Le déni de grossesse, un phénomène à la fois fascinant et méconnu, touche en France 1 500 à 3 000 femmes chaque année. Il se définit comme le fait d’être enceinte sans avoir conscience de l’être, et ce, pendant au moins trois mois. L’annonce de la grossesse est souvent un choc pour ces femmes, d’autant plus quand cette annonce survient quelques heures avant l’accouchement. Loin d’être un acte de négligence, il s’agit d’un signe de détresse psychologique, où les symptômes habituels de grossesse peuvent être absents, ce qui complique le diagnostic.
Définition et types de déni de grossesse
Le déni de grossesse est l'une des formes de négation de la grossesse, avec les grossesses dissimulées (grossesses cachées) ou la dénégation de grossesse (grossesses refusées). Il est catégorisé comme un trouble de la gestation psychique. On distingue deux types principaux de déni de grossesse :
Le déni de grossesse partiel : La grossesse est découverte après le premier trimestre de grossesse mais avant le terme. La future mère prend conscience de son état de manière tardive, souvent à l'occasion d'une consultation médicale ou d'un examen. Une fois la grossesse admise, le corps peut connaître des modifications rapides.
Le déni de grossesse total : S’il perdure tout au long de la grossesse et se termine par un accouchement inopiné. La femme apprend qu'elle est enceinte seulement le jour de l'accouchement. Elle ne réalise pas qu'elle porte un enfant jusqu'à ce moment précis. Ce phénomène est rare et très impressionnant.
Selon les études épidémiologiques, le déni de grossesse pourrait concerner jusqu’à environ 1 grossesse sur 500. Chaque année, environ 80 femmes accouchent inopinément d’un enfant, suite à un déni de grossesse total.
Lire aussi: Comprendre le déni de grossesse
Symptômes et signes du déni de grossesse
Le déni de grossesse est marqué par une absence ou une diminution notable des symptômes typiques de la grossesse. Cet état peut se manifester par plusieurs signes et symptômes, souvent non perceptibles :
Absence de symptômes typiques : L'un des aspects principaux du déni de grossesse est l'absence de signes couramment associés à la grossesse, tels que l’absence de nausées et vomissements, l’absence d’aménorrhées, une faible augmentation du périmètre abdominal, une prise de poids absente ou faible, pas de seins gonflés et sensibles, pas de fatigue inhabituelle, pas de besoin fréquent d'uriner. La persistance des règles est très fréquente. Or, l’aménorrhée représente pour la majorité des femmes le premier signe indicateur d’une éventuelle grossesse.
Position et invisibilité du fœtus : Le fœtus peut se positionner de manière à rendre la grossesse presque invisible. Il peut se loger derrière les côtes ou le long de la colonne vertébrale, ce qui ne modifie pas ou peu l'apparence du ventre. Les mouvements, généralement perçus autour de la 20e semaine, peuvent passer inaperçus ou être attribués à des troubles digestifs. L’une des caractéristiques étonnantes du déni de grossesse est l’absence d’augmentation du périmètre abdominal, ou une augmentation très modérée. Parfois seule un petit bombement abdominal est perceptible et peut donc facilement passer inaperçu. De plus, on remarque généralement aucune variation du poids. L’un des autres signes caractéristiques du déni de grossesse est la non-perception ou la non identification des mouvements fœtaux.
Douleurs et autres symptômes mal interprétés : Certains symptômes peuvent survenir, mais sont souvent mal interprétés, comme des douleurs abdominales attribuées à d'autres causes (troubles digestifs, appendicite) ou des saignements vaginaux confondus avec des menstruations.
Dans les cas de déni total, la grossesse peut ne devenir évidente qu'au moment de l'accouchement, à la suite de douleurs abdominales intenses amenant la femme à consulter en urgence, sans qu'elle ait eu connaissance de sa grossesse.
Lire aussi: Réalités du déni de grossesse en France
Causes du déni de grossesse
Les causes du déni de grossesse sont parfois interconnectées. Il peut s’agir entre autres de :
Facteurs psychologiques : Les racines du déni de grossesse plongent profondément dans le psychologique. L'ambivalence face au désir d'enfant est un exemple pertinent ; une femme peut se trouver déchirée entre son désir et sa capacité à endosser le rôle de mère, poussant ainsi son psychisme à nier la réalité de la grossesse. Les traumatismes, qu'ils soient passés ou présents, tels que les agressions sexuelles, les violences ou les difficultés familiales, peuvent également jouer un rôle important. Ces expériences douloureuses incitent souvent le psychisme à développer des mécanismes de défense afin d'échapper à la douleur et à l'angoisse liées à la grossesse. Le déni de grossesse est un mécanisme de défense psychique et est catégorisé comme un trouble psychiatrique (trouble de la gestation psychique). Ainsi, des femmes ayant une angoisse de porter un enfant, d’enfanter et/ou d’être mère peuvent déclencher ce mécanisme de défense.
