Le personnage de Perceval, chevalier de la Table Ronde, est une figure emblématique de la littérature arthurienne. Son histoire, riche en aventures et en quêtes spirituelles, a traversé les siècles, inspirant de nombreux auteurs et artistes. Si déterminer une date de naissance précise pour ce personnage de fiction est impossible, son apparition dans les romans de Chrétien de Troyes au XIIe siècle marque un point de repère essentiel pour comprendre son évolution et son importance dans la culture médiévale.
L'Émergence de Perceval dans l'Œuvre de Chrétien de Troyes
C'est à partir de vieilles légendes bretonnes que Chrétien de Troyes écrit, en langue romane, au xiie siècle, un véritable roman qui raconte les aventures du jeune Perceval. Dans son roman inachevé, Perceval ou le Conte du Graal, commencé vers 1180, Chrétien de Troyes s'inspire des légendes celtiques, largement répandues en Europe, qui ont pour personnage central le roi Arthur, et les chevaliers de la Table ronde. Il met en scène un adolescent qui découvre progressivement les lois de la chevalerie. Au château du Graal, il subit une épreuve étrange, dont il n'aura l'explication que beaucoup plus tard, et qui l'engage dans une quête intérieure. La fin de ce roman inachevé est occupée par les aventures du chevalier Gauvain. On ignore comment l'auteur aurait croisé les trajectoires des deux personnages et terminé le parcours de Perceval.
L'œuvre de Chrétien de Troyes se distingue par son écriture en langue romane, c'est-à-dire dans la langue quotidienne, contrairement aux œuvres littéraires proprement dites qui étaient écrites en latin, la langue savante. Chrétien de Troyes est le premier à avoir écrit, en langue romane, des œuvres de fiction destinées à la lecture silencieuse. Perceval est un roman « courtois », écrit pour le milieu cultivé de la cour de Marie de Champagne (fille d'Éléonore d'Aquitaine, épouse du comte de Champagne). Il est écrit en vers de huit syllabes ou octosyllabes. La prose était alors réservée aux traductions des textes latins et ne sera employée dans les romans qu'à partir du xiiie siècle.
Le Parcours Initiatique de Perceval
Perceval est le fils d'une veuve qui, ayant perdu son mari et ses autres fils à la guerre, l'a élevé à l'écart et dans l'ignorance totale de la chevalerie. Il fait donc figure de naïf, que ses rencontres émerveillent et qui s'enflamme trop facilement. Mais il suit toutes les étapes d'un apprentissage.
Il reçoit ses armes du roi Arthur. Il apprend les armes et le code de conduite du parfait chevalier, auprès du seigneur Gornemant, et se signale très vite par sa vaillance, ses exploits, sa générosité. Ainsi, après son premier combat singulier, loin d'abattre son adversaire, il l'envoie, chargé d'un message, « se mettre en la prison du roi Arthur ». Il fait l'apprentissage de l'amour et de la courtoisie auprès de Blanchefleur.
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Cependant, au cours de la procession du Graal à laquelle il assiste dans le château du Roi Pêcheur, il n'ose pas approfondir ce qu'il voit et reste silencieux. Cette épreuve est un échec. À partir de ce moment, Perceval accomplit tout un chemin intérieur. Il est « tout égaré en lui-même » et il en oublie Dieu. Ce n'est qu'au bout de cinq ans qu'un ermite lui révèle son péché : il a provoqué par son départ la mort de sa mère et c'est ce qui l'a paralysé devant le Graal. Il ne lui reste plus qu'à faire pénitence pour obtenir le pardon de ses péchés. Le parcours de Perceval est donc un parcours d'initiation : il est introduit dans le mystère du saint Graal. L'inachèvement du roman nous empêche cependant d'en connaître la fin.
Les Personnages Clés Entourant Perceval
- Le roi Arthur : Le personnage qui, présent ou absent, domine tous les autres, est le roi Arthur. Il tient sa Cour avec la reine au milieu des meilleurs chevaliers, accueille et récompense avec générosité, se montre libéral envers les vaincus. Il fait figure de juge et de sage, de gardien de la morale de la chevalerie : « C'est laide chose de railler autrui et de promettre sans donner. » La cour du roi Arthur est un lieu fixe dans tous les romans de Chrétien de Troyes. Elle est située à Tintagel (Tintaguel en ancien français, dans le texte du Roman de Perceval) en Bretagne. Cette Bretagne, appelée royaume de Logres, recouvre un vaste ensemble de terres : pays de Galles, Écosse, Cornouailles, Armorique. Cette dernière est bien sûr imaginée par l'auteur, qui se base sur des croyances populaires celtes et anglo-normandes. La cour est un point de repère idéal pour les romans de la Table ronde, elle est le lieu de la plénitude où règnent la grande vie et les biens en abondance. À cette cour les chevaliers rivalisent de courage pour acquérir la meilleure renommée possible.
