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L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) : Histoire, Enjeux et Évolutions

L'interruption volontaire de grossesse (IVG), communément appelée avortement, est un sujet complexe et profondément ancré dans l'histoire, la société et le droit. Il est essentiel d'explorer les aspects historiques, sociaux et juridiques de l'IVG pour comprendre les enjeux contemporains. Cet article vise à retracer l'évolution des débats et des législations concernant l'IVG, en mettant en lumière les luttes, les avancées et les reculs qui ont marqué son parcours, particulièrement en France, tout en considérant les perspectives internationales.

Un passé clandestin : l'avortement avant la loi Veil

Avant la promulgation de la loi Veil en 1975, l'avortement était illégal en France, plongeant des centaines de milliers de femmes dans la clandestinité. Près de 800 000 femmes avaient recours chaque année à l’avortement clandestin, et environ trois femmes en mouraient chaque jour. Cette situation dramatique, marquée par la solitude et le déchirement, a conduit à des témoignages poignants de femmes prêtes à tout, même à mourir, pour mettre fin à une grossesse non désirée. Avorter clandestinement avant 1975 était aussi un déchirement de l’âme. En France, l’avortement est un crime depuis un édit pris à la Renaissance. Et après l’hécatombe de la Grande Guerre, une loi de 1920 punit de prison la simple incitation à l’avortement.

L'avortement clandestin était non seulement dangereux pour la santé physique des femmes, mais aussi source de traumatismes psychologiques profonds. Les témoignages de cette époque révèlent une réalité douloureuse, où les femmes étaient souvent seules et confrontées à des pratiques médicales rudimentaires et risquées.

La loi Veil : une avancée historique

Le 17 janvier 1975, la loi Veil, portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé, a dépénalisé l'interruption volontaire de grossesse en France. Cette loi, fruit de 25 heures de débats intenses à l'Assemblée nationale, a marqué une étape décisive dans la reconnaissance des droits des femmes. Simone Veil, rescapée de la Shoah, est ministre de la Santé le 26 novembre 1974 lorsqu’elle présente devant l’Assemblée nationale le projet de loi sur la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le débat qui suivit fut particulièrement intense puisqu’il dura 25 heures au total. Simone Veil fut la cible d’associations de droite et d’extrême-droite anti-avortement qui manifestèrent devant le Palais Bourbon. Le projet de loi fut adopté par 284 voix « pour » et 189 « contre » le 20 décembre 1974 grâce au soutien de l’opposition de gauche.

Simone Veil, dans son discours historique, avait souligné que « aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement ». Elle considérait l'avortement comme un drame et un ultime recours pour des situations sans issue. La loi Veil visait à mettre fin à une situation de désordre et d'injustice, en offrant aux femmes la possibilité d'interrompre leur grossesse dans des conditions médicales sécurisées et encadrées.

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Évolutions législatives et accès à l'IVG en France

Depuis la loi Veil, la législation française sur l'IVG a connu plusieurs évolutions significatives. En 1993, le délit d'entrave à l'IVG a été adopté, visant à protéger le droit des femmes à s'informer et à accéder à l'avortement sans pressions ni obstacles. En 2001, le délai de recours à l'IVG a été prolongé de 10 à 12 semaines, puis à 14 semaines en 2022. En 2012 une nouvelle loi permet une prise en charge à 100 % des IVG par l’Assurance maladie. Autorisée depuis 1988 pour un usage d’abord réservé à des centres agréés, la pilule de contraception d’urgence (PCU) aussi connue sous le nom de « pilule du lendemain » devient disponible dans toutes les pharmacies et sans prescriptions. Avec la loi du 4 juillet 2001, le délai de recours à l’IVG passe de 10 à 12 semaines. Vingt et un ans plus tard, le délai est à nouveau prolongé à 14 semaines de grossesse avec la loi du 2 mars 2022. Depuis janvier 2016, les sages-femmes étaient déjà habilité·es à pratiquer l’IVG médicamenteuse.

Ces avancées législatives ont contribué à améliorer l'accès à l'IVG pour les femmes en France. Cependant, des difficultés persistent, notamment en ce qui concerne la répartition géographique des centres pratiquant l'IVG et la clause de conscience invoquée par certains professionnels de santé. En France, il devient difficile de trouver un hôpital qui le pratique.

