Toutes les familles connaissent des blessures. Des parents pécheurs donnant naissance à des enfants pécheurs, les frictions sont inévitables. Dans la fratrie, les enjeux de place pour chacun et de lutte pour bénéficier de l’amour parental sont monnaie courante depuis Genèse 4. C’est le cas pour Jacob et Ésaü, dont la rivalité est depuis longtemps connue. Le récit mettant surtout en avant Jacob, c’est à travers son parcours que nous suivrons le récit concernant les deux frères. Jacob a vécu 147 ans (Gen. 47 : 28). Sa vie se divise naturellement en quatre périodes. La première, relativement longue, s'est passée dans la maison paternelle. Puis il a connu l'exil en Charan, et là, sa famille s'est constituée. Il est ensuite revenu dans la terre des patriarches, puis a rejoint Joseph en Egypte, où il a terminé sa vie.
Naissance et Contexte Familial
Jacob est né de l’union d’Isaac et Rébecca. Comme toujours, un enfant qui vient au monde arrive dans un certain contexte. Ce contexte peut être favorable, ou bien hostile, mais dans tous les cas notre vie démarre dans une histoire qui est déjà en cours, et que nous n’avons pas choisie. Nous n’arrivons pas nulle part, et Jacob n’échappe pas à cette réalité humaine. Son propre père, Isaac était lui-même venu au monde d’une manière toute particulière, alors qu’Abraham et Sara n’étaient plus en âge d’enfanter. Puis, au moment de son sevrage, Isaac perd son demi-frère Ismaël (alors vraisemblablement jeune adolescent) et sa belle-mère Agar, tous deux chassés du clan familial (Gn 21). Devenu adolescent, Isaac subit une terrible épreuve : il est placé sur un autel, prêt à être égorgé, lorsque Dieu arrête le bras de son père (Gn 22). Par la suite, Isaac perd sa mère et se marie (Gn 23-24).
Nos familles connaissent des joies et des drames dans les générations précédant notre naissance. Celle de Jacob aussi. En plus, l’histoire familiale se répète. Rébecca, femme d’Isaac, est stérile (Gn 25.21). Dieu intervient pour que sa promesse continue de s’accomplir au fil des générations, mais l’on voit que ce n’est pas simple à vivre pour les couples concernés. Pour « compliquer les choses », Dieu annonce la naissance de jumeaux, en donnant une précision non négligeable pour la suite du récit : l’aîné servira le cadet (Gn 25.23). Dès avant sa naissance, Dieu révèle à sa mère Rebecca que Jacob était un objet d'élection, appelé à dominer son frère jumeau Esaü, son aîné : «Le plus grand sera asservi au plus petit » (Gen. 25 : 23 ; Rom. 9 : 10-12). En effet, dès sa naissance, Jacob (dont le nom signifie « qui supplante ») tient son frère par le talon, en signe de domination. Malgré de multiples manquements, qui appelleront sur lui la discipline divine, Jacob sera un homme de foi, possédant la vie de Dieu, alors que son frère Esaü se révélera un profane, complètement étranger aux choses divines, pour terminer comme un réprouvé (Héb.
Dès sa naissance, on lui donne un nom qui indique la manière dont ses parents imaginent qu’il supplantera son frère aîné (Gn 25.26 : « Jacob » signifie le trompeur, le roublard). La véritable origine du terme est inconnue. Les étymologies populaires conservées dans les légendes de la Genèse (xxv, 24-27, 36) : aqeb, « talon », ou aqab, « tromper », ne peuvent être retenues. Il est préférable de chercher du côté d'une forme abrégée dont l'élément divin serait tombé : yaqob-el, « que Dieu protège ».
La rivalité fraternelle s’annonce tendue entre Ésaü et Jacob ! Pour ne rien arranger, Isaac et Rébecca ont chacun leur fils préféré (Gn 25.28). Les deux frères grandissent ensemble dans la maison paternelle. Jacob est un berger (celui qui veille sur la vie des autres), tandis qu'Esaü est un chasseur (celui qui prend la vie, depuis Nimrod (Gen 10 : 8-9). Leur père Isaac, sensible aux plaisirs de la table (Gen. 25 : 28), s'attache à Esaü, tandis que Rebecca aime Jacob en qui elle discerne le reflet de son propre caractère. Quel contraste entre la conduite présente d'Isaac et Rebecca, et la scène si rafraîchissante de leur première rencontre au puits de Lakhaï-roï (Gen. 24 : 62-67), une des plus belles images de Christ se présentant son Eglise (Eph.
