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La Crèche aux Mille Santons : Une Histoire de Tradition et de Foi

Chaque année, le rituel se répète. Il faut fouiller au grenier ou chercher dans la cave la vieille boîte où, depuis presque un an, tous les personnages attendent patiemment de revoir le jour. Ces figurines, souvent en argile, parfois en plâtre, représentent bien plus qu'une simple décoration de Noël. Elles incarnent une tradition séculaire, un récit universel revisité à travers le prisme de la culture locale. C'est l'histoire de la crèche, et plus particulièrement, celle de la crèche aux mille santons.

L'Origine de la Crèche : Un Outil Pédagogique Devenu Tradition

À l'origine, la crèche n'est qu'un outil, un décor rendant plus réalistes et frappantes les représentations « théâtrales » organisées à l'intérieur puis à l'extérieur des églises. Saint François d'Assise, se rendant compte de l'efficacité du procédé, aurait été le premier en 1223 à créer une crèche vivante dans un cadre naturel, avec l'aide des villageois de Greccio. Son exemple fut suivi dans toute la chrétienté, y compris en France sous la forme de représentations pieuses appelées « mystères ». Au Moyen Âge, à une époque où les grands spectacles étaient toujours religieux, Noël était une sorte de blockbusters des spectacles qu’on présentait. Le premier à avoir eu l’idée de mettre de vrais animaux, aux côtes des comédiens et donc l’inventeur de la crèche vivante c’est François d’Assise. La vogue des crèches vivantes, à la fin du Moyen Âge, ne fait pas pour autant disparaître les crèches décoratives.

La dévotion à l'Enfant Jésus et les représentations de la Nativité et des Mystères théâtraux existaient auparavant. C'est à la fin du XVIIIe qu'apparaît la crèche familiale, avec de petites figurines mobiles, dont "le développement est parallèle à celui de jouets pour enfants, qui prennent leur essor au XIXe siècle", explique l'historienne. La Révolution a aussi pu être "un facteur favorable", la limitation du culte incitant à ramener les crèches dans la sphère privée.

Peu après, dans les toutes premières années du XIXe, "on voit arriver des fabricants de santons sur les marchés provençaux. Les petites crèches familiales se popularisent", ajoute-t-elle.

La Crèche Provençale : Un Instantané de la Société

La crèche provençale, en particulier, est un véritable microcosme de la société locale. Elle met en scène la Sainte Famille, bien sûr, mais aussi tout un peuple de personnages typiques de la région. La crèche commémore le soir de Noël. Dans chaque crèche, on donc retrouve la Sainte Famille, abritée dans un décor d’étable : l’Enfant Jésus est entouré de Saint Joseph et de la Vierge Marie. Ce sont les santons essentiels de la crèche, vers lesquels convergent tous les autres. Une grande procession s’organise dans le village pour rejoindre l’étable. On y retrouve des personnages traditionnels : les bergers et leur troupeau, l’aveugle et son fils, les boumians ou bohémiens, le vieux et la vieille, le ravi, et différents personnages représentant des métiers provençaux. Ils sont guidés par le santon de l’ange Boufarèu, qui souffle dans sa trompette pour alerter le village de la naissance de l’enfant.

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Aux retardataires, une seule solution : se réfugier dans les grottes des collines qui servent d’étables. La vraie crèche, elle, ne l’était pas : c’était une étable sale et puant le fumier. Un bœuf y était attaché, ainsi que l’âne avec lequel les nouveaux arrivants ont voyagé.

La crèche provençale est une crèche de noël présentant les différents personnages et petits métiers de la Provence. Le mot "crèche" proviendrait du mot "mangeoire" [non pas étable comme beaucoup de gens le pensent !].

À l'opposé de la crèche, la caravane des Rois Mages s’avance vers l’étable qui accueille l’Enfant Jésus. Voici Melchior, Gaspard et Balthazar, les rois mages, ces sages d’Orient. Ils sont riches comme le prouvent leurs beaux habits, qui tranchent sur l’humble vêture des autres santons et les magnifiques ­présents qu’ils apportent : or, myrrhe et encens, denrées de luxe. L’or pour le roi qui vient de naître, l’encens pour le Dieu qu’il est, la myrrhe, avec laquelle l’on embaumait les cadavres, pour rappeler que ce Dieu Roi est mortel comme les hommes pour qui il s’est abaissé, par amour pour eux. N’étant pas juifs, ils représentent l’universalité du salut qui n’est plus destiné au seul Israël. L’un est noir, l’autre blanc, le troisième jaune, renvoyant aux continents alors connus, Afrique, Europe et Asie.