Facteurs émotionnels et relationnels : Les conflits psychiques irrésolus et les complications relationnelles figurent aussi parmi les causes majeures. Vivre dans un environnement instable ou dans un contexte où la sexualité est un sujet tabou peut augmenter le risque de déni de grossesse. De même, des grossesses successives ou la conviction d'être stérile peuvent influencer cette condition.
Aspects socioculturels : Les facteurs socioculturels ne sont pas à négliger. En effet, le contexte social et les normes culturelles peuvent altérer la perception qu'une femme a de la grossesse et de la maternité. Par exemple, évoluer dans un environnement où la maternité est stigmatisée ou un endroit où les ressources pour les mères sont insuffisantes peut favoriser le déni de grossesse.
Le rapport au corps et à la sexualité : Une femme qui entretient une relation difficile avec son corps ou sa sexualité peut avoir du mal à accepter l'idée d'une grossesse, ce qui peut mener à un déni.
Lire aussi: Témoignages poignants sur le déni de grossesse
Diagnostic du déni de grossesse
Le diagnostic du déni de grossesse représente un défi en raison de l'absence ou de la discrétion des symptômes habituels de la grossesse. Les méthodes et les indicateurs clés suivants sont essentiels pour détecter et confirmer un déni de grossesse :
Test de grossesse : Une réponse simple et rapide consiste à réaliser un test de grossesse. En effet, ce dernier sera toujours positif en cas de grossesse, même dans le cadre d’un déni de grossesse. Vous pouvez faire un test urinaire ou une prise de sang de grossesse.
Examen gynécologique et échographie : L'examen gynécologique et l'échographie sont indispensables pour confirmer la grossesse. Idéalement, il faudrait réaliser une échographie abdominale dès qu’une patiente se plaint de douleurs abdominales. Une échographie abdominale peut déceler un fœtus, même si la femme ignore sa grossesse.
Une fois le déni partiel de grossesse diagnostiqué, le corps de la future mère se métamorphose au fil des heures suivant l’annonce. La verbalisation de la grossesse entraine de ce fait une prise de conscience et des modifications corporelles.
Conséquences du déni de grossesse
Le déni de grossesse a des répercussions tant sur le plan physique que psychologique, pour la mère et l'enfant. Les conséquences sont diverses et peuvent être graves.
Conséquences pour l'enfant
Les enfants issus de grossesses niées font face à de multiples risques :
Prématurité : Risque accru de naissance prématurée, pouvant entraîner des complications et un faible poids à la naissance.
Retard de croissance intra-utérin : L'absence de suivi médical peut causer un retard dans le développement du fœtus.
Hospitalisation néonatale : Un risque plus élevé d'hospitalisation dès la naissance due à diverses complications de santé.
Mortalité fœtale : Risque accru de mortalité due à des fausses couches, des décès in utero, ou des anomalies congénitales.
Retard de développement psychomoteur : Possibilité de retard de développement et de problèmes de langage chez 30 % des enfants à l'âge de 2 ans.
Conséquences pour la mère
Les effets sur la mère sont également significatifs :
Accouchement inopiné et complications : Un accouchement sans assistance médicale peut être traumatisant et dangereux.
Conséquences psychologiques : La découverte soudaine de la grossesse peut provoquer choc, refus, culpabilité, honte, et même dépression post-partum. Suite à la levée d’un déni partiel de grossesse, le corps de la future mère se métamorphose au fil des heures suivant l’annonce. En revanche, en cas de déni total, ceux sont les fortes douleurs abdominales générées par le travail qui poussent la patiente à consulter en urgence. Lorsque la femme découvre sa grossesse au cours des neuf mois, les conséquences pour le fœtus sont le plus souvent beaucoup moins graves. En revanche, les conséquences psychologiques pour la femme enceinte peuvent être importantes (confusion, incrédulité, refus, agressivité, sidération…). Certaines acceptent rapidement la situation, d’autres refusent de voir la réalité. Des cas d’abandons d’enfants sont ainsi signalés, après un déni partiel ou total, lorsque la femme n’a pas réussi à admettre l’idée de sa grossesse.
Comportements à risque : Le tabagisme, la consommation d'alcool ou de caféine pendant le déni peuvent nuire à la santé du fœtus et augmenter les risques de complications.
Impact sur la relation mère-enfant
Le déni de grossesse peut fortement perturber le lien mère-enfant :
Difficultés pour certaines à créer des liens affectifs, ce qui influence négativement le développement émotionnel et psychologique de l'enfant.
Risque d'abandon d'enfants.
