La Protection Maternelle et Infantile (PMI) joue un rôle crucial dans le suivi et le soutien des enfants et de leurs parents, bien au-delà des simples soins aux nourrissons. Cet article explore en profondeur le rôle de la PMI, son histoire, ses missions, et son importance capitale pour la santé mentale des familles, en particulier dans un contexte social en constante évolution.
Qu'est-ce que la PMI ?
Vous avez peut-être déjà entendu parler de la Protection Maternelle et Infantile (PMI), mais êtes-vous sûr de bien comprendre son rôle ? Comme beaucoup, vous pourriez être influencé·e par des idées reçues sur la PMI. Contrairement à ce que l’on croit, la PMI ne se limite pas aux soins pour les nourrissons. Elle joue un rôle clé dans le suivi des enfants de 0 à 6 ans. La PMI assure le suivi médical des enfants jusqu’à leurs 6 ans. De la pesée, en passant par la vaccination et jusqu’au suivi de la croissance, la PMI intervient aux différentes étapes de développement de l’enfant.
La PMI est un service public universel, accessible gratuitement à toutes les familles, quelle que soit leur situation. Cette universalité est essentielle pour garantir que tous les enfants bénéficient d'un suivi et d'un soutien adéquats, dès le plus jeune âge.
Histoire et Évolution de la PMI
Dans l’histoire de la PMI, l’ordonnance du 2 novembre 1945 officialise la création des services de PMI. Celle-ci a “systématisé à l’ensemble de la population des mesures de surveillance sanitaire jusque-là réservées aux enfants relevant des aides sociales ou aux enfants placés en nourrice. C’est un anniversaire sans doute moins retentissant que celui de la Sécurité sociale, créée en 1945. La même année, une ordonnance actait la création de la protection maternelle et infantile (PMI).
Confié aux Départements depuis la décentralisation de 1983, le service de PMI a pour mission de veiller à la santé et au bien-être des futures mères, des mères et des enfants de moins de six ans.
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Missions et Rôle de la PMI
Le service de protection maternelle et infantile (PMI) a des missions très spécifiques exposées dans le code de la santé publique. Il est notamment chargé d’assurer la protection sanitaire de la mère et de l’enfant. Entre autres rôles, on retrouve celui de mener des actions médico-sociales auprès d’enfants de moins de 6 ans, afin d’assurer la surveillance de leur croissance, ainsi que de leur développement physique, affectif et psychomoteur.
Mais son rôle vient de s'étendre avec la publication d’un décret en date du 29 août 2024.
Suivi Médical et Prévention
La PMI assure le suivi médical des enfants jusqu’à leurs 6 ans. De la pesée, en passant par la vaccination et jusqu’au suivi de la croissance, la PMI intervient aux différentes étapes de développement de l’enfant.
C’est aussi pour ces raisons que nous développons l’intervention Ariane : le contact précoce universel. En effet, Ariane c’est la volonté d’offrir une prévention universelle proportionnée aux besoins. Mais les professionnel·les de santé dans les PMI sont là pour rassurer, soutenir, répondre aux interrogations à toutes les étapes clés de la vie des parents. Si la PMI doit rester attentive à une éventuelle mise en danger, protéger les enfants passe avant tout par la prévention. Malheureusement, l’action préventive des services de PMI est encore très peu identifiée par les familles, et notamment par celles qui en ont le plus besoin.
En 2023, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), 826 consultations de mères et futures mères avaient été accomplies par la PMI audoise ; mais aussi 1 080 visites à domicile (VAD). Sans oublier les 5 373 consultations infantiles, et 3 226 visites à domicile. Et d’autant plus précieuses dans un département rural, frappé par la désertification médicale et aux 1res loges de la précarité galopante : vice-présidente du Département en charge de la protection de l’enfance et de l’action sociale, Chloé Danillon rappelle les trajets empruntés par le bus PMI "en Haute Vallée et dans les Corbières" ou "la collaboration avec les maternités pour repérer des parents qui pourraient être en difficulté".
Soutien à la Parentalité et Santé Mentale
La PMI prend également soin de la santé mentale des parents autant pendant la grossesse qu’après la naissance de leur enfant. Les professionnel·les de santé dans les PMI sont là pour rassurer, soutenir, répondre aux interrogations à toutes les étapes clés de la vie des parents.
