L'avortement chez les bovins représente un événement préoccupant pour les éleveurs, tant sur le plan économique que sanitaire. Au-delà de la perte du veau, il peut être le symptôme d'une affection sous-jacente grave au sein du troupeau. Cet article détaille la procédure de déclaration obligatoire d'un avortement, explore les causes potentielles, et met en lumière l'importance de la surveillance sanitaire.
Obligation de Déclaration d'Avortement Bovin
Tout éleveur est tenu de déclarer tout avortement à son vétérinaire sanitaire. Cette obligation s'inscrit dans le cadre de la surveillance de la brucellose, une maladie grave transmissible à l'homme. La surveillance est organisée par la DD(cs)PP (Direction Départementale de la Protection des Populations). Selon la réglementation, un avortement est défini comme "l'expulsion du fœtus ou du veau, soit né mort, soit succombant dans les quarante-huit heures après la naissance".
La déclaration est OBLIGATOIRE et GRATUITE pour tout animal ayant avorté ou donné naissance à un nouveau-né mort dans les 48 heures.
Pourquoi déclarer un avortement ?
La déclaration d'avortement a pour objectif principal la surveillance de la brucellose. Cependant, elle permet également de détecter d'autres agents infectieux susceptibles d'affecter le troupeau. Un avortement, s'il n'est pas expliqué par une cause accidentelle, doit toujours conduire à suspecter un agent infectieux. Quand plusieurs avortements se succèdent, un dépistage élargi à d’autres agents pathogènes est recommandé.
La Brucellose : Une menace à surveiller
Dans le cadre du plan de surveillance national de la brucellose, tout avortement doit être déclaré auprès de son vétérinaire sanitaire afin de vérifier qu’il n’est pas d’origine brucellique.
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Causes Infectieuses des Avortements Bovins
Bien que la brucellose soit la principale préoccupation, de nombreux autres agents infectieux peuvent provoquer des avortements chez les bovins. Les analyses au laboratoire restent indispensables pour déterminer les causes infectieuses des avortements. Parmi les causes possibles, on retrouve :
Néosporose
Neospora caninum est un parasite de la famille des coccidies qui peut provoquer des avortements, généralement entre le 5ème et le 7ème mois de gestation, mais possibles dès le 3ème mois. Le fœtus peut mourir, être résorbé dans l’utérus, momifié ou décomposé. Le veau peut également être mort-né. S’il naît vivant, il peut présenter des troubles nerveux, une perte d’équilibre, une déviation du globe oculaire, des déformations diverses telles que la contracture des membres.
La contamination se fait en consommant de l’herbe, de l’ensilage ou de la paille souillés par des déjections de chiens ou renards infectés. Si la vache est gestante, notamment en cas d’infection dans la seconde moitié de gestation, il y a risque de transmission au fœtus. Dans ce cas, il n’y a en général pas d’avortement mais le fœtus devient porteur à vie du parasite avec possibilité de réactivation de l’infection. La transmission de vache à veau via le placenta est quasi systématique si la mère est née infectée. C’est le mode de transmission le plus fréquent mais également le plus facile à maîtriser. Une sérologie individuelle positive sur une vache avortée n’implique pas forcément que l’avortement est lié à la Néosporose, mais uniquement que la mère est effectivement porteuse de la Néosporose. il est conseillé de faire un sondage sérologique sur plusieurs femelles (dont primipares) appartenant au lot concerné par la série d’avortements : femelles ayant avorté en complétant par le prélèvement de femelles ayant eu des problèmes de reproduction dans les 4 mois précédents. Les animaux peuvent être testés à tout âge.
Chlamydiose
Chez les bovins, on considère que les troubles de la reproduction sont principalement attribuables à l’espèce Chlamydia abortus. Mais 2 autres espèces, Chlamydia pecorum et Chlamydia psittaci, peuvent aussi être impliquées occasionnellement. C. Le risque de transmission à l’homme est faible. Les sources d’infection sont principalement les déjections mais aussi les fœtus, les annexes fœtales, les sécrétions utérines ou vaginales et le lait de femelles infectées. La bactérie est résistante dans le milieu extérieur : les locaux sont des sources de contamination. La contamination se fait principalement par voie digestive et, à un moindre degré par voie respiratoire ou vénérienne. La réceptivité dépend du stade physiologique : elle serait plus importante pendant le dernier tiers de la gestation. Compte tenu de la fréquence du portage intestinal asymptomatique d’autres Chlamydia (C. En pratique les laboratoires LDA 36, 37, et 61 utilisent un kit spécifique. Je réalise un sondage sérologique sur 6 vaches à problème de reproduction du même lot que la vache ayant avorté. Si au moins 4 animaux sont positifs sur 6 on peut considérer que l’imputabilité de C. MAIS le seul diagnostic de certitude repose sur un résultat positif en PCR ! Un vaccin vivant atténué (CEVAC Chlamydia® ou OVILIS Chlamydia®) est efficace sur les ovins pendant 3 saisons de reproduction et dispose d’une AMM dans cette espèce. Ces vaccins ne protègent que les animaux indemnes (non infectés avant vaccination). Le protocole vaccinal recommandé est d’une seule injection (4ml chez les bovins 4 semaines avant mise à la reproduction) avec rappel tous les 2 à 3 ans.
Anaplasmose
L'anaplasmose bovine est due à l'infection par Anaplasma marginale. Une seconde espèce, A. centrale est connue depuis longtemps, mais Anaplasma marginale est responsable de presque tous les cas de maladies cliniques. Une anémie et un ictère sont des signes caractéristiques de l'anaplasmose, mais la maladie ne peut être que confirmée par l'identification de l'organisme. Le premier symptôme observé est l'hyperthermie. Pour les vaches laitières, la chute considérable de la production de lait est en fait le premier signe d'appel. L'avortement est possible suite à l'anoxie foetale. La phagocytose des globules rouges provoque une hémosidérose au niveau du foie, avec bilirubinémie. L'urémie révèle l'atteinte rénale. L'hypoxie gagne aussi les centres nerveux d'où ataxie et éventuellement parésie. L'Anaplasmose bovine n'est pas une zoonose.
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Démarches à suivre en cas d'avortements successifs
En cas d’avortements successifs, il est recommandé de contacter son vétérinaire et de faire des analyses sérologiques et une PCR sur le placenta ou l’avorton afin d’entamer des recherches complémentaires.
Importance du Diagnostic
Les avortements en série chez les bovins peuvent être le signe d’une affection sanitaire du troupeau aux conséquences techniques et économiques lourdes. Il est donc crucial de déterminer la cause de l'avortement pour mettre en place des mesures de contrôle et de prévention adaptées.
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