La conservation des ovocytes, ou cryoconservation ovocytaire, est une procédure qui permet aux femmes de préserver leur fertilité pour l'avenir. Cette option est devenue de plus en plus accessible et pertinente, notamment pour les femmes confrontées à des conditions médicales ou à des traitements susceptibles d'altérer leur capacité à concevoir. Cet article explore la conservation des ovocytes, en particulier dans le contexte de la présence ou du traitement de kystes ovariens, en s'appuyant sur le cadre législatif français et les aspects médicaux de cette procédure.
Cadre légal de la conservation de la fertilité en France
En France, la loi de bioéthique encadre strictement l'accès à la préservation de la fertilité. Elle stipule que « toute personne dont la prise en charge médicale est susceptible d’altérer sa fertilité ou dont la fertilité risque d’être prématurément altérée, peut bénéficier du recueil et de la conservation de ses gamètes ou de ses tissus germinaux, en vue de la réalisation ultérieure, à son bénéfice, d’une assistance médicale à la procréation ou en vue de la préservation et de la restauration de sa fertilité. » Cette loi a été précisée par la loi du 7 Juillet 2011, qui stipule qu' "en vue de la réalisation ultérieure d'une assistance médicale à la procréation, toute personne peut bénéficier du recueil et de la conservation de ses gamètes ou de tissu germinal, avec son consentement, lorsqu'une prise en charge médicale est susceptible d'altérer sa fertilité ou que sa fertilité risque d'être prématurément altérée.
Initialement, cette disposition visait principalement les personnes devant subir des traitements contre le cancer, tels que la chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie. Cependant, elle peut également s'appliquer à des conditions comme l'endométriose, en particulier dans les formes sévères de la maladie. Depuis le 2 août 2021, il est possible de demander la congélation de ses ovocytes sans motif médical entre 29 et 36 ans en raison d'une diminution du potentiel de grossesse des ovocytes à partir de 37 ans.
Pour les femmes, l'autoconservation des gamètes est possible à partir de 29 ans et avant 37 ans.
Préservation de la fertilité et kystes ovariens
Les kystes ovariens sont des formations fréquentes qui se développent sur les ovaires. La grande majorité de ces kystes sont bénins. On distingue principalement deux types de kystes ovariens :
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- Kystes fonctionnels : Ils surviennent généralement chez les patientes qui ne prennent pas de contraception hormonale. Sous l'influence des hormones naturelles, une petite poche d'eau se forme dans l'ovaire. Ces kystes disparaissent généralement spontanément après 2 à 3 cycles menstruels. Ils peuvent provoquer des douleurs pelviennes, des irrégularités menstruelles ou des douleurs pendant les rapports sexuels.
- Kystes organiques : Ces kystes ne disparaissent pas spontanément. Ils sont souvent bénins et sont retirés chirurgicalement par cœlioscopie.
L'endométriose, une condition où les cellules de l'endomètre (la muqueuse utérine) se développent en dehors de l'utérus, peut également entraîner la formation de kystes ovariens, appelés endométriomes ou kystes endométriosiques. Ces kystes sont considérés comme une forme d'endométriose à haut risque pour la fertilité.
Quand envisager la conservation des ovocytes en cas de kyste ovarien ?
La conservation des ovocytes peut être envisagée dans les situations suivantes :
- Chirurgie ovarienne : Les patientes devant subir une intervention chirurgicale sur les ovaires, comme la résection d'un kyste (kystectomie ovarienne) ou le traitement de l'endométriose, peuvent bénéficier d'une autoconservation des ovocytes. La kystectomie ovarienne consiste à retirer chirurgicalement un kyste de l'ovaire. Chez les femmes en âge de procréer, seul le kyste est retiré afin de préserver la fertilité. L'opération est réalisée sous anesthésie générale par un chirurgien gynécologue, généralement par cœlioscopie.
- Endométriose ovarienne : Les formes d'endométriose qui touchent les ovaires, en particulier celles où les deux ovaires sont atteints ou en cas de récidive, sont considérées comme à haut risque pour la fertilité. La congélation des ovocytes peut être proposée dans ces cas.
- Altération sévère de la réserve ovarienne : Dans le cadre des techniques d'AMP (Assistance Médicale à la Procréation), une autoconservation d'ovocytes peut être proposée en cas d'altération sévère de la réserve ovarienne.
