Loading...

Dépression Post-Partum : Critères DSM-5, Diagnostic et Prise en Charge

La dépression post-partum (DPP) est un trouble de l’humeur qui survient chez certaines femmes dans l’année qui suit l’accouchement. Elle se distingue du baby blues, un phénomène transitoire et bénin touchant une majorité de nouvelles mères. La DPP est plus sévère, durable et peut avoir des conséquences significatives sur la mère, l’enfant et l’entourage. Cet article explore les critères diagnostiques du DSM-5, les facteurs de risque, les symptômes, le diagnostic et les options de prise en charge de la dépression post-partum.

Prévalence et Distinction avec le Baby Blues

L’Enquête nationale périnatale de 2021 a recensé que 16,7% des femmes étaient déprimées deux mois après l’accouchement. Cette dépression diffère nettement du baby blues, beaucoup plus fréquent et sans gravité. Le baby blues touche entre 50 et 80% des accouchées, apparaît entre le 2e et le 5e jour après la naissance, puis disparaît spontanément en quelques jours. Aucun traitement n’est nécessaire pour le baby blues. La dépression post-partum survient plus tard, généralement entre la 2e et la 8e semaine, parfois après le 6e jour seulement.

Facteurs de Risque

Plusieurs facteurs augmentent le risque de développer une DPP. Les antécédents de dépression, surtout lors d’une grossesse antérieure, pèsent lourd. Les complications pendant la grossesse ou l’accouchement, l’isolement social, les conflits de couple, la précarité et les événements stressants favorisent également la survenue d’une dépression. Une dépression pendant la grossesse multiplie fortement le risque après l’accouchement.

Clara, 28 ans, a accouché il y a 6 semaines. Elle vit seule avec son bébé, son conjoint travaillant à l’étranger. Elle n’a pas de famille proche et se sent submergée par les soins à apporter à son enfant. Elle dort moins de 4 heures par nuit, pleure plusieurs fois par jour et a perdu 5 kg en un mois.

Critères Diagnostiques du DSM-5

La dépression post-partum n’est pas reconnue comme un diagnostic à part entière dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders V (DSM-5), mais comme un sous-type de dépression avec l’intitulé « Major Depressive Disorder, with peri-partum onset ». Cet intitulé permet de prendre en compte les femmes présentant une symptomatologie de dépression durant leur grossesse, le diagnostic ne se limitant pas uniquement aux symptômes apparaissant après l’accouchement. En effet, environ un tiers des patientes présentant une dépression périnatale ont vu les premiers symptômes apparaître pendant la grossesse.

Lire aussi: Traitements Efficaces contre la Dépression Post-Partum

Selon les critères du DSM-5, le diagnostic d’une dépression du post-partum requiert la présence d’au moins cinq symptômes parmi ceux listés ci-dessous, évoluant depuis au moins deux semaines et constituant un changement par rapport à l’état antérieur. Ces symptômes doivent être apparus durant la grossesse ou durant les quatre premières semaines suivant l’accouchement (ce délai étant communément étendu à un an). Cela est généralement concomitant de la fin du congé du deuxième parent, cette période est donc un moment charnière où il faut être vigilant quant au bien-être psychique de la mère.

Critères diagnostiques de la dépression du post-partum selon le DSM-5A :

Au moins 5 des symptômes suivants doivent être présents pendant une même période d’une durée de 2 semaines et avoir représenté un changement par rapport au fonctionnement antérieur ; au moins un des symptômes est soit (1) une humeur dépressive, soit (2) une perte d’intérêt ou de plaisir.

NB : Ne pas inclure les symptômes manifestement attribuables à une autre affection médicale.

