La crèche de Noël est une représentation artistique et religieuse de la naissance de Jésus de Nazareth. Elle prend la forme d'une scène miniature mettant en scène Marie, Joseph et l'Enfant Jésus dans une étable ou une grotte. Cette tradition, riche en symboles et en histoire, est particulièrement vivante à Metz et en Lorraine, où elle se transmet de génération en génération.
Origines et Signification de la Crèche de Noël
Selon l'Évangile de Luc, Jésus est né dans une étable parce que ses parents n'avaient pas trouvé de place dans la "kataluma", un terme que l'on peut traduire par "chambre d'hôtes". L'Évangile utilise le mot "phatnê", traduit dans la Vulgate par "praesepium", qui désignait une étable, souvent située au rez-de-chaussée d'une maison en Palestine, ou à l'extérieur dans une cour. Il pouvait également désigner la stalle d'une étable, le râtelier ou la mangeoire. Marie a donc placé Jésus dans cet endroit attenant à la "kataluma".
L'idée de la naissance de Jésus dans une grotte s'est développée au IIe siècle, notamment dans le "Dialogue" avec Tryphon de Justin de Naplouse. Les plus anciennes représentations de la Nativité proviennent de l'art paléochrétien, avec des fresques et des bas-reliefs datant du IIIe siècle et surtout des IVe et Ve siècles.
Au Moyen Âge, les mystères de la Nativité étaient joués sur les parvis des églises, dans des tableaux animés de "crèches spectacles". La tradition hagiographique raconte que saint François d'Assise (1182-1226), impressionné par sa visite à la basilique de la Nativité à Bethléem, voulut reproduire la scène de la Nativité pour les pèlerins d'Occident, qui ne pouvaient plus se rendre en Terre Sainte. Il utilisa une mangeoire remplie de foin, un âne et un bœuf réels dans une grotte près de l'ermitage de Greccio, en Italie centrale.
Très vite, des crèches dites définitives ont été construites, le plus souvent dans des couvents ou des églises. La plus ancienne crèche de ce type connue à ce jour date de 1252 et se trouve au monastère franciscain de Füssen en Bavière. Elle contient des personnages en bois de différentes tailles, de belle facture.
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Les premières crèches miniatures avec des statues indépendantes, installées pendant la période de Noël, sont apparues dans les églises et les couvents aux XVIe et XVIIe siècles grâce à l'ordre des Jésuites, dans le cadre de la Contre-Réforme catholique. Une première crèche de ce type est apparue à Prague en 1562, puis à Munich en 1608. Ces crèches servaient à la catéchèse en milieu rural. Ce modèle s'est progressivement répandu d'Italie vers l'Europe germanique au XVIIIe siècle.
La Crèche en Lorraine et à Metz
Des crèches miniatures sont également apparues dans les églises lorraines à la fin du XVIIIe siècle. Elles se sont plus généralement répandues dans les maisons des particuliers au début du XIXe siècle, après une courte période d'interdiction pendant la Révolution. Au XIXe siècle, de grandes crèches publiques ont également été érigées dans les métropoles européennes.
La démocratisation des crèches domestiques a été favorisée par la fabrication en série de figurines en plâtre peint et leur diffusion par des marchands d'objets religieux. Les matériaux, les techniques et la scénographie (crèche-armoire, hutte, "Mont de Nativité") ont connu une grande variété.
En Lorraine, une crèche, généralement rustique, était installée le 24 décembre par les adultes, au vu et au su des jeunes enfants, dans le salon ou la salle à manger, souvent sur un beau meuble, puis au pied d'un sapin, dont la tradition s'est répandue dans les années 1870-1890. L'enfant Jésus était généralement placé dans la crèche à minuit le 24 décembre.
Les personnages de la Sainte Famille sont bien sûr accompagnés d'animaux domestiques, d'un âne, qui a transporté Marie enceinte, et d'un bœuf, qui, selon la tradition, aurait réchauffé le nouveau-né de son souffle. Des bergers, à qui la bonne nouvelle de la naissance du Christ a été annoncée en premier, complètent le décor. Un ange est généralement installé au sommet de la crèche.
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Symboles et Traditions Associés à la Crèche
Connaître la signification des symboles qui font les traditions de Noël permet de leur accorder une plus grande importance.
- La couronne de l'Avent: Elle est faite de branchages de pin, arbre toujours vert, pour signifier la vie. Elle est nouée par un ruban rouge et ornée de pommes de pin. Le symbole du cercle rappelle que le temps des fêtes revient chaque année. Quatre bougies sont placées sur la couronne de l'Avent, et chaque dimanche de l'Avent, on en allume une de plus. La troisième bougie est le symbole de la joie de David, dont la lignée ne s'arrêtera pas.