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Le Vol du Droit d'Aînesse et de la Bénédiction
Le fameux « troc » du droit d’aînesse contre un plat de lentille n’est donc pas une totale surprise pour le lecteur (Gn 25.29-34). Jacob propose à son frère de lui vendre son droit d'aînesse pour un plat de lentilles (Gen. 25 : 29-34). Au mépris des dons divins, Esaü y consent, manifestant qu'il est bien un profane. Pensant que sa fin était proche, Isaac demande à Esaü de lui apprêter un mets savoureux, en lui promettant de le bénir à cette occasion. Rebecca incite Jacob à tromper son père, pour ravir à son frère la bénédiction (27 : 6-10). Après un passage où Isaac fait à Abimélek le coup de : « C’est pas ma femme, c’est ma soeur » (Gn 26.7-9, voir aussi Gn 12 et 20), nous retrouvons Jacob dans un coup d’éclat trompeur : il usurpe, avec la complicité de sa mère, la bénédiction qui devait revenir à son frère aîné (Gn 27.1 - 40). Initiative d'autant plus regrettable que Rebecca avait eu la révélation par Dieu lui-même de ses pensées à l'égard de Jacob. Dieu ne pouvait-il pas diriger Isaac malgré lui, pour l'accomplissement de ses desseins? Pourtant, c'est par la foi qu'Isaac bénit ses deux enfants au sujet des choses à venir (Héb. Alors qu'Isaac est aveugle, Jacob usurpe son frère en revêtant une toison de chevreau pour imiter Esaü. Au retour d'Esaü, Isaac se rend compte qu'il a été trompé.
Le cadet a donc bien supplanté l’aîné. La prophétie de Dieu s’est réalisée, mais par des manoeuvres humaines qui laissent le lecteur perplexe. Esaü, malgré ses larmes, ne manifeste pas de vraie repentance (Héb. 12 : 17), mais voue dès lors à son frère une haine mortelle (Gen. 27 : 41). Cette haine se transmettra à la descendance d'Esaü, Edom, à l'égard du peuple d'Israël. Dieu en fait le reproche à Edom, dans la prophétie d'Abdias, et déclarera même par Malachie, quatorze siècles plus tard, qu'il a haï Esaü (Mal. 1 : 2-3). Quant à Jacob, homme de foi, il devra moissonner ce qu'il a semé (Gal. 6 : 7), sous la juste discipline d'un Dieu qui l'aime (Prov. 3 : 12).
La Fuite et la Vision de Béthel
La rivalité entre Jacob et son frère a atteint son paroxysme : Ésaü veut se venger et se promet de tuer Jacob lorsque leur vieux père sera décédé. Rébecca prend peur pour son fils chéri et l’envoie dans le clan familial maternel, loin de la colère d’Ésaü. Cet acte est le dernier qu’elle accomplit en faveur de Jacob, elle ne le reverra pas1. Rebecca engage Jacob à fuir pour sauver sa vie, et l'envoie à Charan dans sa famille. Isaac confirme ce départ en remettant son fils aux soins du Dieu Tout-Puissant (Gen. 28 : 1-5).
Jacob le trompeur est donc un homme béni, mais en fuite. Jacob le trompeur se retrouve donc dans la peau de Jacob le fuyard. C’est dans cette situation que Dieu se révèle à lui, dans la fameuse vision de l’échelle (Gn 28.10- 22). Proscrit solitaire sur le long chemin de l'exil, Jacob s'arrête à Luz pour y passer la nuit. Là, Dieu se révèle à lui dans un songe. Une échelle unit le ciel à la terre ; non seulement des anges montent et descendent, mais l'Eternel lui-même se tient sur elle (v. 10-22). Plus tard, le ciel s'ouvrira sur Christ, le Fils de l'homme servi par les anges (Jean 1 : 52). De retour vers Canaan, la terre de ses ancêtres, Jacob envoie un messager à son frère Esaü dont il craint la vengeance.