Prise en charge et accompagnement du déni de grossesse
Le déni de grossesse nécessite une prise en charge bienveillante et adaptée. L'accompagnement médical permet d’évaluer l'état de santé de la mère et de l'enfant, mais un soutien psychologique est souvent recommandé. En effet, face aux impacts psychologiques du déni, un soutien psychologique est souvent nécessaire pour aider la femme à accepter sa situation. Cela contribue également à prévenir ou traiter des troubles tels que la dépression post-partum. Des séances en couple ou en famille peuvent être organisées pour aider à l'adaptation à la nouvelle situation et renforcer les liens entre la mère, l'enfant et les autres membres de la famille. La prise de conscience soudaine peut nécessiter des séances avec un thérapeute ou un psychologue pour aider la mère à intégrer et à accepter cette réalité. En cas de déni total, les services sociaux ou les structures de soutien familial peuvent également être impliqués, pour apporter un soutien sur les aspects pratiques et matériels de la maternité (préparation à la maternité, aides financières, un suivi post-natal pour faciliter les soins à l'enfant, etc.).
Soucieuses d’accompagner ces femmes dans leur parcours de mère, les équipes de la maternité Jeanne de Flandre, accompagnées dans la démarche par Charlotte, maman ayant vécu un déni de grossesse, ont mis en place des groupes de parole pour celles qui vivent ou ont vécu un déni de grossesse. L’objectif est de permettre à ces mamans de mettre des mots sur le traumatisme qu’elles ont vécu, de partager celui-ci avec d’autres mamans concernées, tout en étant accompagnées par une équipe pluridisciplinaire. « Nous devons donner du temps, de la mise en mots et du sens à ce que ces femmes ont traversé et vécu, appuie le Dr Schoemacker». Animés par le Dr Carine Shoemacker et une sage-femme, les groupes de parole se déroulent chaque 1er mardi du mois, de 16h30 à 18h à l’Hôpital Jeanne de Flandre.
A noter ! - ore indicators of the health and care of pregnant women and babies in Europe in 2015. www.xn--epop-inserm-ebb.fr.
Prévention et sensibilisation au déni de grossesse
La prévention et la sensibilisation passent par une déstigmatisation du déni de grossesse. Cela implique l’information et la déconstruction des tabous, des fausses croyances et des préjugés qui l'entourent. Il est question de clarifier que le déni de grossesse n'est pas une question de négligence ou d'ignorance, mais plutôt un symptôme de souffrance psychologique profonde.
Les professionnels de santé doivent être formés et sensibilisés au déni de grossesse pour mieux identifier et gérer ces situations. Il est important qu'ils soient conscients que des femmes en âge de procréer venant pour des douleurs abdominales ou d’autres symptômes liés habituellement à la grossesse peuvent être en situation de déni. Une évaluation systématique de cette éventualité lors des consultations est importante.
Déni de grossesse et contraception : pilule et stérilet
Est-il possible de passer à côté d'une grossesse tout en prenant la pilule ou en ayant un stérilet ? Oui, car aucune méthode contraceptive n'est totalement infaillible. Ainsi, même lorsque l'on prend la pilule ou que l'on utilise un stérilet, il existe toujours un risque de grossesse, surtout en cas de mauvaise utilisation de la contraception (oubli de pilule, mauvaise pose du stérilet, etc.). Par conséquent, la possibilité de vivre un déni de grossesse sous pilule ou stérilet n'est pas à écarter. Ces deux méthodes contraceptives peuvent aussi altérer les règles : la pilule peut induire de "fausses" menstruations, tandis que le stérilet peut provoquer des saignements irréguliers. Ces perturbations peuvent compliquer la détection précoce d'une grossesse.
Démarches auprès de l’Assurance maladie après un déni de grossesse
Après leur accouchement à la suite d’un déni de grossesse, bon nombre de femmes se sentent perdues face aux démarches à accomplir auprès de la Sécurité Sociale, afin d’obtenir des congés et indemnités. Afin que la caisse primaire d’assurance maladie puisse enregistrer le déni de grossesse, la femme qui vient d’accoucher à la suite d’un déni doit faire parvenir :
- Un certificat médical attestant de l'état du déni de grossesse OU une déclaration de grossesse effectuée ou non après le début du repos prénatal (grossesse détectée au cours du repos prénatal ou à l’accouchement).
Ces documents vont permettre d'enregistrer les dates du congé maternité avec une date de début, soit à la cessation de l'activité, soit à la date de l'accouchement. Toutes les informations sur la durée du congé maternité sont disponibles sur ameli.fr, ainsi que toutes les conditions d'ouverture de droits aux indemnités journalières. N'hésitez pas à prendre contact avec votre caisse primaire pour faire le point sur votre dossier.
tags: #deni #de #grossesse #definition