formel de la génération, tandis que la femme n'est que le principe matériel est conservée, et la différence de leurs apports respectifs provient d'une digestion insuffisante de la semence dans le cas de la femme, qui ne peut donner de ce fait une puissance active. Les règles - qui constituent la semence féminine - sont sanguines et donc disposent de la virtu formativa, mais celle-ci ne peut être actualisée que par le mélange avec la semence masculine qui apporte une virtu informativa plus active. Nous avons donc dans la conception un rapport de puissances, la puissance active (le sperme) véhiculant la forme dans une matière qui est la puissance passive lui correspondant (les règles).
Lire aussi: Tout savoir sur le développement du fœtus
Il faut cependant noter ici que les deux semences possèdent une virtu formativa, même si elles n'ont pas le même degré d'actualité ; dès lors, ne peut-on dire que la femme pourrait déployer un embryon sans intervention masculine ? La différence entre les puissances informatives masculines et féminines est une différence de chaleur, ainsi que le notait Aristote. Ne pourrait-il y avoir alors de virtu informativa féminine qui possèderait suffisamment de chaleur pour produire un embryon par soi ?
L'Inchoatio Formae et la Critique de Thomas d'Aquin
Car la manière dont Albert traite de l'embryon, même si elle n'est pas radicalement nouvelle, est cependant renforcée par sa conception ontologique et métaphysique de l'inchoatio formæ. Cette idée peut trouver une de ses origines dans la théorie augustinienne des rationes seminales, qui considère que Dieu a créé la totalité des choses au commencement, mais sous la forme de semences insérées à l'intérieur de la matière de la Création, et que celles-ci se déploient dans le temps. C'est ainsi que l'on put dire que Dieu a bien fait une création parfaite - toutes les choses existant dès l'origine, mais selon l'être en puissance de la semence - et qui pourtant évolue dans le temps et s'actualise progressivement. La Création est donc celle de ce que nous pourrions appeler un monde « embryonnaire », que Dieu accompagne dans son évolution.
L'inchoatio d'Albert est cependant fondée sur une discussion à l'intérieur de la tradition aristotélicienne, et ce qui le conduit à développer cette théorie est son refus de l'idée avicennienne selon laquelle les formes pourraient être induites dans la matière de l'extérieur, par un Dator formarum, donateur des formes proche du Démiurge platonicien. Il s'agit donc pour lui d'affirmer que les formes sont toutes présentes en germe dans la matière, selon un mode « inchoatif », et que le mouvement des astres, instruments par lesquels Dieu gouverne le monde, a pour rôle d'éduire, de déployer en acte. Toutes les formes ne sont cependant pas produites par éduction, comme l'âme rationnelle qui est une forme directement créée par Dieu au moment où l'embryon a déployé les formes antécédentes.
Cependant, Albert précise qu'en ce qui concerne l'embryon, il est faux de dire qu'il déploie une âme végétative puis une âme sensitive, avant de recevoir la rationnelle de l'extérieur. En effet, dire cela reviendrait à risquer de tomber dans le matérialisme psychologique contre lequel il se dresse, et il précise que si la végétative et la sensitive peuvent recevoir le nom d'âmes, ce ne peut être que de manière équivoque et non au sens propre. La virtu formativa ne peut en effet engendrer d'âme végétative et sensitive, mais simplement des choses qui font office d'âme en attendant que ces fonctions soient prises en charge par l'âme rationnelle. Il ne faut donc pas dire, ou alors de manière équivoque, que l'on a dans la gestation de l'embryon humain une âme végétative puis une âme sensitive, car c'est là confondre la succession de simples organisations corporelles permettant la vie de l'embryon - qui doit se nourrir et qui peut bouger - et les véritables formes substantielles. De plus, on ne peut soutenir ce passage d'une âme à l'autre de manière continue, ce qui supposerait qu'il y a une communication des genres, ce qui est faux ainsi que l'enseignait Aristote, car les stades intermédiaires d'un développement continu doivent se situer au sein d'un même genre. Or, les végétaux et les animaux se situent dans des genres différents, et supposer que l'embryon reçoive une âme végétative, puis une âme sensitive signifie qu'il change de genre d'être au cours de la gestation.
Mais, malgré ses précautions oratoires, la position albertienne reste dangereuse car elle peut être interprétée de manière biaisée. Aussi se voit-il critiqué, même si ce n'est pas directement, par Thomas, qui reprend la question de l'embryon pour refuser la succession continue des formes. Ce dernier part de la critique d'une position extrême, la traducianisme, qui pense la transmission de l'âme rationnelle par les parents et qui fut déjà réfutée par saint Jérôme. Mais ce ne sont pas seulement les difficultés posées par la biologie qui sont en cause sur cette question, mais bien un ensemble de problèmes touchant à la fois à la théologie, la métaphysique et l'ontologie.
