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Sant Vicens à Perpignan : Une histoire de céramique, d'art et de tradition

L'histoire de Sant Vicens à Perpignan est intimement liée à la figure de Firmin Bauby, un homme aux multiples facettes : artiste dans l'âme, mécène visionnaire et homme d'affaires avisé. Son héritage, un centre de céramique de renommée internationale, continue de rayonner aujourd'hui, 80 ans après sa création.

Firmin Bauby : L'alchimiste de Sant Vicens

Né à la fin du XIXe siècle, Firmin Bauby était un homme d'avant-garde, passionné par l'art du XXe siècle. Issu d'une famille de juristes de Prades, il découvre très jeune sa vocation artistique lors d'une visite à l'atelier Sant Marti du sculpteur Gustave Violet. Cette révélation le marquera à jamais.

Après un passage à Paris où il devient décorateur et vit pleinement les années folles, il prend conscience de ses limites en tant qu'artiste. Il décide alors de devenir mécène, afin de permettre à d'autres créateurs de s'épanouir. Pour cela, il se lance dans les affaires et ouvre cinq poissonneries, amassant ainsi la fortune nécessaire à la réalisation de son projet.

En 1938, il achète le mas Cargolès à St Gaudérique, au sud de Perpignan, et le rebaptise Domaine Sant Vicens, en mémoire de son oncle et parrain. C'est là qu'il va donner vie à son rêve : créer un lieu de création et d'échange autour de la céramique.

La naissance de l'atelier Sant Vicens

En 1941, Firmin Bauby dépose un dossier en Préfecture pour officialiser son projet. Cependant, son homosexualité ouvertement assumée pose problème aux autorités de Vichy. C'est grâce à son ami Louis Antico, présenté comme le "bon mari et bon père de famille", que le projet est finalement accepté le 1er juillet 1942. Firmin n'apparaît alors dans les documents que comme "directeur artistique". Firmin Bauby bâtit le centre de céramique de Saint-Gaudérique en 1942.

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À la Libération, il constitue un groupe de céramistes, "la colla", et crée une salle d'exposition dans une des caves du mas. L'atelier Sant Vicens devient rapidement un lieu de rencontre et de création pour de nombreux artistes.

Un haut lieu de la céramique et de l'art

Jean Lurçat, qui a relancé la tapisserie d'art dans les années 30, est l'un des premiers à s'intéresser à la céramique et à choisir Sant Vicens pour ses créations. Avec le chef d'atelier Gumersind Gomila, un céramiste talentueux et technicien hors pair, il va y créer des pièces sublimes. Pendant 15 ans, de 1950 à 1965, il vient deux fois par an travailler en terre catalane. En 1951, Jean Lurçat rend visite à Firmin Bauby, et lui confie ses créations céramiques. Il séjourne deux fois par an à Sant Vicens, jusqu’à sa mort, en 1966.

D'autres grands noms de l'art suivent, tels que Picasso, qui profite de ses vacances à Perpignan pour faire de même, Dali, Piccard-Ledoux et Pierre Saint-Paul. Sant Vicens devient un centre d'excellence où les visiteurs de marque accourent. Les céramiques Sant Vicens sont un haut lieu de la céramique depuis 1942. De grands artistes ont contribué à la renommée internationale de l’atelier; comme Jean Lurçat, peintre cartonnier qui confie l’édition de ses céramiques à l’atelier de Sant Vicens dans les années 1950. Mais l’atelier a également vu défiler les plus grands noms de l’art, Pablo Picasso plusieurs fois dans les années 50, Salvador Dali en 1965.

L’atelier de céramiques Sant Vicens est situé rue Sant Vicens dans le quartier Saint-Gaudérique à Perpignan.

Une crèche de Noël pour tous

Firmin Bauby souhaitait que Sant Vicens soit un lieu ouvert à tous. Pour Noël 1949, il fait installer dans un foudre une crèche avec des personnages en céramique et invite la population à venir la voir. Cette crèche va devenir une institution, une tradition qui perdure encore aujourd'hui. Chaque année depuis 1949, les céramiques Sant Vicens s’impliquent dans la création d’une crèche de Noël. Pour les 80 ans, la maquette a été restaurée. On y découvrira la reproduction de l’atelier. Mais aussi et surtout les célébrités qui ont hanté le lieu au fil des ans : Dali, Picasso ou, plus Perpignanais, Jordi Barre, et bien d’autres encore.

