L'élevage des veaux est une étape cruciale dans la production bovine, et la surveillance de leur santé digestive est primordiale. L'aspect des crottes d'un veau nouveau-né peut révéler des informations précieuses sur son état de santé et le bon fonctionnement de son système digestif. Cet article explore en détail l'aspect normal des crottes de veau, les anomalies à surveiller et les mesures à prendre pour assurer une bonne santé digestive.
Le système digestif du veau nouveau-né : une flore en construction
À la naissance, le veau nouveau-né possède un tube digestif stérile. Sa flore intestinale va se constituer progressivement en 48 heures. À partir de l’âge de 2 semaines, la consommation de fourrages en petite quantité va être à l’origine d’une première évolution du système digestif. Afin d’aider à constituer une flore ruminale de qualité et ainsi de favoriser une valorisation optimale des aliments ingérés, il existe des solutions.
Le ruminant avale son repas en quelques minutes et l’entrepose dans le premier compartiment, le rumen ou panse, qui avoisine les 200 litres. Une vache adulte peut stocker jusqu’à 50kg d’herbe dans sa panse. Dans la panse, la nourriture s’agrège en petites boules appelées bols alimentaires. Lorsque la digestion bactérienne est suffisamment avancée, l’animal régurgite les bols alimentaires pour pouvoir les mâcher et les avaler de nouveau, jusqu’à 60 fois chacun. Chaque fois qu’il remâche, la nourriture devient plus facile à digérer. Une fois que les particules alimentaires ont atteint une taille inférieure à 0,5mm, elles peuvent passer vers le réseau, le feuillet et la caillette.
L'importance du colostrum
Le colostrum est le premier lait de la vache après le vêlage. Il est essentiel pour le veau nouveau-né car il lui fournit :
Des immunoglobulines (Ig) : Ces anticorps permettent au veau d'acquérir une immunité passive, le protégeant contre les infections jusqu'à ce que son propre système immunitaire soit pleinement développé. Un colostrum peut en contenir 20 à 100 g/L, avec une moyenne de 35-40 et un idéal à plus de 50. La quantité en Ig G sur l’ensemble de la production colostrale est relativement fixe. En effet, la concentration des IgG dans la mamelle débute 6 semaines avant le vêlage et s’arrête après celui-ci. Dans l’idéal, le veau doit boire le colostrum de sa mère puisque les Ig G reflètent les agents pathogènes auxquels elle a été exposée, cette immunité sera donc adaptée au microbisme de l’élevage. du colostrum congelé provenant d’une vache de l’élevage.
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Des protéines : Avec environ 48 g/L de caséine et 9 g/L d’albumine.
Des vitamines : Principalement A, D et E, qui ne passent pas la barrière placentaire durant la gestation.
Du cortisol : Qui est responsable de l’arrêt du passage des Ig G à travers la muqueuse intestinale vers 36 h post-partum.
L’ingestion du colostrum par le veau permet aussi un transfert d’immunité passive, qui correspond à l’acquisition d'une immunité d'origine maternelle à la fois locale (au sein de l’intestin du veau) et systémique (dans l’ensemble de son organisme).
Aspect normal des crottes de veau
L'aspect des crottes d'un veau nouveau-né varie en fonction de son âge et de son alimentation. Voici une description générale de ce qui est considéré comme normal :
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- Les premiers jours : Les premières crottes, appelées méconium, sont généralement foncées (noirâtres ou brun foncé), épaisses et collantes. Elles sont composées de cellules épithéliales, de mucus et de liquide amniotique accumulés pendant la gestation.
- Pendant la période d'alimentation au colostrum : Les crottes deviennent plus claires (jaunâtres ou brun clair), plus liquides et moins abondantes. Elles peuvent avoir une consistance pâteuse.
- Après le passage au lait : Les crottes prennent une couleur jaune paille à brun clair et une consistance plus ferme, mais restent molles. Elles ne doivent pas être trop liquides ni contenir de sang ou de mucus.