Lire aussi: Accompagner le développement des sens de bébé
La Réfutation Thomiste et la Création Continuée
La réfutation de Thomas prend appui sur la physique aristotélicienne, en montrant que l'erreur consiste à confondre la génération, qui se produit dans la catégorie de la substance, et l'altération, qui est un mouvement selon la qualité et qui peut permettre un mouvement continu. Ainsi, de même que chaque figure d'une suite géométrique (triangle, carré, pentagone…) est totalement différente de la précédente, et qu'il ne peut y avoir de transformation continue de l'une en l'autre, même si le triangle est principe de constitution des figures, un carré étant formé par deux triangles, un pentagone par trois. Aristote enseignait de plus que la suite des figures géométriques, de même que la suite des nombres, ne constitue pas une unité selon le genre, mais une simple unité de série. Il en va de même selon lui pour les différentes formes que reçoit l'embryon, qui sont à chaque fois des formes nouvelles venant remplacer une forme précédente qui a été détruite.
Cependant la critique thomiste ne saurait être limitée à ce simple passage, car le modèle de l'embryon, qui est celui de la semence en général, est un problème beaucoup plus vaste. En effet, il ne s'agit pas de la simple biologie ou de la question de l'âme rationnelle, mais bien de savoir si l'on peut penser les réalités du monde comme naissant de sa propre matière, sans intervention extérieure. La réaction thomiste est alors radicale car, pour éviter toute hypothèse d'une autoproduction de la forme dans la matière, il en vient à scinder le temps par sa théorie de la création continuée.
Alcméon de Crotone : Un Précurseur de l'Embryologie
Parmi les philosophes grecs qui se sont intéressés au développement embryonnaire, Alcméon de Crotone mérite une mention spéciale. Philosophe grec né en Grande-Grèce, à Crotone, où il a pu suivre les leçons de Pythagore (Diogène Laërce, VIII, 83), il écrit, comme presque tous les penseurs de son époque, un traité Sur la nature. La tradition reconstruit avec les six brefs fragments conservés et divers témoignages, dont ceux de Théophraste (De sensibus, 25 sq.) et de Chalcidius (In Timeum), l'image d'un Alcméon préoccupé du ciel - à la suite de Thalès, d'Anaximandre et d'Anaximène - et du corps - comme Hippocrate et les médecins de Crotone.
Constatant le lien entre les dérangements du cerveau et les modifications de la sensibilité, il attribue, dit-on, le rôle de sensorium commun et de siège de la pensée non plus au cœur, mais au cerveau, auquel des conduits ou « pores » transmettent les modifications des organes sensoriels. Initiateur de la dissection, il découvre l'existence de la trompe d'Eustache et des nerfs optiques, en étudiant les différents organes sensoriels et leur fonctionnement. Embryologiste, il traite de la formation et de la nutrition de l'embryon. La santé est, selon lui (fragment 4, in H. Diels et W. Kranz, Die Fragmente der Vorsokratiker), produite par l'« isonomie », mélange équilibré des puissances contraires, telles l'humide et le sec, le froid et le chaud, l'amer et le doux, couples dont Aristote prétend qu'il les « rencontre » plutôt qu'il ne les « détermine » en les définissant à la manière pythagoricienne (Métaphysique, A, V, 286 a, 30 sq.) ; la maladie est engendrée par la domination d'un de ces couples ou d'une de ces puissances, parfois sous l'influence de causes externes.
Astronome enfin, Alcméon aurait étudié les éclipses de la Lune, le mouvement éternel et circulaire des astres. L'âme, transportée d'un mouvement analogue, serait, elle aussi, immortelle. Platon (cf. l'une des démonstrations de l'immortalité de l'âme dans Phèdre) comme, avant lui, Empédocle (théorie des pores) et, après lui, Aristote (théorie de la vision ; il aurait même écrit sur Alcméon) témoignent de l'importance d'Alcméon. Il ne suffit pas de voir en lui un physiologiste et un astronome : « science » et « philosophie » sont des concepts sans doute aussi inadéquats qu'inséparables pour décrire un traité où, à côté de la stérilité des mules, il traite, en des fragments difficiles à interpréter, des « choses inapparentes » rapportées aux dieux et aux hommes, de la « conception » qui distingue les hommes « du reste qui ne fait que sentir » (fragment 1 a, in H. Diels et W. Kranz) ou de l'« ami » (fragment 5, ibid.).