En outre, Dieu assure Jacob de ses soins (v. 15) : il ne l'abandonnera jamais, et le ramènera certainement dans sa terre. Dieu reprend pour Jacob les termes de l’alliance conclue avec ses pères, Abraham et Isaac, lui promettant de le garder dans son voyage et de le ramener dans le pays qu’il vient de fuir. Le nom de Luz devient alors Béthel, la maison de Dieu. Réveillé de son sommeil, Jacob dresse une pierre en stèle et l'oint d'huile. Il est regrettable que son caractère naturel le pousse à proposer à Dieu un marché assorti de conditions (v.
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En réponse à cette révélation, Jacob fait un voeu : si je retourne en paix à la maison de mon père, alors le Seigneur sera mon Dieu (Gn 28.21). Le soleil se couche sur Jacob à Béthel, et le jour ne se lèvera sur lui (moralement) qu'à Péniel, après 20 ans de dures épreuves. Au retour de Charan, Jacob rencontrera à nouveau les anges (Gen. Béthel conservera longtemps sa voix pour le peuple d'Israël. Ce sera l'une des étapes d'Elie, en compagnie d'Elisée, dans son dernier voyage avant d'être enlevé au ciel. À Béthel, Jacob rêve d'une échelle qui monte jusqu'aux cieux ouverts, et Dieu lui révèle, par ce songe, le don de la terre de Canaan à sa race.
Le Séjour chez Laban et les Mariages
Jacob arrive chez son oncle maternel, à qui il fait le récit de son parcours personnel. Est-ce à propos du caractère trompeur de Jacob que Laban s’exclame : Certainement, tu es de mes os et de ma chair ? La suite du récit nous assure qu’il est tombé dans le bon clan ! A Charan, Jacob rencontre Rachel qui le conduit à son père Laban, l'Araméen, frère de Rebecca (l'oncle de Jacob). Jacob sert 7 ans pour Rachel, qu'il aimait profondément, mais Laban le trompe et lui donne pour femme sa sœur aînée Léa ; Jacob sert alors 7 autres années pour Rachel (Osée 12 : 13), puis finalement encore 6 ans (Gen. 31 : 38, 41).
Son oncle lui propose de ne pas travailler gratuitement, mais le trompe sur son salaire. Jacob avait demandé en mariage Rachel, fille cadette de Laban, mais le jour du mariage Laban lui donne Léa, sa fille aînée. Son oncle lui adresse un message à la fois vrai et trompeur : Cela ne se fait pas chez nous de donner la cadette avant l’aînée (Gn 29.26). Cette phrase est une véritable « claque » pour un Jacob qui a tendance à échanger les places (aîné/ cadet). En même temps, Laban utilise les mêmes méthodes pour tromper son neveu. Jacob le trompeur se retrouve trompé !
Pendant cette période de dures épreuves, Jacob a affaire à un plus rusé que lui. Néanmoins, il s'accroît extrêmement en biens matériels (30 : 43), tandis que sa famille se constitue ; ses quatre femmes (Léa, Rachel et leurs deux servantes) lui donnent 11 enfants. Jacob a de nombreux enfants avec sa première épouse Léa. Joseph (dont le nom signifie : qu'il ajoute), premier enfant de Rachel, est né à la fin de cette période, tandis que son second fils, Benjamin, ne naîtra que sur le chemin du retour. La naissance de Joseph suscite en Jacob le désir de retourner dans son pays (30 : 25) ; au terme de son exil, Dieu, le Dieu de Béthel, le lui commande (31 : 3, 13). On voit là, prophétiquement, Dieu ramenant dans sa terre son peuple terrestre dispersé (Jér. 16 : 14-15).
Jacob épouse finalement les deux soeurs, Léa et Rachel, en échange de quatorze années de service chez son oncle. Mais l’histoire se répète à nouveau : la femme qu’il aime le plus, Rachel, est stérile (Gn 29.31). Une rivalité farouche éclate entre les deux soeurs, qui se « battent » par enfants interposés pour l’amour de Jacob. Dieu permet à Rachel d’enfanter, et le clan de Jacob grandit, ainsi que ses troupeaux (Gn 30).
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Le Retour en Canaan et la Lutte avec l'Ange
Puis Dieu l’appelle à retourner en Canaan (Gn 31), et Jacob cache son départ à Laban. Ce départ est annoncé comme une véritable fuite (Gn 31.22). Laban, furieux, se met à sa poursuite, mais Dieu vient à sa rencontre dans un songe pour l’empêcher de mal agir contre Jacob. Laban rejoint Jacob et les deux hommes s’expliquent. Finalement, ils concluent une alliance dans laquelle chacun s’engage à la non-violence. Jacob obéit promptement, mais quitte son beau-père en le trompant à nouveau (Rachel ose même voler les théraphim de son père ; Gen. 31 : 19-20).