Car, si la crèche, telle qu’elle s’est codifiée, est un instantané de la société provençale au tournant du XIXe siècle, avec ses métiers, costumes, usages, elle n’est pas figée, et les santonniers ont su, au fil du temps, ajouter d’autres professions et même des figures médiatiques, politiciens ou acteurs. On a même pu voir fleurir ces dernières années des santons père Noël, Bernard Tapie, Gilets jaunes…

Les Santons : Des Petits Saints Façonnés avec Passion

Les crèches n’existeraient pas si la tradition n’était pas transmise par des santonniers de talent. Depuis deux siècles, de Marseille à Aix en passant par Aubagne, des artisans proposent chaque année de nouvelles créations, personnages et décors, pour embellir toutes les crèches de Provence. Chaque année si on le peut, on achète un nouveau santon pour compléter la collection, en se rendant à une foire aux santons. La première foire est apparue à Marseille en 1803. Aujourd'hui, à l'occasion des foires et marchés de noël, nombreuses sont les communes de Provence qui proposent la vente de santons.

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C’est au début du XIXe siècle que le sculpteur marseillais Jean-Louis Lagnel crée les premiers santons de Provence. Les personnages sont alors réalisés en argile, façonnés dans un moule de plâtre puis séchés au soleil. Ils sont ensuite peints à la main par l’atelier du santonnier. Cette standardisation permet de populariser la pratique de la crèche, jusqu’ici réservée aux milieux les plus aisés. La première foire aux santons a lieu en 1803 à Marseille et lance la longue tradition des marchés aux santons, dont les plus fameux sont ceux d’Aubagne, d’Apt, dans le Lubéron, d’Aix et de Marseille.

Marcel Carbonnel un des grands santonniers de Provence a développé à travers ses santons, les personnages typiques ou célèbres de la région.

La Crèche aux Mille Santons : Un Spectacle Émerveillant

Parmi les nombreuses crèches provençales, certaines se distinguent par leur taille et leur richesse. C'est le cas de la crèche aux mille santons, une installation grandiose qui émerveille petits et grands. On en trouve de magnifiques exemples à l'église Saint-Michel de Puimoisson, dans les Alpes de Haute-Provence, ou encore à l'église Saint-François-Xavier de Paris, considérée comme la plus grande de la capitale. À chaque Noël, cette somptueuse église parisienne installe son incroyable crèche aux 1000 santons, considérée comme la plus belle de la capitale.

Cette extraordinaire crèche composée de plus de 1000 santons témoigne de la générosité des paroissiens, puisque chaque personnage a été offert par une famille ou une personne au fil des années… Et le résultat est spectaculaire ! Dans ce village provençal miniature, on observe des dizaines de scènes de la vie quotidienne en attendant l’arrivée du petit Jésus. Considérée par beaucoup comme la plus belle crèche de Paris, elle restera en place de l’Avent (4 semaines avant Noël) au Nouvel an.

De nos jours, la plus grande crèche est celle de Grignan, extraordinaire avec plus de 1000 santons sur plus de 1000 mètres carrés. Elle couvre plus de 1100 m2 et met en scène plus de 1000 santons. Le village comprend environ 80 maisons pouvant mesurer 1 mètre de hauteur. Cette crèche est d'ailleurs homologuée par le Guinness des records ! Pas loin derrière il y a celle d’Avignon. La crèche provençale d'Avignon est également célèbre. Elle occupe plus de 50 m2 et met en scène plus de 600 santons.

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L’église de la Sainte Trinité à Magny-Lambert abrite actuellement une crèche remarquable de seize mètres carrés réalisée par Yannick Baudey, un habitant du village passionné par les crèches et collectionneur de santons.

Posséder un millier de santons et une passion pour les crèches, c’est très joli, mais comment mettre en valeur cette collection ? Sur une proposition du maire Jean-Claude Funès, la crèche a trouvé sa place dans l’église où depuis huit ans elle est reconstruite chaque hiver. “Cela me demande plusieurs jours de travail : une journée pour la préparation, la mise en place de la structure et du décor avec le sable, la mousse, les branches, etc., une journée pour mettre en scène tous les santons et une journée pour tout remballer” explique Yannick Baudey. Quand on aime, on ne compte pas !