  1. Humeur dépressive présente pratiquement toute la journée, presque tous les jours, signalée par le sujet (ex. : se sent vide ou triste ou désespéré) ou observée par les autres (ex. : pleure ou est au bord des larmes). NB : Éventuellement irritabilité chez l’enfant ou l’adolescent.
  2. Diminution marquée du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités pratiquement toute la journée, presque tous les jours (signalée par le sujet ou observée par les autres).
  3. Perte ou gain de poids significatif en absence de régime (ex. : modification du poids corporel en 1 mois excédant 5 %) ou diminution ou augmentation de l’appétit presque tous les jours. NB : Chez l’enfant, prendre en compte l’absence de l’augmentation de poids attendue.
  4. Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours.
  5. Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les jours (constatés par les autres, non limités à un sentiment subjectif de fébrilité ou de ralentissement intérieur).
  6. Fatigue ou perte d’énergie presque tous les jours.
  7. Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée (qui peut être délirante) presque tous les jours (pas seulement se faire grief ou se sentir coupable d’être malade).
  8. Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours (signalée par le sujet ou observée par les autres).
  9. Pensées de mort récurrentes (pas seulement une peur de mourir), idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis pour se suicider.

B. Les symptômes induisent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel, ou dans d’autres domaines importants.

C. Les symptômes ne sont pas attribuables à l’effet physiologique d’une substance ou d’une autre affection médicale.

Lire aussi: Guide Essentiel : Dépression Post-Partum

NB : Les critères A à C caractérisent l’EDC.

NB : La réaction à une perte significative (p. ex. décès, ruine financière, perte secondaire à une catastrophe naturelle, affection médicale ou handicap sévères) peut inclure une tristesse intense, des ruminations au sujet de cette perte, une insomnie, une perte d’appétit et une perte de poids notée au niveau du critère A, et peut ressembler à un épisode dépressif. Bien que ces symptômes puissent être compréhensibles ou considérés comme adaptés face à cette perte, la présence d’un EDC en plus de la réponse normale à cette perte doit aussi être envisagée. Cette décision demande que le jugement clinique tienne compte de l’histoire individuelle et des normes culturelles concernant l’expression de la souffrance dans un contexte de perte.

Pour constituer un trouble dépressif unipolaire, les critères D et E doivent s’y ajouter :

D. L’occurrence de l’EDC n’est pas mieux expliquée par un trouble schizo-affectif, une schizophrénie, un trouble schizophréniforme, un trouble délirant, ou un autre trouble psychotique.

E. Il n’y a jamais eu d’épisode maniaque ou hypomaniaque.

Lire aussi: Guérir de la dépression post-partum

Symptômes de la Dépression Post-Partum

La dépression post-partum mêle les signes habituels de la dépression à des manifestations propres à cette période. Les femmes rapportent une tristesse intense et durable, une incapacité à ressentir du plaisir, une fatigue écrasante. Le sommeil se dérègle, que ce soit par excès ou par défaut. L’appétit change, le poids aussi. La concentration devient difficile, les mouvements ralentissent. L’anxiété accompagne souvent la dépression. L’Enquête nationale périnatale 2021 montre que 83,2% des femmes déprimées après l’accouchement souffrent aussi de symptômes anxieux.

Certains signes sont spécifiques au post-partum. Le lien avec le bébé se construit difficilement. Les mères se sentent incompétentes, incapables de s’occuper correctement de leur enfant. Des phobies d’impulsion apparaissent : la peur terrible de faire du mal au nourrisson, sans intention de passer à l’acte. Le risque suicidaire nécessite une vigilance constante. L’Enquête nationale périnatale 2021 révèle qu’environ une femme sur vingt a des idées suicidaires à deux mois.

Signes d’alerte pendant la grossesse:

  • Troubles du sommeil
  • Tristesse, retrait, angoisse, logorrhée anxieuse
  • Troubles somatiques qui durent : nausées, vomissements, fatigue, céphalées, anorexie, lombalgies
  • Crise de larmes itératives, sentiment d’impuissance et d’incapacité, redoublé par la crainte que ce malaise nuise au fœtus ou aboutisse à un avortement
  • Crise de panique ou d’obsessions avec peur de tuer l’enfant qui n’est pas né
  • Expression symptomatique de l’angoisse : contractions utérines, menace d’accouchement prématuré
  • Intolérance au stress
  • Discours difficile, décousu
  • Absence d’anticipation de la part de la mère (« je n’ai pas envie d’y penser », « on verra bien quand il sera là »)
  • Angoisse du professionnel, sentiment d’étrangeté ressenti face à la patiente
  • Sentiment du professionnel d’être inutile, doute qui persiste tout au long des visites

