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Bruno Cremer: Une Vie Dédiée à l'Art Dramatique et au Cinéma

Bruno Cremer, figure emblématique du cinéma et du théâtre français, a marqué son époque par son talent, sa présence imposante et son jeu d'acteur subtil. Sa carrière, riche et variée, témoigne d'un engagement profond envers son art et d'une capacité à incarner des personnages complexes et mémorables.

Jeunesse et Formation: Les Premières Armes d'un Comédien

Né le 6 octobre 1929 à Saint-Mandé, Bruno Cremer est issu d'une famille bourgeoise franco-belge. Il est le cadet de trois enfants. Son père, Lillois, a pris la nationalité belge en 1914, la France ne l'ayant pas accepté comme soldat durant la guerre. Il passe une enfance et une adolescence paisibles, bien que, selon ses propres mots dans son recueil de souvenirs Un certain jeune homme, il ressentait un besoin constant de "rêve, de fantastique, d'extravagance pour respirer".

C'est au collège, à l'âge de quinze ans, qu'il découvre le plaisir de jouer sur scène. La rencontre avec une pensionnaire de la Comédie-Française décide de sa vocation. Après ses études secondaires, Bruno Cremer prend des cours de théâtre au Conservatoire de Paris. Il intègre le Conservatoire national supérieur d'art dramatique en 1952, où il côtoie de futurs grands noms du cinéma français tels qu'Annie Girardot, Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Marielle, Claude Rich et Jean Rochefort, formant ainsi ce qu'on appellera plus tard la "bande du Conservatoire".

Les Débuts au Théâtre: Un Apprentissage Essentiel

Au sortir de ses études secondaires, Bruno Cremer prend des cours de théâtre au Conservatoire et consacre ses dix premières années de comédie exclusivement à la scène. Peu après sa sortie du Conservatoire, il débute au théâtre dans Robinson de Jules Supervielle. Il s'illustre sur les planches du Théâtre de l'œuvre. Après avoir joué Oscar Wilde, Alfred de Vigny, Jean Anouilh, William Shakespeare, George Bernard Shaw et Georges Soria sous la direction, entre autres, de Michel Bouquet, Jean Négroni et Jean-Marie Serreau, il s'affirme, en 1959, dans Becket, ou l'Honneur de Dieu de Jean Anouilh. Il joue notamment dans : Un mari idéal d'Oscar Wilde, Périclès, prince de Tyr de William Shakespeare, Chatterton d'Alfred de Vigny, Pauvre Bitos ou le dîner de têtes de Jean Anouilh. Cette expérience théâtrale lui forge une solide base et lui permet de développer son talent d'acteur. Il entame en 1952 une carrière théâtrale, de Richard II de Shakespeare, mis en scène par Jean Vilar au TNP (1953) à Après la répétition de Bergman, mis en scène par Louis-Do de Lencquesaing au théâtre de la Renaissance (1997).

L'Ascension au Cinéma: De Second Rôle à Acteur Populaire

Bruno Cremer fait ses débuts au cinéma en 1957 : le réalisateur Yves Allégret remarque son physique brutal d'empereur romain et l'engage pour Quand la femme s'en mêle. Il débute au cinéma en 1952, et à la télévision six ans plus tard. Il obtient un petit rôle dans "Quand la femme s'en mêle". Il joue en 1960 dans Le tout pour le tout de Patrice Dally, mais c'est son rôle de l'adjudant baroudeur Willsdorf dans La 317ème section de Pierre Schoendoerffer (1964) qui le révèle au grand public et lui permet d'accéder au rang d'acteur populaire. Beaucoup pensaient qu'il jouait son propre rôle tant son interprétation était authentique. Bien qu'il ait fait auparavant quelques apparitions à l'écran, la première image que le spectateur de cinéma retint de Bruno Cremer fut celle de l'adjudant Willsdorf dans La 317e Section de Pierre Schoendoerffer (1964). Il campait dans ce film un sous-officier de carrière baroudeur et désabusé, avec une authenticité telle qu'on pouvait croire qu'il avait réellement suivi une carrière militaire avant de se consacrer sur le tard, à trente-cinq ans passés, au métier d'acteur. Il n'en était rien.

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Ce succès est cependant un piège : on ne lui propose plus que des rôles de militaire, de policier, d'agent secret, d'aventurier, de « durs à cuir », ce à quoi semble le prédisposer son physique de « heavy » (méchant au physique impressionnant). Sa haute stature et son regard d'un bleu glacial le destinent à des rôles d'homme d'action. Il est grand, massif, a le regard clair et perçant, le nez en bec d'aigle, une petite cicatrice à la lèvre supérieure, la voix grave au timbre métallique. Son jeu économe et subtil, est fondé sur la présence physique comme le fut avant lui celui d'un Jean Gabin, d'un Lino Ventura. Si les propositions qu'on lui fait alors sont essentiellement limitées à ce registre, comme il le déplorera lui-même en homme de culture aimant manier l'ironie, sa filmographie n'en est pas moins riche de films qui relèvent aussi bien du cinéma grand public que de l'art et essai.