Anomalies à surveiller
Plusieurs anomalies dans l'aspect des crottes de veau peuvent indiquer un problème de santé :
Diarrhée : Crottes très liquides, fréquentes et abondantes. Elle peut être causée par des infections bactériennes (comme la salmonellose), virales ou parasitaires, des erreurs alimentaires ou un stress. Les salmonelloses sont des infections causées par les salmonelles (bactéries du genre Salmonella), généralement ingérées à partir d’aliments contaminés. Moins fréquemment les salmonelloses peuvent survenir après des contacts avec des animaux à sang-chaud ou sang-froid porteurs de la bactérie. Etant donné le large spectre d’animaux pouvant être porteurs de Salmonella, une grande variété de produits alimentaires, consommés crus, peu cuits ou ayant fait l’objet d’une contamination post-cuisson, peut être à l’origine d’une contamination humaine. Plus généralement, les conditions inappropriées de manipulation et de stockage des aliments, ainsi que les mauvaises pratiques d'hygiène personnelle, peuvent favoriser la propagation de ces bactéries. Plus rarement, la contamination peut avoir pour origine un contact direct avec un animal malade ou porteur sain par l’intermédiaire des mains, en particulier des reptiles ou des oiseaux. A ce propos, il faut rappeler que la grande majorité des reptiles sont des porteurs sains de Salmonella. Les infections causées par les Salmonella se manifestent le plus souvent sous forme de gastro-entérites. La durée d’incubation est généralement de 1 à 2 jours et dépend de la dose de bactéries ingérées, de la santé de l’hôte et des caractéristiques de la souche de Salmonella. Le diagnostic de la salmonellose repose sur une analyse des selles (coproculture) en laboratoire de biologie médicale. Chez des adultes de condition physique normale, la gastro-entérite disparaît généralement spontanément après 3 à 5 jours en moyenne. La meilleure protection contre le risque de salmonellose est une bonne cuisson des aliments, en particulier des viandes, à au moins 65° C pendant 5 à 6 minutes. Pour le steak haché congelé ou surgelé, la cuisson doit être effectuée sans décongélation préalable car elle augmente le risque de multiplication bactérienne. A la fin des années 1980, le nombre d’infections liées à la salmonelle de sérotype Enteritidis avait fortement augmenté en Europe suite à la contamination des élevages de poules pondeuses par ce sérotype. Les bactéries de ce sérotype avaient la particularité d’être présentes non seulement à la surface de la coquille de l’œuf, mais aussi dans le contenu même des œufs intacts. Il est pour cette raison depuis conseillé de conserver les œufs au réfrigérateur, de maintenir au froid les préparations à base d’œufs sans cuisson (mayonnaise, mousse au chocolat, crèmes et autres pâtisseries …) et de les consommer le plus rapidement après leur fabrication. Les salmonelloses d’origine alimentaire peuvent donner lieu à des foyers très importants sur un plan national voire international si un aliment commercialisé à large échelle se trouve contaminé. Ainsi, en 1994 aux Etats-Unis, une épidémie provoquée par une crème glacée aurait affecté 224 000 personnes. En France, une des plus importantes épidémies liées à ces bactéries est survenue en 1985. La salmonellose reste la deuxième cause d’infection gastro-intestinale chez l’être humain après la campylobactériose, et une cause importante d’infection d’origine alimentaire en Europe avec 60 050 cas confirmés en 2021, soit un taux de 15,7 cas/100 000 habitants. En 2021, 1 309 toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) ont été déclarées en France, affectant 11 056 personnes, dont 512 (5%) ayant nécessité une hospitalisation et 16 (0.14%) qui en sont décédées. Le Centre national de référence des Escherichia coli, Shigella et Salmonella (CNR), à l’Institut Pasteur, qui est en charge de la surveillance microbiologique des salmonelloses humaines, répertorie entre 8 000 et 13 000 isolements annuels de Salmonella chez l’être humain (12 118 en 2023). Au CNR, ces bactéries peuvent être différenciées en plus de 2 700 sérotypes par les techniques conventionnelles et en plus de 400 000 types après séquençage génomique. Le sérotype majoritaire est Enteritidis (filière avicole), suivi par le variant monophasique de Typhimurium (formule antigénique 1,4,[5],12:i:-), probablement disséminé via la filière porcine, et en troisième position, le sérotype Typhimurium (ubiquitaire). Les salmonelles sont des bactéries qui vivent dans le tube digestif des animaux et de l'être humain, des reptiles aux éléphants. Il existe plus de 2700 types de salmonelles. Certaines se sont adaptées au cours de l'évolution à des certains animaux et ne touchent que la volaille, ou les ovins ou encore l'être humain. Les salmonelles