- Le calendrier de l'Avent: Né en Allemagne au XIXe siècle, il a été créé par un père de famille pour faire patienter ses enfants. Le premier calendrier commercial est apparu en 1920.
- Le sapin de Noël: Arbre qui garde sa verdure en hiver, il est un symbole de vie quand le reste de la nature semble mort. Il a été intégré aux traditions de Noël car, dans la tradition judéo-chrétienne, l'arbre a une grande place : le livre de la Genèse commence d'ailleurs par un récit plaçant au cœur de l'action « l'arbre de la vie » au fruit attirant. L'arbre de Noël décoré, considéré comme l'arbre du Christ, est apparu en Alsace en 1521. Au XVIIe siècle, l'arbre de Noël a commencé à être illuminé avec de petites bougies, dont les flammes évoquent la lumière que Jésus apporte à tous les hommes.
- Saint Nicolas: C'est en Allemagne qu'il prend son origine, alors qu'il est encore saint Nicolas, un évêque très fêté. Importé aux États-Unis au XVIIe siècle par les immigrés allemands ou hollandais, il s'est transformé en un personnage plus convivial. Un pasteur a alors écrit en 1821 un conte nommant ce personnage « Père Noël ». Il a remplacé la mitre du saint Nicolas par un bonnet, sa crosse par un sucre d'orge et l'a débarrassé du Père Fouettard. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, saint Nicolas passe dans les maisons pour apporter aux enfants sages des friandises. Lors de sa « tournée », saint Nicolas distribue traditionnellement une orange et du pain d'épices portant son effigie. Il est accompagné du « Père Fouettard » qui punit les enfants qui ne méritent pas de cadeaux. Dans la tradition, les enfants doivent préparer de la nourriture pour l'âne de Saint-Nicolas. Une légende raconte que, dans la région Lorraine, entre Nancy et Metz, trois enfants partis glaner dans les champs se sont perdus sur le chemin du retour. Attirés par la lumière des fenêtres d'une maison, ils se sont approchés et ont frappé à la porte. Le saint Nicolas qui passe par là sur son âne frappe à son tour à la porte du boucher. L'homme n'ose pas rejeter un évêque et le convie à dîner. Son invité lui demande du petit salé. Le boucher comprend de suite qu'il est découvert et pris au piège. Saint Nicolas enchaîne le boucher à son âne et le garde auprès de lui pour le punir.
- L’Épiphanie: L’Épiphanie, vient du grec “apparition”. C’est l’évangile de Matthieu qui évoque dans le cadre du récit de la naissance de Jésus-Christ, la vénération du sauveur par des mages d’Orient. Selon la “Légende dorée” de Jacques de Voragine, sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin Ier, aurait lors d’un pèlerinage en Terre Sainte trouvé les reliques des Rois vers 326. Elle les offrit à l’évêque Eustache de Constantinople, qui les transféra à Milan à l’église Saint-Eustache. L’évêque Rainer von Dassel, les obtint en cadeau de l’empereur Frédéric Barberousse après sa victoire sur Milan, en 1164. Cet évêque les offrit, à la cathédrale de Cologne où elles se trouvent toujours exposées à la vénération des fidèles. Au XIIe siècle, on croyait que les Rois représentaient les trois continents : Europe, Asie et Afrique (l’Amérique n’est pas encore connue). Depuis le XVIe siècle, les enfants de chœur, déguisés et portant l’étoile de Bethléem, sillonnaient, pendant huit jours, les villages. Ils s’arrêtaient aux maisons pour y chanter un vieux cantique, une chanson de quête, de 14 strophes, qui racontait l’arrivée des Rois en Palestine. Ce chant rappelle les mystères du Moyen-Âge, petites piéces jouées sur les parvis des églises et des cathédrales : « Es kommen drei Könige aus dem Morgen -Land, sie kommen daher von Gott gesand … ». Puis un des rois, prend la parole et dit : « Ich bin der kleine König gib mir nicht zu wenig, lasst mich nicht so lange stehen, wir müssen heute Abend noch weiter gehn ». Les familles qui les accueillaient, leur donnaient une pièce ou une tranche de gâteau appelée tranche du pauvre. Ils les remerciaient en chantant les paroles suivantes : « Ihr habt uns eine Bescherung gegeben, drum sollt ihr das Jahr mit freude erleben.
Le Circuit des Crèches en Moselle
Pour les amateurs, un itinéraire des crèches de Noël peut être suivi à travers la Moselle, offrant un aperçu de la diversité des traditions locales :
- Schwerdorff: Visite de l’église Notre-Dame-de-l'Assomption et exposition de crèches miniatures du monde entier.
- Bouzonville: Les personnages sculptés de la crèche de l’Abbatiale Sainte-Croix viennent d’Oberammergau en Bavière.
- Odenhoven: Maison Lorraine d'Oberdorff avec une ancienne crèche de l’église Saint-Martin du XVIIIe siècle et plusieurs crèches du Pays de Nied.