- Le Roi Pêcheur : Aperçu sur une rivière en train de pêcher, est un noble vieillard, infirme. Il accueille Perceval dans son château et lui offre une hospitalité somptueuse. Perceval apprendra plus tard qu'il a reçu à la hanche un coup d'épée dont il garde une blessure inguérissable. À cette figure du Roi Pêcheur est associée celle de son père, qui ne se nourrit, depuis quinze ans, que de l'hostie apportée dans le saint Graal.
- Gauvain et Keu : Parmi les innombrables chevaliers qui gravitent autour d'Arthur ou que Perceval rencontre sur les chemins, certains sont des figures de la légende, que l'on retrouve dans les autres romans de Chrétien de Troyes. Parmi eux, « le bon, le généreux Gauvain » ou Keu, le sénéchal, un être railleur et violent.
- Blanchefleur : Parmi les jeunes filles attachantes, souvent malheureuses, Blanchefleur, l'amie de Perceval, est la plus belle : « Dieu avait fait d'elle la merveille des merveilles. » Elle attendrit Perceval sur ses malheurs et se montre assez habile pour le pousser à la défendre : « C'est le jeu qu'elle joue : elle le détourne de ce combat et lui n'est que plus ardent à s'y lancer. »
- La mère de Perceval : Elle a tenté de préserver sa vie en le tenant ignorant de la chevalerie, dont elle lui enseigne pourtant la morale. Mais elle échoue : la tentation de l'aventure l'emporte sur le désir d'amour et de sécurité qu'elle représente. Sa mort est le prix que paie Perceval pour sa liberté.
Les Thèmes Fondamentaux du Roman de Perceval
- L'aventure : Perceval, comme les autres chevaliers d'Arthur, est un chevalier d'élite, qui part à la recherche de l'aventure, pour éprouver sa hardiesse et accomplir des exploits. Il part seul, il quitte l'espace protégé de la maison ou de la Cour pour affronter l'inconnu.
- L'idéal de la chevalerie : Une fois armé (« adoubé »), le chevalier prend un engagement moral : l'ordre de chevalerie « ne souffre aucune bassesse ». Il devra épargner ses ennemis, être discret, aider les faibles, être un chrétien fidèle.
- L'amour : La femme est liée à l'aventure : Perceval combat les ennemis de Blanchefleur et redonne la prospérité à son château. Mais le bonheur n'est pas immédiat : le chevalier repart sur les chemins, malgré la douleur de son amie. Il ne l'oublie cependant pas, puisqu'il rêve devant le sang sur la neige : « Il croit bien vraiment contempler le teint si frais de son amie, la belle. »
- La quête spirituelle : L'aventure est aussi une recherche de la perfection. Perceval, dans le château du Roi Pêcheur, assiste à des prodiges (la lance qui saigne) et voit passer le cortège qui accompagne le Graal, le vase sacré qui contient l'hostie. S'il avait posé des questions sur ce mystère, il aurait guéri le roi et rendu la prospérité à son royaume. Son péché l'en a empêché. Il devra donc essayer de retrouver la pureté perdue. L'aventure, cette fois, est intérieure, et prend donc une signification religieuse.
Le Symbolisme Présent dans le Roman
- Des espaces symboliques : Pour vivre l'aventure, le héros voyage sans cesse, mais revient toujours à la Cour du roi Arthur, qui est le point de ralliement et également le lieu où il est évalué et jugé. Il va d'étape en étape, quittant les lieux fermés que sont les châteaux pour l'espace ouvert des chemins. Ces chemins, qui traversent les forêts, sont des espaces de risque où se produisent toutes les rencontres : aussi bien celle d'un chevalier provocateur que celle qu'une jeune fille qui veille son ami mort ou encore celle d'un ermite. Les châteaux sont pour Perceval des étapes et des lieux d'épreuve : au château de Blanchefleur, il éprouve sa vaillance et il découvre l'amour. Au château du Roi Pêcheur, il subit une épreuve spirituelle à laquelle il échoue et le château, d'abord fastueux et peuplé, est désert quand il le quitte. Il n'y a donc aucun réalisme dans les lieux : ce ne sont que des espaces symboliques.