Il est important de noter que la décision de proposer une congélation d'ovocytes ne dépend pas d'un seul médecin, mais d'une équipe pluridisciplinaire. L'estimation de la réserve ovarienne et l'âge de la patiente sont également des facteurs importants à prendre en compte.
Procédure de conservation des ovocytes
La conservation des ovocytes implique plusieurs étapes :
- Consultation et bilan : La patiente doit consulter un gynécologue spécialisé dans un centre d'AMP. D'autres consultations peuvent être nécessaires avec des biologistes, un chirurgien, un anesthésiste et une sage-femme. Un bilan hormonal, une échographie et des sérologies (VHB, VHC, VIH, syphilis) de moins de 3 mois sont nécessaires. Un consentement écrit doit être signé et conservé.
- Stimulation ovarienne : La patiente reçoit une stimulation hormonale à fortes doses pour faire grossir un maximum de follicules sur les ovaires. Cette stimulation se fait par des injections sous-cutanées quotidiennes pendant 11 à 15 jours. Des contrôles échographiques et des prises de sang sont effectués régulièrement pendant cette période.
- Ponction ovocytaire : Lorsque les tailles folliculaires sont satisfaisantes, la maturation folliculaire finale est déclenchée et les ovocytes sont récupérés environ 36 heures plus tard au bloc opératoire, sous contrôle échographique et sous sédation anesthésique ou anesthésie locale par voie vaginale.
- Vitrification des ovocytes : Les ovocytes matures sont isolés du liquide folliculaire au laboratoire. Ils sont ensuite plongés dans différents bains de milieu protecteur pour la congélation, puis conditionnés en paillettes et soumis à une congélation instantanée à -196°C (vitrification).
- Conservation : Les ovocytes se conservent plusieurs années dans l'azote liquide.
Utilisation des ovocytes conservés
Lorsque la patiente souhaite utiliser ses ovocytes conservés, la procédure suivante est mise en œuvre :
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- Décongélation : Les ovocytes sont décongelés.
- Fécondation in vitro (FIV) : Les ovocytes sont fécondés par ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes) avec les spermatozoïdes du partenaire ou d'un donneur.
- Transfert d'embryons : Une stimulation ovarienne est nécessaire pour préparer l'utérus à recevoir l'embryon. Les embryons obtenus sont transférés dans l'utérus.
En France, l'âge maximal d'utilisation des ovocytes conservés est fixé à 44 ans (veille des 45 ans). Le prélèvement ne peut être restitué qu'à la patiente en personne.
Congélation de cortex ovarien
La congélation de cortex ovarien est une autre technique de préservation de la fertilité féminine. Elle est indiquée dans les cas où la fertilité de la femme peut être prématurément altérée, comme dans le cadre d'un traitement par chimio/radiothérapie ou chirurgie à risque. La technique consiste à prélever du tissu ovarien lors d'une opération par cœlioscopie au bloc opératoire. Ce prélèvement est transféré dans un laboratoire agréé où il sera préparé en fines lamelles et mis en contact avec des agents cryoprotecteurs. Le tissu ovarien est ensuite soumis à une congélation lente à -196°C puis conservé dans l'azote liquide dans des ampoules spécifiques jusqu'à ce que la patiente souhaite leur utilisation. A distance de la pathologie initiale et après décongélation, le tissu ovarien décongelé pourra être greffé (le plus souvent dans les fossettes ovariennes). Si la greffe est fonctionnelle, des chances de grossesse spontanée existent. Sinon, une stimulation sera tentée pour récupérer des ovocytes et proposer une ICSI.
Risques et limites
Bien que la conservation des ovocytes soit une option prometteuse, il est important de connaître ses limites et les risques potentiels :
- Taux de succès : Le taux de succès de la FIV avec des ovocytes congelés dépend de plusieurs facteurs, notamment l'âge de la femme au moment de la congélation, la qualité des ovocytes et la technique de vitrification utilisée.
- Complications : La stimulation ovarienne peut entraîner des effets secondaires tels que le syndrome d'hyperstimulation ovarienne (SHO).
- Aspects éthiques : La conservation des ovocytes soulève des questions éthiques, notamment en ce qui concerne l'âge limite d'utilisation des ovocytes et la possibilité d'une autoconservation "de confort".
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