La question de la fiscalité des enfants majeurs est une préoccupation récurrente pour de nombreux parents. Dès sa majorité, un enfant est en principe imposable personnellement et doit faire sa propre déclaration de revenus, même s'il n'a perçu aucun revenu. Cependant, sous certaines conditions, il est possible de rattacher son enfant majeur à son foyer fiscal ou de déduire une pension alimentaire. Cet article détaille les conditions de rattachement, les avantages fiscaux qui en découlent, ainsi que l'alternative de la déduction d'une pension alimentaire.
Rattachement de l'enfant majeur au foyer fiscal : conditions et avantages
Le rattachement d'un enfant majeur à votre déclaration de revenus peut se faire dans les cas suivants :
- Votre enfant est âgé de moins de 21 ans au 1er janvier 2024.
- Votre enfant est âgé de moins de 25 ans au 1er janvier 2024 et poursuit ses études au 1er janvier 2024 ou au 31 décembre 2024.
- Votre enfant est handicapé (dans ce cas, il peut être rattaché à votre foyer fiscal quel que soit son âge).
En cas d'imposition séparée des parents, un enfant majeur ne peut demander son rattachement qu'à l'un ou l'autre des foyers fiscaux. L'année de sa majorité, il ne peut être rattaché qu’au foyer parental qui le compte à sa charge avant ses 18 ans.
Comment effectuer la demande de rattachement ?
Votre enfant doit vous remettre une demande écrite de rattachement signée, dans laquelle il indique renoncer à être imposé personnellement (une demande par enfant). Vous devez conserver ce document car il peut vous être demandé en cas de contrôle par l'administration fiscale. Un modèle de demande de rattachement figure dans la notice jointe à la déclaration de revenus.
Inscrivez les éléments d'état civil de l’enfant rattaché dans la rubrique « Rattachement d’enfants majeurs ou mariés » (rubrique D de la 2042).
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Quels sont les avantages du rattachement ?
Le rattachement de votre enfant majeur à votre foyer fiscal procure des avantages qui varient en fonction de la situation :
- Enfant célibataire : Augmentation du nombre de parts pour le calcul de votre impôt sur le revenu. Une demi-part supplémentaire si c’est votre première ou deuxième personne à charge ; une part supplémentaire si c’est votre troisième personne à charge ou plus. Cette majoration de quotient familial vous procurera des économies d’impôt égales au maximum à 1 794 € par demi-part supplémentaire.
- Enfant marié, pacsé ou chargé de famille : Abattement sur votre revenu de 6 807 € par personne rattachée (votre enfant, son conjoint s'il est marié ou pacsé et chacun de ses/leurs enfants). Soit un abattement minimal de 13 614 € si vous rattachez un couple ou un enfant ayant lui-même un enfant. Il vous procurera des économies d’impôt variables selon votre taux d’imposition, égales au maximum à 6 126 € si vous relevez de la dernière tranche du barème fiscal taxée à 45 %.
- Enfant scolarisé : Réduction d'impôt (lycée : 153 € ; enseignement supérieur : 183 €).
Que faut-il déclarer en cas de rattachement ?
Si votre enfant est rattaché à votre foyer fiscal, vous devez ajouter à vos revenus ceux perçus par votre enfant majeur pendant l'année entière (pour la déclaration 2025, les revenus perçus en 2024).
Attention, certains revenus n’ont pas à être déclarés car ils ne sont pas imposables. Sont exonérés d'impôt sur le revenu :
- Les indemnités de stage et les salaires des apprentis s'ils ne dépassent pas le montant annuel du SMIC, soit 21 273 € au titre des revenus perçus en 2024 (seule la part excédentaire est imposable).
- Les salaires des étudiants de 25 ans au plus (jobs étudiants) dans la limite annuelle de 3 fois le montant du SMIC mensuel, soit 5 318 € au titre des revenus perçus en 2024 (seule la part excédentaire est imposable).
Les revenus issus de contrats de professionnalisation doivent être déclarés.
Signalement du rattachement pour le prélèvement à la source
Depuis la mise en place du prélèvement à la source, vous pouvez signaler le rattachement d'un enfant majeur dans la rubrique « Gérer mon prélèvement à la source » en cliquant sur « Actualiser suite à une hausse ou une baisse de revenus » (mais vous devez par ailleurs toujours l'indiquer sur votre déclaration de revenus annuelle, dans la case prévue à cet effet, rubrique D figurant en page 2). Ceci permettra d'ajuster immédiatement votre taux et, si vous en avez, vos acomptes. Cette démarche ne se substitue cependant pas à votre déclaration de revenus.
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Versement d'une pension alimentaire : une alternative au rattachement
Si votre enfant fait sa propre déclaration et n'a pas de revenus suffisants, vous pouvez opter pour une autre solution : lui verser une pension alimentaire qui sera déductible de vos revenus imposables. Il n'est pas nécessaire que vous l'hébergiez. Mais vous devez fournir la preuve du versement effectif de la pension alimentaire et de l’état de besoin de votre enfant (absence de revenus suffisants).
Vous ne pouvez pas bénéficier à la fois du rattachement et de la déduction de la pension alimentaire. Vous devez choisir.
