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Le placenta et les échanges materno-fœtaux pendant la grossesse

La grossesse est une période de transformation profonde, tant pour la mère que pour l'enfant à naître. Au cœur de cette transformation se trouve un organe fascinant et essentiel : le placenta. Véritable interface entre la mère et le fœtus, le placenta joue un rôle crucial dans le développement et la survie du bébé. Cet article explore la formation du placenta, ses fonctions vitales, le calendrier des échanges materno-fœtaux et les complications potentielles qui peuvent survenir.

Formation du placenta : une histoire précoce

Sept jours après la fécondation, l’embryon se niche dans la paroi de l’utérus. Il se compose d’un bouton embryonnaire et d’une enveloppe, le trophoblaste. Ce dernier envahit la muqueuse utérine, comme un arbre qui s’enracine dans un sol, atteint les vaisseaux sanguins et les « remodèle ». Ce processus est crucial pour le bon développement du fœtus : il permet un apport important de sang dans les unités du trophoblaste.

Au bout d’un mois, celui-ci s’est épaissi pour devenir un véritable organe : le placenta. Il a deux faces bien distinctes : l’une accrochée à l’utérus, l’autre reliée au futur bébé par le cordon ombilical. Le placenta, « galette » en latin, a comme fonction première de nourrir l’embryon, puis le fœtus.

Le placenta se forme dès le début de la grossesse et va jouer un rôle essentiel pendant les 9 mois. "C'est une partie de l'embryon, qui se sépare de lui dans les premiers jours de gestation. Il va grossir et se développer petit à petit, pour jouer un rôle d'interface entre le bébé et la mère", explique Anna Roy. S'il se crée dès les premiers jours, il lui faut plusieurs mois pour se développer. "Il va grossir, se différencier, se modifier anatomiquement, et il fonctionne à lui tout seul à partir du 4e mois de grossesse.

Rôles clés du placenta

Le placenta est bien plus qu'un simple organe de transition. Il assure une multitude de fonctions vitales pour le développement fœtal :

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  • Nutrition et respiration : Au fil de la grossesse, il draine l’oxygène et les nutriments indispensables - protéines, glucose, acides gras - vers la circulation fœtale. Le placenta est également un poumon car il apporte à votre bébé l’oxygène via le cordon et élimine le gaz carbonique sanguin. Pour remplir au mieux ce rôle, il déploie une surface d’échange impressionnante. Pas moins de 14 m2 où circule un réseau sanguin estimé au bout des 9 mois de grossesse à plus de 550 km. Côté maternel, le placenta est composé de petites unités, appelées les chambres intervilleuses. Chacune contient un « lac sanguin » où circule votre sang. C’est à ce niveau que se font les échanges entre vous et votre futur bébé. En fin de grossesse, le débit sanguin dans la chambre intervilleuse est estimé à 600 ml/min. Organe nourricier par excellence, il est de fait l’intestin du fœtus.

  • Production hormonale : Le premier message délivré à votre corps par le placenta est d’origine hormonale : il produit l’hCG - ou hormone gonadochorionique - qui vous indique grâce à un test de grossesse si vous êtes enceinte. La sécrétion de cette hormone débute dès le septième jour après la fécondation, au moment de l’implantation de l’embryon dans la paroi utérine. L’hCG est donc détectable très tôt dans vos urines. Sa fonction principale est de contrôler la sécrétion par l’ovaire de la progestérone durant les six premières semaines de grossesse. Au-delà de cette date, le placenta prend le relais et produit ses propres hormones stéroïdes : la progestérone et les œstrogènes.

  • Protection : S'il protège votre bébé de certains agents pathogènes, comme le bacille de Koch responsable de la tuberculose, le placenta ne constitue pas une barrière infranchissable.

L'une des fonctions principales du placenta, c'est de permettre les échanges entre la mère et le fœtus, pour qu'il soit alimenté grâce à ce que contient le sang de la future maman. "Sans cet organe, il n'y a pas d'échange d'oxygène, pas d'échange de nutriments", rappelle Anna Roy. La sage-femme explique aussi que le placenta a une fonction protectrice très importante. "C'est un organe de filtration, comme le foie. Il va filtrer les virus et les molécules qui ne sont pas bonnes pour le bébé".

Calendrier des échanges materno-fœtaux

La connexion materno-fœtale ne jaillit pas au premier battement cellulaire. Les premières semaines restent marquées par la retenue : les échanges de nutriments et d’oxygène se font au compte-goutte, la circulation sanguine entre la mère et l’embryon n’atteignant sa pleine mesure qu’en fin de premier trimestre. Pendant ce temps, la barrière placentaire, encore en chantier, apprend à filtrer les substances vitales.

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Avant que la douzième semaine s’achève, le développement du fœtus s’appuie principalement sur les réserves glanées dans le sac vitellin. L’amorce de la circulation placentaire change radicalement la donne : c’est à ce moment que la croissance et la robustesse de l’embryon prennent un tout autre élan.