L'Ad Gaurum : Un Traité Attribué à Porphyre
Le Sur la manière dont l’embryon reçoit l’âme, souvent appelé Ad Gaurum du nom de son dédicataire Gauros, est un traité qui fut longtemps attribué au médecin philosophe Galien (IIe siècle apr. J.‑C.) mais qui, depuis la fin du XIXe siècle, est attribué au philosophe néoplatonicien Porphyre (IIIe siècle apr. J.‑C.).
Ce traité aborde des questions cruciales concernant l'animation de l'embryon et la nature de l'âme. Porphyre pense que l’embryon reçoit l’âme de l’extérieur, au lieu de procéder à son développement de l’intérieur. En recourant aux notions d’aptitude (epitedeiotes) - en l’occurrence aptitude à recevoir - et de disposition (hexis), il élabore une théorie dont le cadre conceptuel est aristotélicien, mais dont la teneur est héritée d’Alexandre d’Aphrodise (II-IIIe siècle apr.
Stoïcisme et l'Ad Gaurum
Le stoïcisme joue un rôle important dans l'Ad Gaurum. Les quatre chapitres de cet article très dense sont parfaitement résumés à la p. 84 : « 1. Le critère [stoïcien] de démarcation entre l’animal et le non-animal (la présence ou non des facultés de sensation, de représentation et d’impulsion) est utilisé tout au long du traité… 2. La thèse stoïcienne du mélange total… se trouve réappropriée par l’auteur pour expliquer le mélange parfait et sans confusion entre les facultés psychiques et la nature du corps qu’elles gouvernent [au prix d’]une dématérialisation des composants du mélange… 3. Une telle dématérialisation est également fort sensible dans l’emploi de la thèse de la sympathie universelle… Alors que l’idée d’une sympathie universelle n’a de sens, dans la Stoa, que dans le cadre d’une ontologie corporaliste (où seuls les corps sont reconnus comme pouvant agir et/ou pâtir), et sert à consolider la conviction d’un déterminisme lui aussi universel, l’auteur prend soin de se démarquer de ces deux thèses, affirmant que la sympathie n’implique pas nécessairement un contact, et qu’aucune volonté ou choix préalable ne détermine la présence de telle âme dans tel corps particulier, ni ne la retient de partir une fois l’harmonie rompue. 4. Les notes font apparaître de nombreuses citations stoïciennes connues par la tradition indirecte. L’exposé présente avec rigueur les débats les plus controversés.
Galien et l'Animation de l'Embryon
Dans L’Ad Gaurum attribué à Porphyre et les théories galéniques sur l’animation de l’embryon, V. Boudon‑Millot confirme magistralement la non-attribution du traité à Galien. Une première partie expose les enjeux de l’animation de l’embryon chez Galien. D’emblée, il est admis que le médecin philosophe n’aurait jamais pu parler de l’animation de l’âme dans les même termes que l’auteur de l’Ad Gaurum : par prudence, Galien répugne à se prononcer sur la nature de l’âme, sujet qui dépasse la raison et s’avère inutile à la pratique médicale. Comme l’auteur de l’Ad Gaurum, il pense que l’âme n’est pas présente dans la semence, mais il reste incapable de le démontrer. Il préfère au mot psyche le terme dynamis, généralement traduit par « faculté » : il distingue trois « facultés », la première étant dite appétitive, naturelle ou nutritive, la seconde vitale ou affective, la troisième rationnelle ; chez l’auteur de l’Ad Gaurum, c’est la deuxième qui gouverne la sensation et l’impulsion, alors que, chez Galien, c’est la troisième. Galien situe globalement l’incorporation de l’âme au moment où se développe l’encéphale, après la formation du foie et du cœur.
Plotin et la Doctrine de l'Âme
L. Brisson propose une synthèse sur La doctrine de l’âme chez Plotin à l’arrière‑plan de l’Ad Gaurum. Cet article affronte la complexité théorique et les ambiguïtés lexicales de Plotin, chez qui l’âme est une réalité composite et mobile tenant à la fois de la doctrine platonicienne et aristotélicienne. À la naissance, l’âme, véhiculée depuis l’Âme du monde ou issue d’un autre corps, vient animer un organisme déjà doté d’une âme végétative, tout en gardant un lien avec l’intellect (nous). Il faut donc distinguer trois âmes : 1. L’âme végétative, présente dans l’embryon, désigne la partie basse de notre âme ou de l’âme du monde informant les choses ; elle résulte des « raisons » transmises par le sperme, puis greffées aux « raisons » de la matrice. 2. L’âme humaine s’installe à la naissance dans l’embryon apte à la recevoir, puis, tel le pilote d’un navire, elle assure, en vertu d’un certain continuum, la sensation, la représentation, la mémoire, la pensée discursive et l’impulsion. 3.
tags: #développement #embryon #philosophe #grec