Philippe Noiret, figure emblématique du cinéma français, a marqué son époque par son talent, sa polyvalence et sa discrétion. Formé au Théâtre National Populaire (TNP) de Jean Vilar, il a consacré l'essentiel de sa carrière au cinéma, enchaînant plus de 120 films. Son décès en novembre 2006 a suscité une vive émotion auprès du public, témoignant de l'attachement que les Français portaient à cet acteur attachant et complexe. Cet article se propose de retracer le parcours exceptionnel de cet homme discret, de ses débuts sur les planches à sa consécration sur grand écran, en passant par ses collaborations marquantes et ses choix artistiques audacieux.
Les Débuts et la Formation Théâtrale
Né à Lille, le 1er octobre 1930, Philippe Noiret grandit dans une famille de la petite bourgeoisie provinciale. Son père, Pierre Georges Noiret, était vendeur de faux-cols. Après avoir échoué plusieurs fois au baccalauréat, il se tourne vers le théâtre. En 1949, il s’inscrit aux cours d'art dramatique de Roger Blin à Paris, à l'association de l'Éducation par le jeu dramatique (EPJD), fondée par Jean-Marie Conty.
En 1953, il entre au Théâtre National Populaire (TNP), dirigé par Jean Vilar, après une audition réussie devant Jean Vilar et Gérard Philipe. Il y côtoie Gérard Philipe, Daniel Sorano, Daniel Ivernel, Silvia Monfort et Jeanne Moreau. Cette expérience de sept ans au TNP est déterminante pour sa formation. Il y apprend le métier, interprète plus de quarante rôles du répertoire classique (Corneille, Shakespeare, Molière, Beaumarchais) et y rencontre l'actrice Monique Chaumette, qu'il épouse en 1962. Il quitte le TNP en 1960.
Parallèlement à son travail au TNP, il forme un duo comique de cabaret avec Jean-Pierre Darras, se produisant à l'Écluse, aux Trois Baudets et à la Villa d'Este. Ces spectacles de cabaret, loin des pièces classiques du TNP, témoignent de son goût pour la comédie et de son talent pour l'improvisation.
Premiers Pas au Cinéma et Difficultés Initiales
Philippe Noiret fait ses premiers pas au cinéma en 1955, grâce à Agnès Varda qui lui offre un rôle dans son premier film, La Pointe Courte. Il remplace au pied levé Georges Wilson, souffrant. Il reste fortement marqué par cette première expérience. Il ne retrouve le grand écran que cinq ans plus tard, en 1960, avec Zazie dans le métro de Louis Malle, où il campe un tonton loufoque.
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Alors que la Nouvelle Vague est en plein essor, Noiret tourne principalement avec des réalisateurs de l'ancienne génération, dans des films mineurs. Il démarre parallèlement une carrière internationale. Après avoir joué un rôle dur dans Thérèse Desqueyroux de Georges Franju en 1962, il se fait remarquer en 1966 dans La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau.
La Consécration et la Diversité des Rôles
C'est en 1968, avec Alexandre le Bienheureux d'Yves Robert, que la carrière de Philippe Noiret prend un nouvel essor. Il y incarne un paysan rêveur qui décide d'arrêter de travailler. Le film rencontre un grand succès et Noiret devient une figure populaire du cinéma français.
Conscient de ne pas pouvoir jouer les jeunes premiers, il enchaîne les rôles de "Monsieur Tout-le-monde". Il n'hésite pas à bousculer son image avec des films polémiques comme La Grande Bouffe de Marco Ferreri. Il se spécialise dans les personnages de composition, travaillant avec des réalisateurs comme Bertrand Tavernier, Yves Boisset et Philippe de Broca.
Noiret passe au statut de star grâce au succès du Vieux Fusil de Robert Enrico, qui lui vaut un César du Meilleur Acteur en 1976. Il continue à nuancer ses rôles, jouant des salauds et des bourgeois honorables.
Carrière Internationale et Collaborations Italiennes
Parallèlement à sa carrière en France, Philippe Noiret mène une brillante carrière en Italie. Il travaille avec Mario Monicelli, Francesco Rosi, Giuseppe Tornatore et Michael Radford. Il tourne une vingtaine de films outre-Alpes. Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore (1988) est l'un de ses plus grands succès internationaux.
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La Grande Bouffe lui ouvre les portes d'une carrière en Italie. Ainsi, dès 1973, il retrouve Marco Ferreri pour Touche pas à la femme blanche. Puis il tourne notamment Mes chers amis de Mario Monicelli (1975), dont l'énorme succès le fait définitivement adopter par le public italien et dont il tournera la suite en 1982 (Mes chers amis 2), Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini (1976), Trois frères de Francesco Rosi (1980), La Famille d'Ettore Scola (1986), Les Lunettes d'or de Giuliano Montaldo (1987), puis Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore (1988) ou Le Facteur (1994) de Michael Radford.
La Collaboration Fructueuse avec Bertrand Tavernier
La rencontre avec Bertrand Tavernier marque un tournant dans la carrière de Philippe Noiret. Il aide Tavernier à monter son premier film, L'Horloger de Saint-Paul en 1974, et devient son acteur fétiche. Ils tournent ensemble Que la fête commence (1975), Le Juge et l'assassin (1976), Coup de torchon (1981), La Vie et rien d'autre (1989) et La Fille de d'Artagnan (1994).
Les Années 1980 et 1990 : Succès et Reconnaissance
Les années 1980 sont marquées par le succès de Les Ripoux de Claude Zidi, où il forme un duo de flics avec Thierry Lhermitte. Le film connaît deux suites. En 1990, il remporte son second César pour La Vie et rien d'autre.
De 1989 à 1994, il connaît une période de grâce avec Cinéma Paradiso, Uranus et Il Postino. Il tourne avec Téchiné, Leconte et Rosi.
Les Dernières Années et le Retour au Théâtre
Moins sollicité par le cinéma au milieu des années 1990, Philippe Noiret remonte sur les planches en 1997 dans Les Côtelettes de Bertrand Blier. Il joue dans l'adaptation cinématographique de la pièce en 2003. En 2003, il renoue avec le succès grâce à Père et fils de Michel Boujenah.
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À partir de 1997, son activité ralentit. Il participe à quelques films à succès et à des œuvres oubliées.
Vie Privée et Distinctions
En 1962, Philippe Noiret épouse Monique Chaumette, rencontrée au TNP. Ils ont une fille, Frédérique Noiret.
Il meurt le 23 novembre 2006 à Paris, des suites d'un cancer généralisé. Ses obsèques sont célébrées en la Basilique Sainte-Clotilde à Paris.
Il a reçu de nombreux prix, dont deux César du meilleur acteur : en 1976 pour Le Vieux Fusil et en 1990 pour La Vie et rien d'autre. En 2005, il est fait chevalier de la Légion d'honneur.
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