Le suivi des courbes hormonales et de la température basale est une méthode couramment utilisée pour comprendre le cycle menstruel, déterminer la période d'ovulation et évaluer la fertilité. Cet article explore en détail l'interprétation de ces courbes, en mettant l'accent sur les hormones clés impliquées et les différents aspects à prendre en compte pour une interprétation précise.
Introduction
L'ovulation est un événement central du cycle menstruel féminin, marqué par la libération d'un ovule mature par l'ovaire. Comprendre le fonctionnement de ce processus est essentiel pour les femmes qui souhaitent concevoir, suivre leur fertilité ou simplement mieux connaître leur corps. Les courbes hormonales et de température basale fournissent des informations précieuses sur l'ovulation et peuvent aider à identifier d'éventuels problèmes de fertilité.
Les Hormones Clés du Cycle Menstruel
Plusieurs hormones jouent un rôle crucial dans la régulation du cycle menstruel et de l'ovulation. Leur dosage permet d'évaluer la fonction ovarienne et de détecter d'éventuelles anomalies.
L'Hormone Folliculo-Stimulante (FSH)
La FSH est une hormone sécrétée par l'hypophyse qui stimule la maturation des follicules dans les ovaires, organes féminins chargés de la reproduction, ainsi que la sécrétion d'œstrogènes. Elle contribue à la régulation du cycle menstruel. Les taux normaux de FSH dans le sang varient en fonction de la phase du cycle :
- Première partie du cycle (phase folliculaire) : 1,3-5,9 mUI/ml
- Au moment de l'ovulation : 6,4-9,2 mUI/ml
- Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 1,1-2,8 mUI/ml
- Après la ménopause : 10-37 mUI/ml
- Chez l'homme : 1-5 mUI/ml
L'élévation de la FSH est le facteur le plus péjoratif. Un taux supérieur à 14 UI/l serait le seuil au-delà duquel la grossesse devient difficile. Sur plusieurs cycles, une seule valeur de FSH élevée serait de mauvais pronostic.
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L'Œstradiol
L'œstradiol est une hormone œstrogénique, synthétisée par les ovaires et dont l'augmentation participe à l'ovulation. Lorsqu'il est dosé en cours de cycle (naturel ou stimulé), l'œstradiol témoigne de la qualité de la sécrétion des ovaires. En début de cycle, sa valeur doit être basse, et un taux supérieur à 80 pg/ml au 3ème jour du cycle est généralement le témoin d'une diminution de la réserve ovarienne (en dehors de tout traitement stimulant). Cette situation se rencontre lorsque les cycles sont courts avec un raccourcissement de la phase folliculaire. Une augmentation en début de cycle fait penser à la présence d’un syndrome des ovaires micro-polykystiques, surtout si sa valeur est supérieure à celle de la FSH.
Les chiffres normaux d'œstradiol dans le sang sont les suivants :
- Première partie du cycle (phase folliculaire) : 13-228 pg/ml
- Au moment de l'ovulation : 140-300 pg/ml
- Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 50-210 pg/ml
- Après la ménopause : 5-52 pg/ml
- Chez l'homme : 10-40 pg/ml
L'Hormone Lutéinisante (LH)
La LH ou hormone lutéinisante est une hormone fabriquée par l'hypophyse (glande du cerveau) qui stimule les ovaires chez la femme pour provoquer l'ovulation. Elle a un rôle important dans le bon fonctionnement du cycle menstruel chez la femme. L’intérêt du dosage de la LH plasmatique est de détecter précocement une élévation de son taux qui indiquerait une ovulation prématurée.
Les taux normaux de LH dans le sang sont les suivants :
- Première partie du cycle (phase folliculaire) : 0,5-5,8 mUI/ml
- Au moment de l'ovulation : 16-40 mUI/ml
- Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 0,5-5,8 mUI/ml
- Après la ménopause : 5-27 mUI/ml
- Chez l'homme : 0,8-4 mUI/ml
La Progestérone
La progestérone est une hormone stéroïde qui joue notamment un rôle important lors de l’installation puis l’évolution d’une grossesse. Elle est toutefois importante même en dehors des grossesses, pour le maintien de la fonction des organes génitaux. Elle est principalement produite par les ovaires et le placenta (dès le deuxième mois de grossesse, prenant le relais du corps jaune). Pendant la grossesse, elle permet la migration de l’œuf fécondé jusqu’à l’utérus, puis facilite sa nidation, entre autres.
