L'accès à l'avortement aux États-Unis est devenu un sujet de discorde majeur, caractérisé par un paysage juridique complexe et des inégalités croissantes. La décision de la Cour suprême dans l'affaire Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization a annulé l'arrêt Roe v. Wade, qui garantissait le droit à l'avortement au niveau fédéral depuis près de 50 ans. Cette révocation a laissé chaque État libre d'autoriser ou d'interdire l'avortement, entraînant une disparité significative dans l'accès aux soins reproductifs à travers le pays. Dans ce contexte, de nombreux Américains se retrouvent confrontés à des choix difficiles, certains envisageant même de déménager pour vivre dans un État où leurs valeurs en matière de droits reproductifs sont respectées.
L'Impact de la Décision Dobbs sur l'Accès à l'Avortement
La décision Dobbs v. Jackson Women’s Health a eu des conséquences immédiates et profondes sur l'accès à l'avortement aux États-Unis. Dans les 30 jours suivant la décision, 43 cliniques dans 11 États ont cessé de fournir des soins d’avortement. Cent jours après la décision, ce nombre est passé à 66 dans 15 États. Quatorze États, dont le Texas, interdisent désormais les IVG, et huit autres en restreignent drastiquement l’accès. Près de 23 millions d’Américaines en âge de procréer ne peuvent plus avorter dans l’État dans lequel elles vivent.
Cette situation a engendré une augmentation du nombre de patientes se rendant dans d’autres États pour obtenir un avortement. La proportion de ces patientes a doublé, atteignant près d’une sur cinq au premier semestre 2023, contre une sur dix en 2020. Les États qui conservent le droit à l’IVG s’attendaient à un afflux de résidents issus de la vingtaine d’États où l’avortement devrait être criminalisé ou fortement restreint.
Les Obstacles Financiers et Logistiques à l'Avortement
Malgré la possibilité de voyager vers un État où l'avortement est légal, de nombreuses femmes sont confrontées à des obstacles financiers et logistiques considérables. Un avortement aux États-Unis coûte entre 600 et 2 600 dollars, sans compter les frais de voyage. Les populations marginalisées sont les plus impactées par ces coûts, car elles ont souvent peu accès aux informations et aux professionnels de santé.
De plus, le Hyde Amendment interdit la prise en charge du coût d’une IVG par une assurance santé financée par l’État fédéral, à l’exception des cas de viol, d’inceste ou de danger immédiat pour la femme enceinte. En conséquence, de nombreuses femmes doivent supporter le coût total de l'avortement, ce qui peut être prohibitif.
Lire aussi: Réalités de l'avortement en Espagne
Pour limiter les obstacles financiers au recours à l’IVG, des associations appelées “abortion funds” proposent des aides financières pour prendre en charge le coût de l’IVG, mais aussi les frais de déplacement, de logement auxquels sont confrontés certaines femmes, notamment dans les territoires ruraux ou, depuis 2022, devant se rendre hors de leur État de résidence.
Les Implications pour les Professionnels de la Santé
Le risque pénal ou de perte du droit d’exercice encouru par les professionnels de santé et les établissements fragilise aujourd’hui la prise en charge des femmes enceintes dans les États ayant interdit l’avortement.
Le EMTALA (Emergency Medical Treatment and Labor Act) est conçu pour protéger les femmes enceintes nécessitant des soins urgents ainsi que les médecins et professionnels de santé participant à leur prise en charge, y compris dans les États ayant interdit l’avortement. Cependant, cette interprétation du texte est remise en question par le mouvement pro-life.
Ces conditions restreignent aussi l’accès à l’IVG pour les patientes habitant un État où l'avortement est interdit, a fortiori si cela est aussi le cas des États voisins.
L'Avortement Médicamenteux et la Télésanté
L'avortement médicamenteux, qui utilise des médicaments comme la mifépristone et le misoprostol, est devenu une option de plus en plus courante aux États-Unis, en particulier dans les États où l'accès à l'avortement chirurgical est limité. En 2023, 63 % des procédures d'interruption de grossesse étaient réalisées par avortement chimique, contre 53 % en 2020.
Lire aussi: Tout savoir sur l'avortement chez la chienne
La télésanté a également joué un rôle croissant dans l'accès à l'avortement médicamenteux. Des cliniques « virtuelles » ou uniquement en ligne proposent des services d’avortement médicamenteux via la télésanté. D’octobre à décembre 2023, un avortement sur cinq (18 %) a été réalisé grâce à la télésanté.
Cependant, l'accès à l'avortement médicamenteux est également menacé. Les groupes anti-choix tentent de restreindre l’accès à l’avortement en insistant sur une supposée dangerosité de la mifépristone, ce qui pourrait affecter l’accès à l’avortement médicamenteux dans tout le pays, même dans les États où la procédure est légale.
Les Conséquences Sociales et Économiques de la Restriction de l'Avortement
Les restrictions à l'avortement ont des conséquences sociales et économiques significatives, en particulier pour les femmes à faible revenu et les minorités. Les grossesses non désirées peuvent entraîner une augmentation de la pauvreté, une diminution des opportunités éducatives et professionnelles, et des problèmes de santé physique et mentale.
Selon deux études des universités du Maryland et du Michigan, la mortalité infantile au Texas a augmenté de 13 % après la loi de 2021 restreignant le recours à l’avortement. L’effondrement du nombre d’avortements médicaux a entraîné une augmentation des naissances d’enfants atteints d’anomalies congénitales, et du nombre des IVG clandestines.
L’abrogation de Roe vs Wade devrait encore accélérer la tendance. C’est au Texas que, pour la première fois depuis quinze ans, le nombre de grossesses d’adolescentes augmente, surtout chez celles issues de minorités.
Lire aussi: Guide tarif assistante maternelle
Les Perspectives Politiques et Juridiques
L'avenir de l'avortement aux États-Unis reste incertain. La Cour suprême pourrait être amenée à se prononcer sur de nouvelles affaires liées à l'avortement, et les États continueront probablement à adopter des lois restrictives ou protectrices de l'accès à l'avortement.
L'élection présidentielle à venir pourrait également avoir un impact significatif sur l'accès à l'avortement. Un retour de Donald Trump à la Maison Blanche suscite de nombreuses inquiétudes en matière de droits humains, notamment en ce qui concerne le droit à l’avortement. La nomination par Trump de la juge conservatrice, Amy Coney Barrett, pour remplacer la juge défunte Bader Ginsburg, a fait pencher la balance idéologique de la Cour Suprême, et a permis la révocation de l’arrêt de Roe v. Wade.
La Contraception : un Droit Menacé ?
La Cour suprême des États-Unis garantit le droit d’avoir recours à la contraception pour les couples mariés depuis sa décision Griswold c. Connecticut de 1965, et l’a étendu aux célibataires par sa décision Eisenstadt c. Baird en 1972. De même, depuis sa première autorisation par la FDA en 2000, le recours à la contraception d’urgence tend à s’étendre.
Depuis 2014, la plupart des pilules du lendemain peuvent être achetées directement en pharmacie sans prescription, y compris par des mineurs, pour un prix qui varie de 10$ à 50$.
Dans la foulée de la décision Dobbs v. Jackson Women’s Health, le Right to Contraception Act a été adopté par la Chambre des Représentants en 2022 avec l’objectif d'inscrire ce droit dans la loi, mais le projet demeure bloqué au Sénat. En pratique, aucun État ne limite aujourd’hui le droit à la contraception mais cet accès peut être limité par le manque de professionnels ou un faible niveau d’information.
tags: #cout #avortement #usa