Conditions de déduction de la pension alimentaire
Si votre enfant ne vit pas chez vous, la déduction dépend de différents éléments (retrouvez les différents cas de figure au sein de notre fiche pratique Impôt sur le revenu - Pensions alimentaires versées aux enfants).
Si vous hébergez votre enfant durant toute l'année, vous pouvez déduire un montant forfaitaire de 4 039 € (sans justificatif à fournir). Ce montant est doublé (8 078 €) si votre enfant est marié ou pacsé. Lorsque l'hébergement de l'enfant ne porte que sur une fraction de l'année, cette somme forfaitaire doit être réduite au prorata du nombre de mois concernés, tout mois commencé devant être retenu.
Si vous déduisez une pension alimentaire, votre enfant doit déclarer la somme que vous lui versez à ce titre.
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Vous devez pouvoir fournir des justificatifs de vos dépenses en argent ou en nature (paiement d'un loyer, nourriture, etc.) et de l'état de besoin de votre enfant.
Limites de déduction
- Si votre enfant est célibataire, vous pouvez déduire vos dépenses dans la limite de 6 794€ par enfant.
- Si vous subvenez seuls aux besoins de votre enfant divorcé (ou veuf) et chargé de famille, vous pouvez déduire jusqu'à 13 588 €.
- Si vous subvenez seuls aux besoins de votre enfant marié ou pacsé, vous pouvez déduire 13 588 €. Les beaux-parents ne doivent pas subvenir à l'entretien du couple.
Pension alimentaire et parents divorcés
Lorsque les parents sont divorcés ou séparés et qu’ils font l’objet d’impositions distinctes, celui auquel l’enfant majeur n’est pas rattaché peut déduire la pension qu’il lui verse s’il est dans le besoin. Le parent qui rattache l’enfant doit alors la déclarer à hauteur du montant déduit par l’autre parent.
Comment choisir entre rattachement et pension alimentaire ?
Le choix de rattacher un enfant majeur à votre foyer s’impose si cela vous permet globalement de payer moins d’impôt qu’en constituant deux foyers distincts. À l’inverse, le choix de déduire la pension alimentaire que vous lui versez s’impose si cela vous permet globalement de payer moins d’impôt qu’en constituant un foyer unique. Tout dépend de votre taux d’imposition, du montant de ses revenus et des vôtres, de l’aide que vous lui apportez et de sa place dans la fratrie.
Si votre enfant ne dispose d’aucun revenu et si vous ne lui versez aucune pension, le rattachement sera plus avantageux. En revanche, s’il a des revenus personnels ou si vous lui versez une pension, il est impératif de comparer la somme des impôts dus en cas d’impositions séparées avec celle due en cas d’imposition commune pour faire le bon choix. À partir de janvier 2025, vous pourrez utiliser le simulateur d’impôt en ligne sur www.impots.gouv.fr/portail/simulateurs pour faire vos calculs.
Sachez que si vous lui versez une pension et que votre taux d’imposition est de 30 % ou plus, la déduire sera plus payant que le rattacher : vous obtiendrez une baisse d’impôt maximale comprise entre 2 042 € (6 807 € × 30 %) et 3 063 € (6 807 × 45 %) dans le premier cas, contre une baisse maximale de 1 794 € dans le second. En revanche, s’il est marié et a un enfant, mieux vaut le rattacher, car l’abattement imputable sur vos revenus grimpera à 20 421 € (6 807 € × 3) contre une déduction plafonnée à 13 614 € (6 807 € × 2) avec la pension.
Exemple concret
Vous êtes marié et avez 1 enfant mineur et 1 enfant majeur de 20 ans. Vous avez perçu 80 000 € de revenus et votre enfant majeur 5 000 € en 2024. Vous financez la location de son logement étudiant à hauteur de 7 000 € par an. Vous payerez moins d’impôt en 2025 si vous déduisez 6 807 € de pension alimentaire que si vous le rattachez.
- Rattachement : Vous ajouterez ses revenus aux vôtres (85 000 €). Vous bénéficierez d’une demi-part supplémentaire de quotient familial (3 parts au lieu de 2,5). Vous payerez 5 666 € d’impôt en 2025.
- Pas de rattachement : Vous déduirez 6 807 € de pension alimentaire de vos revenus (73 193 €). Il les déclarera de son côté avec ses revenus (11 807 €). Vous payerez 4 068 € d’impôt en 2025, et lui ne sera pas imposable.
Autres considérations
Le rattachement d’un enfant majeur à votre foyer majore le plafond de dépenses retenues pour le calcul de certaines réductions d’impôt et de certains crédits d’impôt (dépenses d’équipement dans l’habitation principale, emploi d’un salarié à domicile, primes des contrats de rente-survie et d’épargne handicap). Il majore également votre plafond de revenu fiscal de référence pour le bénéfice de certains avantages fiscaux (exonération de taxe foncière, dispense de prélèvement sur les revenus financiers, etc.) et de certaines aides sociales (aide juridictionnelle, dispositifs MaPrimeRénov’ et MaPrimeAdapt’, chèque énergie, etc.). Enfin, il vous ouvre droit à la réduction d’impôt pour frais de scolarité.
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