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Renault : De l'atelier familial à un géant mondial de l'automobile

Renault, une marque emblématique de l'industrie automobile française, a une histoire riche et complexe qui remonte à la fin du 19ème siècle. Des ateliers modestes de Louis Renault aux chaînes de montage modernes, l'entreprise a traversé des guerres, des crises économiques, des nationalisations et des alliances stratégiques pour devenir un acteur majeur sur la scène internationale. Cet article explore les étapes clés de la fondation et de l'évolution de Renault, en mettant en lumière les figures marquantes, les innovations et les défis qui ont façonné son identité.

Les pionniers : Louis Renault et Marius Berliet

L'histoire de Renault est intimement liée à celle d'autres pionniers de l'automobile française, notamment Marius Berliet. Leurs parcours, bien que distincts, témoignent de l'esprit d'innovation et de l'entrepreneuriat qui animait cette époque.

Marius Berliet (1866-1949), né à Lyon, se passionne très tôt pour la mécanique. Après avoir travaillé dans la fabrique familiale, il conçoit et réalise son premier moteur monocylindre en 1894, qu'il monte sur sa première voiture l'année suivante. En 1902, il rachète les ateliers Audibert et Lavirotte, qui deviendront le noyau de son usine de Lyon-Monplaisir.

Louis Renault (1877-1944), fils de drapier, développe également une passion pour la mécanique. Dans son atelier de Billancourt, il met au point une boîte de vitesses à quatre rapports, brevetée en 1898. La même année, il construit sa première automobile, une voiturette d'un quart de cheval.

Les débuts de Louis Renault sont marqués par un coup de pouce du destin. Lors de la nuit de Noël 1898, il conduit Maître Viot, un ami de son père, jusqu'à la Butte Montmartre avec sa voiturette. Impressionné, Viot lui achète le véhicule, et Louis enregistre 12 commandes dans la foulée. En 1899, il s'associe avec ses frères Marcel et Fernand pour créer la société Renault Frères.

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1899-1914 : Les premières années de Renault Frères

L'entreprise Renault Frères est officiellement créée en 1899, bien que ses activités aient déjà commencé en 1898. Fernand et Marcel se chargent de l'administration, tandis que Louis se concentre sur la production. Dès 1902, la marque acquiert une solide notoriété grâce à de multiples innovations.

Les frères Renault comprennent très vite que la participation aux courses automobiles leur permettra d’accélérer leur croissance. Des voitures de course voient ainsi le jour, dont Louis et Marcel se trouvent eux-mêmes derrière les volants. En 1902, Marcel gagne sa première course Paris-Vienne avec son coéquipier. Cependant, il meurt l’année suivante suite à un accident lors de la compétition Paris-Madrid.

Pour promouvoir leurs produits, Louis et Marcel utilisent leur passion commune : la course et remportent le Paris-Bordeaux en 1900. Une fois sa réputation établie à Billancourt, Renault veut étendre sa clientèle.

1914-1918 : La Première Guerre mondiale et la production de masse

À partir de 1905, la perspective d’un nouveau conflit favorise la production d’automobiles et de camions qui s’avéreront décisifs sur le terrain. Pendant la Première Guerre mondiale, les usines Renault sont mobilisées pour l'effort de guerre.

Chez Berliet, 40 camions CBA sont fabriqués chaque jour pour rejoindre les véhicules qui affluent sur le front de Verdun. Chez Renault, outre les voitures, des moteurs d’avion et des affûts de canon sortent de Boulogne-Billancourt. En 1917, la marque au losange conçoit le premier char moderne de l’histoire. 30 de ces derniers seront fabriqués par jour chez Renault et 16 par jour chez Berliet.

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1919-1939 : Diversification et innovations

Après la guerre, Louis Renault et Marius Berliet, industriels de génie, bâtissent chacun leur groupe automobile. Mais les années d’après-guerre sont difficiles en raison de la mévente des véhicules occasionnée par les surplus. En 1925, Renault est la première marque à proposer un tracteur routier doté d’un servofrein. Les deux constructeurs proposent aussi des véhicules à gazogène, répondant à la stratégie favorisée par l’État de rechercher des énergies de substitution au pétrole.