Une fois le blastocyste implanté, le trophoblaste commence à bâtir l’embryon du placenta. Cependant, la véritable rencontre biologique entre la mère et le fœtus attendra l’apparition des premiers vaisseaux sanguins qui connectent les deux corps. Ce dialogue intime se met en place vers la fin de la troisième semaine du développement embryonnaire, lorsque les vaisseaux du placenta émergent et fusionnent avec la circulation de la mère.

Au début, la barrière placentaire, encore balbutiante, laisse passer une poignée de nutriments, un peu d’oxygène, et quelques messages moléculaires. L’intensité des échanges reste modeste. Mais dès la cinquième semaine de grossesse, la circulation sanguine entre mère et fœtus s’intensifie, portée par la maturation du placenta et la formation du cordon ombilical, ce lien vital qui unit désormais l’embryon à l’univers maternel.

Dès la nidation….soit 8 à 10 jours après la fécondation, il y a échange entre la mère et l'enfant. L'oeuf s'implante dans la muqueuse utérine et commence a former un "embryon" de placenta.Le placenta est apte à fonctionner tout seul au 3ème mois de grossesse, mais les échanges ont commencé bien avant.Dès 3 semaines, de nombreux organes sont formés, et dès le 21ème jour, le coeur bat.

Anomalies placentaires et complications

Si le placenta se développe mal ou souffre, votre bébé ne grandit pas bien. Le placenta ayant un rôle essentiel pendant la grossesse, quand il connaît des complications, celles-ci peuvent être assez sévères. Par exemple, il peut ne pas s'insérer comme il faut.

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  • Placenta praevia : C'est ce qu'il se passe lorsqu'il y a un placenta praevia : "il se met sur le col de l'utérus, ou à proximité. Cela rend l'accouchement par voie basse impossible", explique Anna Roy.

  • Placenta accreta : Dans d'autres cas, il peut s'insérer trop à l'intérieur de la muqueuse utérine. "C'est ce qu'on appelle un placenta accreta. On n'arrive pas le différencier de la muqueuse utérine, et cela peut poser de gros problèmes après l'accouchement", décrypte la spécialiste. Normalement, le placenta s’insère au niveau de la muqueuse utérine. Ce mécanisme, qui arrive très tôt au cours de la grossesse, peut se dérouler de façon anormale. C’est le cas lorsque l’adhésion d’une partie ou de la totalité du placenta s’étend plus profondément qu’elle ne devrait dans l’utérus. On parle alors de placenta accreta. Cette implantation heureusement rare (1/2 500 à 1/1 000 grossesses) peut se compliquer d’hémorragie au moment de la délivrance.

  • Hématome rétro-placentaire (HRP) : Enfin, le placenta peut se décoller prématurément, "c'est ce qu'on appelle un hématome rétro-placentaire (HRP)". Une chorioamniotite désigne une infection du placenta et du liquide amniotique. Elle se caractérise surtout par de la fièvre et des douleurs abdominales. Elle survient surtout chez les femmes dont la poche des eaux s'est rompue prématurément ou qui ont déjà eu un accouchement prématuré. Le tabagisme est aussi un facteur de risque. Quand tout se déroule normalement, le placenta se sépare de l’utérus au moment de la délivrance. Lorsque le phénomène a lieu avant l’accouchement, il se crée un hématome (poche de sang) entre la paroi utérine et le placenta qui provoque une interruption des échanges materno-fœtaux. Quand le décollement concerne tout le placenta, on parle d’hématome rétro-placentaire. Cette complication, peu fréquente heureusement, peut avoir des conséquences graves sur la maman et le bébé. Les premiers signes sont généralement caractéristiques : saignements et douleur abdominale brusque, très vite suivis d’une souffrance fœtale.

  • Infections placentaires : Des germes maternels peuvent atteindre le placenta de différentes manières, par voie sanguine, par le col ou à partir de l’utérus lui-même. Les microbes peuvent coloniser la masse du placenta ou siéger au niveau des membranes amniotiques. L’échographie montre parfois l’infection placentaire, mais ce n’est pas toujours évident. Plusieurs virus peuvent le traverser et entraîner des maladies chez le fœtus, comme la rubéole ou la varicelle. D’autres germes, à l’exemple du cytomégalovirus (CMV), peuvent même venir perturber l’implantation placentaire. Des équipes de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) à Toulouse et à Paris ont décrit comment l’infection due à ce germe empêche la migration des cellules du placenta dans la muqueuse utérine. Avec pour conséquence des retards de croissance fœtale, des déficits neurologiques voire des fausses couches à un terme précoce.

  • Anomalies de forme : En fin de grossesse, le placenta (« galette » en latin) se présente sous l’aspect d’un disque de 20 cm de diamètre et de 35 mm d’épaisseur. Il pèse environ 500-600 g. De temps en temps, son aspect est différent. Au lieu de ne former qu’une seule grosse masse, il est divisé en deux parties reliées par le cordon (placenta bi-partita). D’autres fois, c’est un petit lobe placentaire qui se trouve à distance de la masse principale (cotylédon aberrant).

