La dépression post-partum est une réalité complexe et délicate qui touche de nombreuses femmes après la naissance de leur enfant. Cette période de vulnérabilité peut parfois être exacerbée par des interventions des services sociaux, notamment en ce qui concerne le retrait de la garde de l'enfant. Cet article explore cette problématique en France, en mettant en lumière les arguments et les données disponibles.
La perception du pédopsychiatre Jacques Dayan
Le pédopsychiatre Jacques Dayan a exprimé de vives critiques à l'égard du système français de protection de l'enfance. Selon lui, la France serait "championne du placement" et les travailleurs sociaux auraient tendance à stigmatiser les mères souffrant de dépression post-partum, se prononçant trop systématiquement pour le retrait de l'enfant.
Dayan avance que la loi de 2007 a conduit à un regard de "police des familles", où les mères sont jugées trop facilement maltraitantes ou incompétentes. Il souligne également un "implicite social" où le jugement serait d'autant plus sévère si la femme se trouve dans un milieu précaire, créant ainsi un "cumul des a priori".
En résumé, Dayan suggère qu'en France, on retirerait trop facilement des bébés à des mères dépressives, alors qu'il faudrait privilégier les soins et le soutien pour qu'elles retrouvent leur capacité à s'occuper de leur enfant.
La réalité des chiffres en France et à l'étranger
La question centrale soulevée par Dayan est de savoir si, en France, des bébés sont retirés à des femmes uniquement parce qu'elles sont dépressives et/ou en situation de précarité, et si cela se produit plus fréquemment qu'ailleurs.
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Obtenir des chiffres précis sur la protection de l'enfance est un défi. En France, environ 143 000 mineurs font l'objet d'une mesure de placement, soit 0,97% de la population des moins de 18 ans. Comparé à d'autres pays comme le Québec (0,7%), l'Allemagne (0,73%), la Belgique francophone et les Pays-Bas (1%), la Suisse (1,17%), l'Angleterre (0,62%) et l'Italie (0,28%), la France se situe dans la fourchette haute, mais sans différence frappante.
Si l'on se concentre sur les très jeunes enfants, les 0-6 ans représentent 14% des enfants placés en France, et les moins de un an 3,6%. Cela signifie que 0,4% des enfants nés chaque année sont placés avant la fin de leur première année. En Angleterre, 18% des enfants placés ont entre 0 et 4 ans, et les moins de un an représentent 5% des placements, soit une proportion plus élevée qu'en France. De plus, l'Angleterre procède à environ 3000 adoptions d'enfants de moins de cinq ans chaque année, tandis que les déclarations judiciaires d'abandon sont extrêmement rares en France.
Une étude de Daniel Rousseau et al. (2016) sur le devenir à long terme d'enfants placés en pouponnière révèle que le délai moyen entre la première alerte et le placement est de 12,7 mois, pour un âge moyen à l'admission de 22 mois. Seulement 20% des enfants sont placés dans le premier mois suivant l'alerte, et 25% entre 19 et 46 mois après la première alerte. Ces chiffres ne suggèrent pas des placements rapides dans les premiers mois de vie.
L'étude de Rousseau souligne également un "sous-diagnostic de la maltraitance et des carences au sein des services connaissant la famille". Elle met en évidence de nombreux cas de maltraitances lourdes à l'arrivée des enfants, avec un état de santé général souvent très mauvais et des retards de croissance. Près de 4 enfants sur 5 présentaient des signes de souffrance psychique.
Profils des mères concernées et facteurs de risque
Si les chiffres ne confirment pas un recours abusif au placement précoce en France, ils ne permettent pas de déterminer les raisons spécifiques qui conduisent au retrait d'un très jeune enfant, ni le profil des mères concernées.
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Il est plausible que les mères en grande souffrance psychique, et qui se trouvent en plus dans une situation de précarité, soient surreprésentées dans la population des femmes qui se voient retirer leur bébé. Ces situations sont également les plus à risque pour le développement de l'enfant.
Une étude réalisée à partir de la cohorte EDEN (European Psychiatry, 2015) a conclu qu'un des facteurs de risque systématiquement lié à la survenue précoce et importante de problèmes sociaux, affectifs et cognitifs durant la petite enfance est la psychopathologie parentale, particulièrement maternelle. La dépression maternelle est liée à des problèmes émotionnels et comportementaux des enfants, surtout si elle est persistante. De même, le développement cognitif des enfants peut être affecté, avec des scores de QI verbal, QI de performance et QI total réduits chez les enfants de mères ayant des symptômes dépressifs élevés et persistants.