Comme le souligne Chloé Danillon, "ce colloque va d’abord permettre de partager des données et des études qui montrent et prouvent que les problématiques de santé mentale des parents ont un effet sur le développement de l’enfant, sur la santé des ados." "Il y a un contexte qui fait que les parents sont de plus en plus fragiles, constate Chloé Danillon. Plus de précarité, plus de mal-logement, des mamans solos en difficulté." Sans oublier les injonctions de perfection parentale décuplées par les réseaux. Conclusion : "Tout le monde peut avoir besoin d’aide." Entre épuisement parental, traumatismes transgénérationnels, dépression périnatale et troubles de l’attachement, les deux journées offriront aux plus de 200 participants des réponses.
Le staff de parentalité en maternité permet de traiter les inquiétudes repérées en anténatal. Il réunit des professionnels de la maternité, de la PMI et des équipes de psychiatrie adulte et infanto-juvénile. Ces différentes réunions permettent un repérage précoce des difficultés de l’enfant et de sa famille, un partage des informations et la définition en pluridisciplinarité d’une action coordonnée entre les différents services et acteurs.
Depuis plus de 15 ans, sur le territoire de Blain, Châteaubriant et Nantes, les services de PMI du département et le service de psychiatrie infanto-juvénile du centre hospitalier de Blain collaborent étroitement en vue de diversifier et d’approfondir les actions de prévention précoce à destination des familles et des enfants Ces actions s’inscrivent dans les axes du programme territorial de santé pour les CMP et du schéma départemental enfance-famille pour la PMI. Les familles reçues sont informées du partenariat et sont associées, avec leur accord, à toutes les étapes de la prise en charge. L’objectif est de soutenir la qualité des interactions précoces parents/bébés et de favoriser et d’accompagner le remaniement de ces interactions en permettant aux parents de trouver ou retrouver leurs compétences à s’occuper de leur enfant malgré un contexte de vie difficile.
Un travail en réseau entre les services de PMI et de psychiatrie infanto-juvénile du CH de Blain : ce travail consiste en des réunions mensuelles qui permettent d’échanger sur les situations complexes, de dégager des hypothèses et des stratégies d’action et d’éviter un travail dans l’urgence, des prises en charge prématurées ou trop tardives.
Défis et Enjeux Actuels
L’actualité a achevé de prouver le bien-fondé du colloque, en ces temps de discussions budgétaires : le 5 novembre 2025, c’est devant le ministère de la Santé qu’une manifestation rappelait le péril pesant sur ces services, évoquant la perte entre 2010 et 2022 de 38 % et 20 % des effectifs de médecins et psychologues en PMI. Un délitement que résumait déjà, en mars 2019, un rapport de la députée Michèle Peyron. Au fil des 186 pages, l’élue de Seine-et-Marne évoquait une PMI "négligée par l’Etat et l’Assurance maladie", et un "financement local […] par les départements […] au fil de l’eau, de manière inégale, et parfois insuffisante, la PMI étant, faute de financement fléché, en concurrence avec des dépenses obligatoires très dynamiques, notamment les allocations individuelles de solidarité".
Évoquant les deux seuls pédopsychiatres recensés dans l’Aude, Chloé Danillon plante un triste décor : "On manque de soignants, on ne peut plus parler à personne (la densité de psychiatres salariés était de 10,1 pour 100 000 habitants dans l’Aude en 2023, Ndlr), et on fait même face à des pénuries de médicaments. Il a suffi de "dix jours", précise Chloé Danillon, pour que le colloque des jeudi 13 et 14 novembre 2025, à l’Hôtel du Département, affiche complet.
Le Rapport de la Défenseure des Droits
Le 20 novembre, c’est la Journée internationale des droits de l’enfant. A cette occasion, la Défenseure des droits, Claire Hédon, et le Défenseur des enfants, Eric Delemar, ont rendu public leur rapport « Santé mentale des enfants : le droit au bien-être », dont sont destinataires le président de la République et les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat.
La santé mentale des enfants, un enjeu de société En introduction du rapport, la Défenseure des Droits rappelle que la santé mentale des enfants est un « véritable enjeu de société » et considère qu’ « il est temps de l’appréhender dans sa globalité, en lien avec la santé physique et avec l’environnement dans lequel évolue l’enfant. » Pour ce faire, il convient entre autres « de développer les espaces d’écoute et d’attention à l’expression des enfants, dans tous les lieux qui composent leur quotidien et en particulier à l’école », d’accentuer « l’accompagnement proposé aux parents, notamment par l’intermédiaire des PMI, en coordonnant les acteurs et dispositifs concernés. » Mais aussi de « répondre véritablement aux insuffisances dont souffre le secteur de la santé mentale, en investissant massivement pour développer les offres de prise en charge et d’accompagnement, les propositions de suivi, les lieux d’écoute ».