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Le taux de progestérone dans le sang varie au cours du cycle menstruel. Il est bas pendant la phase folliculaire, augmente brusquement lors de la phase lutéale pour atteindre un maximum 5 à 10 jours après le pic de LH (l’hormone lutéinisante, qui déclenche l’ovulation). Les taux diminuent ensuite, sauf en cas de grossesse. À titre indicatif, les concentrations sanguines normales de progestérone en dehors de toute grossesse sont inférieures à 1,5 ng/mL pendant la phase folliculaire, comprises entre 0,7 et 4 ng/mL au moment du pic ovulatoire et entre 2 et 30 ng/mL pendant la phase lutéale (reflet de la présence du corps jaune). Toute diminution de sa valeur en 2ème partie de cycle traduit une absence d’ovulation ou une insuffisance lutéale.
La Prolactine
La prolactine est une hormone fabriquée par l'hypophyse et dont le rôle est de stimuler la glande mammaire. Sa valeur doit être inférieure à 20 µg/l chez la femme, et on parle généralement d’hyperprolactinémie, lorsque le taux est > 30 µg/l. Une hyperprolactinémie importante peut être responsable d’une absence de règles et d’un écoulement de lait, mais une forme plus mineure peut simplement occasionner des troubles de l’ovulation. La sécrétion de prolactine est influencée par le stress et l’effort physique ; il vaut donc mieux faire le dosage le matin. Elle traduit en général une atteinte de l'hypophyse.
L'Hormone Anti-Müllerienne (AMH)
L'AMH ou hormone anti-müllerienne est sécrétée par les cellules des petits follicules en croissance et représente actuellement le meilleur facteur prédictif de la réponse ovarienne. Par ailleurs, elle peut être dosée à n’importe quel moment du cycle et a rendu obsolète le dosage de l’inhibine B. C’est le marqueur qui est le mieux corrélé au compte des follicules antraux (voir le chapitre sur l’échographie pelvienne). Une diminution de sa valeur reflète une altération précoce de la réserve ovarienne ; à l'inverse, le risque d'hyperstimulation est plus élevé chez les femmes présentant une AMH élevée dans un syndrome des ovaires micro-polykystiques.
La TSH
La TSH est une hormone sécrétée par l'hypophyse et son rôle est de stimuler la thyroïde. L'hypothyroïdie peut être responsable d'une fatigue accrue et d'une prise de poids, mais sa forme mineure peut n'occasionner que des troubles de l'ovulation. En cas d'hypothyroïdie, la TSH sera augmentée et un traitement par hormones thyroïdiennes (Levothyrox) vous sera alors proposé.
La Courbe de Température Basale
La courbe de température est un examen simple à effectuer pour se faire une idée de son cycle et de la date d'ovulation. La méthode est simple : prendre sa température chaque matin, au réveil et avant le lever du 1er jour du cycle (c'est-à-dire du 1er jour des règles) jusqu'au 1er jour du cycle suivant permet de déterminer le jour de l'ovulation. Elle donne aussi des informations sur la durée et la régularité du cycle.
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Comment Réaliser une Courbe de Température ?
- Débuter dès le premier jour des règles.
- Prendre la température tous les matins, même pendant les règles, au réveil, avant même de poser le pied à terre, si possible à la même heure.
- Utiliser la même méthode pendant toute la durée de la surveillance et avant toute activité physique.
- Consigner la température sur une courbe quotidienne, en notant également les règles, les pertes blanches, l’abondance de la glaire cervicale, les douleurs pelviennes, les douleurs ou la tension mammaire, les rapports sexuels, la survenue de saignements intermenstruels ou de fièvre, et la prise de thérapeutiques.
- Utiliser un thermomètre numérique disponible dans le commerce pour suivre votre température corporelle. Veillez à choisir un thermomètre indiquant les évolutions minimes, de l’ordre du dixième de degré. Vous pouvez également utiliser un thermomètre basal, censé pouvoir prédire vos jours fertiles.
Il n'existe pas de température basale « normale » ; chaque femme a sa propre température de base.
Interprétation de la Courbe de Température
L'étude de la courbe thermique est basée sur l'effet hyperthermiant de la progestérone sécrétée par le corps jaune en deuxième moitié du cycle menstruel.
- 1ère phase = plate. Pendant les jours qui suivent les règles, la température basale se maintient en dessous de 37°C. Cette phase correspond à la croissance folliculaire = phase folliculaire. Théoriquement, le nadir ou le point le plus bas de la courbe de température (que l'on observe juste avant le décalage thermique) correspond à l’ovulation.
- 2ème phase = ascension thermique de 3 à 5 dixièmes de degré qui survient brusquement vers le 14ème jour du cycle (ou dans certains cas, en quelques jours). Ce qui compte, c’est la survenue d’un décalage thermique. La courbe est dite alors "biphasique".
- 3ème phase = plateau hyperthermique. La température va se maintenir élevée pendant 10 à 12 jours. Cela traduit l’influence de la progestérone sécrétée par le corps jaune et correspond à la phase lutéale. Normalement, la phase progestative du cycle varie peu dans la durée. Elle est de 14 jours plus ou moins 2 jours.
