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Hermína Týrlová et l'Âge d'Or du Cinéma d'Animation Tchèque : Analyse de "La Berceuse" (2004) et autres Joyaux

Introduction

Plongeons dans l'enfance du cinéma d'animation avec des œuvres qui évoquent, tour à tour, Wallace et Gromit, Calvin & Hobbes, Toy's Story, Les Voyages de Gulliver, Chaplin. Ces courts métrages, réalisés bien avant le déferlement des effets spéciaux, témoignent d'une inventivité et d'une patience infinies.

Hermína Týrlová : Une Pionnière Oubliée

Née en 1900 en Bohême centrale, Hermína Týrlová est une figure pionnière du cinéma d'animation tchèque. Après des débuts dans le dessin animé publicitaire et des films artistiques expérimentaux, elle réalise son premier film d'animation avec marionnettes, marquant ainsi l'histoire du cinéma de son pays. Son credo ? Susciter l'émerveillement à l'aide d'une pelote de laine, d'une ombre ou d'un jouet monté sur ressorts.

Dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale en Tchécoslovaquie, Hermína Týrlová remporte deux prix à Venise et à Bruxelles pour son court-métrage célébrant l’art et la liberté face à la barbarie nazie. Une pionnière, une vraie, capable de susciter d’instinct l’émerveillement à l’aide d’une pelote de laine, d’une ombre ou d’un jouet monté sur ressorts. C’est un pur enchantement de boire ce petit lait de poésie et d’innocence faite littéralement de bouts de ficelle et de trois fois rien, filmée bien avant le déferlement des effets spéciaux et autres 2D ou 3D avec une inventivité majeure et une infinie patience.

"La Berceuse" (1947) : Un Conte Touchant

Dans "La Berceuse", c'est Kuku, une petite poupée qui en 1947 existait réellement qui se charge de dérider le bébé avec force galipettes, chatouilles en champs et contre-champs créant l’illusion de la présence simultanée des deux personnages. La mère, quant à elle, ne montre pas son visage, étant filmée en caméra subjective et permettant à chacun de s’identifier à cet être-de-devoir laissant une bienheureuse liberté à son chérubin.

Ce court-métrage, réalisé en 1947, met en scène une poupée nommée Kuku qui s'anime pour divertir un bébé. La mère, filmée en caméra subjective, laisse une liberté bienheureuse à son chérubin. L'utilisation de champs et de contre-champs crée l'illusion de la présence simultanée des deux personnages, ajoutant une dimension magique à l'ensemble.

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"La Révolte des Jouets" (1946) : Un Film Politique et Poétique

La Révolte des jouets ou La Révolte des joujoux, film politique culte pour petits et grands et, bien au-delà, petite merveille d’humanité et de poésie naît entre les mains de fée d’Hermina Tyrlov en 1946. Le tournage du Dictateur avait débuté en 1939. La réalisatrice avait-elle vu le chef-d’œuvre aux 5 Oscars de Charlie Chaplin ? Difficile de le savoir. Tous deux commencent devant l’échoppe d’un artisan juif, Josef Koublik pour La Révolte des Jouets, vieil artisan du bois travaillant seul et tard la nuit alors que devant son échoppe s’arrête, oisif et méfiant, un membre de la Gestapo joué par Eduard Linkers (1912-2004). Or, l’artisan sculpte une marionnette caricaturant le führer, mèche et moustache à l’appui.

Reposant toujours sur le même principe du mélange de « live action » et d’animation, ces contrastes confèrent très vite intensément plus de vie et d’humanité aux marionnettes qu’au personnage du SS pourtant en chair et en os, et ce dès le début de la mise en mouvement du premier jouet, filmée dans un reflet et pouvant suggérer un effet d’optique. C’est là toute la maestria de la réalisatrice, d’animer les petits êtres de bois avec une vivacité qui souligne la lourdeur et l’incapacité du SS. Ayant enfoncé la porte de l’échoppe, ce dernier se retrouve seul à l’intérieur, dans un univers qui lui est totalement étranger, littéralement comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

"La Révolte des Jouets" nous entraîne dans un retour aux sources rafraîchissant, jubilatoire, haletant parfois quand il n’est pas poignant, au fil de ses images lavées à l’eau pure des origines. Il n’est pas souvent donné d’accéder à l’acte de naissance d’un cinéma et il n’est pas anodin qu’il puisse s’ouvrir sur le visage poupin d’un nourrisson à qui sa mère, pour se consacrer au devoir des tâches ménagères, va donner une marionnette qui s’empresse de s’animer une fois la porte de la chambre fermée : le devoir du côté des adultes, la création du côté de l’enfance.

"L’Aventure de Minuit" (1960) de Břetislav Pojar : Une Parabole de l'Abandon

Sur un registre plus symbolique, réalisé par Břetislav Pojar, L’Aventure de Minuit (1960) cache derrière son fort beau titre un magnifique conte de Noël qu’il est impossible de ne pas rapprocher de The wrong Trousers des inénarrables Wallace et Gromit, deuxième film et peut-être le plus génial des studios Aardman, dans son hallucinante séquence finale à dos de train électrique fou qui ne serait peut-être pas qu’un hommage à Peur sur la ville. Le rejet du train de bois par le chef de gare qui en vient à le balancer par la fenêtre lors de la nuit de Noël signe un moment-clé universel de cette petite parabole qui ne convoque pas que les bons sentiments de la sainte nuit, mais ose le contraste poignant entre la féerie de Noël et le désespoir de l’ami abandonné dans le froid et la neige.

Mise en scène sans âge et sans frontière de l’angoisse de l’abandon et de l’angoisse de mort, semblant prémonitoire des licenciements de seniors, du rejet des anciens, et de toute rupture plus ou moins conventionnelle à venir, L’Aventure de Minuit nous donne à voir un retournement de situation réjouissant en forme de morale : ce sont peut-être nos aînés qui sauveront le monde de sa course folle au progrès ou à la consommation.

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Influences et Héritage

Un bébé en gros plan ressemblant furieusement à une pub Bébé Cadum, l’ombre d’une marionnette d’Hitler se détachant à contrejour évoquant Le Dictateur, un train en bois lancé à toute vitesse faisant virevolter des cubes de toutes les couleurs rappelant étrangement Wallace et Gromit sur le même thème de l’amitié brisée: il n’est quasiment pas un plan de ces courts-métrages qui ne fasse surgir les dizaines d’images dont il semble être l’ancêtre en un vaste déploiement d’inconscient collectif cinématico-publicitaire.

Il n’est quasiment pas un plan de ces courts-métrages qui ne fasse surgir les dizaines d’images dont il semble être l’ancêtre en un vaste déploiement d’inconscient collectif cinématico-publicitaire.

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tags: #court #metrage #animation #berceuse #2004 #analyse

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