Accès aux Dispositifs d’Accueil du Jeune Enfant
Garantir à toutes les familles l’accès à des dispositifs d’accueil du jeune enfant « S’il n’existe pas un mode d’accueil meilleur qu’un autre, il est toutefois crucial que les politiques d’accueil des jeunes enfants permettent réellement aux familles de choisir celui qui convient le mieux à leur enfant et à leur quotidien », souligne le rapport. Il note aussi que les structures qui accueillent les jeunes enfants développent de plus en plus d’initiatives que ce soit dans le domaine de l’éveil, du développement ou de la socialisation de l’enfant et « dépassent ainsi l’objectif de « garderie » ». Mais indique que de trop nombreux parents ne peuvent y accéder faute de place ou faute de choix. Aussi, la Défenseure des droits estime que « chaque famille devrait avoir accès au mode d’accueil qui satisfait le mieux l’intérêt supérieur de leur enfant, indépendamment de leur situation professionnelle, personnelle ou familiale. » Et qu’il est « nécessaire de développer dans les structures d’accueils des jeunes enfants, des offres flexibles afin de s’adapter à tous les contextes, mais aussi dans le but de résorber les inégalités et de permettre à tous les parents qui le souhaitent d’y accéder effectivement. » Dans la recommandation n°2, la Défenseure des droits préconise donc « au ministre des Solidarités et de la santé, aux présidents d’intercommunalités et aux maires de permettre à chaque enfant, quelle que soit la situation de sa famille, d’accéder à des dispositifs d’accueil du jeune enfant et de permettre que ces lieux d’accueil soient des espaces d’éveil, avec des agents spécifiquement formés à l’accueil bienveillant.
Soutien et Développement des Centres de PMI
Le rapport insiste aussi sur l’importance de l’accompagnement des parents dès la naissance de leur enfant. Sur ce point, il note que les services de protection maternelle et infantile (PMI) sont indispensables. Puis cite le rapport de la députée Michèle Peyron « Pour sauver la PMI, agissons maintenant », rapport présenté en 2019 qui tirait la sonnette d’alarme sur la « crise majeure de la protection maternelle et infantile dans notre pays ». Des décisions avaient été prises à la suite de ce rapport dont une allocation de 100 millions d’euros aux PMI sur 3 ans (2020-2022), pour permettre notamment de recruter des professionnels en plus. Si le rôle des PMI est donc majeur - il l’est aussi « dans l’organisation de l’accueil des jeunes enfants (assistantes maternelles et établissements et services d’accueil des jeunes enfants [EAJE]) », remarque le rapport, et que les pouvoirs publics en ont conscience, la Défenseure des droits appelle à « aller plus loin ». La recommandation n°3 dispose ainsi : « La Défenseure des droits recommande également au ministre des Solidarités et de la santé ainsi qu’aux présidents des conseils départementaux et aux caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) d’augmenter les moyens accordés au réseau de protection maternelle infantile ainsi que le nombre de centres sur le territoire de chaque département. »
Renforcement des Dispositifs d’Accompagnement à la Parentalité
Pour insister sur le caractère essentiel du soutien et de l’accompagnement à la parentalité dès le plus jeune âge de l’enfant, il est fait mention d’un rapport de la DREES, selon lequel « un peu moins d’un parent sur deux aurait souhaité ou souhaiterait une aide dans l’accompagnement de son rôle de parent, en matière de santé, d’éveil et de développement de l’enfant ». Or, s’il existe de nombreux dispositifs d’aide et d’accompagnement, la Défenseure des droits note dans son rapport que certains (les centres d’action médicosociale précoces (CAMSP) et les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) par exemple) sont saturés. Elle aborde aussi le fait que « les services départementaux disposent d’une palette élargie d’interventions à domicile et dans le milieu familial dans le champ de la protection de l’enfance » comme l’Action Educative à Domicile (AED), les interventions de technicien(ne)s d’intervention sociale et familiale (TISF). Mais cite un rapport de l’IGAS qui montrait, en décembre 2019, que les interventions à domicile étaient « globalement peu intensives, peu outillées, peu diversifiées ». Enfin, la Défenseure des droits attire l’attention sur le fait que « tous ces dispositifs manquent de visibilité auprès des familles et ne sont pas toujours articulés au niveau local. » Aussi, elle recommande « au ministre des Solidarités et de la santé, aux présidents des conseils départementaux, aux présidents d’intercommunalités, aux maires et aux directeurs des caisses d’allocations familiales, d’évaluer, d’intensifier, et de favoriser la coordination et la visibilité des dispositifs d’accompagnement à la parentalité, sur l’ensemble du territoire. » (Recommandation n°4)