se trouvent à l'état naturel dans le tube digestif des animaux d'élevage. Les matières fécales issues de ces animaux peuvent rentrer en contact et contaminer du lait ou une carcasse de viande. La plupart des salmonelles sont des bactéries zoonotiques. Dans 90 % des cas, la transmission s’effectue par des aliments contaminés. Dans les 10 % restants, la contamination est liée au contact direct avec un animal. Certaines salmonelles comme Salmonella typhi et paratyphi, responsables des fièvres typhoïdes et paratyphoïdes, sont des bactéries strictement humaines, transmises d'humain à humain par l'intermédiaire de mains sales, souillées par exemple par des déjections ou via de l'eau contaminée par ces mêmes déjections. Pour les autres types de salmonelles, la contamination d’humain à humain est relativement rare. Par exemple lorsqu’une planche à découper sert à préparer un poulet cru contaminé, puis est réutilisée pour préparer une salade de tomates. Les bactéries provenant de la carcasse de poulet cru vont infecter la salade de tomates. Se laver des mains. Garder les œufs au réfrigérateur : les bactéries de type Salmonella cessent de se multiplier en dessous de 9 degrés. Réfrigérer les préparations à base d’œufs crus : les préparer au dernier moment et les garder au réfrigérateur. Bien cuire les aliments. Les bactéries comme les salmonelles ou les Escherichia coli ne supportent pas la chaleur. Dès qu'on atteint une température comprise entre 60 et 90 degrés, on détruit ces bactéries. Eplucher et rincer les légumes. Les légumes peuvent être souillés par de l'eau d'irrigation ou des fumiers d'origine animale contenant des bactéries pathogènes. Les symptômes de la salmonellose s’apparentent à ceux d'une gastro-entérite : troubles digestifs, nausées, vomissements, diarrhées et souvent fièvres. La salmonellose se détecte par des tests en laboratoire d'analyses médicales en effectuant une coproculture. Les premiers symptômes de la salmonellose apparaissent en moyenne entre 12 et 36 heures après l’ingestion d'un produit contaminé. Cela peut varier selon la quantité de bactéries absorbées. La salmonellose provoque une infection alimentaire. Toute personne consommant des aliments contaminés peut tomber malade. La salmonellose se détecte par des tests en laboratoire d'analyses médicales en effectuant une coproculture. Consommer un produit contaminé par quelques bactéries ne rend pas automatiquement malade. L’équation tient donc à la qualité des défenses et à la quantité de bactéries ingérées. On pourrait comparer cela à l'attaque d'un château-fort. Les assaillants, c'est le nombre de bactéries consommées. L’acidité gastrique, les douves. Les défenses immunitaires, la hauteur des murailles. En revanche, pour les personnes les plus exposées comme les personnes âgées, les très jeunes enfants, les femmes enceintes, les personnes sous traitement médicamenteux lourd, l'infection peut devenir plus sévère, la bactérie passant alors dans le sang. Dans ce cas, le laboratoire effectuera un antibiogramme,c’est-à-dire un examen visant à déterminer l’antibiotique actif sur la bactérie de type Salmonella.
Présence de sang : Indique une inflammation ou une lésion du tractus digestif.
Présence de mucus : Peut signaler une irritation ou une infection intestinale.
Crottes dures et sèches : Peut être le signe d'une déshydratation ou d'une alimentation inadéquate.
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Couleur anormale : Des crottes vertes peuvent indiquer un excès de bile, tandis que des crottes blanches peuvent être le signe d'une malabsorption des graisses.
Prévention et gestion des troubles digestifs
La prévention des troubles digestifs chez les veaux nouveau-nés repose sur plusieurs mesures clés :
- Assurer une bonne ingestion de colostrum : Le colostrum doit être administré rapidement après la naissance (dans les 6 premières heures) et en quantité suffisante (au moins 10 % du poids vif du veau).
- Maintenir une hygiène rigoureuse : Nettoyer et désinfecter régulièrement les locaux d'élevage, les équipements d'alimentation et les tétines.
- Fournir une alimentation de qualité : Utiliser du lait de remplacement ou du lait de vache pasteurisé, en respectant les quantités et les fréquences recommandées.
- Gérer le stress : Éviter les changements brusques d'environnement, les transports stressants et les manipulations brutales.
- Surveiller attentivement les veaux : Observer quotidiennement l'état général des veaux, leur appétit, leur comportement et l'aspect de leurs crottes.
En cas de diarrhée ou d'autres anomalies digestives, il est important de consulter rapidement un vétérinaire pour établir un diagnostic précis et mettre en place un traitement adapté.
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