Le répit est de courte durée pour Jacob. À peine a-t-il été libéré de l’emprise de son oncle que ses serviteurs lui annoncent une mauvaise nouvelle : son frère Ésaü approche du clan avec quatre cents hommes ! Jacob prend peur (Gn 32.8), il pense probablement que son frère est toujours en colère contre lui. Mais cette fois, il prie (Gn 32.10-13). Puis il organise le clan afin d’amadouer Ésaü, en lui envoyant des cadeaux par étapes.
Sur le chemin du retour, Jacob est rempli de crainte à la pensée de rencontrer Esaü, dont il ignore les sentiments à son égard. Il met donc au point une stratégie compliquée destinée à se protéger d'une éventuelle vengeance de la part de son frère. Dieu allait tout aplanir, non sans que Jacob se rencontre auparavant face à face avec lui, dans cette scène extraordinaire et merveilleuse du gué de Jabbok (32 : 24-32). Jusque-là, Dieu avait protégé Jacob, pour que personne ne porte la main sur lui. Mais maintenant Dieu lui-même va le toucher ; resté seul, Jacob lutte avec l'Ange jusqu'à ce que l'aurore se lève.
Lorsque tous ses préparatifs ont été effectués, Jacob reste seul et rencontre de nouveau le Seigneur qui vient se battre avec lui (Gn 32.25-33). Dieu s’était révélé à Jacob à plusieurs reprises, mais en cet instant il se livre à un « corps-à- corps » avec Jacob le trompeur. Celui-ci gagne le combat et demande… une bénédiction ! Décidément, on ne se refait pas… Sauf si c’est Dieu lui-même qui nous transforme. Et c’est ce qui se passe pour Jacob. Dieu touche alors l'emboîture de sa hanche pour le faire céder. Mais Jacob désire une bénédiction, que Dieu lui accorde. Son nom de Jacob (celui qui supplante) est changé en Israël (vainqueur de Dieu). Si Dieu ne lui révèle pas encore son propre nom, Jacob peut néanmoins déclarer : « J'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée » (v. 30). Le nom de Péniel (face de Dieu) marque le souvenir de ce moment mémorable, alors que le soleil se levait sur le patriarche. C'est un homme boiteux désormais, mais dont la vie va être changée. Le prophète Osée résume admirablement la vie de Jacob jusqu'à ce moment : « Dans le ventre il prit son frère par le talon, et par sa force il lutta avec Dieu ; oui, il lutta avec l'Ange et prévalut : il pleura et le supplia.
Réconciliation avec Ésaü et Installation à Sichem
Dieu change son nom de Jacob en Israël. De cette rencontre, Jacob-Israël sort à la fois grandi et blessé (à la hanche). Il n’est plus le même homme : quelques versets plus loin, on le voit passer devant son clan pour rencontrer son frère (Gn 33.3). Jacob le fuyard-roublard est maintenant Jacob-Israël prêt à faire face à ses responsabilités et à la colère de son frère. S’il a pu sortir vainqueur du combat avec Dieu, est-ce pour mourir par la main de son frère ? Non, les deux frères tombent dans les bras l’un de l’autre, pleurent, et Jacob présente son clan à Ésaü. Tous les deux ont vu la main de Dieu les conduire, chacun à sa manière. Le temps a passé, la colère est retombée, le pardon est envisageable. Jacob insiste auprès de son frère pour qu’il accepte un cadeau, peutêtre en paiement de sa dette passée.
De retour dans le pays de Canaan, Jacob vient à Succoth pour s'y établir, lui et son bétail ; puis, à Sichem, il achète une terre (Gen. 33 : 17-20). Il perd de vue le caractère d'étranger de ses pères Abraham et Isaac, qui demeuraient « dans la terre de la promesse comme dans une terre étrangère » (Héb. 11 : 9), n'ayant qu'une tente et un sépulcre. A Sichem, Jacob bâtit un autel à l'Eternel (33 : 20). Il n'en avait pas bâti lorsqu'il était en dehors du pays de la promesse.