- Des objets symboliques : La Table ronde rassemble les chevaliers autour du roi Arthur de telle sorte que tous sont à égalité par rapport à lui. Mais cette Table ronde est aussi le symbole de l'univers que parcourent les chevaliers. Elle peut représenter également la table où a lieu le dernier repas du Christ, table à laquelle fait aussi référence la table où est servi le festin du Roi Pêcheur. On a cru voir dans le cortège qui accompagne le Graal le souvenir d'un ancien rite lié à un culte de la fécondité et de la végétation, le graal n'étant alors qu'une écuelle ou un plat. Dans le roman, cependant, c'est un vase précieux qui contient une hostie. Les continuateurs de Chrétien de Troyes feront de cet objet énigmatique le vase qui aurait recueilli le sang du Christ lors de son supplice sur la Croix.
L'Héritage de Chrétien de Troyes et les Continuations de Perceval
On connaît quatre textes regroupés sous le titre de Continuation de Perceval dont la parution s'échelonne sur la première moitié du xiiie siècle ; les deux derniers confèrent au roman un sens religieux. Ces continuations témoignent de l'impact durable de l'œuvre de Chrétien de Troyes et de la fascination qu'exerçait le personnage de Perceval.
Parmi les textes français, le roman de Perceval, ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes (1135 env.-1183 env.) est capital. Enfant, il vit dans une forêt, entouré de femmes, et ne connaît pas son père. Là, il voit pour la première fois des chevaliers et décide de se consacrer à la chevalerie. Dans la plupart des contes il est de naissance noble et le petit dernier d’une fratrie de chevaliers tous morts au combat. Son père est soit le roi Pellinor de Listenois, soit quelque chevalier valeureux. Sa mère, habituellement anonyme, joue un rôle important dans l’histoire. Elle est partie vivre seule dans un manoir au milieu d’une gaste forêt (perdue, isolée) pour empêcher son fils de devenir chevalier. Sa sœur, porteuse du Saint-Graal, est parfois appelée Dandrane. Perceval, est donc élevé par sa mère, dans l’isolement de la forêt en lui faisant ignorer jusqu’à l’âge de 15 ans comment se conduisent les hommes. Un jour, en jouant au javelot dans la forêt, le jeune Perceval rencontre cinq chevaliers aux armures si étincelantes qu’il les prend pour des anges. Il veut alors devenir lui-même chevalier, et se rend à la cour du roi Arthur ; après être Initié par Gornemant de Goort à la technique et aux règles du combat, et s'’être révélé comme un excellent combattant il est adoubé et invité à se joindre aux Chevaliers de la Table Ronde. Dès les récits les plus anciens il est impliqué dans la Quête du Graal. Chez Chrétien de Troyes il rencontre le Roi Pêcheur blessé et voit le Saint-Graal, mais s’abstient de poser la question qui aurait guéri le souverain.
Perceval accomplit alors un chemin intérieur. Il est '' tout égaré en lui-même et il en oublie Dieu ''. Il prend conscience pour la première fois de sa conduite et de la faute qu'il a commise en oubliant sa mère, et il a soudain la révélation de son nom, Perceval le Gallois. Un ermite rencontré le Vendredi Saint lui explique son péché et lui révèle qu'il appartient à un haut lignage, qu'il est le parent non seulement du roi Arthur, mais aussi du Roi-Pêcheur. Il ne lui reste plus qu'à faire pénitence pour obtenir le pardon de ses péchés. Le parcours de Perceval est donc un parcours d'initiation : il est introduit dans le mystère du saint Graal. Perceval était ''attendu''… Effectivement, à son arrivée à la cour d'Arthur, selon Chrétien de Troyes, une prédiction se réalise : une jeune fille qui n'avait pas ri depuis six ans rit en voyant le jeune homme et reconnaît en lui un chevalier que "nul ne surpassera". Perceval apparaît alors, sinon comme le libérateur attendu par tout un lignage, du moins comme un chevalier promis à une destinée exceptionnelle. II est différent d'Erec, de Cligès, d'Yvain et même de Lancelot, dont la conduite est surtout commandée par des valeurs courtoises et chevaleresques. Avec Perceval, qui a été confronté à la liturgie du Graal, la chevalerie se confond avec une éthique morale et trouve son couronnement dans la découverte des valeurs religieuses.
