L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de santé publique majeur en France. Des études récentes de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) mettent en lumière les tendances actuelles, les disparités territoriales et les évolutions des pratiques liées à l'IVG. Cet article offre une analyse approfondie de ces données, en explorant les chiffres clés, les facteurs d'influence et les enjeux liés à l'accès à l'IVG en France.
Augmentation Continue du Nombre d'IVG
En 2024, la France a enregistré une augmentation du nombre d'IVG, avec un total de 251 270 interventions, soit 7 000 de plus qu'en 2023. Cette hausse fait suite à une période de creux observée en 2020 et 2021, due notamment à la baisse des conceptions pendant la pandémie de Covid-19. Le rapport entre le nombre d’IVG et le nombre de naissances vivantes sur une année donnée augmente, atteignant 0,38, contre 0,28 en 2016, en raison de la baisse des naissances et de la hausse du nombre d’IVG. En 2023, 243 623 IVG ont été réalisées, soit 8 600 de plus qu’en 2022. La hausse observée en 2022 se poursuit, après la nette baisse en 2020 et 2021 en lien avec la pandémie de Covid-19.
Taux de Recours à l'IVG : Une Analyse Détaillée
Le taux de recours à l'IVG a également connu une augmentation, s'établissant à 17,3 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en 2024, contre 16,8 pour 1 000 en 2023. Ce taux est le plus élevé chez les 25-29 ans, avec 29,8 IVG pour 1 000 femmes. Il est important de noter que le taux de recours chez les moins de 20 ans est plus faible qu'il y a dix ans (5,5 pour 1 000 contre 8,7). En 2023, le taux de recours à l’IVG atteint 16,8 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, contre 16,4 ‰ en 2021 et 15,1 ‰ en 2020. Entre 2022 et 2023, les taux de recours augmentent pour toutes les classes d’âge chez les femmes majeures, avec une hausse plus marquée pour les 20-34 ans, où les IVG restent les plus fréquentes.
Facteurs Influant sur l'Augmentation des IVG
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation. La dégradation du contexte socio-économique joue un rôle non négligeable, incitant certaines femmes à ne pas accueillir un enfant dans une période jugée peu propice. L'allongement du délai légal de recours à l'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 a également contribué, bien que dans une moindre mesure, à cette hausse. De plus, l’étude relève une forte hausse de l’utilisation de la contraception d’urgence depuis 2017 et une explosion des ventes de +40% en 2021 et 2022 soit 2 millions de boites vendues. Rappelons que la contraception d’urgence peut perturber la nidation selon la molécule utilisée.
Disparités Territoriales : Un Paysage Contrasté
Les disparités territoriales en matière d'IVG sont un aspect crucial à considérer. Le taux de recours à l'IVG est deux fois plus élevé dans les départements et régions d'outre-mer (DROM) qu'en métropole. En 2024, les taux de recours à l’IVG augmentent dans toutes les régions métropolitaines et se stabilisent dans les DROM, où leur niveau moyen est deux fois plus élevé qu’en métropole. En 2023, les taux de recours à l’IVG augmentent dans toutes les régions métropolitaines ainsi que dans les DROM, sauf à Mayotte et en Guadeloupe.
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Variations Régionales
En France métropolitaine, les taux de recours varient du simple au quadruple entre Les Pays de la Loire et la Guyane, oscillant entre 12,4 ‰ dans les Pays de la Loire à 23,1 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2024. Dans les DROM, les taux fluctuent entre 19,0 ‰ à Mayotte et 46,5 ‰ en Guyane. En 2023, ils varient de 12,4 ‰ en Pays de la Loire à 23,3 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur en métropole, et entre 19,4 ‰ à Mayotte et 48,9 ‰ en Guyane dans les DROM.
Facteurs Explicatifs
Bien qu'aucune étude récente de la DREES ou d'autres organismes n'ait été spécifiquement menée pour expliquer ces disparités, plusieurs facteurs peuvent être avancés. Les différences socio-économiques, l'accès aux services de santé, les pratiques culturelles et les politiques de santé locales peuvent influencer les taux de recours à l'IVG dans les différentes régions.
