Jacques Mesrine, figure emblématique du banditisme français, a marqué les esprits par ses évasions spectaculaires, ses braquages audacieux et son charisme médiatique. Surnommé « l'homme aux mille visages » et déclaré « ennemi public numéro un » au début des années 1970, son parcours criminel fascine autant qu'il choque. Cet article retrace les moments clés de sa vie, de ses débuts dans la petite délinquance à sa mort tragique, porte de Clignancourt.
Naissance et jeunesse
Jacques René Mesrine voit le jour le 28 décembre 1936 à Clichy-la-Garenne, dans une famille de bourgeois commerçants. Rejetant le cadre scolaire, il préfère fréquenter le quartier populaire de Pigalle, à Paris, où il s'initie aux jeux d'argent et à la petite criminalité. À 19 ans, il épouse Lydia de Souza et s'engage comme parachutiste commando pour la guerre d'Algérie, où il sera décoré par le général de Gaulle.
Premiers pas dans le crime
La « carrière » criminelle de Jacques Mesrine débute en 1959. En mars 1962, il est condamné à 18 mois de prison alors qu’il préparait un braquage. Après son divorce, Mesrine vit grâce au poker et à de petits braquages. Il rencontre Maria de la Soledad, avec qui il aura trois enfants.
Exil et criminalité au Québec
En 1968, Mesrine fuit au Québec pour échapper à la justice française. Il s'aventure dans la grande criminalité, allant jusqu'à enlever un milliardaire. Rattrapé par les forces de police, il est incarcéré. Le 21 août 1972, il s'évade avec cinq autres détenus de la prison de Saint-Vincent-de-Paul. Avec son complice Jean-Paul Mercier, il commet une série de braquages et abat deux gardes forestiers dans une forêt au nord de Montréal. Mercier est arrêté et écope de la perpétuité, tandis que Mesrine s'échappe et séjourne en Amérique du Sud avant de rentrer en France.
Retour en France et cavale médiatisée
De retour en France en décembre 1972, Mesrine reprend ses activités criminelles : braquages, enlèvements, condamnations, évasions… En mars 1973, alors qu'il a commis une douzaine de hold-up au cours des deux premiers mois de l'année et grièvement blessé un policier dans un bar parisien, il est arrêté à Boulogne-Billancourt. Il s'évade du palais de justice de Compiègne en juin 1973, en prenant en otage le président Guérin, qui dirige son procès. Il est arrêté en septembre, à Paris, par le commissaire Broussard.
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Le 8 mai 1978, Mesrine et François Besse s'évadent de la prison de la Santé. Dans la foulée, il cambriole une armurerie, file à Deauville, braque le casino, prend des otages pour couvrir sa fuite et parvient à échapper à toutes les polices de France. Il nargue les autorités en donnant des interviews à des journalistes. Le 4 août 1978, alors qu'il est recherché par les autorités, il accorde une entrevue à une journaliste de Paris Match. "L'ennemi public numéro 1" affirme qu'il ne se laissera pas attraper vivant.
L'« Instinct de mort » et la médiatisation
Le 10 mars 1977, Mesrine publie « L'Instinct de mort », dans lequel il revendique 39 crimes. Il se sert des journalistes pour faire passer des messages, devenant un personnage médiatique de l'année selon le journal Libération en janvier 1979. Il accorde des interviews à la presse, défiant ouvertement les autorités.
L'embuscade fatale
Le vendredi 2 novembre 1979, dans l'après-midi, Jacques Mesrine est abattu porte de Clignancourt à Paris. Un homme ensanglanté gît au volant de sa voiture criblée de balles : Jacques Mesrine, 42 ans, vient d’être abattu. Une extrême agitation règne dans ce quartier du XVIIIe arrondissement, où de nombreux badauds et journalistes veulent approcher de la BMW de couleur gris brun métallisé, immatriculée 83 CSG 75. Mesrine avait des grenades sur lui et la voiture est peut-être encore piégée, crient des policiers.
Selon le témoignage de Bruno, 16 ans, qui tient une guérite à sandwichs, « Il était peut-être 15 h 30 et la circulation était normale. La voiture de Mesrine était arrêtée au rond-point normalement pour tourner à gauche vers le boulevard Ney. J’ai vu une Peugeot 305 beige le doubler par la droite. Un homme est descendu et a tiré sur la BMW de Mesrine. Tout de suite après, j’ai vu descendre d’autres hommes par l’arrière d’un camion bleu bâché, qui se trouvait devant la voiture de Mesrine (…). Mesrine n’a pas pu tirer, je l’ai vu tomber sur son volant. »
Les hommes de « l’anti-gang », dirigé par le commissaire Robert Broussard, et ceux de la brigade de répression du banditisme de Lucien Aimé-Blanc ont mis fin à sa cavale. Sa compagne, Sylvia Jeanjacquot, a été grièvement blessée dans la fusillade.
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Les suites et la polémique
Dès 19 heures, le patron de la police judiciaire, Maurice Bouvier, qui a supervisé l’opération, s’emploie à justifier l’embuscade lors d’une conférence de presse. « Nous savions que Mesrine était armé, qu’il possédait notamment deux grenades défensives et nous ne pouvions pas prendre le risque de le laisser tirer sur la foule ou sur nous, c’est pourquoi nous avons ouvert le feu les premiers. »
Dix jours plus tard, la famille de Jacques Mesrine dépose une plainte contre X pour « assassinat ». La mort de Mesrine crée la polémique. Les policiers ont tiré, sans sommation. Le commissaire Bouvier, le patron de la Police Judiciaire de l'époque, s'explique, peut de temps après l'intervention. Il précise qu'il savait que Mesrine était armé et qu'il n'aurait pas hésité à utiliser ses grenades et ses armes de poings. Il explique également qu'au lieu de se rendre et de lever les mains, Mesrine avait eu un mouvement de côté, qui pouvait faire penser qu'il allait s'emparer de ses munitions : "Nous avons été amenés à tirer". L'instruction est rouverte, en mars 2000. Elle débouche sur un non-lieu.
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