Gustave Flaubert, figure marquante de la littérature française du XIXe siècle, est né le 12 décembre 1821 à Rouen et décédé le 8 mai 1880 à Croisset. Fils d'Achille Cléophas Flaubert, chirurgien-chef à l'Hôtel-Dieu de Rouen, et d'Anne Justine Caroline Fleuriot, il passa sa vie entre voyages et retraites dans sa « tour d’ivoire » de romancier, animé par le désir d’écrire ce qu’il observait. Son œuvre est un carrefour entre les différentes influences artistiques du XIXe siècle : sujets romantiques, techniques réalistes et découverte de l’Orient.
Jeunesse et Formation
Achille, le premier enfant d’Achille Cléophas et d’Anne Justine Flaubert, est né le 9 février 1813. Gustave, lui, voit le jour quelques années plus tard, suivi de Caroline, sa sœur, née le 15 juillet 1824. Dès son plus jeune âge, Gustave est attiré par la littérature, trouvant réconfort dans les œuvres de Chateaubriand et des romantiques.
En mai 1832, il entre au Collège royal de Rouen, en huitième. Durant l'été 1836, à Trouville, il rencontre Élisa Schlésinger, une femme mariée qui marquera profondément sa vie.
Après avoir été renvoyé en décembre 1839, Flaubert passe seul le baccalauréat en août 1840. Il entreprend ensuite un voyage aux Pyrénées et en Corse d'août à octobre 1840. De 1841 à 1843, il étudie le droit à Paris, mais abandonne ses études en janvier 1844 suite à de premières crises nerveuses. Il retourne alors à Rouen.
Croisset et les Premières Œuvres
En juin 1844, la famille Flaubert s'installe à Croisset. Le 15 janvier 1846, Achille Cléophas Flaubert meurt à Rouen, suivi le 22 mars 1846 par la sœur de Gustave, deux mois après son accouchement. Gustave et sa mère se chargent alors de l’éducation de la fille de sa sœur, prénommée Désirée Caroline.
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Entre 1846 et 1848, Flaubert entame une liaison avec la poétesse Louise Colet, avec laquelle il entretiendra une importante relation épistolaire. C’est durant cette année qu’il rencontre une des femmes de sa vie : Louise Colet, avec laquelle il entretiendra une importante relation épistolaire, témoignage irremplaçable sur sa vie d'écrivain.
De mai 1848 à septembre 1849, il travaille sur la première version de La Tentation de saint Antoine.
Voyage en Orient et Inspiration
De 1849 à 1851, Flaubert voyage en Orient avec Maxime Du Camp. Il remonte le Nil, parcourt le désert, fasciné par les Bédouins. Ce voyage est une source d'inspiration majeure pour son œuvre. Il y acquiert sa méthode de travail et son rapport à l'observation. En se confrontant à l'Autre absolu qu'est l'Orient, à des paysages et des lumières méconnus, il métamorphose son regard. Il observe sans juger, car "la bêtise consiste à vouloir conclure".
L'Orient lui inspira aussi un roman Salâmmbo (1862), et l'un de ses Trois Contes (1877), Herodias, tous deux représentations épiques d'un Orient aux temps mythologique et biblique.
Madame Bovary : Scandale et Consécration
De 1851 à 1855, Flaubert a une deuxième liaison avec Louise Colet. Durant l'été 1851, il commence la rédaction de Madame Bovary.
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Publiée en revue à la fin de l’année 1856, Madame Bovary fait l’objet d’un procès retentissant en janvier 1857. Accusé "d'immoralité" et "d'atteinte aux bonnes mœurs", Flaubert est finalement acquitté. Le succès du livre est foudroyant.
Flaubert y applique avec brio la méthode réaliste et invente un procédé stylistique, de nos jours évident, mais qui ne lui valut rien de moins qu'un procès ! Son roman est accusé "d'immoralité" et "d'atteinte aux bonnes mœurs", car selon le réquisitoire du procureur Ernest Pinard (qui attaqua aussi les Fleurs du Mal de Baudelaire, recueil de poèmes sorti à la même époque que le roman de Flaubert), on ne trouve à aucun moment de condamnation de l'adultère dans le roman : "Je ne sais pas ce que pense la conscience de l'auteur", déclare-t-il. Tout simplement parce que Flaubert utilise le style indirect libre pour mieux faire percevoir l'intériorité des pensées d'Emma Bovary. Dès lors, un flou subsiste entre la pensée de l'auteur et de son héroïne. Car pour le romancier de Rouen, "l'auteur dans son œuvre doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout et visible nulle part". La voix de ce dernier ne se fait donc pas entendre de façon claire et tranchante pour condamner son personnage. Et cela devient presque un jeu pour Flaubert qui pousse la taquinerie jusqu'à proclamer "Madame Bovary, c'est moi". On comprend mieux toute l'ambiguïté de la phrase à la lueur de cette subtilité stylistique de l'écrivain.