Un rapport de Marie-Paule Martin-Blachais sur les besoins fondamentaux de l'enfant souligne que les troubles de santé mentale, la déficience intellectuelle, la violence du partenaire ou la dépendance aux toxiques peuvent entraîner une souffrance élevée chez les parents, avec des difficultés d'organisation, de gestion des émotions et d'action efficace. Ces problèmes peuvent affecter l'insertion professionnelle et l'isolement social, renforçant la souffrance et augmentant le risque de dégradation de la situation. La parentalité exige un travail intense en empathie, en qualité de présence et en efforts pour prioriser les besoins de l'enfant, ce qui peut être particulièrement éprouvant pour les parents confrontés à des difficultés particulières.
Lors des Assises de la protection de l'enfance en 2017, Harriet Ward, professeur spécialiste de la recherche sur l'enfance et la famille, a cité une étude effectuée auprès d'enfants signalés en grave danger dès la naissance. Ces enfants ont été suivis de la naissance à l'âge de 8 ans, et tous sont restés dans leur famille. Un quart des familles ont connu des améliorations significatives grâce au suivi, mais le développement des autres enfants a été de plus en plus compromis.
Daniel Rousseau semble avoir une vision pessimiste sur le temps laissé aux parents et les effets de l'accompagnement. Il observe fréquemment de très jeunes enfants admis en pouponnière, en grande souffrance psychologique, alors même qu'ils bénéficiaient d'un suivi social intensif depuis leur naissance. Il évoque une nouvelle forme clinique de l'hospitalisme, liée au maintien d'un nourrisson dans un milieu familial carencé malgré l'identification de risques graves pour son évolution, qu'il nomme "hospitalisme à domicile ou intrafamilial".
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L'importance de prendre en compte les besoins fondamentaux de l'enfant
La tendance actuelle est de partir des besoins fondamentaux de l'enfant et de s'interroger sur les capacités des parents à y répondre, quelles que soient leurs caractéristiques psycho-sociales. Cette approche s'inspire des modèles québécois et anglo-saxons.
Il est crucial de ne pas faire l'impasse sur l'impact de la souffrance psychique des mères dépressives sur le développement de l'enfant. Ignorer cette causalité reviendrait à minimiser les conséquences de l'état psychique de la mère sur ses capacités parentales.
Comme l'a souligné une professionnelle de la protection de l'enfance : "Quand un bébé de neuf mois reste des heures hurlant dans son lit, avec des repas aléatoires, que ce soit parce que sa mère est dépressive ou qu'elle a consommé des produits et que le père n'est là que ponctuellement, la question de leur intentionnalité nous importe peu. Par contre, nous savons qu'il faut agir et rapidement, parce que ce bébé est négligé donc maltraité, qu'on ne répond pas à ses besoins fondamentaux, qu'il vit une situation de stress intense et qu'il évolue dans un contexte où il ne va pas pouvoir développer ses compétences de base, avec une probabilité forte d'en supporter les répercussions handicapantes toute sa vie."
Comprendre la dépression post-partum
La dépression post-partum, également appelée dépression postnatale, est une forme de dépression qui touche certaines femmes après la naissance d'un enfant. Il est essentiel de la reconnaître et de la traiter, car elle peut avoir un impact significatif sur le bien-être de la mère et sur sa relation avec son enfant.
Symptômes
Le syndrome post-partum peut se manifester par divers symptômes affectant le bien-être émotionnel et physique de la mère :
- Sentiments de tristesse persistante, de déprime ou de désespoir
- Anxiété excessive
- Perte de joie de vivre
- Fatigue intense
- Troubles du sommeil
- Changements d'appétit
- Difficultés de concentration et de mémoire
- Sentiments de culpabilité et d'inutilité
- Retrait social
- Idées de mort ou de suicide
L'intensité et la manifestation des symptômes peuvent varier d'une femme à l'autre. Certains symptômes peuvent apparaître immédiatement après l'accouchement, tandis que d'autres se développent progressivement au cours des semaines ou des mois suivants.
Causes
Les causes exactes de la dépression post-partum ne sont pas entièrement connues, mais plusieurs facteurs peuvent y contribuer :
- Chute hormonale : La diminution des niveaux d'hormones, tels que les œstrogènes et la progestérone, après l'accouchement peut avoir un impact sur l'humeur.
- Facteurs psychologiques : Les nouvelles responsabilités liées à la maternité, les changements dans la dynamique familiale, les ajustements de mode de vie et les préoccupations concernant le bien-être du bébé peuvent exercer une pression importante.
