L'accueil de la petite enfance en Suisse a connu une évolution significative au cours des deux dernières décennies. Autrefois considérée comme relevant de la sphère privée, la garde d'enfants s'est institutionnalisée, bien que de manière hétérogène selon les régions. Cet article se penche sur le fonctionnement des crèches, en particulier dans le canton de Fribourg, en abordant les défis liés au financement, à la disponibilité des places et à la qualité de l'accueil.
Un paysage suisse fragmenté
En Suisse, l'accueil de la petite enfance est une compétence cantonale, soutenue par la Confédération via la politique familiale. Toutefois, l'harmonisation nationale fait défaut, ce qui entraîne des disparités régionales. La Suisse romande affiche un taux de fréquentation des structures extra-familiales d'environ 50 %, tandis qu'en Suisse italienne, ce taux est inférieur à 25 %. Ces différences s'expliquent par des facteurs culturels et économiques, ainsi que par l'implication des familles et des proches dans la garde des enfants.
Le canton de Fribourg se distingue par son modèle de financement des crèches, qui repose sur une contribution des employeurs, du canton et des communes. Ce système vise à alléger la charge financière des familles et à garantir l'accès à des services de qualité.
Gouvernance à plusieurs niveaux
La politique de la petite enfance en Suisse se caractérise par une répartition des responsabilités entre les communes, les cantons et la Confédération, ainsi que par des liens étroits avec les organisations non gouvernementales et les initiatives privées. Les communes interviennent sur le terrain, la Confédération impulse et les cantons coordonnent. Chaque canton a sa propre législation et ses propres modes de financement pour l'accueil des enfants de 0 à 4 ans, l'école étant obligatoire à partir de 4 ans.
Un cadre légal existe au niveau confédéral, notamment l'ordonnance sur le placement d'enfant (1977), qui traite du placement à la journée et donne des indications sur le régime d'autorisation et de surveillance des structures d'accueil. En 2005, un amendement met en avant le bien-être de l'enfant.
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Le rôle des communes consiste à satisfaire le besoin d'accueil en assurant le nombre de structures et de places adéquates. Certaines communes délèguent l'exploitation de leurs structures à des associations, tandis que d'autres les municipalisent.
Le modèle fribourgeois : un financement tripartite
Le canton de Fribourg, à l'instar de Genève, Neuchâtel et Vaud, se distingue par la participation des employeurs au financement de l'accueil de jour. Ce modèle, qui repose sur une contribution des employeurs, du canton et des communes, vise à réduire les coûts pour les parents et à garantir un accès équitable aux services de garde.
Les employeurs versent une contribution, tandis que le canton et les communes fournissent des subventions et des locaux. Cette répartition des charges permet de maintenir des tarifs abordables pour les familles, tout en assurant la qualité des prestations offertes.
Des coûts encore trop élevés
Malgré les subventions et les différents modèles de financement, l'accueil de jour reste coûteux pour les parents en Suisse. En parité de pouvoir d'achat, les familles suisses dépensent en moyenne plus pour la garde de leurs enfants que dans d'autres pays. De plus, les tarifs parentaux varient considérablement en fonction des cantons et des communes.
Cette situation met en évidence la nécessité de poursuivre les efforts pour rendre l'accueil de la petite enfance plus accessible financièrement, notamment en augmentant les subventions et en harmonisant les tarifs.
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Pénurie de places et développement de l'offre
Depuis 2003, la Confédération soutient financièrement la création de nouvelles structures d'accueil en Suisse. Le canton de Vaud est un gros bénéficiaire de cette aide, ce qui a permis de doubler le nombre de places en douze ans. Cependant, malgré cette augmentation de l'offre, la demande des familles reste insatisfaite.
À Genève, l'accueil préscolaire s'est fortement développé depuis 2010, avec la création de nombreuses structures. Malgré ces efforts, le nombre de places reste insuffisant pour accueillir tous les enfants de 0 à 4 ans.
Ces besoins croissants s'expliquent par l'évolution de l'emploi des femmes, qui travaillent de plus en plus à temps partiel ou à temps plein. Il est donc essentiel de continuer à développer l'offre d'accueil pour répondre aux besoins des familles. Fin 2021, 7 433 places en crèches étaient disponibles.
Qualité de l'accueil et valorisation du métier d'éducateur
Le développement de la quantité doit aller de pair avec l'amélioration de la qualité de l'accueil. Dans le canton de Vaud, la loi cantonale fixe un double objectif : développer la quantité et assurer la qualité. L'Office de l'accueil de jour des enfants (OFAJ) est chargé d'éditer un cadre de référence et un référentiel de compétences pour le personnel.
Ce cadre stipule que l'encadrement doit être composé de 80 % de professionnels de la petite enfance et de 20 % d'autres personnels encadrants. Les professionnels sont des éducateurs (diplôme tertiaire) ou des assistants sociaux éducatifs (diplôme secondaire). La formation continue est encouragée et valorisée.
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Les institutions d'accueil doivent présenter un concept pédagogique qui définit leurs valeurs, leurs objectifs, leur approche, la place des parents et la formation continue. À Genève, une attention particulière est portée à l'accueil des enfants à besoins spécifiques et au développement sensoriel.
Le métier d'éducateur est valorisé en Suisse, notamment en termes de salaire. Cependant, le canton de Vaud connaît une pénurie de professionnels formés, ce qui constitue un défi pour l'avenir. Des mesures sont prises pour augmenter la capacité de formation des hautes écoles d'éducateurs et pour attirer de nouveaux talents dans ce secteur.
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