Mais la grande révolution de cette période fut l’introduction en 1930 du diesel qui transformera le transport routier. Il se révélera, par son faible coût de fonctionnement et sa puissance à bas régime, l’outil le mieux adapté au transport de marchandises.

En 1921, Renault sort la Torpédo Grand Sport. L’Entreprise familiale devient la « Société anonyme des Usines Renault » en 1922. Renault a un grand concurrent : Citroën, qui développe beaucoup la communication.

1939-1945 : La Seconde Guerre mondiale et la nationalisation

La Seconde Guerre mondiale bouleverse le développement du constructeur. Dès l’occupation, l’usine est réquisitionnée par les Allemands jusqu’à la fin de la guerre. Pendant la seconde guerre mondiale, Renault est mis en avant grâce à ses chars de la victoire.

À la Libération, Renault est nationalisé et devient l’unique propriétaire de la « Régie Nationale des Usines Renault » en 1945. Pierre Lefaucheux se trouve désormais à la tête de l’entreprise. L’héritier de Louis, Jean Louis Renault ne reçoit aucune indemnisation.

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1945-1970 : L'ère de la 4CV et de la Dauphine

Sous les directives de l’État, le constructeur commence à produire des voitures d’entrées de gamme à l’instar de la 4CV et de la Dauphine. Louis Renault, malgré son génie, ne possède pour diplôme que le bas. De son côté, André Citroën est un ingénieur polytechnicien brillant aimant prendre des risques. Ce dernier est considéré comme en avance sur son temps. Néanmoins, son entreprise souffre d’une dépendance aux financements étrangers. À l’inverse, Renault était plus pragmatique et prudent quant à la question financière.

Dans l’optique de l’exportation, Renault abandonne les noms tels que Dauphine, Floride… La première 4 CV quitte la chaîne de montage en 1946. Lors du Salon de l’automobile, un journaliste spécialiste la décrit en ces termes « Une sorte de crapaud à quatre roues, jaune vanille, et dont la tête était exactement semblable à la queue ». Les dessinateurs l’immortalisent en la surnommant « La puce », « Le hanneton », « Gonflé », « le crapaud », « La petite motte de beurre » à cause de sa couleur jaune. La 4CV se retrouve dans la rue et le succès est immédiat. D’une conception de luxe et de prestige, Renault passe à la première voiture populaire, utilitaire et économique vendue au plus grand nombre.

La 4CV sort en 1947 et rencontre rapidement le succès. Dès 1949, trois-cents unités sont vendues par jour. Ce chiffre est même passé à 1000, un record pour l’époque. La fin de la guerre marque le retour des compétitions sportives, y compris la course. Pour Renault, il s’agit d’une tradition. Cinq 4 CV se trouvent ainsi à la ligne de départ lors de la course de Monte Ventoux. Les cinq ont gagné les premières places. Renouer avec le succès incite La Régie à produire 50 unités spéciales pour le rallye de Monte-Carlo.

1970-1990 : Chocs pétroliers et diversification

Le début des années 70 est marqué par le premier choc pétrolier. En Europe, les mesures gouvernementales se succèdent pour y faire face. En France, le gouvernement interdit la publicité des produits pétroliers. Les consommateurs privilégient ainsi les petites voitures, moins consommatrices de carburant. La crise ne touche pas uniquement La Régie. En France, les décisions sont plus prudentes suite aux évènements de mai 1968. Ainsi, Renault se contente d’arrêter les embauches. Pourtant, c’est à cette époque qu’Alpine sort son A310, une voiture de grosse cylindrée. À l’époque, les voitures comme la R5, une citadine, représentent 30% des ventes du constructeur. La crise pétrolière amène les constructeurs à se retrouver. À partir de 1973, Peugeot et Citroën fusionnent, PSA reprend Chrysler Europe, Ford effectue une prise de participation sur Mazda. Dans ce contexte, La Régie signe un contrat de coopération industrielle avec le suédois Volvo. Malgré ses 10% dans Volvo, La Régie renonce pourtant à ce partenariat en 1985.