Des récits ultérieurs font de Galahad, le fils de Lancelot, le véritable héros du Graal. Dans des versions précoces, la bien-aimée de Perceval est Blanchefleur et il est devenu roi de Corbénic après avoir guéri le Roi Pêcheur, mais dans des versions postérieures, il est resté vierge et est mort après avoir retrouvé le Graal.
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Cité parmi les chevaliers d'Arthur dans Érec, Perceval donne son nom au dernier roman de Chrétien de Troyes, Le Conte du Graal (env. 1180). Perceval, dont le père et les frères sont morts au combat, est élevé par sa mère dans la forêt, dans l'ignorance de la chevalerie, jusqu'au jour où il voit des chevaliers et veut devenir comme eux. Il part, laissant sa mère, pour être fait chevalier par le roi Arthur. Perceval a tout à apprendre : Gornemant lui enseigne le métier des armes et Blancheflor lui révèle l'amour. Ayant conquis la gloire par sa prouesse, il lui souvient de sa mère qu'il veut revoir ; en chemin, il est accueilli au mystérieux château du roi Pêcheur, et voit passer sous ses yeux une étrange procession : une lance qui saigne, un vase étincelant. Perceval vient d'apprendre qu'il ne faut pas poser de questions indiscrètes, il ne demande donc rien, malgré sa curiosité émerveillée, et s'en va ; en route, il apprend que sa mère est morte de douleur de le voir partir à la cour. Commencent alors cinq années de quête du Graal ; Perceval découvre que c'est pour le péché d'avoir fait périr sa mère qu'il n'a pas posé la question apitoyée « du Graal et de qui on en sert ? » qui aurait guéri de son incurable plaie le roi Méhaigné et rendu la fertilité à la Terre gaste (dévastée), son royaume. Un ermite, oncle de Perceval, lui fait voir dans quelle nuit spirituelle il a jusqu'alors vécu. Seule la pénitence peut réparer ce manque et lui permettre de retrouver le Graal et de guérir le roi. Le roman de Chrétien est inachevé, sur la voie de réconcilier la chevalerie et la courtoisie dans une ascension vers une sorte de sainteté laïque. Il a reçu plusieurs Continuations et a développé une imposante tradition.
La Seconde Continuation introduit un motif qui remonte sans doute à un thème gallois, la quête parallèle d'un brachet que le héros doit rapporter à une jeune fille (on la trouve dans le Peredur gallois, un des mabinogion). Revenu au château du roi Pêcheur, le héros ne peut ressouder l'épée que son hôte lui a remise la première fois ; Perceval pleure, et ce repentir le rend digne. Le Perlesvaus anonyme (av. 1212) est l'épopée d'une guerre sainte entre le paganisme et le christianisme. Ce roman, l'un des premiers écrits en prose, est plein de barbarie, et chante une spiritualité guerrière en entrelaçant les aventures de Gauvain, de Lancelot et de Perceval.
La place de Perceval dans la quête du Graal varie dans la tradition : tantôt il réussit, tantôt il doit finalement se contenter de la seconde place derrière Galaad, nouveau venu dans la geste du Graal. C'est le cas dans La Queste del saint Graal, où Perceval, abandonné dans une île, est à deux doigts de succomber à la tentation du Mauvais apparu sous l'aspect d'une belle jeune femme et, arrivé au château du Graal, contemple avec Galaad et Bohort le Graal, reçoit la communion des mains du Christ, mais ne guérit pas le roi Méhaigné et ne contemple pas l'intérieur du Graal. On retrouve encore Perceval, avec les autres chevaliers de la Table ronde, dans le roman anglais Sir Perceval de Galles, en strophes allitératives, du xive siècle.
Le Parzival du poète bavarois Wolfram von Eschenbach (mort en 1220) reposerait, au dire de son auteur, sur l'œuvre d'un Provençal du nom de Kyot, dont on ne saura jamais s'il a ou non existé. Parzival se demande « qui est Dieu », c'est-à-dire qu'il s'interroge sur sa toute-puissance. La passion qu'il éprouve pour Condwiramur et la quête du Graal le plongent dans une préoccupation et une solitude constantes jusqu'au vendredi saint où la charité de l'ermite Trevizent, qui reconnaît en lui son neveu, lui rend la joie et la sainteté. Cedric E. …, qu'il a l'intention de transformer un « conte d'aventure » en une « moult belle conjointure ». Cedric E.
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