Évolution des Méthodes et Lieux de Réalisation des IVG
Depuis 2005 et l’autorisation de sa pratique hors établissement de santé, l’IVG est de plus en plus souvent réalisée de façon médicamenteuse, seule méthode permise hors établissement (excepté dans certains centres de santé où la méthode instrumentale peut être utilisée, ce qui concerne moins de 200 IVG). Par ailleurs 64 % des IVG en établissement sont désormais pratiquées par voie médicamenteuse. Ainsi en 2024 45 % des IVG sont réalisées hors des établissements de santé, et la méthode médicamenteuse concerne 80 % de l’ensemble des IVG. En 2022, 38 % des IVG étaient réalisées en ville par méthode médicamenteuse, 40 % à l’hôpital par méthode médicamenteuse et 22 % par méthode chirurgicale. Les IVG médicamenteuses représentent donc plus des trois quarts des IVG, prolongeant ainsi la tendance de long terme à la prédominance de cette technique.
Prédominance de la Méthode Médicamenteuse
La méthode médicamenteuse est de plus en plus privilégiée, représentant 80 % des IVG en 2024. Cette tendance est favorisée par la possibilité de réaliser l'IVG médicamenteuse en dehors des établissements de santé depuis 2005. En 2023, 41 % des IVG sont réalisées hors des établissements de santé. La méthode médicamenteuse représente 79% de l’ensemble des IVG : 48 % de ces IVG ont eu lieu en établissement de santé, 46 % en cabinet libéral et les 6 % restants en centre de santé ou centre de santé sexuelle.
Rôle Croissant des Sages-Femmes Libérales
La pratique de l'IVG par les sages-femmes libérales s'est considérablement développée. En 2024, elles ont effectué la moitié des IVG en ville. 1 442 sages-femmes et 1 820 médecins en ont pratiqué en cabinet libéral l’an dernier. En 2022, 39 % des IVG en ville ont été réalisées par des sages-femmes, proportion également en hausse, dans le prolongement de la tendance observée depuis qu’elles disposent du droit de pratiquer des IVG en ville, mis en place en 2016 - ce qui contribue à l’augmentation globale de la part d’IVG médicamenteuses. En 2023, 1 208 sages-femmes, 902 gynécologues médicaux ou gynéco-obstétriciens, 1 007 médecins généralistes et 53 autres médecins ont réalisé des IVG en cabinet libéral. Entre 2020 et 2023, le nombre de professionnels de santé pratiquant l’IVG a augmenté de 814, tous praticiens confondus. La hausse concerne surtout les sages-femmes (+693), alors que la tendance est à la baisse chez les gynécologues médicaux /gynéco-obstétriciens (-42).
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Téléconsultation et Accès aux Médicaments
Les IVG en téléconsultation restent rares, mais environ 1 600 médicaments ont été remis directement à des femmes souhaitant avorter par une pharmacie.
Allongement du Délai Légal et IVG Tardives
L'allongement de deux semaines (de 12 à 14) du délai légal de recours à l'IVG, prévu dans la loi de mars 2022, n'a concerné qu'une faible proportion du total des IVG, soit 1 % à 2 %. En établissement de santé, trois IVG sur quatre sont réalisées avant 10 semaines d’aménorrhée (SA). Après l’allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé (de 14 à 16 SA), les IVG dites tardives, réalisées à partir de 12 SA, représentent 9,8 % de l’ensemble des IVG hospitalières. En 2023, après l’allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé (de 14 à 16 SA), les IVG dites tardives, réalisées à partir de 12 SA, représentent 9,5 % de l’ensemble des IVG hospitalières.
Profil des Femmes Recourant à l'IVG
Les IVG sont concentrées aux âges compris entre 20 et 34 ans, et le taux de recours est le plus élevé entre 25 et 29 ans. Entre 2019 et 2022, le taux a augmenté pour les plus de 25 ans alors qu’il a diminué pour les 15-19 ans. En d’autres termes, le recours à l’IVG a augmenté principalement aux âges d’entrée dans la maternité et au-delà.
IVG Répétées
Selon la Drees, 21 514 femmes ayant recouru à l’IVG en 2024 avaient déjà eu une IVG dans les douze mois précédents.
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