  • Grossesses môlaires (ou môle hydatiforme) : Ce type d’anomalie est rare, de l’ordre d’1 grossesse sur 1 000. On le rencontre dans les grossesses dites môlaires (ou môle hydatiforme). L’origine est chromosomique et survient dès la fécondation. Des saignements en début de grossesse, des nausées ou vomissements importants, et un utérus mou ou plus gros que la normale pour le terme, peuvent mettre la puce à l’oreille. Deux types de môles hydatiformes existent. Après l’évacuation par aspiration de la grossesse môlaire, des dosages réguliers de l’hormone de grossesse (hCG) sont prescrits durant plusieurs mois. En effet, ils sont généralement anormalement élevés dans ce type de maladie, mais doivent se négativer par la suite. Il arrive parfois qu’une môle hydatiforme persiste, ou s’étende à d’autres organes.

Malheureusement, le placenta n'arrive pas à tout filtrer, et c'est pour cette raison que les médecins recommandent aux femmes enceintes de faire attention à leur hygiène de vie. "C'est un organe presque parfait, mais il a des failles.

Surveillance du placenta

La surveillance du placenta est un élément clé du suivi de grossesse. L'échographie est indispensable pour s'assurer du bon développement de votre futur bébé.

  • Échographie : C’est une technique qui utilise les ultrasons. Dans les conditions d’utilisation médicale aucun risque n’est connu. L’échographie Doppler repose sur le même principe. L’échographie est indispensable pour s'assurer du bon développement de votre futur bébé. Au premier trimestre, l’échographie prend toute sa dimension. Réalisée entre la 11e et la 13e semaine d’aménorrhée, elle constitue un repère pour surveiller la grossesse. Elle éclaire la vitalité de l’embryon, la régularité de son rythme cardiaque et la mise en place de ses principales structures anatomiques. Le praticien examine aussi l’insertion du placenta sur la paroi utérine et vérifie l’absence d’anomalies majeures dans la cavité utérine. Parfois, des pathologies ou des retards de croissance se dessinent déjà à ce stade. L’imagerie précoce permet alors d’adapter la surveillance et d’anticiper les besoins spécifiques.

  • Surveillance en cas de dépassement de terme : Une future maman qui a dépassé le terme de sa grossesse va devoir faire des examens régulièrement pour s'assurer que son bébé à naître va bien, et notamment si le placenta est toujours normal et fonctionnel. D'après Anna Roy, c'est parce qu'il s'agit "d'un organe qui a une date de péremption, pour dire les choses simplement. En fin de grossesse, on va vérifier qu'il n'est pas périmé en faisant une échographie, et notamment en regardant le niveau de liquide amniotique". Si le placenta fonctionne toujours normalement, les médecins peuvent laisser la grossesse se poursuivre jusqu'à cinq jours après la date du terme, toujours en surveillant le placenta.

Le placenta après l'accouchement

Au moment de l'accouchement, le placenta doit impérativement être expulsé, après le bébé. "Il est à l'origine de nombreux décès dans le monde, par exemple à cause des hémorragies graves du post-partum. C'est un problème qui est pris très au sérieux et c'est pour cela que, en France, on fait souvent une délivrance dite "dirigée" du placenta. On va injecter un produit au moment de la sortie des épaules du bébé, pour qu'il se décolle facilement dans les 5 à 15 minutes qui suivent la naissance. On va être très exigeant sur le délai de sortie", nous explique Anna Roy. En revanche, lors des accouchements plus naturels, par exemple en maisons de naissance, "il n'y aura pas de délivrance dirigée". Dans ce cas, le délai accordé par le corps médical au placenta pour être expulsé est de 30 minutes maximum.

Malgré tout, il peut arriver que le placenta ne soit pas expulsé, ou qu'un morceau reste dans l'utérus. Dans ce cas de figure, "on peut faire une révision utérine. Le médecin ou la sage-femme va aller chercher lui-même le placenta ou la partie de l'organe restée à l'intérieur, avec la main". Si le corps médical procède systématiquement à cette étape quand le placenta n'est pas expulsé, c'est parce que, s'il reste dans l'utérus, il peut entraîner de graves problèmes de santé. "Le danger numéro un, c'est l'hémorragie. Le deuxième, c'est le risque infectieux, car si on laisse un morceau de placenta à l'intérieur de l'utérus, cela va finir par s'infecter", nous explique la sage-femme.

"On examine le placenta après la naissance pour savoir s'il est complet. On va regarder aussi ses particularités anatomiques (taille, défaut, séparé en deux, odeur…)", explique Anna Roy. En cas de suspicion, la sage-femme ou l'obstétricien qui ont aidé la patiente à accoucher pourront demander à ce qu'il soit analysé pour détecter l'éventuelle présence de germes ou de virus, et savoir s'il s'est dégradé prématurément. Observer le placenta peut aussi permettre de récolter des informations importantes. "Pour la santé du nouveau-né, cela n'implique pas forcément grand-chose, mais ce sont des choses qui peuvent être intéressantes pour une grossesse ultérieure. Par exemple, lors d'une deuxième grossesse, on peut conseiller de l'aspirine pour fluidifier les échanges entre la mère et le fœtus", explique Anna Roy.

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