Ésope, figure emblématique de la littérature antique, demeure une énigme à bien des égards. Si ses fables sont universellement connues et appréciées, sa vie, elle, reste enveloppée de mystère et de légendes. La question de sa date de naissance, en particulier, est un sujet de débat et d'incertitude.
L'Époque d'Ésope : Entre Mythe et Réalité
Le témoignage du grec Hérodote (v. 484-v.420 av. J.C.) situe Ésope au VIIe-VIe siècle av. J.C. Cette indication temporelle, bien que vague, constitue l'un des rares points de repère dont nous disposons. Il est généralement admis qu'Ésope aurait vécu à cette époque, mais il est difficile d'être plus précis.
Origines Géographiques : Un Phrygien ? Un Thrace ?
La question de ses origines géographiques est tout aussi incertaine. La tradition la plus répandue fait d'Ésope un Phrygien. Des auteurs tels que Phèdre, Dion Chrysostome, Lucien, Aulu-Gelle, Maxime de Tyr, Aelius Aristide, Himérios, Stobée et Suidas s'accordent à lui assigner la Phrygie comme patrie. Certains précisent même la ville de Phrygie où il serait né : Cotyaion d'après la Souda et Constantin Porphyrogénète, ou Amorion, selon la vie légendaire d'Ésope.
Cependant, d'autres sources suggèrent une origine différente. Héraclide du Pont le présente comme originaire de Thrace, près de la mer Noire. Cette thèse est confirmée par un certain Eugeiton qui affirme qu'Ésope était de Méssembrie, ville des Cicones, sur la côte de Thrace.
L'incertitude quant à ses origines pourrait être liée à l'étymologie de son nom. Le nom Αἴσωπος ne semble pas être un nom grec. Certains y voient un nom phrygien, qu'on rapprocherait du nom du fleuve phrygien Αἴσηπος, et peut-être du guerrier troyen Αἴσηπος dont il est question chez Homère. On l'a rapproché aussi du mot Ἢσοπος qu'on lit sur un vase de Sigée. Une Vie d'Ésope le fait Lydien, sans doute parce que, d'après la tradition qui apparaît pour la première fois dans Héraclide, il fut esclave du Lydien Xanthos.
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Face à ces contradictions, il est difficile de trancher. Comme le souligne Chambry, « en somme, toutes ces traditions ne reposant que sur des conjectures, il serait vain de s'arrêter à l'une d'entre elles : mieux vaut se résigner à ignorer ce qu'on ne peut savoir. »
Une Vie Légendaire : Esclave, Voyageur et Moraliste
Au-delà de sa date de naissance et de ses origines, la vie d'Ésope est elle-même entourée de légendes. Selon la tradition, il aurait été esclave à Athènes, puis à Samos. Malgré sa condition et la difformité repoussante de sa taille et de ses traits, il parvint à gagner la faveur la plus intime du puissant Crésus. On pourrait comparer l'emploi qu'il remplit auprès de ce roi de Lydie au rôle que jouèrent dans des temps moins reculés les bouffons de quelques souverains; c'est sous la forme d'apologues ingénieux qu'Ésope déguisait les vérités, parfois un peu dures, qu'il adressait au prince.
La légende raconte qu'Ésope était un être disgracieux et bègue, selon une terrible description faite de lui par Maximus Planude. D'après Plutarque, il est un ancien esclave bègue doté d’un physique particulièrement ingrat. Après avoir rêvé que la Fortune lui déliait la langue, il s'éveille un jour guéri de son bégaiement.
Affranchi, il aurait voyagé dans plusieurs continents, en Afrique et en Orient, puis envoyé dans diverses cités grecques comme émissaire de Crésus. Chargé par celui-ci de porter des offrandes au temple de Delphes, il dévoila les fraudes commises par les prêtres d'Apollon.
La Mort d'Ésope : Victime de la Vérité ?
La fin de la vie d'Ésope est également tragique. Accusé de sacrilège par la plus infâme calomnie, Ésope fut précipité du rocher Hyampéen, l'an 560 av. J.-C. Sa mort ne resta pas impunie, et une longue suite de malheurs n'avertit que trop les Delphiens de la colère céleste; mais la réparation fut tardive, et ce fut la troisième génération seulement qui s'efforça d'expier le crime de ses pères.
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L'Héritage d'Ésope : Un Fabuliste Intemporel
Si l'on peut disputer à Ésope l'honneur d'avoir inventé l'apologue, on ne lui contestera pas du moins le mérite d'en avoir fait l'usage le plus spirituel à la fois et le plus honorable; aussi la Grèce ne tarda-t-elle pas a s'emparer de ses fables; Socrate en avait mis quelque unes en vers; Babrias versifia toutes celles qu'il put recueillir; et c'est de sa collection que sortirent la plupart de celles qui nous sont parvenues, et que des écrivains du Bas-Empire s'étaient amusés à mettre en prose. Ésope, le père de la fable est aussi méconnu qu'il a été prolixe : plus de 500 fables lui sont attribuées. Une grande partie de son œuvre a inspiré le plus grand et le plus talentueux des fabulistes, Jean de La Fontaine.
Le recueil qui, aujourd'hui porte le nom d'Ésope, est une compilation, constituée de paraphrases en prose des fables de Babrius, qui fut établie au XIème siècle. Ésope serait l'auteur de fables qui faisaient partie de la tradition orale. Le poète grec Babrias donna une version en vers des récits ésopiques, probablement aux alentours des Ier et IIème siècles av.J.-C.
Les fables d'Esope, recueillies par Démétrios de Phalère, font partie de la culture des peuples indo-européens et représentent sans doute le recueil de fables le plus lu de la littérature.
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