Merlin, figure emblématique de la légende arthurienne, est un personnage complexe et fascinant dont les origines se perdent dans la nuit des temps. Son histoire, tissée de mythologie celtique brittonique et d'influences littéraires médiévales, a traversé les siècles, se métamorphosant au gré des époques et des auteurs.
Les Racines Celtiques de Merlin
Les premières traces de Merlin remontent à la mythologie celtique brittonique, où il apparaît sous le nom de Myrddin (en gallois), Merdhyn (en cornique) ou Merzhin (en breton). Ces textes anciens le décrivent comme un « homme des bois » torturé et atteint de folie, mais doté d'un immense savoir acquis au contact de la nature et par l'observation des astres. Il est un prophète magicien doué de métamorphose, commandant les éléments naturels et les animaux.
Myrddin est mentionné dans quelques poèmes celtiques rédigés en moyen-gallois au Moyen Âge. Il est dépeint comme un prince du VIe siècle qui aurait perdu l’esprit après avoir assisté à la mort de son seigneur Gwendolleu à la bataille d’Arferdydd. Caché dans les forêts, il aurait en lui un don de prophétie qu’il mettrait au service de ceux qui le rencontrent. Comme il vit sauvagement dans les arbres tel un animal, on le représente souvent velu et hirsute. Le personnage de Myrddin se confond avec d’autres personnages de mythologies celtiques : en Irlande, c’est celui de Suibhne, en Écosse celui de Lailoken.
Au IXe siècle, le moine gallois Nennius raconte dans son Historia Brittonum (Histoire des bretons) l’histoire d’un garçon orphelin de père, nommé Ambrosius, capable de voir le passé. Un jour, celui-ci est convoqué par roi de Bretagne, Vortigern, qui tente de reconstruire une tour qui n’a de cesse de s’effondrer. L’enfant conseille de creuser sous les fondations : on trouve alors deux dragons qui s’affrontent. Ce combat annonce la fin prochaine de Vortigern, abattu par le roi légitime.
L'Intégration de Merlin dans la Légende Arthurienne
C'est au XIIe siècle que Merlin prend une place centrale dans la légende arthurienne, grâce à Geoffroy de Monmouth. Cet érudit gallois est le premier à associer le prophète, qu’il nomme Merlin, à la légende arthurienne dans son Historia Regum Britanniae, puis dans Prophetiae Merlini Merlinus et la Vita Merlini, rédigés entre 1135 et 1148. Il s'inspire des traditions celtiques et du personnage d'Ambrosius dans l'Historia Brittonum de Nennius pour créer un Merlin prophète, magicien et conseiller des rois.
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Alors que la Bretagne est sous la menace des Saxons et sous la domination de l’usurpateur Vortigern, Monmouth fait de Merlin le prophète de la fin du tyran. Il raconte que celui-ci se met au service des souverains légitimes, des héritiers du trône de Bretagne, et devient par la suite le conseiller du roi Uther Pendragon.
Dans le cycle arthurien, Merlin naît d'une mère humaine et d'un père diabolique. Bâtisseur de Stonehenge, il emploie ses sortilèges pour permettre la naissance du Roi Arthur et son accession au pouvoir, grâce à l'épreuve de l'épée Excalibur et à la formation de la Table ronde. Conseiller du roi et de ses chevaliers, il prédit le cours des batailles, influe sur leur déroulement et entraîne la quête du Graal. Homme sauvage proche du monde animal, Merlin se retire régulièrement en forêt pour y rencontrer son scribe et confident Blaise.
Les Métamorphoses de Merlin
Le trait mythique qui caractérise Merlin dans les différentes versions de la légende est son pouvoir de métamorphose. Il peut prendre la forme d’un animal, souvent d’un cerf - créature liée à la forêt - d’un paysan, d’un moine, d’un enfant ou d’un vieillard.
Mais ce n’est pas tout, il peut aussi transformer les autres et met son pouvoir de métamorphose au service des autres. Le roi Uther prend grâce à lui l’apparence de son vassal, le duc de Tintagel, pour aller séduire sa femme Ygerne. Le fruit de cette union : Arthur. Merlin est donc responsable de la conception du futur roi de Bretagne.
Aux XIIIème et XVème siècle, des auteurs comme Thomas Malory (Le Morte d’Arthur, 1469) font de Merlin le mentor d’Arthur. Le mage préside à son éducation, lui transmet des valeurs essentielles au bon gouvernement du royaume, préside à l’épreuve de l’épée Excalibur et à la formation des chevaliers de la table ronde.
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Un Personnage Ambivalent : Entre le Divin et le Démoniaque
Dans un roman du XIIIème siècle, Robert de Boron met en scène la naissance de Merlin, issu d’un combat entre Dieu et le Diable, entre le ciel et l’enfer. Figure ambigüe, le mage serait le fruit de l’union d’une mère vierge et chaste abusée par un démon mâle. Sa venue au monde aurait été planifiée par le Diable qui veut en faire l’Antéchrist. Son pouvoir de métamorphose n’est-il pas un signe démoniaque ?
À mesure que le pouvoir de l’Église se renforce, l’aspect démoniaque de Merlin prend le dessus. À tel point qu’on le fait même sortir du récit arthurien aux siècles suivants. Merlin n’assiste donc pas à la quête du Graal, trop chrétienne pour lui. Dans la Vulgate, il est séduit par Niniane, plus connue sous le nom de la fée Viviane, qui lui soutire ses secrets avant de l’enfermer dans une tour magique de la forêt de Brocéliande.
Cependant, cette vision de Merlin comme "fils du Diable" est remise en question par certains érudits. Ils soulignent que dans les textes les plus anciens, le père de Merlin est décrit comme un "dæmones incubos", un esprit céleste, et non comme un démon au sens chrétien du terme.
Les Multiples Visages de Merlin à Travers les Époques
Au fil des siècles, Merlin a revêtu de nombreux visages, reflétant les préoccupations et les valeurs de chaque époque. Il est tour à tour prophète, magicien, conseiller, enchanteur, homme sauvage, ou encore incarnation de la nature.
Son histoire connaît différentes fins selon les auteurs, la plus connue étant celle où il tombe éperdument amoureux de la fée Viviane, à laquelle il enseigne ses secrets de magicien. Elle finit par l'enfermer à jamais dans une grotte ou une prison d'air, en usant de l'un de ses propres sortilèges.
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De façon contemporaine, son nom est fréquemment associé à la fonction d’« enchanteur », notamment depuis que ce terme a servi de titre à la version française du dessin animé de Walt Disney en 1963, Merlin l'Enchanteur. Il reste une source d'inspiration pour de nombreux auteurs et artistes, comme Guillaume Apollinaire (L'Enchanteur pourrissant), René Barjavel (L'Enchanteur), Stephen R. Lawhead (Cycle de Pendragon) et T. A. Barron (Merlin). Son mythe est enfin, de nos jours, le sujet de romans, de poèmes, d'opéras, de pièces de théâtre, de bandes dessinées, de films, de téléfilms, de séries télévisées et de jeux.
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