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Le Déni de Paternité : Une Perspective Psychologique

Le déni de grossesse chez les femmes est un sujet fréquemment abordé, étant donné que ce sont elles qui sont directement touchées. Cependant, il est impératif de reconnaître que le partenaire masculin est également affecté par cette situation, se retrouvant père malgré lui. Cet article explore le phénomène du déni de paternité, en analysant les mécanismes psychologiques sous-jacents et les réactions possibles des hommes confrontés à cette réalité inattendue.

Le Déni de Grossesse : Un Blocage Psychologique

Le déni de grossesse se manifeste lorsqu'une femme ne réalise pas qu'elle est enceinte avant un stade avancé de la grossesse, voire jusqu'à l'accouchement. Dans les cas les plus rares, on parle de déni de grossesse total, par opposition au déni partiel où la grossesse est découverte avant le terme. Ce phénomène est généralement lié à un blocage psychologique qui empêche la femme de vivre sa grossesse de manière normale.

Le Déni de Paternité : Une Complaisance Inconsciente ?

Une question pertinente se pose alors : « Y a-t-il un déni de grossesse chez les hommes ? ». Comment expliquer qu'un homme ne se rende pas compte que sa compagne est enceinte, même en présence de signes physiques ou de rapports sexuels non protégés ?

Selon Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste, les hommes peuvent être entraînés dans le même mouvement psychique que leur partenaire, comme s'il y avait une complaisance inconsciente. « Puisque la femme ne s’autorise pas à vivre cette grossesse, l’homme est pris dans le même système et ne s’autorise pas à prendre conscience que sa femme peut être enceinte », même lorsque des changements corporels sont visibles chez sa compagne.

Myriam Szejer souligne que même en présence de saignements similaires aux règles, une femme psychologiquement apte à faire face à une grossesse se poserait des questions, surtout en cas de rapports non protégés.

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Les Raisons du Déni : Protéger l'Enfant et Éviter les Pressions

Le déni de grossesse peut être motivé par diverses raisons, tant chez la femme que chez l'homme. Il peut s'agir d'un moyen inconscient de protéger l'enfant, d'éviter les pressions familiales poussant à l'avortement ou à l'abandon, d'empêcher les jugements de l'entourage sur la grossesse, ou encore de dissimuler un adultère. En ne s'autorisant pas à vivre cette grossesse, la femme évite d'affronter ces situations difficiles.

Myriam Szejer souligne que « Souvent, le déni de grossesse résulte d'un conflit inconscient entre le désir d'enfant et le contexte socio-affectif, économique ou culturel dans lequel survient ce désir. On peut alors comprendre que l’homme soit pris dans le même engrenage que la femme ».

Réactions Face au Déni Total : Acceptation ou Refus

Dans les rares cas de déni total, où la femme découvre sa grossesse lors de l'accouchement, la réaction du compagnon peut être radicale. Nathalie Gomez, chargée de mission pour l’Association française de reconnaissance du déni de grossesse, distingue deux grandes attitudes : l'acceptation joyeuse de l'enfant ou le refus total et la rupture avec la compagne.

Certains hommes accusent leur partenaire de leur avoir « fait un bébé dans le dos », tandis que d'autres ont besoin de temps pour s'adapter à cette nouvelle réalité. Nathalie Gomez relate l'histoire d'un homme qui, après avoir appris la nouvelle de la grossesse de sa compagne, s'est absenté pendant plusieurs heures avant de revenir à la maternité, prêt à assumer son rôle de père.

Il arrive également que l'homme rejette l'enfant, surtout si sa situation personnelle ne lui permet pas de l'accueillir. Il peut aussi éprouver un sentiment de culpabilité, se reprochant de ne pas avoir décelé les signes de la grossesse.

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Myriam Szejer souligne qu'il existe autant de réactions possibles que d'histoires différentes, rendant difficile toute prédiction sur la manière dont un homme réagira face au déni de grossesse de sa compagne.

De « Avoir » à « Devenir » Parent : Une Évolution Psychologique

Autrefois, on utilisait le verbe « avoir » pour désigner le fait d'avoir des enfants, impliquant une évidence dans l'accession à la parentalité. Aujourd'hui, on parle de « devenir » parent, soulignant la nécessité d'assumer ce rôle et de se sentir à la hauteur. Cette évolution reflète la complexité psychologique de la parentalité, exacerbée par l'isolement, la brièveté des séjours en maternité et la solitude.

Devenir parent implique un processus d'apprentissage au contact des autres, mais aussi un travail psychologique pour se sentir capable d'assumer ce rôle. Des femmes parvenues au terme de leur grossesse peuvent accoucher « sans s'en rendre compte », illustrant la difficulté d'intégrer la réalité de la grossesse.

L'accompagnement à la parentalité dès le début de la grossesse est donc crucial pour favoriser l'émergence du désir d'enfant, l'élaboration de projections sur l'avenir et l'intégration des rôles de femme, de mère, d'amante et de parent.

Le Déni de Parentalité : Une Absence Psychologique

Le déni de parentalité, souvent lié à l'isolement et à un décalage entre maturité physiologique et psychologique, peut prendre diverses formes. Dans les cas extrêmes, il peut conduire à l'infanticide. Plus fréquemment, il se traduit par une délégation systématique des soins de l'enfant à des tiers, un recours excessif aux baby-sitters ou un manque d'attention aux besoins affectifs de l'enfant.

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Un nouveau type de déni de parentalité émerge chez les pères qui, bien qu'ayant désiré leur enfant, se sentent submergés par sa présence, la considérant comme un frein à leur activité professionnelle.

Il est important de distinguer ces formes de déni de parentalité des dépressions post-partum, souvent banalisées. Si la dépression persiste, il est essentiel de l'identifier, de la verbaliser et de la prendre en charge.

Le Désir d'Enfant : Un Besoin Affectif et Identitaire

La maternité est souvent perçue comme une étape importante dans la construction identitaire de la femme. Le désir d'enfant peut répondre à un besoin affectif profond, lié à l'identification à sa propre mère et à la volonté de transmettre la vie. Inconsciemment, le premier enfant peut être dédié à la mère, symbolisant un nouvel engagement dans la vie de la femme et marquant l'abandon définitif de l'adolescence. Le désir de grossesse peut également être lié à la volonté d'affirmer sa féminité et son rôle de femme auprès d'un homme.

Pour l'homme, le désir d'enfant peut être associé à une intégration sociale et à une reconnaissance de sa virilité. Cependant, l'infertilité ou le non-désir d'enfant peuvent entraîner des douleurs et des souffrances psychologiques, nécessitant un travail de deuil du désir de maternité ou de paternité.

Dans les situations d'infertilité, il est possible de devenir parent symboliquement en transmettant, en aidant les autres, en s'engageant dans des œuvres caritatives ou en développant une activité créative.

Regards Sur Les Nouvelles Paternités

Le psychologue et psychanalyste Kevin Hiridjee, dans son ouvrage, questionne la figure paternelle traditionnelle et explore les nouvelles formes de paternité qui émergent. Il souligne que le modèle patriarcal n'est plus dominant et que d'autres figures paternelles ont fait leur apparition.

Hiridjee met en lumière l'importance pour l'homme de faire le deuil du père idéalisé et d'accepter l'existence de pères différents, qui ne correspondent pas à l'image du père tout-puissant et autoritaire.

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