Roland Dumas, figure marquante de la politique française, est né le 23 août 1922 à Limoges (Haute-Vienne) et décédé le 3 juillet 2024 à Paris. Avocat de profession et homme politique engagé, il a traversé le XXe et le début du XXIe siècle en laissant une empreinte indélébile, souvent controversée, sur la vie politique et juridique française. Proche de François Mitterrand, il a occupé des postes ministériels clés et a présidé le Conseil constitutionnel, tout en étant mêlé à des affaires judiciaires retentissantes.
Jeunesse et Engagement dans la Résistance
Roland Dumas est le fils d'Élisabeth Lecanuet et de Georges Dumas, un résistant. Son père, fonctionnaire des impôts détaché à la mairie de Limoges, était également membre du Parti socialiste et de l'Armée secrète. Georges Dumas fut arrêté par la Gestapo le 24 mars 1944 et fusillé deux jours plus tard à Brantôme (Dordogne). Cet événement tragique marqua profondément Roland Dumas.
Dès sa jeunesse, Roland Dumas s'engage dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR), transportant des armes pour les maquis de la région de Grenoble. En 1942, il organise le boycott de l'Orchestre philharmonique de Berlin par les étudiants lyonnais, ce qui lui vaut d'être arrêté et interné administrativement au Fort Barraux. Il s'évade peu de temps après. À la Libération, il reçoit la Croix de guerre 1939-1945 et la Croix du combattant volontaire.
Formation et Début de Carrière
Après la guerre, Roland Dumas termine ses études de droit à Paris. Parallèlement, il travaille à l'Agence économique et financière (AGEFI), où il traduit des dépêches, notamment celles concernant le Proche-Orient. Il obtient également un diplôme de la London School of Economics et de l'École libre des sciences politiques, et suit une formation à l'École des langues orientales.
Il envisage un temps une carrière de chanteur lyrique et collabore à divers journaux, dont l'Agefi, L'Information et Le Nouveau journal, couvrant notamment la conférence de Genève sur l'Indochine. En 1950, il s'inscrit au barreau.
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Avocat Engagé et Figure Montante
Roland Dumas gagne rapidement une reconnaissance dans les prétoires en défendant des personnalités controversées. En 1953, il plaide aux côtés de Robert Badinter pour le résistant communiste Georges Guingouin, victime d'une machination. En 1954, il obtient l'acquittement du secrétaire général de la défense Jean Mons, soupçonné d'avoir livré des secrets au PCF.
Ces affaires le rapprochent de François Mitterrand, dont il devient l'avocat lors de l'attentat de l'Observatoire en 1959. Il tisse des liens fidèles avec Mitterrand, malgré des divergences sur le Proche-Orient et la décolonisation. Il défend également Francis Jeanson, organisateur des réseaux de financement du FLN pendant la guerre d'Algérie, et est partie civile lors de l'affaire Ben Barka.
Dans les années 1970, il devient le défenseur du journal Le Canard enchaîné, plaidant contre Jacques Foccart dans l'affaire de "La commode à Foccart" et défendant le journal dans l'affaire des écoutes dites des "plombiers du Canard" et dans l'affaire des diamants de Jean-Bedel Bokassa.
Il compte parmi ses clients et amis des personnalités telles que Jean Genet, Jacques Lacan, Marc Chagall, les héritiers d'Alberto Giacometti, de Giorgio De Chirico et de Georges Braque, ainsi que Mouammar Kadhafi. Il se constitue une importante collection d'art. Pablo Picasso le charge du retour de Guernica à Madrid lorsque l'Espagne sera redevenue démocratique.
Débuts en Politique et Opposition au Gaullisme
En 1956, Roland Dumas se lance en politique et est élu député de la Haute-Vienne sous l'étiquette UDSR. Il s'investit dans les débats parlementaires, notamment sur les questions cinématographiques et la propriété littéraire et artistique. Il s'oppose au Traité de Rome, craignant la puissance allemande. Il défend également ses positions contre la Guerre d'Algérie.
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En 1958, il est l'un des rares députés de l'UDSR à refuser l'investiture du général de Gaulle. Il ne résiste pas à la victoire gaulliste aux élections suivantes.
Retour au Parlement et Ascension Ministérielle
Roland Dumas est élu député FGDS de Corrèze en 1967, mais est battu en 1968. Il est élu député socialiste de Dordogne en 1981, 1986 et 1988, sans toutefois s'y implanter réellement.
Lorsque François Mitterrand est élu président de la République en 1981, Roland Dumas est au premier rang lors de la cérémonie au Panthéon. Il devient ministre des Affaires européennes en 1983, puis porte-parole du gouvernement. En 1984, il est nommé ministre des Relations extérieures.
Ministre des Affaires Étrangères et Figure de la "Françafrique"
En tant que ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas s'engage notamment pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien et signe l'Acte unique européen en 1986. Il retrouve le Quai d'Orsay en 1988 et y demeure jusqu'en 1993, représentant la France lors de la réunification allemande, de la fin de l'URSS et du déclenchement de la guerre du Golfe.
Son action diplomatique est marquée par ses efforts en vue de la création d'un État palestinien et de la paix au Cambodge.
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Homme de réseau, franc-maçon, il incarne la "Françafrique" mitterrandienne, s'articulant autour d'Omar Bongo et de Elf, en contact direct avec le Président de la République. Il effectue également des missions secrètes au profit de François Mitterrand en Afrique et au Proche Orient, ainsi que pour la politique intérieure.
Président du Conseil Constitutionnel et Affaires Judiciaires
En 1995, Roland Dumas est nommé par François Mitterrand à la tête du Conseil constitutionnel. Il convainc ses collègues de valider les comptes de campagne d'Édouard Balladur et Jacques Chirac, malgré les irrégularités.
Sous sa présidence, le Conseil constitutionnel rend une décision affirmant que l'immunité judiciaire du Président de la République s'impose même pour les crimes et délits de droit commun.
À partir de 1997, il est cité dans les affaires Elf et des frégates de Taïwan. Il est contraint à la démission du Conseil constitutionnel en 2000.
Condamné en première instance dans l'affaire Elf, il obtient la relaxe en appel en 2003. Également poursuivi dans le cadre de la succession du sculpteur Alberto Giacometti, il est condamné de manière définitive en 2007.
Fin de Carrière et Controverses
Après son passage au Conseil constitutionnel, Roland Dumas retrouve la robe d'avocat. Il conserve une place médiatique de défenseur de l'ancien président Mitterrand. Lors de l'élection présidentielle de 2007, il apporte son soutien à Ségolène Royal.
Il prend position sur des sujets controversés, notamment en soutenant Dieudonné et en exprimant des opinions contestables sur le conflit israélo-palestinien et les attentats du 11 septembre 2001. En 2010, il se rend en Côte d'Ivoire pour défendre les positions du président sortant Laurent Gbagbo.
Vie Privée
Roland Dumas a été marié deux fois. Il épouse Théodora Voultepsis en 1951, mais divorce en 1954. En 1961, il épouse Anne-Marie Lillet, héritière des apéritifs Lillet. Ils ont trois enfants : Delphine, David et Damien.
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