L'Œuvre et le Style Flaubertien
Flaubert est un perfectionniste maladif, défendant une littérature réflexive et rêvant d’écrire « un livre sur rien ». Son œuvre, qui se distingue par la profondeur de l’étude psychologique des personnages, est annonciatrice des nombreuses évolutions que connaîtra le roman au XXe siècle.
"Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonhommes distincts : un qui est épris de gueulardes, de lyrisme, (…) de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l'idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu'il peut, (…) qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu'il reproduit ; celui-là aime à rire et se plaît dans les animalités de l'homme". Cette schizophrénie littéraire, c'est Flaubert qui la décrit à Louise Colet dans une lettre de 1852. Une épître d'une grande lucidité sur lui-même puisqu'en effet l'originalité de son œuvre réside dans ce mystère paradoxal : maître de la description minutieuse de l'ennui bourgeois en province avec Madame Bovary (1857), il est aussi l'auteur de L'Education Sentimentale (1869) ou de La Tentation de Saint Antoine (1874), textes au lyrisme plus flamboyant. Néanmoins même dans Madame Bovary, l'envolée lyrique n'est jamais loin, mais elle passe par l'entremise d'Emma qui transforme sa vie selon ses rêves romanesques. L’héroïne de Flaubert est ainsi une lointaine descendante de Don Quichotte, le premier des personnages littéraires à avoir sombré dans la folie suite à la lecture abusive de romans de chevalerie.
Le Réalisme et l'Objectivité
Flaubert s’inscrit dans le courant du réalisme. Il se livre dans ses romans à une critique des illusions romantiques dans un mélange de cynisme et de détachement. Il cherche à être impartial pour atteindre l’objectivité et ne porte aucun jugement sur le comportement de ses personnages.
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En plein XIXème siècle, la science brandissant la promesse de "progrès" domine la scène intellectuelle. Son influence sur la littérature se reflète dans la théorie réaliste puis naturaliste dont la technique se base sur l'observation froide et objective des faits.
Le Style Indirect Libre
Flaubert utilise le style indirect libre pour mieux faire percevoir l'intériorité des pensées de ses personnages. Dès lors, un flou subsiste entre la pensée de l'auteur et de son héroïne. Car pour le romancier de Rouen, "l'auteur dans son œuvre doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout et visible nulle part". La voix de ce dernier ne se fait donc pas entendre de façon claire et tranchante pour condamner son personnage.
Le Culte du Style
Pour Flaubert, « l'Idée n'existe qu'en vertu de sa forme », et cette forme doit approcher une perfection dont il faut fonder les lois à force de reprises minutieuses. L'écrivain rêve d'un style « qui serait rythmé comme le vers, précis comme le langage des sciences et avec des ondulations, des ronflements, des aigrettes de feu, un style qui vous entrerait dans l'idée comme un coup de stylet ».
Le labeur de l'écriture - harassant pour Flaubert, qui se compare à un bœuf de labour - se lit dans chaque phrase, dont le rythme clos fait un objet fini.
Les Œuvres Majeures
Salammbô (1862)
Ce roman sur la révolte des mercenaires contre l’antique Carthage suscite une querelle scientifique et littéraire. L’imagination archéologique ne plaît pas à tout le monde. Flaubert a inventé l’orientalisme barbare et la femme fatale fin-de-siècle. La fille d’Hamilcar fascinera des générations d’artistes.
L'Éducation Sentimentale (1869)
C'est une somme de la philosophie flaubertienne de la vie : l'échec d'un amour romantique, vécu par l'antihéros Frédéric Moreau, est l'image de l'échec d'une jeunesse qui s'est trompée de révolution.
Trois Contes (1877)
Ce recueil comprend Un cœur simple, La Légende de saint Julien l'Hospitalier et Hérodias.
Bouvard et Pécuchet (1881)
La rédaction de ce roman « philosophique » occupera presque exclusivement les dix dernières années de sa vie. Il sera publié inachevé et à titre posthume.
Les Dernières Années
À partir de 1869, la vie de Flaubert prend un tour très sombre : il perd de nombreux amis ainsi que sa mère, et doit de surcroît payer les dettes de sa nièce.
Publiée en 1874 après quatre ans de labeur, la troisième version de la Tentation de saint Antoine ne rencontre pas le succès non plus. Une pièce de théâtre, le Candidat, créée en 1874 au théâtre du Vaudeville, est un fiasco.
Flaubert meurt le 8 mai 1880 à Croisset, laissant derrière lui une œuvre majeure qui a marqué la littérature française.
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