Il participe aux tournages de Paris brûle-t-il ? de René Clément (1965), d'Objectif 500 millions (Schoendoerffer, 1966). On le voit ensuite dans d’autres rôles de militaire ou policier, colonel Rol-Tanguy dans Paris brûle-t-il ? (1966) de René Clément, capitaine dans Biribi (1971) de Daniel Moosman, ou commissaire dans Les suspects (1974) de Michel Wyn. Son physique est également exploité pour incarner des personnages de "durs" (Un homme de trop, Costa-Gavras, 1966 ; La bande à Bonnot, Philippe Fourastié, 1968 ; Cran d'arrêt, Yves Boisset, 1969). Interprétant plutôt des personnages inquiétants ou ambigus, Bruno Cremer est prêtre dans L’étranger (1967) de Luchino Visconti, séquestreur dans Le viol (1967) de Jacques Doniol-Valcroze, et anarchiste dans La bande à Bonnot (1968) de Philippe Fourastié.

Une Filmographie Riche et Variée: Collaborations avec les Plus Grands Réalisateurs

Fort de près de soixante-dix films, Bruno Cremer a beaucoup tourné avec Yves Boisset et en particulier Jean-Claude Brisseau - respectivement cinq et trois films. Durant quatre décennies, il tourne environ soixante-dix films mis en scène par les plus grands cinéastes (Boisset, Brisseau, Costa-gavras, Lelouch ou encore Sautet). Ils sont signés par des cinéastes d'une grande diversité : René Allio, Bertrand Blier, Yves Boisset, Patrice Chéreau, René Clément, Costa-Gavras, Michel Deville, Jacques Doniol-Valcroze, William Friedkin, José Giovanni, Philippe Labro, Claude Lelouch, François Ozon, Claude Sautet, Luchino Visconti.

Il a également travaillé avec Costa-Gavras (Un homme de trop, 1966 ; Section spéciale, 1974), Claude Lelouch (Le Bon et les méchants, 1975), Michel Deville (Bye bye, Barbara, 1968), Patrice Chéreau (La Chair de l'orchidée, 1974), Claude Sautet (Une histoire simple, 1978), Luchino Visconti (L'Etranger, 1967), ou encore William Friedkin (Le Convoi de la peur, 1977). Il a aussi l’honneur de faire partie casting du futur film culte Le convoi de la peur (1977) de William Friedkin, même si le métrage est un échec commercial à sa sortie. Il incarne ensuite l’ex-mari de Romy Schneider dans Une histoire simple (1978) de Claude Sautet.

Durant les décennies suivantes, on peut voir Bruno Cremer dans plusieurs films par an, il devient vite un des seconds rôles majeurs du cinéma français. Mais il est également tête d'affiche d'une kyrielle de films : les plus grands réalisateurs font appel à lui et à toute la palette de son talent qui lui permet de jouer certes les durs mais aussi des psychologies bien plus nuancées. En 1973 Roger Hanin lui donne un rôle de flic dans Le Protecteur. En 1974 l'acteur est dirigé par Patrice Chéreau dans le drame La Chair de l'Orchidée, aux côtés de la jeune Charlotte Rampling. La même année François Ozon le confronte à nouveau à Charlotte Rampling dans Sous le sable, les deux acteurs y forment un couple, fusionnel au-delà de la mort. Dans L'Alpagueur de Philippe Labro (1975), Bruno Cremer tient pour une fois le rôle d'un "méchant" en incarnant "l'Epervier", un tueur que traque Jean-Paul Belmondo. La même année l'acteur joue encore les commissaires dans Les bons et les méchants de Claude Lelouch. Puis c'est Claude Sautet qui le fait tourner : dans Une histoire simple (1978), il est l'ex-mari (hésitant et lâche) de Romy Schneider. Bruno Cremer est ensuite à l'affiche du mythique La légion saute sur Kolwezi (Raoul Coutard, 1979), il est Pierre Delbart, un modeste ouvrier qui fait partie des 3000 Européens pris en otage par les rebelles katangais. Jean-Claude Brisseau exploite le potentiel dramatique de l'acteur dans Un jeu brutal (1983) : il incarne un personnage à la limite de la schizophrénie, d'un côté père sévère mais qui va redonner le goût de la vie à sa fille infirme, et de l'autre tueur d'enfants. Brisseau fait à nouveau tourner Cremer en 1989 dans Noce blanche, également dans un rôle d'homme fragile : il interprète un professeur de philosophie amoureux d'une élève de terminale en la personne de Vanessa Paradis. Dans la comédie dramatique Adieu je t'aime (Claude Bernard-Aubert, 1988), l'acteur se glisse dans la peau d'un homme marié qui va se trouver étrangement attiré par un jeune homme. Nouveau drame en 1989 avec Tumultes où il tient le rôle du père dans une famille en souffrance après le suicide du fils.

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Le Commissaire Maigret: Un Rôle Emblématique

Bien qu'il ait joué dans de nombreux films, Bruno Cremer est surtout connu du grand public pour son interprétation du Commissaire Maigret dans la série télévisée du même nom (1991-2005). L’acteur incarne ensuite le commissaire Maigret dans une série télévisée très populaire (1991-2005). Il devient dès lors un acteur populaire et se lance dans une carrière qui comprend près de soixante-dix films. Mettant de côté les tournages pour le cinéma, Bruno Cremer se consacre près de dix ans à son rôle télévisé. Il ne renoue avec le long métrage qu’en 2000, avec le film Sous le sable de François Ozon et Mon père, il m’a sauvé la vie de José Giovanni. Ce rôle lui apporte une immense popularité et marque durablement les esprits. Alors qu’il avait fait plus de cinquante films, il n’est vraiment entré dans la vie des gens que sous le ­déguisement de Maigret, 54 épisodes en quatorze ans.

Les Années 1990 et 2000: Un Retour Épisodique au Cinéma

Durant les années 1990, Bruno Cremer travaille essentiellement à la télévision, ne revenant qu'épisodiquement au cinéma - dans Un vampire au paradis (1991) Taxi de nuit (1992). Bruno Cremer va ensuite se faire presque invisible au cinéma à partir des années 90, se consacrant au petit écran. Sous le sable, qu'il tourne en 2000, est son premier long métrage depuis huit ans. Il est suivi, l'année suivante, par Mon père, il m'a sauvé la vie de José Giovanni. On retiendra sa prestation dans le film de José Giovanni Mon père (2000) ; Bruno Cremer y est encore une figure paternelle, celle d'un homme prêt à tout pour sauver son fils de la peine de mort ; les critiques sont unanimes pour saluer sa performance. Pour son dernier film Bruno Cremer retrouve Pierre Schoendoerffer, qui avec Là-haut (2001) livre une mise en abyme de toute son oeuvre ; l'acteur y joue un colonel des services secrets qui va aider une jeune journaliste investiguant sur la guerre d'Indochine. En 2002, il retrouve celui qui l’a lancé, Pierre Schoendoerffer, dans Là-haut, un roi au-dessus des nuages.

Autres Activités: Théâtre et Télévision

Bruno Cremer se consacre exclusivement à la scène jusqu'au début des années 60. Outre le cinéma et le théâtre, Bruno Cremer s'illustre également à la télévision (Cet homme-là, 1979, de Gérard Poitou-Weber; La traque, 1980, de Philippe Lefebvre; Une page d'amour, 1981, d'Elie Chouraqui; L'énigme blanche, 1985, de Pierre Kassovitz).

Vie Privée: Un Homme Discret et Attaché à sa Famille

Bruno Cremer est le fils de Georges et Jeanne Crémer. Sa mère est d'origine belge et son père prendra la nationalité belge parce que la France n'a pas voulu l'accepter comme soldat durant la guerre alors que la Belgique le fera. Bruno Crémer est marié depuis décembre 1984 à Chantal, psychiatre. Bruno a un fils Stéphane d'un premier mariage. Stéphane Crémer est écrivain et dirige également une collection de livres rares dans une maison d'édition. L’orthographe correcte pour Crémer est avec un accent sur le premier "e". La question m'a été posée une fois. Enfance dans une famille unie. Sa mère est flamande. Ce père, dans les affaires, sera souvent absent. Pas d’antécédent artistique familial, ­sinon un arrière-grand-père directeur d’un théâtre de marionnettes. Sa première épouse était une camarade du Conservatoire qui n’a pas persisté dans le théâtre et est devenue antiquaire. La seconde, Chantal, une psy, a croisé sa route lors d’un tournage en Bretagne. A son fils, Stéphane, désormais éditeur de livres d’art, Constance et Marie-Clémentine sont venues se joindre bien plus tard.

Il se méfie des groupes et voit peu ses copains de la promotion ­dorée de 1954 : Marielle, ­Belmondo, Rich, Rochefort. Il chérit sa famille, en se préservant des espaces de solitude : « Plus je suis tranquille, plus je suis heureux. Sans doute un petit reste d’agoraphobie… Mon idéal serait de regarder sans être vu, ou de n’être vu qu’à travers mes personnages. »

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Décès et Hommages: La Disparition d'un Grand Acteur

Le 7 août 2010, l'acteur décède des suites d'un cancer de la langue et du pharynx, imputé au tabac. En 1995, pour sa dernière apparition à la télévision sous les traits du commissaire Maigret, il lutte déjà contre un cancer et apparaît amaigri et fatigué. Sa voix devra d’ailleurs être doublée. Bruno Cremer fait partie de ces acteurs qui, en interprétant un rôle mythique, ont une place privilégiée dans le coeur des Français.

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