Difficultés à Sichem et Retour à Béthel
Mais l'infidélité des parents expose souvent leurs enfants aux dangers du monde. C'est ainsi que Dina, fille de Jacob et de Léa, rencontre Sichem, le fils du prince du pays, et se laisse séduire ; la famille de la foi n'aurait dû avoir aucune relation avec ces étrangers. Siméon et Lévi (tous deux aussi fils de Léa) entreprennent de venger le déshonneur de leur sœur. La tromperie et la violence de leur conduite sont abominables. Jacob était pur dans cette affaire ; au soir de sa vie il condamnera sans appel ses deux fils (Gen. 49 : 5-7). L'enseignement moral de cette triste scène demeure toutefois pour les parents chrétiens. Le prophète le confirme : « Car tu as oublié la loi de ton Dieu, et moi j'oublierai tes fils » (Osée 4 : 6).
Après cette humiliante parenthèse (Gen. 34), Jacob est relevé par la grâce divine. Jacob est invité à monter à Béthel, pour y habiter et bâtir là un nouvel autel (Gen. 35 : 1). Ce simple commandement de Dieu produit en lui un exercice salutaire : toute sa maison doit se purifier du mal et rejeter les idoles de Charan - en particulier celles que Rachel avait volées à son père. Jacob les cache sous le térébinthe de Sichem. Toutefois, elles ne semblent pas avoir été définitivement rejetées et détruites ; à la fin de sa vie, Josué en parlera comme des « dieux que vos pères ont servis de l'autre côté du fleuve (l'Euphrate) et en Egypte » et invitera Israël à s'en purifier (Jos. 24 : 14-15, 23). Le prophète Amos (cité par Etienne dans son discours devant le sanhédrin) révèle de plus que ces faux dieux étaient aussi adorés par Israël dans le désert (Amos 5 : 25-27 ; Act. 7 : 42-43). Nous aussi, nous sommes invités à nous garder des idoles (1 Jean 5 : 21) ; c'est en nous tenant dans la présence de Dieu que nous aurons l'intelligence spirituelle pour les discerner et la force pour les abandonner. Que le Seigneur nous accorde la grâce d'extirper de nos cœurs tout ce qui prendrait la place qui lui revient, sans conserver des racines de convoitise qui produiront plus tard des fruits amers dans nos vies individuelles ou dans la vie collective des saints ! La Parole signale l'obstination, l'orgueil et la cupidité (et notamment l'amour de l'argent : le Mammon ou le dieu des richesses) comme étant de graves dangers d'idolâtrie (1 Sam. 15 : 22-23 ; Hab. 1 : 11; Matt. 6 : 24 ; Eph. 5 : 3, 5). La sainteté sied toujours à la maison de Dieu (Ps.
Mort de Rachel et Retour à Hébron
Arrivé à Luz (c'est Béthel), Jacob bâtit un autel (35 : 7) ; ce n'est plus El-Elohé-Israël (Dieu, le Dieu d'Israël) mais El-Béthel (Dieu de la maison de Dieu). Jacob prend maintenant la position d'adorateur dans la maison de Dieu. Il est moins occupé de lui-même et des soins de Dieu à son égard que de la gloire de Dieu. Importante leçon pour nous, en rapport avec le thème de nos réunions de culte. Il n'est pas hors de place de rappeler ce que nous étions et ce que Dieu a fait de nous (Deut. 26 : 5-9). Alors Debora, nourrice de Rebecca, meurt (35 : 8).
Mais Dieu avait en vue quelque chose de plus précieux pour le patriarche. A Béthel, il lui confirme ce qu'il lui avait dit à Péniel (32 : 28), à savoir que son nom est changé de Jacob en Israël. Le nom de Jacob rappelle la profondeur dans laquelle Dieu est descendu pour nous chercher, tandis que celui d'Israël révèle la hauteur à laquelle il veut nous élever. A Péniel, Dieu n'avait pas déclaré son nom à Jacob ; il peut le faire maintenant, en lui faisant goûter sa communion. Le Dieu de Béthel (31 : 13) prend ici le nom de El-Shaddaï, le Dieu Tout-Puissant, titre sous lequel Il s'était déjà révélé à Abraham (17 : 1) ; c'était aussi au Dieu Tout-Puissant qu'Isaac avait confié Jacob à son départ pour Charan (28 : 3). En mémoire de ce moment solennel, Jacob érige à nouveau une stèle, sur laquelle il répand de l'huile, répétant ce qu'il avait fait à son premier passage à Béthel (28 : 18). Il y ajoute maintenant une libation, symbole de joie.
