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Marcel Carbonel : Une figure emblématique de l'art santonnier provençal

Introduction

L'histoire des crèches provençales est intimement liée à la vie d'un village du XIXe siècle, où les habitants se rendent à l'étable qui a vu naître Jésus-Christ. Au cœur de cet art, un nom résonne avec force : Marcel Carbonel. Né en 1911 et décédé en 2003, il a marqué de son empreinte l'univers des santons, ces petites figurines d'argile qui animent les crèches de Noël. Cet article se propose de retracer l'histoire de cet homme, de son entreprise et de son héritage dans le monde des santons.

L'univers de la crèche provençale

La crèche provençale ne se limite pas aux figures traditionnelles de Jésus, Marie, Joseph, l'âne, le bœuf et les trois rois mages. Elle met en scène tout un village provençal typique, avec ses habitants, ses animaux, ses champs, son puits, ses fontaines, son café, sa mairie et ses maisons. On y retrouve des métiers et des scènes de la vie quotidienne : joueurs de boules, joueurs de cartes, un instituteur, le maire du village, des bergers, des pêcheurs, des lavandières, sans oublier l'incontournable « Lou Ravi », personnage naïf et simple d'esprit.

Marcel Carbonel : Un santonnier d'exception

S'il existe un classement des santonniers qui ont marqué l'histoire de l'art provençal des crèches de Noël, Marcel Carbonel figure en tête de liste. Son influence a été telle qu'aux États-Unis, on ne dit pas "un santon" mais "un Carbonel". Il est celui qui a fait prendre un virage à 180° aux santons en s'attachant à affiner leurs traits, à mettre de la couleur à leurs vêtements, à les rendre beaux.

Un héritage familial

Marcel Carbonel crée son atelier en 1935, dans le quartier Saint-Victor, à Marseille. Mais cette histoire commence bien avant : son père, Victor Carbonel, réalisait des crèches en liège et les vendait à la Foire internationale de Marseille dès la fin du XIXe siècle. Le jeune Marcel grandit dans cet univers et s’initie à la couleur. Après le décès de son père, il lance son atelier de santons.

Un artiste novateur

Marcel Carbonel a marqué son temps en faisant évoluer le santon, en lui apportant un style unanimement reconnu, en privilégiant le respect du détail, en le parant de couleurs délicates et vives. Il fabrique ses propres couleurs en broyant des pigments. Le succès de ce créateur réside dans l’extrême qualité de son modelage et le choix des teintes, qui, une fois définies, ne changeaient plus. Il crée ainsi un santon type servant de modèle à tous les autres. Ce qui lui a permis de réaliser des catalogues pour les détaillants parisiens ou étrangers. Il était enfin possible de commander cinquante « saint Joseph » tous parfaitement identiques et d’une qualité constante !

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Reconnaissance et distinctions

En 1961, Marcel Carbonel est le premier à obtenir le titre de "Meilleur Ouvrier de France" dans la discipline « santonnière ». Il a également créé le Salon International des Santonniers d'Arles en 1958, avec Jean Héritier et Jean-Maurice Rouquette. Ce salon est devenu la plus grande manifestation artistique de France dans la spécialité.

L'entreprise Marcel Carbonel : Tradition et modernité

L'entreprise familiale des Santons Marcel Carbonel prolonge ce travail commencé en 1935. Elle a su rester fidèle aux valeurs du santonnier traditionnel, tout en développant une véritable entreprise, réussissant ce pari fou de produire un nombre important de santons tout en veillant à préserver des méthodes garantissant une réelle qualité artisanale et un respect de la tradition sans tomber dans les modes commerciales du moment.

Une production artisanale

Aujourd'hui, les ateliers Carbonel emploient 35 salariés à temps plein, sans compter les renforts hivernaux, et produisent environ 2.000 santons par semaine. 15 à 20 % d'entre eux sont expédiés à des clients étrangers, des USA, de Suisse, mais aussi aux Emirats arabes unis et jusqu'en Nouvelle-Zélande.

Transmission et reprise

En 1976, Marcel Carbonel laisse la direction de l'entreprise à son gendre Alfred Renoux et à sa fille Danièle. Leur fils Philippe Renoux leur succède en 1993. Faute de transmission familiale, les santons Marcel Carbonel ont été repris par deux jeunes frères entrepreneurs, Hugo et Baptiste Vitali, qui connaissaient bien la famille Carbonel.

La collection Marcel Carbonel : Un patrimoine en vente aux enchères

La collection personnelle de Marcel Carbonel, composée de quelque 2.500 santons, répartis en 300 lots, a été vendue aux enchères à Marseille. Cette collection était exposée jusqu'en 2020 dans un petit musée attenant aux ateliers. Celui-ci a fermé avec le Covid, et n'a jamais rouvert.

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Un inventaire éclectique

Parmi les plus beaux lots de la vente, on trouvait la crèche complète d'Emilie Puccinelli-Meinier, sacrée meilleure ouvrière de France en 1965. Mais certaines pièces historiques, comme la crèche d'Eglise de Marcel Carbonel, avec des santons tailles humaines, étaient également à la vente. La collection recelait également quelques pièces étonnantes, comme une crèche en mie de pain, des santons de Naples, et même des pièces de pays d'Amérique du Sud, d'Inde et d'Alaska.

Dispersion d'un patrimoine

La vente aux enchères de la collection Marcel Carbonel a suscité des réactions mitigées dans le monde des santonniers. Certains regrettent la dispersion de ce patrimoine, tandis que d'autres y voient une logique économique.

Le santon de Provence : Un art menacé ?

La tradition des santons de Provence se perpétue depuis près de 250 ans à Marseille. Ces dernières années, les artisans santonniers se battent pour transmettre leurs entreprises et protéger ce patrimoine local.

La foire aux santons de Marseille

Installé en enfilade sur les étals de la foire aux santons de Marseille, chaque petit personnage d’argile raconte une histoire. La tradition provençale, d’abord, qui se passe de main en main depuis le 18e siècle pour composer la crèche. C’est aussi le cordon ombilical d’une tradition familiale.

Protection et valorisation du santon de Provence

Michel Bouvier travaille depuis 2016, avec ses confrères, à la création d’une « Indication Géographique » pour protéger le santon de Provence. D’autres se sont mis aux footballeurs de l’Olympique de Marseille ou aux joueurs de la partie de cartes de Marcel Pagnol. Mais tous affichent fièrement la pancarte « Santons de Provence » sur le devant de leur stand.

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tags: #creche #carbonel #histoire

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