- 4ème phase : chute de la température, qui survient la veille ou pendant les premiers jours des règles pour atteindre une température basale identique à celle précédent le plateau thermique.
Une courbe de température comprend deux plateaux distincts séparés par 3 ou 4 dixièmes de degré à un demi-degré (une température basse jusqu'à l'ovulation puis plus haute après). En cas de grossesse, le plateau thermique dure au-delà de 28 jours. Un plateau thermique de 21 jours permet d’affirmer avec certitude une grossesse débutante. A l’inverse, malgré un retard de règles, on peut affirmer l’absence de grossesse s’il n’y a pas de plateau thermique.
Limites de la Courbe de Température
Aujourd’hui, on sait que l’interprétation d’une courbe de température peut être imprécise car la survenue réelle d’une ovulation peut être décalée de quelques jours par rapport au nadir. La méthode de la température corporelle basale peut être utile pour comprendre votre fertilité. Cependant, quand il s’agit d’essayer de concevoir, il serait judicieux d’envisager un autre outil de fertilité. En réalité, des études ont démontré qu’elle ne parvenait à prévoir les jours fertiles que dans 70 % des cas.
Autre inconvénient : la température corporelle basale ne vous indiquera pas quand vous atteignez votre fenêtre de fertilité ; elle vous signalera uniquement que vous avez déjà ovulé, ce qui signe la fin de la fenêtre de fertilité pour le cycle.
Autres Indicateurs d'Ovulation
Outre les courbes hormonales et de température basale, d'autres indicateurs peuvent aider à identifier la période d'ovulation :
- Les tests d'ovulation : Ils mesurent le pic de l'hormone LH, qui précède généralement l'ovulation de 24 à 48 heures. Certains tests d'ovulation détectent également l'hormone œstrogène et vous permettent d'identifier une fenêtre de fertilité plus importante. Si vous voulez identifier avec précision vos jours les plus fertiles, utilisez un test d’ovulation : vous bénéficierez d’une fiabilité d’au moins 99 % pour détecter le pic de LH qui se produit avant l’ovulation.
- Le pic de glaire cervicale fertile : La glaire cervicale devient plus abondante, claire et élastique à l'approche de l'ovulation.
- L'application cyclotest mySense : Si vous souhaitez vous épargner l’évaluation manuelle, vous pouvez également utiliser une application de cycle telle que l‘application cyclotest mySense. L’application reçoit les valeurs mesurées via Bluetooth du thermomètre basal associé. Les informations de la courbe de température basale, les symptômes d’ovulation et entrées pertinentes pour le cycle fournissent un excellent aperçu. De plus, le temps est enregistré pour chaque valeur mesurée dans l’application Cycle, ce qui facilite la comparaison des valeurs.
Facteurs Influant sur les Courbes Hormonales et de Température
Plusieurs facteurs peuvent influencer les courbes hormonales et de température, rendant leur interprétation plus complexe :
- Le stress et l'effort physique : Ils peuvent influencer la sécrétion de prolactine.
- Les changements dans les habitudes de sommeil : Ils peuvent retarder la montée de température.
- Les maladies : Elles peuvent retarder la montée de température.
- Les médicaments : Les pilules contraceptives contenant des œstrogènes et des progestatifs ou du désogestrel empêchent l’ovulation.
- L'âge : L’âge reste le meilleur facteur prédictif de la grossesse. C’est en effet l’âge qui est le mieux corrélé à la qualité embryonnaire et une FSH élevée est plus péjorative chez une femme de plus de 38 ans que chez une femme jeune.
Évaluation de la Réserve Ovarienne
La FSH, l’œstradiol et l’AMH sont les marqueurs de la fonction ovarienne. La probabilité de concevoir est directement liée au capital en follicules de l’ovaire que l’on appelle “réserve ovarienne”. Une diminution de ce capital folliculaire et ovocytaire s’accompagne d’un taux de grossesse diminué et de fausses couches augmenté. La baisse de la réserve ovarienne est la principale responsable de la diminution de la fertilité avec l’âge.
En présence d’un trouble de l’ovulation, ou dès lors que l’on désire stimuler l’ovulation par des médicaments, il est important d’évaluer la réserve ovarienne par le dosage de marqueurs témoins de son fonctionnement, de façon à diagnostiquer une éventuelle raréfaction précoce en follicules et à prévoir les chances d’une bonne réponse ovulatoire, sous inducteurs.
L’appréciation de la réserve ovarienne permettra de distinguer les cas favorables, les cas préoccupants conduisant à adapter la posologie en cas de stimulation et à ne pas trop attendre avant d’envisager la FIV diagnostique, et les cas défavorables conduisant à proposer d’emblée une FIV diagnostique et à adapter les propositions thérapeutiques en cas d’échec (renouvellement de la FIV, don d’ovocytes, adoption).
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