La constitutionnalisation du droit à l'IVG : une garantie fondamentale

Le 4 mars 2024, un moment historique a été marqué par l'inscription de la "liberté garantie" pour une femme d'avoir recours à une IVG dans la Constitution française. Ce vote, intervenu lors d'une réunion du Parlement à Versailles, représente une victoire considérable pour les droits des femmes et un rempart contre les mouvements anti-droits de plus en plus virulents à travers le monde. La protection de la liberté d’accès à l’avortement constitue un rempart important contre les mouvements anti-droits de plus en plus virulents. La constitutionnalisation du droit à l’avortement est un point culminant pour les droits des femmes et un témoignage des années de campagne inlassable de tant de personnes.

Cette constitutionnalisation est perçue comme un signal fort, réaffirmant l'attachement de la France aux droits des femmes et à leur autonomie. Comme en 2012 on commence à avoir un peu de recul sur le siècle passé, on se rend compte aujourd’hui que LA grande révolution du XXe siècle, s’il y en eut une, fut celle menée par les femmes pour la liberté à disposer de leur corps, grâce au droit à la contraception et à l’avortement. Depuis que l’humanité existe, un des enjeux principaux du pouvoir masculin a été de garder le contrôle sur la procréation et donc sur le ventre des femmes. Mais depuis toujours aussi, dans le secret, les femmes ont tenté de mettre fin à des grossesses non désirées, avec les moyens du bord : potions soit disant abortives, queue de persil, bain de moutarde… Avec toujours la peur de rater son coup, la peur de se faire prendre, la peur d’y laisser sa peau… Comment se fait-il qu’il a fallu attendre 1970 pour que le droit à l’avortement entre dans le débat public en France ?

Perspectives internationales : un droit menacé

Si la France a constitutionnalisé le droit à l'IVG, la situation est loin d'être uniforme dans le monde. Dans de nombreux pays, l'accès à l'avortement est restreint, voire interdit, et des mouvements anti-choix gagnent du terrain. Ainsi, le 4 mars 2024, les parlementaires français réunis en Congrès à Versailles votent à une écrasante majorité en faveur de l’inscription dans la loi fondamentale de la « liberté garantie » pour une femme d’avoir recours à une IVG. Ce vote historique (…) revêt une importance considérable compte tenu du recul de ce droit essentiel à travers le monde.

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Aux États-Unis, la décision de la Cour suprême en 2022 d'annuler l'arrêt Roe vs. Wade a remis en question le droit à l'avortement au niveau fédéral, laissant chaque État libre de légiférer en la matière. Cette décision a eu des conséquences dramatiques, avec des interdictions d'avortement dans plusieurs États et des difficultés d'accès pour les femmes.

En Europe, des pays comme la Pologne ont adopté des lois très restrictives sur l'avortement, tandis que d'autres, comme l'Irlande, ont dépénalisé l'IVG après des luttes acharnées. Et regardons ce qui se passe en Hongrie… Une des premières mesures antidémocratiques et liberticides du gouvernement de Victor Orban, a été (au nom de la grandeur du peuple hongrois, mais sans beaucoup penser aux Hongroises) de supprimer leur droit à l’avortement…

Ces exemples montrent que le droit à l'IVG est un droit fragile, constamment menacé et nécessitant une vigilance constante.

Le débat philosophique et éthique autour de l'avortement

Le débat sur l'avortement soulève des questions philosophiques et éthiques fondamentales, notamment sur le statut moral de l'embryon/fœtus, les droits des femmes et la conception de la personne.

Le statut moral de l'embryon/fœtus

La question centrale est celle de la détermination du statut moral de l’embryon humain ; il s’agit en effet de savoir si les entités anténatales humaines ont un statut moral, si ce statut moral leur donne droit à la vie, et s’il est par conséquent moralement permis ou non de mettre un terme à leur développement. L’embryon est-il un être humain ? Est-il un être humain à partir de la fécondation, ou bien ultérieurement ? Est-il aussi une personne humaine ? Si oui, à partir de quel moment ? Est-il actuellement ou potentiellement une personne humaine ? A quoi renvoie exactement la notion de personne ? Est-il nécessaire et suffisant d’être un être humain pour avoir un statut moral et avoir le droit de vivre ? Les opinions divergent quant au moment où l'embryon/fœtus acquiert un statut moral et des droits, certains considérant qu'il a droit à la vie dès la conception, tandis que d'autres estiment que ce droit n'apparaît qu'à un stade ultérieur de développement, lorsque l'embryon/fœtus développe certaines capacités cognitives ou sensorielles.

