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L'Énigme de la Date de Naissance du Personnage du Bouffon : Une Histoire Multiforme

Il est ardu de déterminer une année de naissance précise pour le personnage complexe du bouffon. Son apparition s'étend sur plusieurs siècles, se manifestant à travers diverses formes de spectacle et d'expression culturelle. Des figures comiques étaient déjà présentes dans l'Antiquité, amusant le public dans diverses cultures.

Les Ancêtres Antiques du Bouffon

Dans la Grèce antique et la Rome antique, des figures comiques étaient déjà présentes dans différentes cultures pour amuser le public. Les Grecs et les Romains chargeaient ainsi des bouffons de divertir la foule lors des triomphes militaires. Dans la mythologie grecque, Momos est le bouffon des divinités olympiennes.

Les Fous du Roi au Moyen Âge

Au Moyen Âge, les fous du roi ou bouffons de cour utilisaient l’insolence et l’humour pour divertir les rois et les seigneurs, mais aussi pour critiquer et moraliser. Bénéficiant d’un statut protégé, ils avaient la liberté de parler librement sans crainte de représailles. Les fous portaient des signes distinctifs comme le bonnet à clochettes et la marotte, un bâton faisant office de sceptre. Les spectacles avaient souvent lieu lors de grands banquets où plusieurs vassaux festoyaient au côté de leurs seigneurs. La Cour, dans des châteaux plus ou moins luxueux, avait son opérette de bouffons dont le comique restait souvent trivial, proche de la commedia dell'arte, bien que le « jeu » de ces premiers comédiens fût beaucoup moins travaillé que celui des artistes des « farces » du XVIIe siècle.

Un des premiers écrits où l’humour du bouffon est relaté est celui de Priscus, historien grec, en 449 : Attila avait déjà à son service un fou pour distraire les convives. C'est la première fois qu'on parle d'un fou du roi bien qu'on puisse soupçonner qu'il en existât déjà bien avant, mais aucune preuve n'en atteste jusqu'au XIVe siècle, où les comptes d'argenterie des rois de France mentionnent régulièrement les dépenses, parfois élevées du ou des bouffons de la cour ou faites pour eux. Le dernier bouffon, L'Angély, vécut sous Louis XIII. Sur un plan mythologique, le fou du roi est plus ancien encore : Momos est le bouffon des dieux de l'Olympe. Le mot même est une déformation des bouphonies, les "sacrifices du boeuf" dans la Grèce antique.

Érasme souligne l'importance des bouffons auprès des rois dans Éloge de la folie, XXXVI : « Les plus grands rois les goûtent si fort que plus d'un, sans eux, ne saurait se mettre à table ou faire un pas, ni se passer d'eux pendant une heure. Ils prisent les fous plus que les sages austères, qu'ils ont l'habitude d'entretenir par ostentation. Les bouffons, eux, procurent ce que les princes recherchent partout et à tout prix : l'amusement, le sourire, l'éclat de rire, le plaisir. ». Mais Érasme fait également quelques allusions à un second rôle échu au bouffon : celui de révélateur, de miroir grotesque. Rôle attesté par le fait que les bouffons suivaient une réelle formation, qui était plus adaptée aux hommes d'esprit qu'aux réels crétins.

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La fête des Fous serait une survivance de fêtes rituelles bien plus anciennes, s'apparentant aux Saturnales. Ce mot s'emploie de plus en plus dans la langue parlée familière pour nommer une personne peu sérieuse et par extension le mot est péjoratif.

Commedia dell'arte : Un Autre Jalon

Parmi les ancêtres du clown, on peut citer aussi les personnages de la Commedia dell’arte, genre théâtral populaire né au XVIe siècle en Italie. On y croise aussi les zanni de la commedia dell’arte ou encore Arlequin, dont la contemporanéité d’émergence, la fonction comique et le statut de serviteur en font des cousins du clown.

Généalogies du Clown

De nombreuses généalogies du clown existent dans lesquelles il est relié à des figures précédentes. Dans la branche européenne occidentale, y sont cités entre autres, Bromios le turbulent, une des manifestations de Dionysos, les acteurs du drame satyrique, les serviteurs transgressifs des comédies d’Aristophane, les masques des atellanes romaines et les valets des comédies de Plaute, les protagonistes des fêtes rituelles d’inversion et des carnavals, les sots des sotties, les bouffons (jesters) et farceurs, les fous de cour, les fools de scène, les diables des mystères et moralités médiévales puis de la Renaissance et leur valet, le Vice.

L'Origine Anglaise du Mot "Clown"

Si les origines du clown sont donc lointaines et plurielles, tout le monde semble s’accorder sur l’origine anglaise du mot clown. Le terme désigne initialement un paysan d’une manière très péjorative. C’est un homme balourd, un « péquenaud » grotesque, sans manières. Le docteur ès lettres Victor Bourgy situe l’émergence du mot et de la figure théâtrale dans les années 1590, sur les scènes du théâtre élisabéthain. Le portail des arts du cirque nous explique que les clowns de l’époque oscillaient entre raffinement verbal et balourdise, entre performance physique et finesse d’esprit. Parmi eux, Richard Tarlton est identifié comme le premier clown de théâtre. Il a rejoint la troupe des « King’s Men » en 1583. D’autres comédiens ont tiré leur épingle du jeu, parmi lesquels Will Sommers (bouffon de la cour d’Henry VIII), William Kemp (qui poursuivit la tradition du clown rustique) ou encore Robert Armin, avec qui le clown devint une figure plus subtile.

L'Émergence du Clown de Cirque

Le français Jean-Baptiste Dubois est quant à lui présenté comme le premier clown de cirque. Il serait le premier à avoir défilé comme tel sur une piste, d’après Pascal Jacob, spécialiste des arts du cirque. Élève de Dubois, l’anglais Joseph Grimaldi (1778-1837) devint plus célèbre que son professeur. Au siècle suivant, d’autres clowns se sont illustrés. Parmi eux, l’américain Tom Belling (1843-1900). Il fut le premier, à partir de 1874, à utiliser « August » comme nom de scène. Sur la piste du cirque Renz à Berlin, il rencontra du succès auprès du public en incarnant un personnage désinvolte et maladroit.

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Le Bouffon dans l'Art Espagnol des XVIe et XVIIe Siècles

Ce travail est consacré aux nains et aux bouffons qui vécurent à la cour d’Espagne aux XVIe et XVIIe siècles et à leurs portraits. Jouissant d’impunité, comme le fou, et figure, comme lui, d’une constante réversibilité qui met le monde à rebours, le bouffon est choyé par le roi. Il traverse l’histoire de l’art en laissant derrière lui de nombreuses énigmes. Les rois de la Maison d’Espagne en raffolaient. Les peintres réalisèrent de nombreux portraits de ces personnages, ce qui n’est pas une nouveauté car les bouffons et les nains sont des figures fréquentes dans l’art européen. Toutefois, dans nulle autre cour que celle d’Espagne ne résidèrent autant de bouffons et de nains ; nulle part ailleurs les peintres de cour ne les prirent autant pour sujets de leurs œuvres, ces tableaux étant ensuite exposés dans les palais du roi par paires ou en groupes.

Dans les registres des salaires et les livres de comptes du Palais Royal de Madrid, le mot bufón n’apparaît pas une seule fois dans la documentation. En revanche, le Trésor de la Langue espagnole ou castillane de Sebastián de Covarrubias (1611) atteste l’existence de bufón. Le lexicographe écrit : «Bufón. Es palabra toscana y significa el truhán, el chocarrero, el morrión o bobo». Púdose tomar de la palabra latina bufo, nis, por el sapo o escuerzo, por otro nombre rana terrestre, venenata, que tales son estos chocarreros, por estar echando de su boca veneno de malicias y desvergüenzas, con que entretienen a los necios e indiscretos. Les trois étymologies proposées par le lexicographe (le venin, la vacuité ou la querelle) sont révélatrices de la forte négativité projetée sur le personnage. Bufón, truhán, chocarrero, morrión, bobo, dezidor : cette profusion lexicale témoigne d’abord de l’intérêt que ces personnages suscitaient dans la société du temps, mélange de répugnance et de fascination. On constate encore que des distinguos subtils s’établissaient entre tel et tel type de bouffon. Ainsi, il semble que truhán et chocarrero désignaient plutôt les bouffons non affectés de quelque anomalie ou difformité physique ou mentale ; ces termes connotaient d’autre part leur mordacité ; loco désignait plutôt le bouffon difforme ou atteint de quelque perturbation de l’esprit ; enano, c’est le nain. Tous ces gens étaient regroupés à l’époque sous l’appellation très significative de hombres de placer, «hommes de plaisir» littéralement, en ce sens que leur fonction, comme nous allons le voir, était de divertir, d’amuser, de jouer. Pour résumer, il y avait à la cour deux sortes de bouffons : les premiers étaient ceux qui étaient affectés de difformités physiques, accompagnées ou non de troubles de l’esprit ; puis, ceux qui, exempts de quelque déficience que ce soit, amusaient, voire choquaient (d’où, probablement le terme même de chocarrero), par leur mordacité ; ces derniers étaient à proprement parler les truhanes. Des uns et des autres, comme en témoigne Covarrubias, les rois de la Maison d’Autriche raffolaient.

D’ailleurs, intronisé comme nouveau roi du Portugal en 1581, il partit trois ans à Lisbonne et n’emmena avec lui pas moins de quatre bouffons. Dans les lettres écrites à ses filles depuis Lisbonne, il mentionne très fréquemment et de façon toujours affectueuse un fou nommé Morata, que le monarque semblait beaucoup apprécier malgré son mauvais caractère, ainsi qu’une certaine Magdalena. Un autre fou très apprécié du monarque fut Miguel de Antona qui, de 1563 à sa mort en 1575, resta au service du Roi Prudent. Par les dépenses engagées pour l’habiller, on sait qu’il était revêtu d’un manteau jaune et avait une saie, des chausses et une petite cape marron et verte.

Il semble que le nombre de bouffons s’accrut à la cour d’Espagne sous Philippe III et surtout sous Philippe IV. Sous le règne de ce dernier, nains et bouffons furent légion au palais. En 1605, année de la naissance de Philippe IV, la fille aînée de Philippe II, Isabelle Claire Eugénie, alors gouvernante des Pays-Bas, envoya de Flandres un cadeau pour l’héritier : un nain nommé Bonamí, qui serait ensuite remplacé par le dénommé Soplillo. De même, le premier héritier mâle de Philippe IV, Baltasar Carlos (prématurément décédé en 1646) passa son enfance en compagnie de Francisco Lezcano, dit le biscaïen, et l’infante Marguerite-Thérèse vécut ses jeunes années entourée des nains Maribarbola et Nicolasito (représentés à ses côtés dans Les ménines). Ils étaient très bien traités, richement vêtus et mangeaient fort bien. Bien qu’ils n’eussent jamais été considérés comme des serviteurs à qui l’on aurait attribué une mission déterminée, quelques-uns occupèrent tout de même certaines charges au palais, certes modestes telles que valets de chambre (ayudas de cámara), mais qui supposaient une certaine distinction. Ainsi, par exemple, Gonzalo de Liaño, dit «Gonzalillo», fut envoyé par Philippe II à diverses reprises en Italie pour y faire l’acquisition d’œuvres d’art.

Selon José Moreno Villa, archiviste du Palais Royal, de 1563 à 1700, cent vingt-trois «hommes de plaisir» (fous, nains, noirs et enfants) y sont passés, soit un par an ; le goût pour les bouffons semble donc avoir atteint à la cour madrilène des sommets jamais égalés ailleurs. Le phénomène se vérifie à tous les règnes et fascine les étrangers. Les documents d’archives ne fournissent guère d’informations détaillées à leur sujet, si ce n’est leur date d’arrivée au palais, la mention des cadeaux qu’on leur offre, des vêtements qu’on fait confectionner pour eux, leurs rations et leur date de décès. Cependant, dans la documentation, la mention de la ville de Saragosse comme lieu de provenance de nombreux bouffons nous met sur une piste importante : celle de l’hôpital des fous de cette ville. Sans doute ce célèbre asile, destiné à accueillir tous les fous, sans aucune distinction de nationalité ou d’origine, était-il une véritable pépinière de bouffons, un vivier où l’on venait chercher des personnages hauts en couleur. La cour se fournissait en bouffons dans les hôpitaux de fous de l’époque, Saragosse et Tolède notamment.

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Il est curieux de constater qu’un pont s’établissait entre le microcosme raffiné de la cour et celui des hôpitaux de fous. On est en droit de s’interroger sur les raisons qui poussaient ainsi le roi et les nobles, dans le cercle de raffinement extrême qui était le leur, à s’entourer de ces figures difformes, image de la laideur et de la déchéance humaine. Cependant, la fascination pour les bouffons semble surtout renvoyer au goût immodéré de l’époque classique pour tout ce qui étonne, émerveille et résume le grand mystère d’un univers qui échappe au déchiffrement. Au XVIIe siècle, il y a eu un vif engouement pour la littérature des mirabilia et des choses curieuses et un goût prononcé pour les collections d’objets. Le monde était perçu comme un «labyrinthe poétique» que l’homme ne comprenait pas ; le monstre participait de ce mystère insondable. C’est ainsi que les rois et les collectionneurs privés espagnols commencèrent à acheter des tableaux de personnages hors du commun ; parmi eux, les portraits de fous et de bouffons devinrent un véritable genre pictural. Sans doute ces collections, de même que la fascination pour les bouffons (qu’ils soient ou pas des nains), traduisaient-elles le désir et la tentative, malgré tout, de contrôler un monde qu’on ne comprenait pas, de domestiquer la monstruosité en l’hébergeant sous forme réduite, tel un jouet. Cette assimilation des bouffons à des jouets est perceptible à travers les surnoms dont on les affublait, souvent des diminutifs ou des appellatifs enfantins. Covarrubias qualifie d’ailleurs les nains de la cour de «jouets pour rire» (juguetes de burlas). Ils symbolisaient aussi un espace de liberté dans cette cour à l’étiquette rigide. Transgressions vivantes à l’intérieur de l’ordre établi, prévues et permises par celui-ci, les bouffons le renforçaient. Ils étaient des fous domestiqués, «innocents» et inoffensifs, qui ne remettaient pas en cause l’ordre établi.

Ce qui caractérise en propre le bouffon, c’est sa liberté de parole, qui va de pair avec son acuité d’esprit et l’impunité dont jouit le fou depuis le droit romain. L’existence de bouffons dans les cours d’Espagne est attestée depuis le VIe siècle. Toutefois, il semble que ces traits si caractéristiques que sont l’acuité d’esprit, la spiritualité et la mordacité du bouffon -ce penchant à mordre en révélant les défauts d’autrui- furent de notoriété publique au XVe siècle en Italie. À partir du règne de Charles Quint, certains bouffons se rendirent célèbres par leur libre parole. Tout d’abord, celui de don Francesillo de Zúñiga, bouffon de Charles Quint, auteur d’une chronique et de lettres exquises où il commente ironiquement certains événements. Comme d’autres bouffons espagnols, avant d’arriver à la cour, Francés de Zúñiga, plus connu sous le nom de Francesillo de Zúñiga, fut placé au service de la maison d’un noble, en l’occurrence du duc de Béjar, don Álvaro de Zúñiga, dont il prit d’ailleurs le nom. Né vers 1480, il était probablement nouveau-chrétien; en tout cas, il l’affirme à plusieurs reprises dans son livre. Il était petit et gros et n’avait hérité d’aucun bien de fortune. Ses avoirs étaient au début son aiguille et son dé de tailleur, métier qu’il exerçait à Béjar (province de Salamanque). Il se maria vers 1505 et eut des enfants à qui plus tard il procura maints offices et bénéfices depuis sa position privilégiée à la cour. Il ne gagnait guère d’argent comme tailleur mais il acquit bientôt une réputation d’homme d’esprit qui lui ouvrit les portes de la maison seigneuriale du duc de Béjar, sans doute comme bouffon, et bientôt celles du palais de Charles Quint dont il dissipait la mélancolie. Ses Épîtres et sa Chronique burlesque de l’Empereur, qui furent largement diffusées, sont pleines de ses piques auxquelles personne, pas même les membres de la famille royale ni les figures les plus en vue de la cour impériale, n’échappa. Les célèbres brocards du bouffon provoquaient autant l’hilarité des courtisans que la crainte de ces derniers d’être pris pour cible. En 1527, sa chronique plaisante aurait commencé à circuler sous forme manuscrite : elle comprenait les annales burlesques de la cour depuis la mort de Ferdinand le Catholique et l’arrivée en Espagne de Charles Quint, jusqu’au retour de la cour à Valladolid un an après les noces de l’Empereur. L’ouvrage eut un grand succès, mais les pointes mordantes du bouffon suscitèrent l’indignation de ceux qui furent pris pour cibles. Notre drôle crut alors opportun de se mettre à l’abri dans la petite propriété qu’il avait acquise grâce aux faveurs obtenues. Un peu plus tard, il revint auprès de Charles Quint mais un jour, alors qu’à Tolède l’Empereur préparait un voyage en Italie, don Francés fit une plaisanterie déplacée sur la fidélité de quelques nobles proches de Charles Quint, provoquant la colère de ce dernier et l’expulsion du bouffon. Son ancien maître, le duc de Béjar, le protégeait encore mais bientôt il décéda et sa veuve hérita de son duché à Béjar ; en octobre 1531, don Francés fut nommé alguazil mayor de Béjar.

Sir John Falstaff : Un Bouffon Shakespearien Inoubliable

Sir John Falstaff est un personnage comique de fiction, créé par William Shakespeare et apparaissant dans les deux pièces Henry IV (Henry IV (première partie) et Henry IV (deuxième partie)), ainsi que dans Les Joyeuses Commères de Windsor. Annoncé à tort dans l'épilogue de Henry IV 2 comme revenant dans la pièce suivante, Henry V, il ne fait pas partie de la liste des personnages de cette pièce, et on apprend au deuxième acte qu'il vient de mourir, Shakespeare ayant renoncé à le faire apparaître une quatrième fois. Shakespeare fait de lui le type du gentilhomme bouffon, doté d'un insatiable appétit pour la nourriture, la boisson et les femmes. Menteur et vantard, il ne manque pourtant pas d'esprit, ce qui lui permet de se tirer des situations dangereuses, délicates ou grotesques où il se retrouve régulièrement. C'est un des personnages les plus comiques de Shakespeare, bien qu'il apparaisse la première fois non dans une comédie, mais dans une pièce historique. Selon Leslie Dunton, Falstaff est « la plus grandiose création comique de Shakespeare » ; d'après H. J. Oliver, c'est « le plus bel exemple de personnage comique que le théâtre anglais ait jamais connu et connaîtra peut-être jamais », et enfin pour Richard Dutton, il est l'un des plus fascinants personnages des pièces historiques de Shakespeare. Certes, on ne connaît pas l'intention première de Shakespeare quand il a créé Falstaff. Mais on peut supposer qu'il voulait un classique bouffon, ne participant en rien au mécanisme de l'action, et dont la fonction aurait été simplement d'apporter un peu de gaieté et de détente à L'Histoire d'Henry IV, pièce historique décrivant une époque violente, c'est-à-dire un rôle guère plus important que celui dont a hérité Pistol dans Henry V. On peut imaginer la surprise de Shakespeare quand son truculent chevalier s'est débarrassé de ce rôle originel trop étroit, dépassant les attentes de son créateur : le succès de la pièce, dû en majeure partie à ce personnage carnavalesque, est en effet immense et immédiat, sans précédent tant au théâtre qu'en librairie (six éditions in-quarto avant le premier Folio de 1623, résultats que n'atteindront ni Hamlet, ni Richard III, malgré leur renommée). Aussi la pièce originelle intitulée L'Histoire d'Henry IV devient-elle Henry IV (première partie) pour permettre une suite, Henry IV (deuxième partie), avec toujours Falstaff en précepteur de rencontre du prince de Galles. Il se trouvera ensuite mêlé à une farce, Les Joyeuses Commères de Windsor. Sa mort est annoncée dans Henry V, pièce où il n'apparaît pas. Rares sont les personnages importants de Shakespeare à avoir connu une telle longévité scénique.

Chicot, le Bouffon Gascon d'Henri IV

Jean-Antoine d’Anglerais (ou d’Anglerez) né en 1540 à Villeneuve d’Agen (qui était le nom de Villeneuve-sur-Lot sous l’ancien régime et jusqu’en 1875) est connu dans l’histoire sous le pseudonyme de Chicot. Et si derrière le personnage de Janouille, guide en costume, bâtard du roi Henri IV qui donne à entendre, tous les étés, l’histoire du Lot-et-Garonne, se trouvait un certain Jean-Antoine d’Anglerais ? Janouille est un conteur hors pair qui, comme personne donne à revivre l’histoire des bastides depuis son fief de Monflanquin. Pour Jean-Antoine d’Anglerais il faut faire des recherches et découvrir sous la plume de Jules Mathorez, historien et écrivain, dans une édition datée de 1914, une biographie, "Histoire de Chicot, bouffon d’Henri III" (Librairie Henri Leclerc). Le biographe écrit : "c’est à Villeneuve d’Agen que revient la gloire d’avoir donné le Jour à Antoine Anglerez ou Anglerais. La date de sa naissance nous échappe mais on peut approximativement la fixer aux environs de l’an 1540. Sur sa famille, on ne possède aucun détail précis : à n’en pas douter, il eut des frères et des sœurs puisque sa mère avait coutume de lui dire qu’il réussirait mieux que ses autres enfants car il possédait plus d’esprit qu’eux. Bien qu’on en ait dit, Chicot n’était pas de noble lignée. Sa famille devait être composée de gens attachés à la maison de Jeanne, alias Françoise de Foix qui apporta à son époux, Honoré de Savoie, futur marquis de Villars, les baronnies de Montpezat, de Madaillan, de Sainte-Livrade et d’Aiguillon. Cette dernière baronnie jouxtait Villeneuve d’Agen et servait fréquemment de résidence à Honoré de Savoie. Ce vaillant capitaine, sans doute amusé par les propos du jeune Antoine l’attacha à son service ; il le protégea toute sa vie." Jean-Antoine poursuivit des études au collège de Reims à Paris, mais plus attiré par les armes que par les lettres il devint courrier de Villars, et rencontra Charles IX qui en fit son messager officiel. Il fut ensuite le fou du roi Henri III puis celui d’Henri IV.

La vie de Jean-Antoine d’Anglerais de sa naissance à sa mort, est un roman d’aventures. Tellement que Chicot a inspiré les plus grands romanciers comme Alexandre Dumas, dans "La dame de Monsoreau" publié en 1845 ou "Les quarante cinq" publié en 1847. En 1855 Auguste Maquet principal collaborateur-nègre d’Alexandre Dumas père le fait revivre à l’abbaye Saint-Geneviève sous le nom du religieux "frère Robert" entre 1593 et 1600 dans son roman, "La belle Gabrielle". Chicot apparaît également dans un roman d’Heinrich Mann, "La fin du roi Henri IV". Chicot apparaît enfin dans la série "Fortune de France" de Robert Merle (du Prince que voilà à La pique du jour). Sa mort est également romanesque. En 1592, lors de la campagne d’Henri IV contre l’armée de la Ligue catholique, au siège de Rouen, il parvint à faire prisonnier le comte de Chaligny. Ce dernier, le chef de la Sainte-Ligue, descendant direct de l’illustre maison de Lorraine, furieux d’avoir été capturé par un bouffon huguenot lui asséna un coup d’épée sur la tête. Chicot passa de vie à trépas quelques jours après. Par un testament daté de 1585, Antoine d’Anglerais avait demandé à être inhumé à Loches. Le roi en décida autrement, le faisant enterrer à Pont-de-l’Arche (Eure). À sa mort, ses enfants se fixèrent en Touraine, sur les propriétés de leur père. Dans "Nouveau Dictionnaire historique, ou, Histoire abrégée de tous les hommes qui se sont fait un nom par une société de gens-de-lettres", Louis-Mayeul Chaudon et Antoine-François Delandine, évoquent ainsi la mémoire de Chicot, "le bouffon mourut riche.

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