Priorité aux Familles les Plus Précaires
Selon les dernières données de l’Insee, en 2018, « 9,3 millions de personnes vivaient en-dessous du seuil de pauvreté en France, dont 2,9 millions d’enfants. » Un chiffre qui serait en augmentation. Ces conditions de vie extrêmement difficiles peuvent porter atteintes aux droits fondamentaux des personnes et les impacter durablement. La Défenseure des droits exhorte donc à « aller au-devant des familles les plus précaires afin de réduire les inégalités sociales et favoriser le bien-être des enfants. » Le rapport cite d’ailleurs quelques initiatives qui « cherchent à favoriser l’accès des familles les plus vulnérables à une information scientifiquement fondée, par exemple concernant le développement de l’enfant », notamment l’association PAPOTO et le projet BASE (Bébé Accueil Soin Ecoute). Au final, dans la recommandation n°6, « la Défenseure des droits recommande au ministre des Solidarités et de la santé de favoriser et de soutenir les initiatives consistant à « aller vers » les familles les plus précaires, afin de leur apporter un soutien et de faciliter la prévention, le repérage précoce et l’évaluation des besoins des enfants, et de permettre leur accès aux dispositifs de soins. »
Analyse des Effets de la Crise Sanitaire
Analyser les effets à long terme de la crise sanitaire sur la santé mentale des enfants Le rapport propose également deux focus. Un sur la « situation particulièrement tendue » en Outre-mer et un autre intitulé « Les conséquences dramatiques de la crise sanitaire sur la santé mentale des enfants ». Ce focus sur la crise sanitaire évoque des « effets ambivalents », un « amplificateur des inégalités sociales » mais aussi « un traumatisme sans précédent, qui a entraîné une explosion des troubles psychiques ». Dans ce dernier point, les conséquences du port du masque par les adultes sur les enfants sont notamment abordées. « Le port du masque, qui dissimule la bouche des adultes aux enfants, est considéré de façon quasi-unanime comme source de troubles du développement. Si ce constat concerne tous les enfants en crèche et en maternelle, dont les capacités d’apprentissage ont été affectées, il est d’une gravité sans commune mesure pour les enfants placés ou hébergés en établissement, continuellement entourés de professionnels masqués », peut-on lire. Au final, « La Défenseure des droits recommande au ministre des Solidarités et de la santé de réaliser une étude pluridisciplinaire et longitudinale sur les effets à long terme de la crise sanitaire, sur la santé mentale des enfants et des adolescents. » (Recommandation n°16)
Colloque "Santé Mentale et Parentalité"
Le service protection maternelle et infantile (PMI) du Département de l’Aude programme ces jeudi 13 et vendredi 14 novembre un colloque intitulé "Santé mentale et parentalité - Un enjeu pour les générations futures".
Réservé aux professionnels, le rendez-vous leur permettra d’entendre de nombreux intervenants. Parmi eux, les responsables de la FERREPSY, pour présenter les indicateurs de l’observatoire régional de la santé mentale. Autre acteur du colloque, le centre hospitalier toulousain Gérard Marchant, spécialisé en psychiatrie, pour évoquer l’épuisement parental. Mais aussi trois praticiens du CHU de Toulouse : la Dr Lucie Rosenthal, pour parler de transmission des "traumatismes générationnels" ; la Dr Ludivine Guerin, sur les "troubles psychiques de la parentalité et les soins conjoints parents/bébés" ; le Dr Gaël Gaillot, sur les troubles de la personnalité, et notamment les enjeux avec les enfants des troubles de l’attachement. La Dr Alice Lannes, du centre de soins La Nouvelle Aquitaine - Emeis-Pau évoquera elle les "interventions préventives pour les enfants de parents souffrant de troubles mentaux".
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