Installation de la Crèche : Un Rituel Familial

Traditionnellement, c'est à la Sainte-Barbe (ou pour faire simple, le premier dimanche de décembre) qu'on la monte et après la chandeleur qu'on l'enlève. Pour installer la crèche dans la pièce principale de la maison, on en profite pour faire un peu de rangement et dégager l'emplacement (dessus de cheminée, table haute ou buffet-vaisselier selon l'âge des enfants ou des petits-enfants…). La crèche ne doit de toute façon jamais être placée en contre-bas : elle doit dominer pour être vue ! Puis on profite des rayons de soleil d'un dimanche en famille pour aller dans la forêt ramasser la mousse qu'on fait sécher près de la cheminée au moins une nuit, pour en enlever l'humidité (qui, sinon, ne manquerait pas de mouiller les pieds des santons et d'abîmer la poterie). On ramasse aussi quelques branchettes : cistes cotonneux, thym, romarin, petit houx avec ses boules rouges, chêne vert…pour le décor et un peu de lichen pour symboliser la neige. Un peu de papier alu fera un superbe ruisseau (enfant c'était l'alu d'une tablette de chocolat qu'on gardait précieusement pour emballer le goûter !). Quelques pierres ou galets de Durance symboliseront les collines, quelques branches, la forêt…quelques pincées de farine, la neige (ou quelques débris de coton).

Décorée de houx et de guirlandes, la grotte est généralement pimpante.

Au-Delà de la Tradition : Un Message d'Humilité et d'Espoir

Au-delà de l'aspect folklorique et décoratif, la crèche véhicule un message profond. Elle nous rappelle l'humilité de la naissance du Christ, venu au monde dans une étable, entouré d'animaux et de bergers. Elle nous invite à la simplicité, à la contemplation et à l'espérance.

Luc y fait directement allusion, expliquant que Marie et Joseph, venus à Bethléem pour être recensés, n'avaient pu trouver place dans la salle commune de leur hôte. L’empereur régnant, Auguste, a ordonné le recensement des habitants de l’empire. Un édit les oblige à se faire enregistrer dans leur ville d’origine, mais les descendants de David sont nombreux, au point qu’il ne reste pas une chambre dans les auberges, ni chez l’habitant. Nous sommes à Bethléem, en Judée, non loin de Jérusalem, illustre pour avoir vu naître le roi David. Une prophétie l’a autrefois proclamé : « Ô toi, Bethléem de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les cités de Juda car de toi sortira le Berger qui fera paître mon peuple d’Israël », c’est-à-dire le ­Messie qui relèvera la grandeur du Peuple élu.

Debout, il y a ce jeune homme barbu, simplement vêtu, un bâton à la main. Il n’en a pas l’air mais il est prince, car il descend de David. D’où la nécessité pour lui de venir à Bethléem bien qu’il vive à ­Nazareth, en Galilée, où il exerce le métier de charpentier. Il s’appelle Joseph. Il n’est pas le père de l’enfant qui va naître. De lui, on ne connaît pas un mot, il est le grand silencieux qui obéit à Dieu sans hésiter. Tout au plus sait-on qu’il est juste. Son rôle n’est pas seulement de donner un statut à l’enfant et à sa mère, mais aussi ­d’exercer ­véritablement ses prérogatives paternelles et d’élever ce fils venu du ciel. À côté de Joseph, Marie, sa jeune épouse. Près de son terme, elle a accompagné son mari car elle sait que l’enfant hors du ­commun qu’elle porte est le Berger attendu. Il doit naître ici, à Bethléem, « la maison du pain », car il rassasiera les multitudes. Marie est celle qui a cru à la parole de Dieu. Elle lui a été adressée par l’ange Gabriel neuf mois plus tôt : « Salut, Comblée de grâce. Tu es bénie entre toutes les femmes. Voici que tu concevras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. » Traditionnellement, Marie est représentée habillée en bleu et blanc. Le bleu céleste de son manteau rappelle sa maternité divine. Le blanc, sa virginité perpétuelle et son privilège d’avoir été préservée du péché originel, rétablie dans la perfection que Dieu voulait pour ses créatures, avant qu’elles n’en soient privées par la désobéissance d’Adam et Ève, qui ont écouté le serpent tentateur et douté de la bonté divine. L’usage de la revêtir de ces couleurs remonte au XVIIe siècle et au peintre espagnol Murillo. Le peintre des madones renonce à les montrer drapées d’or et de pourpre, selon l’usage qui souligne la majesté des icônes byzantines. Certes, Marie est reine, mais cette royauté s’est abaissée afin que nous puissions nous blottir contre elle et nous dire ses enfants. Debout ou à genoux dans un geste d’adoration, elle est toujours penchée avec tendresse sur le berceau, vide jusqu’au douzième coup de minuit, heure à laquelle, à l’église, clergé et fidèles iront en procession déposer ­l’Enfant Jésus dans la crèche en chantant « Il est né, le divin enfant ». Dans un instant, elle mettra son fils au monde, l’enveloppera de langes et le ­couchera dans la mangeoire, sous les naseaux des bêtes qui le réchaufferont. Elle le nommera Jésus, « Dieu sauve », comme Gabriel le lui a ordonné. Le nouveau-né dans la crèche, sans défense, qui dérange nos sociétés. C’est le Roi des rois, le Fils du Dieu tout-puissant, créateur de l’univers. Il n’a pas voulu paraître dans sa gloire, mais sur la paille, afin que nous n’ayons pas peur de lui. Seuls les yeux de l’amour et de la foi assurent qu’il est le « Fils de Dieu, plein d’amour et de vérité ». Mais il faut avoir purifié son regard de ses certitudes et de ses prétentions pour le comprendre.