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La transmission d'un savoir-faire

Aujourd'hui, c'est Claire Bauby, petite-nièce du fondateur, qui perpétue l'héritage de Firmin. Elle veille à transmettre le savoir-faire familial aux générations futures, tout en continuant à innover et à créer. Elle est la troisième personne à remplir le four, après Madeleine Antico, à l’époque de Firmin, puis son père Paul.

Elle travaille avec des artistes en résidence et développe ses propres collections, tout en conservant l'esprit d'ouverture et de partage qui a toujours caractérisé Sant Vicens. Elle essaie de transmettre à ses enfants. Mais ils ne sont pas dedans pour l’instant. Ses parents essaient de leur transmettre depuis toujours. À ses neveux aussi, Victor et Quentin. Ça leur plaît, mais pour l’instant, la prochaine génération se destine à autre chose. Ils ne sont pas encore sensibles à cette transmission. Ça lui est venu tard à elle aussi. Elle a compris récemment qu’en 80 ans elle était seulement la 3e personne à remplir le four. Il y a eu Madeleine Antico, à l’époque de Firmin, puis son père Paul, qui a aujourd’hui 78 ans et elle.

Les 80 ans de Sant Vicens

En 2022, Sant Vicens a fêté ses 80 ans. Pour marquer cet anniversaire, de nombreux événements ont été organisés, dont une exposition retraçant l'histoire du lieu et la sortie du roman d'Hélène Legrais, "L'Alchimiste de Sant Vicens", qui met en lumière la figure de Firmin Bauby et l'atmosphère unique de l'atelier. C'est pour fêter ses 80 ans et retracer cette riche histoire que le Mas Sant Vicens ouvre ses portes ce samedi 19 Novembre dès 15 heures.

L’Alchimiste de Sant Vicens est donc le 22ème roman d’Hélène Legrais, enseignante en journalisme à l’université et voix familière à la radio locale tous les matins à travers sa chronique sur l’histoire et le patrimoine des Pyrénées-Orientales. L’histoire d’un prof de maths à la retraite un peu grincheux, très cartésien et pourtant voisin immédiat de cet incroyable lieu de création fondé par le mécène et (spoiler) véritable alchimiste des lieux : Firmin Bauby. Sa rencontre avec une petite fille un peu perdue du voisinage, fascinée par cette façade recouverte de céramiques, va réussir à changer son regard porté sur l’art…

Les couleurs de Sant Vicens

La particularité des céramiques de Sant Vicens réside dans l'utilisation de couleurs vives et chatoyantes, qui font sa réputation. Claire Bauby maîtrise à la perfection la palette des couleurs, et utilise notamment le fameux "rouge Lurçat", une teinte profonde et charnue qui est un peu la signature des émaux de Sant Vicens. Le rouge Lurçat a beaucoup de matière et de texture. Il est hérité du talent de Jean Lurçat qui affectionnait les teintes à base de « cadmium ». « Ce rouge est très compliqué à travailler en décor, car le pinceau demande une grande précision. On le trouve en uni, mais en décor, c’est notre savoir-faire. Sa particularité est qu’il coule à la cuisson. Si on n’en met pas assez, il devient noir ou terne. Si on en met trop, il coule, ou il bulle.

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Sant Vicens : Un héritage précieux

Sant Vicens est bien plus qu'un simple atelier de céramique. C'est un lieu chargé d'histoire, un symbole de la créativité et de l'ouverture d'esprit. L'héritage de Firmin Bauby continue d'inspirer les artistes et les amoureux de l'art, et contribue au rayonnement culturel de Perpignan et de la région. A perpignan, depuis 1942, le Mas Sant Vicens est un haut lieu de création autour de la céramique : les créations de la famille Bauby d'abord, qui depuis 80 ans perpétue ce savoir-faire, mais aussi les créations de tous ces artistes de Lurçat à Picasso en passant par Dali qui ont trouvé ici un écrin pour exprimer leur génie.

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