Près de Bethléhem, qui est Ephrath (Ps. 132 : 6), Rachel donne naissance à son second enfant, le douzième et dernier fils de Jacob (Gen. 35 : 16). La femme bien-aimée du patriarche meurt des suites de cette naissance ; s'il était pour sa mère Ben-Oni (le fils de ma peine), cet enfant devient Benjamin (le fils de ma droite) pour son père. Dix-sept siècles plus tard, naîtrait à Bethléhem le Messie d'Israël, dont Benjamin est une figure. Le nom de Ben-Oni est à rapprocher de la parole dite à Marie, la mère du Sauveur : « Une épée transpercera ta propre âme » (Luc 2 : 35), tandis que le nom de Benjamin évoque la déclaration du psaume 80, (v. 17) préfigurant la gloire du Fils éternel du Père : « Que ta main soit sur l'homme de ta droite, sur le fils de l'homme que tu as fortifié pour toi ». En face de la mort de Rachel, Israël goûte en figure la communion avec un Christ glorieux.
C'est l'étape suivante du patriarche, appelé pour la première fois par son nouveau nom d'Israël, est Migdal-Eder (la tour du troupeau) (Gen. 35 : 21). C'est un refuge pour lui dans sa peine : « Le nom de l'Eternel est une forte tour ; le juste y court et s'y trouve en une haute retraite » (Prov. En même temps, la « tour du troupeau, colline élevée de la fille de Sion » (Mich. 4 : 8), deviendra le symbole de la gloire future de la nation d'Israël, placée sous le sceptre de Christ. La faute de Ruben est signalée ici, sans autres commentaires (v. Le tableau de ce moment remarquable de la vie de Jacob se complète par sa venue à Hébron et par la mort de son père Isaac (v. 27-29). Déjà son grand-père Abram avait séjourné à Hébron, où il avait bâti un autel à l'Eternel (13 : 18).
Parti de Sichem (où il cache les dieux étrangers de sa famille sous le térébinthe), Jacob monte vers Béthel. En chemin, il perd Debora, nourrice de sa mère, enterrée sous le chêne de Allon-Bacuth (le chêne des pleurs). Puis, à Béthel, Jacob bâtit un autel au Dieu de Béthel : adorateur dans la maison de Dieu, il y goûte la communion avec le Tout-Puissant, qui lui confirme son nouveau nom d'Israël. Puis, à Bethléhem, lors de la naissance de Benjamin, il perd Rachel, son épouse bien-aimée. Alors, Israël monte à Migdal-Eder, puis à Hébron, pour y revoir là une dernière fois son père Isaac. Celui-ci sera enterré dans la caverne de Macpela, auprès d'Abraham et de Sara, de Rebecca et de Léa (49 : 30-31). « La lumière se lève dans les ténèbres pour les hommes droits » (Ps. 112 : 4).
La Disparition de Joseph et la Descente en Égypte
Avant que la lumière divine n'éclaire le soir de sa vie, Jacob doit encore traverser une dernière épreuve douloureuse : l'absence de Joseph, le fils de sa vieillesse, qu'il va croire mort pendant longtemps. Mais Dieu, selon son propre dessein, se servira de Joseph pour sauver la famille de Jacob de la famine (Gen. 45 : 5, 7 ; Ps. 105 : 17-18). Trente-trois ans auparavant, Jacob avait trompé son père Isaac, pour voler à Esaü sa bénédiction. Maintenant, les propres fils de Jacob trompent leur père au sujet de Joseph qu'ils haïssaient et qu'ils vendent comme esclave pour se débarrasser de lui (Gen. 37 : 4, 28). Ils inventent alors une révoltante tromperie pour faire croire que leur frère avait été déchiré par une mauvaise bête. Ils osent même hypocritement consoler leur père, qui accepte leur témoignage, mais refuse leur consolation : « Et son père le pleura » (v.
Pendant une vingtaine d'années, Jacob n'aura aucune nouvelle de ce fils aimé qu'il croit perdu. Au terme de cette longue attente, la famine qui sévit sur toute la terre contraint Jacob à envoyer ses fils en Egypte chercher du blé (41 : 57 ; 42 : 1-2). Les circonstances providentielles sont dans la main de Dieu pour amener le dénouement de cette touchante histoire.
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