Voici les bergers, mal considérés de la société, pauvres, errants, en marge. Et cependant, des milliards d’anges sont descendus du ciel pour les avertir, eux, et non le gouverneur romain ou le roi Hérode. « Je vous annonce une grande nouvelle ! » : le Sauveur attendu depuis des millénaires est né. Les bergers ont écourté leur sommeil et emporté le peu qu’ils avaient : du lait, du fromage, des agneaux, pour en faire présent aux nouveaux parents. Personne ne les voit, ces anges, et l’on ricane de celui que la Provence a appelé Bouffareou. Maladroitement perché sur la crèche, les joues gonflées à exploser, il souffle dans sa trompette, décidé à tirer ­l’humanité de son endormissement. On ne les voit pas, les anges, car le poids du monde matériel cache l’essentiel, mais ils sont là, près de nous, guides et gardiens, nous poussant à approcher de la crèche. Ils sont les pauvres créatures promises à la boucherie ou aux sacrifices du temple. Abandonnés, ils pressentent que cet enfant sera le Bon Pasteur, celui qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent, toujours prêt à partir à leur recherche quand elles se perdent et qui donnera sa vie pour les défendre. Eux, c’est nous.

La Pastorale : Une Tradition Vivante

Au fil du temps, la crèche s’est doublée de nouvelles représentations, et s’est vue enrichie par la pratique de la pastorale, pièce traditionnelle provençale ayant pour thème la Nativité. Cette tradition remonte au XIXème siècle et s’inspire directement des personnages de la crèche provençale. Chaque santon de la crèche voit son histoire développée dans ces pièces. Si la pastorale la plus connue est la Pastorale Maurel, écrite intégralement en provençal en 1844, il existe un nombre incalculables de pièces plus confidentielles. En Provence, de nombreux villages ont leur propre version de la pastorale, jouée par les habitants pendant la période de Noël. Aujourd'hui nombreuses sont les communes à proposer une pastorale avant noël ou avant la messe de minuit (comme le voulait la tradition). La plus célèbre est la Pastorale Maurel qui comprend 5 actes tous en provençal. Elle a été créée en 1844. L'histoire, toute simple, est la suivante : les bergers (les pastres) sont avertis de la naissance de Jésus et se rendent à l'étable, suivis par leurs moutons, pour lui offrir des cadeaux. En chemin, ils réveillent les villageois qui les suivent au son du tambourin et du galoubet. Le cortège s'agrandit au fur et à mesure. Chacun apporte des offrandes. Les pastorales n'ont jamais été jouées par des professionnels !

Crèches du Monde : Un Écho Universel

Si la crèche est particulièrement ancrée dans la tradition provençale, elle est également présente dans de nombreux pays du monde, avec des spécificités locales. Si la crèche n'a pas pris chez les protestants, dans les pays catholiques elle s'est développée avec des spécificités locales: "retablos" naïfs péruviens ou "pyramides de Noël" en bois allemandes, "szopkas" polonaises en papier d'aluminium ultra-coloré…Depuis 2018, le Vatican expose une centaine de crèches du monde à l'approche de Noël. A Lille et Landogne près de Clermont-Ferrand présente des crèches du Monde.

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