1990-2000 : Privatisation et alliances stratégiques

Face à la concurrence accrue des industries japonaises et américaines, l’Europe encourage ses membres à privatiser ses entreprises. Surnommé « l’homme de la privatisation », ce dernier est à l’origine du retour de Renault en Formule 1 et de la mondialisation. L’innovation figure également dans sa politique. Ainsi, Renault mise sur la sécurité pour se distinguer de la concurrence. La privatisation de Renault lui permet d’ouvrir son capital en 1994. En 1996, la Régie cesse définitivement d’exister.

En 1999, Renault et Publicis fêtent leurs 36 ans de collaboration même si la marque a d’autres partenaires dans d’autres pays tels l’Espagne et l’Argentine.

2000 à aujourd'hui : Mondialisation et électrification

En 2012, le constructeur lance son premier modèle électrique : Zoe. En 2016, le groupe Renault-Nissan décide de racheter le constructeur japonais Mitsubishi Motors. À partir de 2005, Carlos Ghosn, alors président de Nissan, se trouve également à la tête de Renault jusqu’en 2018.

Engagé dans la transition énergétique et pour une mobilité durable, Renault Trucks est le pionnier de l’électromobilité avec la commercialisation dès 2011 d’un camion de 4,5 t 100 % électrique.

En 2001, la Renault Mégane est élue meilleure voiture de sa catégorie au classement Euro NCAP.

Renault Trucks : L'héritage du camion français

Renault Trucks est l'héritier de l'excellence du camion français. En 1978, Berliet et Saviem fusionnent pour créer Renault Véhicules Industriels, l’unique constructeur français de poids lourds, filiale du groupe Renault. Renault Véhicules Industriels poursuit la construction d’un puissant groupe international avec l’acquisition de Dodge Europe en 1983, puis de la légendaire marque américaine Mack en 1990. En 1992, Renault Véhicules Industriels devient Renault V.I. En 2001, Renault V.I. devient une société du groupe suédois Volvo et l’entreprise adopte en 2002 l’appellation commerciale Renault Trucks. En 2013, Renault Trucks renouvelle intégralement sa gamme de camions, une première dans le monde du véhicule industriel. Les modèles Renault Trucks T High et T pour la longue distance, C et K pour la construction, D et D Wide pour la distribution affichent un design novateur et une efficacité énergétique accrue. En 2015, le Renault T High est désigné Camion international de l’année.

La publicité Renault : Une histoire d'innovation et de créativité

La publicité a toujours joué un rôle essentiel dans la construction de l'image de Renault. Des affiches artistiques aux campagnes télévisées innovantes, la marque a su se démarquer par sa créativité et son audace.

Dans les années 1920 et 1930, Renault rivalise avec Citroën en matière de communication. Les publicités s’adressent autant aux futurs acquéreurs d’automobiles qu’à ceux déjà propriétaires. Les affiches, souvent réalisées par de grands artistes, mettent en avant le luxe, le confort et la modernité des véhicules.

Après la Seconde Guerre mondiale, Renault adapte sa communication à l'évolution de la société. La 4CV, voiture populaire et économique, est mise en scène dans des publicités simples et efficaces. Dans les années 1960, Renault se forge une image de marque innovante et technologique avec la campagne de lancement de la R16.

Dans les années 1980 et 1990, Renault fait appel à des cinéastes reconnus pour réaliser des publicités originales et marquantes. La campagne pour la Clio, avec son slogan « Elle a tout d’une grande », devient un véritable phénomène culturel.

Aujourd'hui, Renault continue d'innover en matière de publicité, en utilisant les nouveaux médias et les techniques de marketing digital pour toucher un public toujours plus large.

Renault : Un patrimoine à valoriser

Depuis 2009, la marque au losange a lancé un important programme de valorisation de son patrimoine historique et culturel. Hélène Galzin : Ce programme est né en 2009 d’un constat simple, à savoir que Renault possède un patrimoine d’entreprise unique un des plus riches au monde ! A l’aide d’historiens spécialisés en Histoire d’Entreprise, nous pouvons même l’évaluer comme étant l’un des 20 plus importants au monde. Ce classement a pu être établi selon différents critères : la date de création de l’entreprise (1898), l’implantation de Renault dès 1900 à l’international ou encore grâce à sa diversité de métiers (fabrication de moteurs, d’avions, de trains et même d’autocars).

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