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Les droits des femmes

Les partisans du droit à l'avortement mettent en avant le droit des femmes à disposer de leur corps et à prendre des décisions concernant leur santé reproductive. Ils soulignent que l'interdiction de l'avortement peut avoir des conséquences graves pour la santé physique et mentale des femmes, ainsi que pour leur autonomie et leur égalité.

La notion de personne

La notion de personne renvoie traditionnellement à une entité capable de manifester certaines propriétés mentales : être conscient de soi (McMahan, 2002), vouloir (Quinn, 1984), prendre des décisions et faire des choix pour le futur, communiquer, transmettre son savoir mais aussi exprimer de la frustration à être privé de liberté, ou encore entretenir des liens affectifs (Jaworska, 2007). Ces critères prennent principalement leur source dans des textes de philosophie moderne où la notion de personne humaine renvoie à « un être pensant intelligent, qui a une raison et une réflexion, et qui peut se considérer lui-même, comme étant la même chose pensante à différents moments, et en différents lieux ; ce qui ne peut se produire que par la conscience, qui est inséparable de la pensée, et qui lui est essentielle…» (Locke, 1689, II, XXVII, §9, p. 335, ma traduction). La conception lockéenne de la personne trouve ses sources au Vème siècle dans l’œuvre de Boèce qui considère qu’une personne est une « substance individuelle de nature rationnelle » (Contre Eutychès et Nestorius, III, 1, p. 75). L’autonomie, définie comme la capacité à poursuivre des fins de façon appropriée, caractérise essentiellement la personne (Kant, 1785, Ak. IV, 428).

Ces critères sont néanmoins discutables en ce qu’ils excluent les jeunes enfants, les individus dans le coma ou ayant un handicap cognitif sévère. D’autres critères moins sophistiqués ont été proposés comme par exemple le fait d’être conscient, de ressentir le plaisir/la douleur, ou d’avoir des inclinations. Le problème est que selon cette conception, presque tous les êtres sentients devront être considérés comme des personnes. Vers le quatorzième jour suivant la conception, un épaississement du disque embryonnaire se produit le long de l’axe céphalo-caudal, et fait apparaître la ligne primitive déterminant l’axe sur lequel se développera l’embryon humain. A ce stade, l’embryon n’est pas encore conscient, c’est-à-dire capable d’éprouver de la douleur ou du plaisir ; il faudra encore attendre la vingt-quatrième semaine de grossesse pour que la sensorialité fœtale apparaisse. Mais au terme de ce développement, cet embryon deviendra un jour une personne humaine.

Arguments pour et contre l'avortement

Le débat sur l'avortement est complexe et polarisé, avec des arguments éthiques, moraux, religieux et sociaux qui s'entrecroisent.

Arguments en faveur de l'avortement

  • Autonomie corporelle : Chaque femme a le droit de décider de ce qui arrive à son corps, y compris de mener ou non une grossesse à terme.
  • Santé et bien-être : L'avortement peut être nécessaire pour protéger la santé physique ou mentale de la femme enceinte.
  • Circonstances personnelles : Une femme peut choisir d'avorter pour diverses raisons, telles que des difficultés financières, une relation abusive, ou le fait de ne pas se sentir prête à être mère.
  • Droit à la vie privée : L'avortement est une décision privée qui ne devrait pas être soumise à l'ingérence de l'État ou de la société.

Arguments contre l'avortement

  • Droit à la vie : L'embryon/fœtus est considéré comme un être humain ayant droit à la vie dès la conception.
  • Considérations morales et religieuses : L'avortement est perçu comme un acte immoral ou un péché par certaines religions et philosophies.
  • Alternatives à l'avortement : L'adoption est présentée comme une alternative viable pour les femmes qui ne souhaitent pas élever un enfant.
  • Impact psychologique : L'avortement peut avoir des conséquences psychologiques négatives pour certaines femmes.

L'importance de l'éducation et de l'accès à la contraception

Au-delà des débats et des controverses, il est essentiel de promouvoir l'éducation sexuelle et l'accès à la contraception pour réduire le nombre de grossesses non désirées et, par conséquent, le recours à l'avortement. En effet, l'accès à la contraception est un moyen efficace de prévenir les grossesses non désirées et de permettre aux femmes de planifier leur maternité de manière responsable.

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