Signes d’alerte en post-natal (persistants au-delà d'une à deux semaines post-accouchement):

  • Labilité émotionnelle, tristesse de l’humeur, anhédonie
  • Anxiété, surtout le soir
  • Sentiment de solitude, modification brutale du contact, repli
  • Plaintes somatiques
  • Troubles du sommeil, asthénie, hypervigilance constante (la maman a du mal à se reposer quand le bébé dort)
  • Dévalorisation, notamment centrée sur le rôle de mère, culpabilité de ne pas ressentir le bonheur attendu
  • Manque de plaisir avec l’enfant, irritabilité notamment envers le conjoint ou les autres enfants de la fratrie, tolérance faible aux cris, crises de larmes
  • Ralentissement psychomoteur, trouble de la concentration
  • Absence d’instinct maternel protecteur ou au contraire surprotection
  • Sentiment d’étrangeté par rapport à l’enfant, rejet progressif du contact physique avec l’enfant
  • Soins du bébé effectués de manière opératoire, pas d’échange de regard
  • Peur de faire mal au bébé en s’en occupant, phobies d'impulsion
  • Sentiment d’impuissance, d’inutilité, de désespoir
  • Pensées morbides et suicidaires

La symptomatologie peut également être portée par le bébé du fait de l'impact des troubles des interactions mère-bébé. Il est important de rechercher une dépression du post-partum chez la maman devant certains symptômes chez le bébé :

  • Troubles fonctionnels de l'alimentation
  • Troubles du rythme veille-sommeil
  • Troubles du tonus
  • Retrait et repli de l'enfant sur lui-même
  • Hypervigilance de l'enfant

Il faut également y penser lorsque les consultations pour le nourrisson sont répétées alors que ce dernier est en bonne santé apparente. Il s'agit souvent d'une manifestation de l'angoisse de la mère.

Sophie, 32 ans, mère d’un premier enfant, consulte 8 semaines après son accouchement. Elle décrit une fatigue extrême, une incapacité à ressentir de la joie malgré la naissance de son bébé, des crises de larmes quotidiennes et une peur constante de ne pas être une bonne mère. Elle évite les contacts sociaux, ne parvient plus à s’occuper de son enfant et exprime des idées noires.

Diagnostic

Le diagnostic de DPP repose sur l’évaluation clinique par un professionnel de santé (médecin, sage-femme, psychiatre).

  • Échelle d’Édimbourg (EPDS) : questionnaire de 10 items permettant d’évaluer le risque de DPP.
  • Bilan biologique : dosage de la TSH (thyroïde), ferritine, vitamine D, pour éliminer une cause organique.
  • Consultation médicale postnatale (6 à 8 semaines) : bilan complet.

Lors de sa visite postnatale, Emma, 29 ans, remplit l’échelle d’Édimbourg et obtient un score de 15/30. Elle avoue ne plus trouver de plaisir dans la vie, avoir des difficultés à s’occuper de son bébé et se sentir « vide ».

Il existe très souvent une dénégation des symptômes ressentis par la maman. L’auto-questionnaire EPDS peut ainsi être proposé aux patientes pour aider au diagnostic. Cet outil diagnostic a montré une bonne corrélation avec le diagnostic de dépression du post-partum.

Depuis juillet 2022, toutes les femmes se voient proposer un entretien postnatal précoce entre la 4e et la 8e semaine après l’accouchement. Cet entretien permet d’utiliser l’échelle d’Édimbourg (EPDS), un questionnaire de 10 questions que la patiente remplit elle-même.

Prise en Charge

La prise en charge de la DPP doit être globale, personnalisée et précoce pour éviter les complications. Elle associe généralement psychothérapie, soutien social et, si nécessaire, médicaments.

  • Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : permet de modifier les pensées négatives et les comportements inadaptés.
  • Thérapies de groupe : partage d’expériences avec d’autres mères, réduction de l’isolement.
  • Thérapies mère-bébé: travaillent spécifiquement sur les interactions précoces et renforcent le lien d’attachement.
  • Antidépresseurs (ISRS comme la sertraline ou la paroxétine) : prescrits en cas de DPP modérée à sévère ou en échec de psychothérapie. Certaines molécules passent très peu dans le lait maternel, avec des concentrations indétectables dans le sang des nourrissons allaités. L’allaitement peut se poursuivre sous surveillance médicale.
  • Anxiolytiques : à utiliser avec prudence et sur une courte durée.
  • Soutien du conjoint et de l’entourage : implication dans les soins au bébé, écoute active.
  • Unités mère-enfant : permettent de soigner la mère tout en préservant le lien avec son enfant. L’hospitalisation concerne les formes graves : risque suicidaire élevé, troubles majeurs du lien mère-enfant, échec des traitements en ambulatoire.

Après le diagnostic de DPP, Julie, 30 ans, commence une TCC et un traitement par sertraline. Son mari prend un congé pour l’aider, et une auxiliaire de puériculture intervient à domicile.

La psychothérapie reste le premier traitement à proposer, même dans les dépressions sévères. Deux approches ont fait leurs preuves : les thérapies cognitivo-comportementales et les thérapies interpersonnelles. Les TCC travaillent sur les pensées négatives automatiques et les comportements qui maintiennent la dépression. Les TIP s’attachent aux relations avec l’entourage et à l’adaptation au nouveau rôle de mère.

Sous traitement, l’amélioration survient généralement en quelques semaines ou quelques mois.

Complications Possibles

Pour la mère, les complications incluent la chronicisation de la dépression, un risque accru de dépressions ultérieures, et un danger suicidaire élevé. L’enfant subit aussi les conséquences. Les troubles du lien d’attachement précoce peuvent entraîner des difficultés émotionnelles, sociales et cognitives. Les troubles alimentaires et du sommeil du nourrisson sont plus fréquents.

  • Risque suicidaire élevé (le suicide est la 2e cause de mortalité du post-partum).
  • Troubles de l’attachement mère-enfant, avec risque de négligence ou de maltraitance.
  • Isolement familial, rupture des liens sociaux.

Céline, 34 ans, n’a pas été traitée pour sa DPP après la naissance de son premier enfant. Deux ans plus tard, elle présente une dépression chronique, son enfant a un retard de langage et des troubles du sommeil.

Le risque de récidive lors des grossesses suivantes se situe entre 25 et 30% selon les études.

Prévention

La prévention de la DPP est essentielle et peut inclure :

  • Dépistage des antécédents psychiatriques et mise en place d’un suivi adapté.
  • Soutien psychologique si nécessaire, via des dispositifs comme « Mon soutien psy » (séances remboursées avec un psychologue).
  • Éviter l’isolement : maintenir des contacts sociaux, participer à des groupes de parents.

Lors de son entretien prénatal, Marie, 27 ans, exprime sa peur de ne pas savoir s’occuper de son bébé. La sage-femme lui propose un suivi renforcé après l’accouchement et l’oriente vers un groupe de préparation à la parentalité.

Ressources et Soutien

Plusieurs professionnels et structures peuvent intervenir. Les sages-femmes, en maternité ou en libéral, assurent un suivi jusqu’au 12e jour après l’accouchement. La Protection maternelle et infantile propose un accompagnement gratuit.

  • Associations (Maman Blues, Schizo? Oui!) : écoute, groupes de parole, informations.
  • Numéro national de prévention du suicide : 3114. En cas de crise, le numéro national de prévention du suicide 3114 répond 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Des professionnels formés écoutent et orientent.
  • Le Ministère de la Santé recense l’ensemble des dispositifs disponibles pour accompagner les femmes touchées par une dépression post-partum.

tags: #dépression #post-partum #dsm #5 #critères

Articles populaires:

Share: