Introduction
Cet article explore la croyance du pouvoir fécondant des roches dans le Haut-Aragon, en s'appuyant sur diverses sources et perspectives. Il examine comment cette croyance s'est manifestée à travers l'histoire et son lien avec des figures et des événements clés.
Marie de Médicis et la propagande imagée
Jan Ziarnko, un peintre-graveur polonais actif à Paris entre 1601 et 1625, a collaboré étroitement avec le pouvoir royal, devenant un partenaire privilégié de cette propagande imagée. Ses représentations de l'assassinat du roi, des fêtes du Grand Carrousel de 1612 et son utilisation par Jean Richer dans le Mercure François témoignent de ce partenariat. En 1605, Jacobus Vanderheyden Calchographus, d’après Jan Ziarnko, créa "Le chiffre de la Vierge", une estampe dédiée à Marie de Médicis, Reine de France et de Navarre. La dédicace latine inscrite dans la prédelle loue Marie de Médicis, soulignant la sainteté et la gloire de son nom à travers des figures mystiques et des oracles prophétiques extraits des deux Testaments. La Vierge, fiancée et mère, est pourvue de trois lettres secrètes, et les symboles sacrés révèlent son nom, tandis que les amours, les étoiles et les diadèmes honorent son nom.
Marie de Médicis, confrontée à des conspirations et à une campagne de libelles hostiles, a vu son statut fragilisé. La conspiration du maréchal de Biron en 1602 et celle des Entragues en 1604 ont mis en péril Marie de Médicis. Henriette d’Entragues et le comte d’Auvergne projetaient de tuer le roi et le dauphin et de renvoyer Marie de Médicis en Italie. Ils auraient alors proclamé roi le petit Henri de Verneuil que l’on aurait marié à une infante. L'arrestation du Comte d’Auvergne en 1605, grâce à Marguerite de Valois, a marqué un tournant. Ces événements ont légitimé en 1605 une telle gravure de reconquête.
Symboles et Iconographie
Le mot Annuntiatio est gravé le long du phylactère enroulé autour d’un bâton, tenu par la main de Dieu. Le lis florentin, différant du lis français par l'absence d'étamines, est mi-parti avec les armes de France dans les armoiries de Marie de Médicis. Ce double emblème floral apparaît fréquemment dans les représentations iconographiques, symbolisant son appartenance pleine et entière à la famille royale. Un tableau d'Ambroise Dubois montre une allégorie du mariage d’Henri IV et de Marie de Médicis tenant dans la dextre un lis blanc et un lis pourpre dans la senestre.
L'Espagnol François, un libelle anonyme de 1615, travestit le symbole de la quenouille pour en faire son sceptre royal, attribuant à Marie de Médicis la conduite de la couronne.
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Au XVIIe siècle, le théologien Juan Martinez de Ripalda soutenait que la maternité divine suffisait à elle seule pour écarter tout péché et rendre Marie digne de la vie éternelle. Cette conception de la maternité divine comme "forma ex se justificans" aurait plu à Marie de Médicis.
Marie de Médicis avait une double mission : assurer une descendance prospère au roi et conforter le catholicisme en France. Son oncle Ferdinand, Grand-Duc de Toscane, le pape Clément VIII et Philippe III d’Espagne lui assignèrent une double mission, l’une consistant à donner au roi une descendance prospère pour assurer la paix intérieure et l’autre destinée à conforter le catholicisme dans le royaume de France, auprès d’un roi deux fois renégat. Madeleine dei Pazzi, carmélite, avait prédit à Marie qu’elle deviendrait reine de France. La Vierge lui apparut en 1600 et elle lui ordonna de prévenir Marie qu’elle devrait, une fois reine, rétablir les jésuites et exterminer les huguenots. Aussi s’efforça-t-elle d’appuyer son procès en béatification après sa mort en 1607, ce qui aboutit en 1609. Sa sainteté permettait d’accréditer ses prophéties et de prouver que l’accession de Marie de Médicis au trône de France était la volonté de Dieu. Elle se rendait souvent à la chapelle souterraine dédiée à N-D des Bonnes-Nouvelles au couvent des Carmélites de l’abbaye Saint-Victor jusqu’en 1616, recourant à la prière des quarante heures, à la dévotion du Rosaire, à l’oraison mentale et aux pèlerinages mariaux.
Dans "Le chiffre de la Vierge", les Écritures Saintes, la crosse et la mitre épiscopales désignent saint Augustin, tandis que saint Ambroise est représenté par sa crosse, les Écritures Saintes et une ruche. On aperçoit la crosse et la tiare pontificales, le Saint-Esprit et la Bible de saint Grégoire. On distingue le chapeau cardinalice et le lion de saint Jérôme. Guillaume Ware et Duns Scot révolutionnent l’immaculisme en proposant la notion de « rédemption préservative » ou « préventive». Ils affirment que le Christ, parfait médiateur, ne pouvait qu’accomplir un acte de médiation parfait à l’égard de Marie en la préservant du péché, sans remettre en cause sa rédemption universelle. Le rosaire est la triple couronne qu’on met sur la tête du Christ et de la Vierge et dont est couronné celui qui le récite tous les jours. La première couronne est celle d’excellence et d’épouse (premier chapelet), la deuxième, celle de conquérante (second chapelet) et la troisième est celle de souveraine et de bonté (troisième chapelet). Trois couronnes de grâces, de paix et de bonté pour qui récite le rosaire chaque jour dans la tradition mariale du rosaire.
Les sept douleurs de la Vierge communément admises par les théologiens sont les suivantes : la présentation de Jésus au Temple, la fuite en Égypte et le massacre des Innocents, Jésus parmi les docteurs, le calvaire, la crucifixion, la descente de la croix et l’ensevelissement. Plusieurs exemples de cette communication passionnelle entre la mère et le Fils sont donnés par Ernald de Chartres au XIIe siècle et par Albert le Grand au XIIIe siècle. Ils affirment qu’elle a participé aux souffrances du Christ. Au XVe siècle, Bernardin de Saint Pierre enseigna que Marie « par un martyre admirable s’offrit dès lors et se consacra à Dieu, en union avec Jésus s’offrant lui-même en holocauste à son père ».
Le corps du roi est comparé à l'hostie sacramentaire, présent partout et toujours. André Valladier, dans Parenese royale sur les ceremonies du sacre du tres chrestien Louys XIII, roy de France et de Navarre, décrit les cérémonies du sacre. Matthäus Merian illustre l’excellence des celestes et royalles fleurs de lys et comment elles furent transmises du ciel pour estre mises dans lescu de France.
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Divers symboles végétaux sont associés à Marie, tels que l'olivier, le cyprès, le cèdre et le palmier. L’expression spécifique utilisée dans un contexte marial est celui d’oliva speciosa. Ici sa cime rejoint iconographiquement la civitas Dei, la ville de Sion. Nombreux sont les textes bibliques qui se rapportent à la cité sainte et que les Pères rapportent à la Vierge, perçue comme l’habitation du Christ. Dans l’Ancien Testament, plusieurs occurrences de cet arbre biblique peuvent compléter son aura symbolique : le roi Salomon, par exemple, employa le cèdre pour bâtir le Temple de Jérusalem en raison de sa solidité. La branche est Marie (jeu de mots avec virga, la branche) et la fleur, le Christ qui déclare : « Moi je suis la fleur des champs et le lis des vallées ». Jérôme s’appuie sur ces deux versets pour prouver la conception virginale de la Vierge.
Le miroir est un autre symbole marial, reflétant l'image de Dieu sans altération. La gravure de Ziarnko mentionne le symbole du miroir, situé au-dessus de la Tour de David dont la signification est identique à celle de la lune.
La Reine et la Vierge
La reine est tantôt assimilée à l’astre lunaire lorsque le rôle solaire est joué par le roi, tantôt elle est associée à un objet qui réverbère la lumière du soleil : l’héliotrope, le tournesol, le miroir, l’arc-en-ciel, la pyramide de Rê. Son veuvage contribue à renverser la logique représentative et la reine n’hésite pas à faire siens des schèmes symboliques propres au souverain.
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