- Merten: Crèche impressionnante et animée de l'église Notre-Dame et crèche animée au Café Schober.
- Creutzwald: Crèche de Noël préparée par des jeunes bénévoles à la Villa Notre-Dame de la Clairière et Village du Père Noël.
- Diesen: Crèche de l'église paroissiale Notre-Dame-de-la-Paix avec des paysages représentant Nazareth et Jérusalem.
- Freyming-Merlebach: Crèche de la Chapelle de la Mission Catholique Slovène, inspirée de la montagne noire près de Carcassonne.
- Ham-sous-Varsberg: Crèche extérieure montée par la commune et crèche Chez la famille Robinet, une attraction locale.
- Hargaten-aux-Mines: Crèche traditionnelle installée par le Conseil de fabrique avec l’aide de la chorale paroissiale et de bénévoles.
- Vaudreching: Grande crèche de l'église paroissiale Saint-Rémi avec plus de 200 personnages et 22 moteurs.
- Ébersviller: Crèche extérieure illuminée la nuit.
- Boulay-Moselle: Crèche représentant la Nativité, la ville de Bethléem et Jérusalem.
- Longeville-lès-Saint-Avold: Église paroissiale Saint-Magne.
- Saint-Avold: Crèche de l'église Saint-Jean-Bosco.
- Folschviller: Crèche traditionnelle mise en place par les bénévoles du Club Loisirs et de l’AAFPA.
- Altviller: Crèche composée d’un village avec des santons fabriqués entièrement à la main et habillés par le Club Patchwork.
- Destry: Crèche composée de santons de 50 à 60 centimètres de haut du début du XXème siècle, grâce à la collaboration des enfants du village.
- Herny
- Créhange: Crèche de la famille Luxembourg composée de 130 personnages rappelant la bible et de plus de 200 animaux miniatures, alimentée par 6 pompes et des moteurs faisant tourner les pâles des moulins.
- Bambiderstroff: Crèche traditionnelle en bois décorée par des maisonnettes de style palestinien au milieu d’un paysage de rochers.
- Raville: Exposition de crèches à l'église réalisées en dentelle aux fuseaux ainsi que toute la décoration se rapportant à Noël. Également des crèches en Tiffany et en céramique.
- Bionville-sur-Nied: Crèche de la Famille Kahl, construite en 1910.
- Sanry-sur-Nied: Crèche monumentale chez les santonniers FICI.
Les Défis et Controverses Autour de la Crèche
La crèche de Noël, bien qu'étant une tradition populaire, suscite parfois des controverses, notamment en raison de son caractère religieux. En France, la question de la présence de crèches dans les lieux publics, tels que les mairies, fait régulièrement débat.
Certains considèrent que l'installation de crèches dans les lieux publics est contraire au principe de laïcité, tandis que d'autres estiment qu'il s'agit d'une tradition culturelle et historique qui doit être préservée. Des affaires judiciaires ont même eu lieu à ce sujet, avec des décisions variables selon les circonstances.
À Metz, des actes de vandalisme ont été commis contre des crèches, comme la décapitation de personnages à la crèche de la gare en décembre. Ces actes témoignent de la sensibilité du sujet et des tensions qu'il peut susciter.
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La Crèche : Plus qu'une Tradition, un Symbole
Malgré les controverses, la crèche de Noël reste un symbole fort de la tradition chrétienne et de la culture populaire. Elle représente la naissance de Jésus, un événement central de la foi chrétienne, et rappelle les valeurs de partage, de solidarité et d'espérance.
Pour beaucoup, la crèche est avant tout un symbole familial et un moment de convivialité. Sa préparation et son installation sont souvent l'occasion de se réunir et de partager un moment de joie et de créativité.
La crèche de Noël à Metz, avec son histoire riche et ses traditions vivantes, continue de témoigner de l'importance de cette représentation de la Nativité dans le cœur des Lorrains. Elle est un symbole de foi, de culture et de partage, qui se transmet de génération en génération.
L'Avenir de la Crèche de Noël
Dans un monde en constante évolution, il est important de préserver et de valoriser les traditions qui font la richesse de notre patrimoine culturel. La crèche de Noël, avec ses symboles et ses valeurs, a encore beaucoup à apporter à notre société.
Il est essentiel de trouver un équilibre entre le respect de la laïcité et la reconnaissance de la diversité culturelle et religieuse. La crèche de Noël peut être un vecteur de dialogue et de compréhension mutuelle, à condition d'être présentée dans le respect des convictions de chacun.
En encourageant la créativité et l'innovation, il est possible de faire évoluer la tradition de la crèche de Noël tout en préservant son essence et sa signification profonde. La crèche de Noël à Metz, avec son histoire et ses traditions locales, peut être un modèle de cette évolution.
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