- Facteurs sociaux et environnementaux : Les événements stressants et le manque de soutien émotionnel peuvent également jouer un rôle.
- Facteurs biologiques et génétiques : Des études suggèrent qu'il peut exister une prédisposition génétique à la dépression post-partum. Certaines femmes peuvent avoir une sensibilité biologique accrue aux changements hormonaux et aux stress post-partum.
Il est important de souligner que la dépression post-partum n'est pas la faute de la mère et ne résulte pas d'un manque de volonté ou de capacités maternelles. C'est une condition médicale qui peut être traitée avec l'aide et le soutien appropriés.
Conséquences
La dépression post-partum peut avoir de nombreuses conséquences négatives pour la mère, le bébé et la famille :
- Bien-être maternel : Détresse émotionnelle et physique, baisse de l'estime de soi, sentiment d'incompétence.
- Relation mère-bébé : Perturbation du lien d'attachement, difficultés à se connecter émotionnellement avec l'enfant, à répondre à ses besoins et à s'engager dans des interactions positives.
- Développement de l'enfant : Exposition à un environnement moins stimulant, risque accru de problèmes de comportement et de santé mentale à long terme.
- Dynamique familiale : Tension au sein du couple et de la famille, conflits familiaux, diminution de la qualité de vie globale.
- Santé maternelle à long terme : Risque accru de développer une dépression chronique ou d'autres troubles de l'humeur.
Le corps pendant la période post-partum
Le corps de la femme subit de nombreux changements pendant la période post-partum, notamment :
- Contractions utérines : L'utérus se contracte pour retrouver sa taille normale, ce qui peut provoquer des crampes.
- Lochies : Pertes vaginales composées de sang, de mucus et de tissus provenant de la guérison de la paroi utérine.
- Saignements vaginaux : Saignements similaires aux règles abondantes, qui durent généralement plusieurs semaines.
- Changements mammaires : Gonflement, sensibilité et douleur des seins en préparation de l'allaitement maternel.
- Perte de poids : Perte du poids du bébé, du placenta et du liquide amniotique, mais la perte de poids post-partum varie d'une femme à l'autre et peut prendre du temps.
Traitement
En cas de dépression post-partum, il est essentiel de demander de l'aide médicale, à un psychiatre ou un psychologue, pour discuter des options de traitement appropriées. Plusieurs traitements peuvent être recommandés :
- Psychothérapie : Thérapie individuelle, telle que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et la thérapie de soutien.
- Médicaments antidépresseurs : Prescrits par un médecin.
- Soutien social : De la famille, des amis, aide pratique dans les tâches quotidiennes, partage des responsabilités parentales, participation à des groupes de soutien.
- Repos : Indispensable pour la maman.
- Interventions complémentaires : Méditation, yoga, acupuncture, thérapie par la lumière ou d'autres thérapies alternatives.
Prévention
Il existe des mesures que vous pouvez prendre pendant la grossesse pour favoriser votre bien-être émotionnel et réduire les risques de développer une dépression post-partum :
- Information : Renseignez-vous sur la grossesse, l'accouchement et la période postnatale.
- Soutien : Construisez un réseau de soutien solide comprenant votre partenaire, votre famille, vos amis et d'autres femmes enceintes ou mères.
- Soins personnels : Accordez-vous du temps pour prendre soin de vous. Faites de l'exercice régulièrement, adoptez une alimentation équilibrée, pratiquez des techniques de relaxation et assurez-vous de bien dormir.
- Évitez le surmenage : Évitez de vous surcharger de responsabilités et apprenez à déléguer lorsque cela est possible.
- Communication : Entretenez une communication ouverte et honnête avec votre partenaire.
- Préparation à l'allaitement maternel : Si vous envisagez d'allaiter, renseignez-vous sur les aspects pratiques et les bénéfices de l'allaitement maternel.
- Aide en cas de besoin : Si vous ressentez des symptômes de dépression ou si vous avez des inquiétudes quant à votre santé mentale pendant la grossesse ou après l'accouchement, parlez-en à votre professionnel de la santé.
Redevenir la "femme d'avant" : un défi impossible
La société valorise souvent les mères capables de concilier leur vie de mère et de femme, c'est-à-dire de travailler, d'être séduisante et d'avoir une vie sociale hors famille le plus rapidement possible après l'arrivée de bébé. Il s'agit de redevenir la "femme d'avant" dès la sortie de la maternité. Or, après 9 mois de grossesse et un accouchement, les bouleversements physiques et psychiques sont énormes, et les femmes ont besoin de temps pour traverser cette période physiologique et émotionnelle particulière.
Il est important de :
- Prendre soin de soi et de son bien-être physique et émotionnel.
- Être patiente avec soi-même et s'accorder le temps nécessaire pour guérir et s'adapter à sa nouvelle réalité de vie avec un bébé.
- Rester connectée avec ses proches et maintenir des relations sociales et un soutien émotionnel.
Du baby-blues à la dépression post-partum
Le baby-blues et la dépression post-partum sont deux états émotionnels différents que les femmes peuvent vivre après l'accouchement. Le baby-blues est un état émotionnel très sensible favorisé par les changements hormonaux après l'accouchement, qui dure une dizaine de jours maximum.
Soutenir une mère souffrant de dépression post-partum
Le rôle de l'entourage est primordial dans l'accompagnement d'une personne présentant une dépression post-partum. Le diagnostic n'est pas toujours évident et rapide, et les proches aidants ont une place capitale pour favoriser le mieux-être du parent.
Qu'est-ce qu'un aidant ?
Un aidant est une personne qui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou partie des actes ou des activités de la vie quotidienne d'une personne en perte d'autonomie, du fait de l'âge, de la maladie ou d'un handicap.
Comment aider et soutenir une personne confrontée à la dépression périnatale ?
- Être attentif : Repérer les symptômes de dépression périnatale.
- Fournir un espace d'écoute et de soutien émotionnel.
- Fournir un soutien pratique.
- Aider à accéder à des soins adaptés.
Techniques de communication efficace
- Attention totale : Être pleinement présent et concentré sur l'interlocuteur, sans distraction.
- Empathie : Essayer de comprendre les sentiments et les perspectives de l'interlocuteur.
- Réflexion : Reformuler ou résumer ce que l'interlocuteur a dit pour montrer que vous avez bien compris.
- Questions ouvertes : Poser des questions qui encouragent l'interlocuteur à s'exprimer davantage.
- Non-jugement : Écouter sans émettre de jugement ou de critique.
- Réponses verbales et non-verbales : Utiliser des signes non-verbaux et des mots de soutien pour montrer que vous écoutez.
- Silence : Ne pas interrompre l'interlocuteur et respecter les pauses dans la conversation.
Soutien pratique et émotionnel
- Dormir suffisamment : S'occuper du bébé pendant une nuit ou une sieste.
- Prendre des repas réguliers et équilibrés : S'occuper du bébé le temps d'un repas, faire les courses, apporter des plats cuisinés.
- Se laver régulièrement et prendre soin de soi : Garder le bébé pendant la douche ou un rendez-vous chez le coiffeur.
- Pratiquer une activité de loisirs.
- Conserver un lien social avec son entourage.
Autres façons d'apporter un soutien efficace
- Écouter et valider les émotions.
- Encourager à parler.
- Informer et éduquer.
- Encourager la consultation de professionnels.
- Éviter les conseils non sollicités.
- Assurer une présence constante.
- Renforcer le sentiment de compétence parentale.
- Offrir de l'aide pratique.
- Encourager les soins personnels.
- Créer un environnement positif.
- Surveiller les signes de détresse.
Ressources et réseaux d'aide
- Médecin traitant
- Centre médico-psychologique
- Psychologues et psychiatres libéraux
- Centre de psychiatrie périnatale, unité mère-bébé
- 3114
- Application 1000 premiers jours et échelle d'Edimbourg
- Lieu d'accueil parents-enfants
- UNAFAM: consultation/aide à la parentalité
- GPS parent
- Escale des aidants
- Maman blues : Accompagnement non médical de soutien, d'écoute et de conseils dans le cadre de la difficulté maternelle
Collaboration avec les professionnels de santé
Travailler efficacement avec les professionnels de santé pour soutenir un proche présentant une dépression périnatale nécessite une collaboration et une communication optimales.
- Communication ouverte et honnête : Partager toutes les informations pertinentes sur l'état de votre proche avec son accord avec les professionnels de santé.
- Respect de la confidentialité : Respecter la vie privée de votre proche et ne pas divulguer d'informations sans son consentement.
- Participation aux rendez-vous : Accompagner votre proche aux rendez-vous médicaux peut être un soutien précieux.
- Suivi du traitement : Aider votre proche à suivre son traitement et à respecter les consignes médicales.
- Soutien moral : Encourager et soutenir votre proche tout au long de son parcours de soins.
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